Robert Hawawini

Observations cliniques complexes en acupuncture

Résumé : La présence clinique d’un patient nous éloigne parfois fortement des cadres théoriques simples décrits dans les livres. C’est qu’une maladie (bing) est un assemblage complexe de syndromes (zheng) multiples et parfois contradictoires, constamment en mouvement et en transformation, qui ne peut être décrit dans aucun ouvrage. Pourtant, nous devons assimiler tous les syndromes pour savoir aller au-delà d’eux, afin d’arriver à l’un (yi), le fondamental (ben) qui donne la clé du diagnostic et du traitement. C’est ce que nous allons présenter dans trois observations associant la complexité des manifestations au choix de la priorité de traitement qu’il a fallu décider. Mots clés : acupuncture – observations cliniques – syndromes (zheng) – maladie (bing).

 

Summary: The clinic with a patient sometimes keeps us highly simple theoretical frameworks described in the books. It is an illness (bing) is a complex assemblage of multiple syndromes (zheng), and sometimes contradictory, constantly moving and processing, which can not be described in any work. Yet we must assimilate all the syndromes to know to go beyond them, to arrive at a (yi), the fundamental (ben) which gives the key to diagnosis and treatment. This is what we will present in three cases involving the complexity of events to choose the priority treatment that had to decide. Keywords: acupuncture - clinical observations - syndromes (zheng) - illness (bing).

Introduction

La présence clinique d’un patient nous éloigne parfois fortement des cadres théoriques simples décrits dans les livres. C’est qu’une maladie (bing) est un assemblage complexe de syndromes (zheng) multiples et parfois contradictoires, constamment en mouvement et en transformation, qui ne peut être décrit dans aucun ouvrage. Pourtant, nous devons assimiler tous les syndromes pour savoir aller au-delà d’eux, afin d’arriver à l’un (yi), le fondamental (ben) qui donne la clé du diagnostic et du traitement, en suivant Laozi dans le traité du Daodejing : « Le dao engendre l’Un. Un engendre Deux. Deux engrendrent Trois. Trois, les dix mille êtres. » Passer des dix milles êtres, la multitude des signes et symptômes, à l’Un, le fondement (ben) de la maladie, est l’unique garant d’un résultat positif et stable à long terme. Cela ne se fait pas en un seul jour… ni parfois en une seule séance. Dans l’état d’ignorance du constant débutant qui nous anime, nous considérons que c’est le travail de toute une vie. Nous présentons ici trois observations qui nous ont donné du « fil à retordre », autant dans l’établissement du diagnostic fondamental (ben) que dans le choix de la priorité de traitement.

Première observation : asthme

Physiologie et physiopathologie générale de l’asthme         

- En MC, l’asthme est xiaochuanxiao est le sifflement et chuan la dyspnée. Xiao authentifie la présence de Mucosités (tan).

-Le Poumon stocke et diffuse le qi, qu’il abaisse. La Rate transforme-transporte (yunhua) l’acquis du Ciel postérieur (houtian), comprenant le qi, le xue et Liquides organiques (jinye) ; abaisse l’impur (zhuo) dans les Orifices du bas (xiaqiao) et élève le pur (qing) dans les Orifices du haut (shangqiao); coopère avec l’inné des Reins. Le Foie assure la libre circulation (shuxie) du qixue. Les Reins thésaurisent le jingyin et le jingyang inné du Ciel antérieur (xiantian) et coopèrent avec la Rate. Le Cœur est le maître des émotions (zhi) et sentiments (qing).

- La Source des Mucosités-Glaires (tanyin) est la Rate dont le Vide de qi et/ou de yang altère sa fonction de transformation-transport (yunhua), ce qui ne permet plus l’élimination de l’Humidité qui stagne et se transforme en tanyin. L’accumulation de Mucosités dans le Poumon est consécutive à son qi insuffisant qui ne permet plus sa diffusion. Au lieu de monter le pur dans le Réchauffeur supérieur, la Rate ascensionne l’impur des tan qui s’accumulent dans le Poumon à cause de son Vide de qi. L’asthme a donc pour fondement (ben) un Vide de qi du Poumon. En ce qui concerne les tanyin, comme on ne peut séparer le déséquilibre du Poumon de celui de la Rate, on ne peut le faire non plus entre l’acquis de la Rate et l’inné des Reins. Poumon, Rate et Reins sont donc étroitement liés dans la physiopathologie de l’asthme. Des formes Plénitudes externes dues à l’Humidité-Froid ou l’Humidité-Chaleur, en passant dans la forme intermédiaire, jusqu’à la forme extrêmement Vide des Reins qui ne reçoivent pas le qi et responsables de l’asthme à dyspnée continue, les trois zang cités sont constamment engagés.

- En pratique clinique, nous constatons que les choses sont plus compliquées car l’aggravation et/ou le déclenchement des crises par les facteurs émotionnels démontrent que le Foie est impliqué ; d’une part, en dysharmonie Foie et Rate ; d’autre part, en contre-attaque du Foie sur le Poumon.

- Quand au Cœur, non seulement il est cause de l’état de mal asthmatique avec les Reins mais, de plus, il est forcément impliqué dans les déséquilibres émotionnels avec les autres zang. C’est ce dernier aspect que nous allons considérer ici.

- Finalement, tout ceci ne fait que démontrer la complexité physiopathologique de l’asthme qui implique l’ensemble des zang à des degrés divers.

Description                                                        

Il y a deux ans, un homme de 47 ans a fait un accident vasculaire cérébral qui a entièrement régressé. Il souffre d’un asthme ancien, bien équilibré par la Ventolline, qui se manifeste par des crises diurnes, subaiguës, aggravées à l’effort, empêchant de le poursuivre convenablement, avec essoufflement. Le temps froid et humide et les troubles émotionnelsdéclenchent et aggravent aussi l’asthme qui se manifeste par une dyspnée asthmatiforme avec sifflement et expectoration de glaires blanches. Ses autres symptômes sont : agitation mentale marquée, rires excessifs, anxiété et angoisse, rumination et obsessions, hyperémotivité, sommeil de courte durée, parfois oppression thoracique, alternance de l’humeur avec abattement et tristesse ou hyperactivité, s’énerve vite et devient irritable, moments de fatigue, selles molles, ballonnement, maintenant crainte du temps humide et froid avec sensation de lourdeur du corps, extrémités froides aggravées par le temps humide et froid, parfois pieds chauds et brûlants, ne supporte pas la chaleur. Le pouls droit est xian (tendu), hua (glissant) et ru (mou) sur la Barrière et le Pied ; chen (profond) et xi (fin), xian (tendu) et hua (glissant) sur le Pouce. Le pouls gauche esthua (glissant) et ru (mou) sur la Barrière, hua (glissant) sur le Pouce, un peu plus chen (profond) et xi (fin) sur le Pied. La langue est grosse jusque sur la zone antérieure et la pointe, pâle, humide, l’enduit est blanc-gris humide, il existe quelques points rouges sur la pointe et les bords et des taches mauves postérieures (veines sous-linguales gonflées). La carrure du patient est forte.

Diagnostic                                                         

- Le diagnostic de xiaochuan ne pose pas de problème car il est déjà fait par la médecine scientifique : dyspnée asthmatiforme avec sifflement, essoufflement, expectoration de glaires sont suffisamment parlants.

- Aggravation par le temps froid et humide, crainte de ce temps avec sensation de lourdeur du corps et extrémités froides, montrent que l’Humidité-Froid s’accumule dans la Rate.

- Moments de fatigue, selles molles et ballonnement sont en rapport avec le Vide de qi de Rate qui est la cause de l’Humidité-Froid et de la production de Mucosités blanches.Anxiété, rumination et obsessions sont des manifestations émotionnelles dues aussi au Vide de qi de Rate.

- Agitation mentale marquée, rires excessifs, anxiété et angoisse, hyperémotivité, sommeil de courte durée ; ces symptômes traduisent l’atteinte du Cœur en état de Chaleur dans ce contexte ; qui plus est, leur importance montre que des Mucosités stagnent dans le Cœur.

- Parfois oppression thoracique, alternance de l’humeur avec abattement et tristesse ou hyperactivité orientent sur la Stagnation du qi du Foie qui peut être la cause du déclenchement et de l’aggravation de l’asthme par les émotions.

- S’énerve vite et devient irritable peut traduire autant la Stagnation du qi du Foie que l’élévation du yang du Foie dans ce contexte de Chaleur. 

- La chaleur qui n’est pas supportée et l’intermittence des pieds chauds et brûlants sont dusau Vide de yin des Reins.

- Le pouls xian (tendu) montre la participation du Foie dans cet asthme, des Mucosités aussi ; hua (glissant) et ru (mou) sont signes d’Humidité et de Mucosités ; hua (glissant) sur le Pouce gauche est en rapport avec les Mucosités qui stagnent dans le Cœur ; un peu plus chen (profond) et xi (fin) sur le Pied gauche peut orienter sur le Vide de yin des Reins. Nous accordons une place particulière au pouls du Pouce droit car il traduit le mélange du Vide de qi et de la Plénitude des Mucosités dans le Poumon : chen (profond) et xi (fin), il s’agit du fondement (ben) de Vide ; xian (tendu) et hua (glissant), il s’agit de l’apparence (biao) de Plénitude.

- La langue grosse et humide jusque sur la zone antérieure et la pointe est en rapport avec la stagnation d’Humidité et l’accumulation de Mucosités dans les Trois Réchauffeurs, incluant donc le Poumon et le Cœur ; pâle, il s’agit du Vide de qi de Rate ; l’enduit blanc-gris humide signe l’Humidité-Froid et les Mucosités ; les points rouges sur la pointe sont dus à la Chaleur du Cœur et,sur les bords, à l’élévation du yang du Foie ; les taches mauves postérieures sont associées à la Stase de Sang.

- Au total, l’ensemble des zang est impliqué dans cet asthme dont la forme essentielle est une Plénitude : celle des manifestations, du pouls et de la carrure. Il s’agit de ce que le suwen appelle une « direction correcte » de bon pronostic. En état préalable de Vide de qi, le Poumon ne peut évacuer les tan, qi impur qu’il reçoit de la Rate ; elle-même envahie par l’Humidité-Mucosités-Froid consécutivement à son propre Vide. On ne peut affirmer que la Rate soit en Vide de yang, peut être d’une manière débutante pour les Reins. Le Cœur reçoit aussi les Mucosités à cause de l’importance des troubles émotionnels et de la pointe gonflée. La Chaleur du Cœur associée au Vide de yin des Reins oriente vers un Cœur et Reins n’ont pas d’échanges, auquel participe l’élévation du yang du Foie. Quant à la Stagnation du qi du Foie, elle s’est transformée en Stase de Sang, ce qui explique pourquoi la langue a des taches mauves. Cette Stagnation gène la fonction de transformation-transport de la Rate, ce qui aggrave d’autant la stagnation d’Humidité et l’accumulation des Mucosités. Si la Rate reste bien la source production de l’Humidité et des Mucosités, elle dépend aussi du Foie pour monter le pur et mobiliser Humidité et Mucosités. On peut dès lors qualifier cette observation de forme complexe.

Premier traitement et évolution

Introduction            

Une situation complexe dece type nécessite de « ratisser large », c'est-à-dire de traiter tous les syndromes sans tenir compte du nombre d’aiguilles. La seule préoccupation est de soulager le patient. Il faut donc : régulariser le qi du Poumon, mobiliser le qi et le sang, clarifier la Chaleur du Cœur et du Foie, chasser les Mucosités du Cœur et les transformer, renforcer le qi et le yang de la Rate pour l’aider à éliminer l’Humidité et transformer les Mucosités, renforcer le yang inné des Reins pour soutenir celui de la Rate, nourrir le yin. Les fonctions des points sont censées être connues.

Points et associations de points

- La manipulation est une harmonisation du premier groupe de points, une dispersion des deuxièmes et troisièmes groupes et de fenglong 40E, une harmonisation avec réchauffement des quatrièmes et cinquièmes groupes, une tonification du sixième groupe.

- Feishu 13V, zhongfu 1P, tanzhong 17RM, taiyuan 9P : régularisent le qi du Poumon pour l’aider à pourvoir à sa fonction d’abaissementafin de chasser l’impur des Mucosités et traiter la dyspnée.

- Geshu 17V, hegu 4GI, taichong 3F : mobilisent la Stagnation du qi du Foie et la Stase de Sang, ce qui libère la fonction de transformation-transport de la Rate ; l’aide à chasser l’Humidité, transformer les Mucosités, ascentionner le pur et calmer les sentiments pathologiques.

- Jianshi 5MC, shenmen 7C, shenting 24DM : chassent les Mucosités du Cœur, clarifient sa Chaleur, calment l’Esprit et apaisent les émotions.

- Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

- Pishu 20V, zusanli 36E à gauche, yinlingquan 9Rte à droite, zhongwan 12RM : renforcent le qi et le yangacquis de la Rate pour l’aider à chasser l’Humidité-Froid et transformer les Mucosités. L’harmonisation tient compte du fait que l’Humidité-Froid est une Plénitude associée à un Vide de qi.

- Guanyuan 4RM, qihai 6RM : renforcent le yang inné des Reins ce qui soutient celui de la Rate.

- Taixi 3R, zhaohai 6R : nourrissent l’Eau yin des Reins, ce qui rétablit l’échange avec le Feu du Cœur.  En période de chaleur des pieds nous piquons les deux points, sinon, taixi 3R seul.

Évolution

Le patient a été suivi toutes les deux semaines sur plus d’un an, ce qui, en termes de fréquence, est insuffisant. L’amélioration a signifié, soit la réduction significative des crises d’asthme ne nécessitant pas la prise de médicament, soit leur cessation pendant une période et, en tous les cas, une tolérance à l’effort qui devient possible sans traitement médicamenteux. Les périodes de réduction de l’asthme sans cessation coïncident clairement avec le regain de temps humide et froid, région dans laquelle nous exerçons. Mais une fréquence aussi espacée ne permet pas une guérison à long terme ni, au moins, une cessation totale des crises entre deux séances.

Deuxième traitement et évolution

Introduction

Cette histoire clinique se déroule en deux temps car, soudainement, lors d’un choc émotionnel important entraînant ruminations et obsessions, le patient récidive et le traitement précédent ne donne plus aucun résultat. Cette évolution nous conforte dans l’idée que le facteur psychique est important dans cet asthme et qu’il nécessite d’être pris isolément en compte. La règle à appliquer en cas d’épisode aigu survenant sur une maladie chronique est de traiter cet épisode prioritairement, qu’il soit d’origine externe ou interne, physique ou psychique, comme c’est le cas ici. Nous nous adressons alors à la formule du choc psychologique aigu, décrite dans plusieurs de nos ouvrages. Dans ce cas, on considère qu’il faut traiter prioritairement le yi (intention, pensée), Esprit Viscéral(shenzang) de la Rate qui représente le Centre (zhong), ce qui régule tous les autres shen pour calmer l’Esprit. Cette façon d’agir permet de mobiliser les images mentales fixées, causes de souffrance. On raisonne comme si la Rate était en Vide. Cette indication peut s'élargir encore au traitement symptomatique de la rumination mentale.

Formule                      

- La manipulation est une harmonisation.

-Shaofu 8C et dadu 2Rte à gauche, yinbai 1Rte et dadun 1F à droite : technique dite des 4 aiguilles[1] utilisant les points principaux (ben), agissant comme s'ils tonifiaient la Rate, ce qui calme le yi. Shaofu 8C est le point ben-Feu du Cœur qu'il tonifie ; dadu 2Rte est le point rong-Feu, mère de la Terre, tonifiant annuel, qui transfère l'Énergie de la mère, le Cœur, à son fils, la Rate ; dadun 1F est le point ben-Bois du Foie qui le disperse afin de l'empêcher d'attaquer la Rate ; yinbai 1Rte est le point jing-Bois de la Rate qui la protège de l'attaque du Bois du Foie. Bien qu'il y ait tonification et dispersion, dans ce cas, il suffit d'harmoniser tous les points ; ceux qui sont censés tonifier, à gauche, et ceux qui sont censés disperser, à droite.

-Shenmen 7C, shenting 24DM et/ou renzhong 26DM : calment l'Esprit. Le traitement du shen doit systématiquement être associé à celui d’un shenzang.

- Zusanli 36E à gauche et zhongwan 12RM : harmonisent laRate et l'Estomac, ce qui ramène au Centre, régularise les mouvements verticaux de montée du pur et de descente de l'impur, et calme l'Esprit.On se sert de la fonction de « fermeture » de l’Estomac du yangming, riche en Sang et en qi. En renforçant le qixue, on ferme le corps à l’influence néfaste des pervers externes et des sentiments internes, ce qui favorise l’ancrage des shenzang.

- Fenglong 40E à droite : transforme les Mucosités.

- Geshu 17V : régularise le Sang ce qui favorise l’ancrage des benshen.

- Ganshu 18V : mobilise la Stagnation du qi du Foie.

Évolution

Utiliséesur quelques séances, cette formule a la double utilité de calmer les ruminations et obsessions, et de stopper les crises d’asthme, ce qui montre encore une fois l’importance des troubles émotionnels dans cette affection. Mais à un moment ou un autre, le traitement de fond doit être repris en alternance. Le patient est maintenu ainsi depuis plusieurs années.

Deuxième observation : lombarthrose et neuropathie périphérique

Physiopathologie du syndrome rhumatismal (bizheng) et du syndrome de paralysie (weizheng)

- La force et le mouvement harmonieux du qixue, l’équilibre du yin-yang, la solidité des zangfu, toutes ces qualités font la santé et la longévité de l’homme.

- Le bizheng est consécutif à une attaque par le Vent (douleur erratique), le Froid (douleur aiguë) et l’Humidité (douleur sourde et fixe) avec prédominance de l’un d’entre eux. Au début, il s’agit des formes Plénitudes externes qui stationnent dans les méridiens où le zhengqi lutte contre le xieqi. Ensuite, quand le qixue s’affaiblit, les pervers entrent en profondeur pour former les formes internes Vides des Viscères (zang) : Vide de yang (Reins), Vide de yin (Foie et Reins), Vide de Sang (Rate). Cependant, le Froid, le Vide de yang du dumai et des Reins plus exactement, reste le fondement (ben) du bizheng. En cas d’atteinte interne, Vent, Froid et Humidité s’additionnent aux Vides des zang.

- Le weizheng est originellement une maladie de Chaleur, même si le Froid peut être présent. Normalement, le yangming produit le qixue avec la Rate et régit les quatre membres. Quand la Rate est Vide, quand l’Estomac est en excès de Chaleur, le ying (nutritif) yinest insuffisamment produit et le wei(défensif) yang devient en excès. Les quatre membres ne sont plus alimentés correctement, le yang prédomine, ce qui consume les tissus et conduit à la paralysie. Il existe un wiezheng par zang décrit dans le suwen, 44.

- La hernie hiatale est assimilée à une obstruction du thorax (xiongbi) dont le mécanisme principal est l’association de deux Plénitudes, la Stase de Sang et l’obstruction des Mucosités, associées à deux Vides, de qi et de yang ; le Vide de yin étant souvent présent. Le xiongbi est lié à un défaut de propulsion du Sang dans le thorax et se traite toujours au Cœur, à son Enveloppe et aux zangfu digestifs.

Description

Une femme de 72 ans, obèse, consulte pour une lombarthrose importante depuis des années. La douleur lombaire est en barre, entre L2 et L4, plus ou moins toujours présente, aggravée à la station debout, en se relevant et à la marche, pas la nuit ni au repos ; elle irradie sur les deux fesses et sur le côté de la cuisse gauche. Il existe aussi une neuropathie périphérique des deux membres inférieurs, depuis un an, axée surtout sur les troubles sensoriels subjectifs : paresthésies, sensation de pieds en chaussettes et froids quand il fait froid, serrement des jambes et des pieds, douleur sous les pieds. Il n’y a ni amyotrophie ni hyposensibilité ni de perte de force musculaire. Les autres symptômes sont : abattement, tristesse, digestion lente, selles molles, bouche et gorge sèche avec soif, froid et crainte du froid, asthénie avec essoufflement important d’effort. Dans les antécédents, on note une maladie de Hashimoto, il y a 20 à 25 ans, nécessitant la prise de 125 mg de Lévothyrox ; une cervicarthrose aggravée par le froid. Le pouls est xian (tendu), ru (mou), chen (profond) et xi (fin) aux Pieds. La langue est grosse, rose-rouge, avec un enduit blanc épais et des taches mauves postérieures.

Diagnostic

- D’emblée, l’arthrose cervicale et lombaire évoque un syndrome rhumatismal (bizheng) dont le fondement est un Froid-Vide.

- Abattement et tristesse montrent la Stagnation du qi du Foie.

- Digestion lente et selles molles sont en faveur d’un Vide de qi de Rate.

- Bouche et gorge sèche avec soif, froid et crainte du froid, lombalgie, extrémités froides, tous ces symptômes signent les Vides de yin et de yang des Reins.

- L’asthénie avec essoufflement important d’effort oriente sur le Vide de qi de Rate et de yang des Reins.

- L’obésité favorise la présence de Mucosités.

- Les signes neuropathiques sont en faveur d’un syndrome de paralysie (weizheng) débutant, puisqu’il n’y a ni amyotrophie ni hyposensibilité ni perte de force musculaire. Le bizheng peut évoluer vers un weizheng comme c’est le cas ici.

- Le pouls xian (tendu) montre la participation du Foie et la présence du Vent, composante du bizheng ; ru (mou), il signe l’Humidité favorisée par le Vide de qi de Rate ; chen (profond) et xi (fin) aux Pieds, est significatif des Vides de yin et de yang des Reins. Le pouls ru (mou) de l’Humidité associée au Vide de qi de Rate et au Vide de yang des Reins, oriente fortement sur l’Humidité-Froid qui entrave la Rate.

- La langue grosse signifie l’Humidité et les Mucosités ; rose-rouge, la Chaleur, que peut expliquer le weizheng débutant ; l’enduit blanc épais est signe de Froid important ; les taches mauves postérieures orientent sur la Stase de Sang.

- Au total, il s’agit d’un bizheng essentiellement lombaire évoluant en weizheng. Il y a donc Vent-Froid-Humidté avec Vides de yin et de yang des Reins. Le Vide de yang des Reins associé ici à l’Humidité-Froid de la Rate, caractérise le bizhengdont le fondement est le Froid, tandis que le Vide de yin des Reins évolue vers le weizheng qui est une maladie de Chaleur.

Premier traitement et évolution

Le traitement donne la priorité au bizheng qui est apparu en premier, il tient compte de tous les syndromes.

- La manipulation est une dispersion du premier groupe de points et de fenglong 40E, une harmonisation avec réchauffement des deuxièmes, troisièmes, quatrièmes et cinquièmes groupes et de fengfu 16DM, une tonification de taixi 3R.

-Geshu 17V, ganshu 18V : mobilisent la Stagnation de qi et la Stase de Sang, et chassent le Vent.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, yaoyangguan 3DM : tonifient le yang inné des Reins, ce qui soutient l’acquis de la Rate.

-Dachangshu 25V, ciliao 32V : complètent les points précédents pour réchauffer la zone lombo-sacrée.

- Pishu 20V, zusanli 36E : tonifient le yang acquis de la Rate pour l’aider à chasser l’Humidité-Froid et transformer les Mucosités.

-Yanglingquan 34VB, xuanzhong 39VB : ces deux points hui renforcent les tendons, les muscles et la moelle, ce qui complète les actions précédentes.

Fengfu 16DM : action locale sur la zone cervicale.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Taixi 3R : tonifie l’Essence des Reins et nourrit le yin.

Après huit séances à raison de deux séances par semaine pendant deux semaines, puis une séance par semaine, la douleur lombaire a complètement régressé, la cervicalgie aussi, de même que la sensation de froid et les troubles sensoriels. Néanmoins, le serrement des jambes survient encore d’une manière intermittente toute une journée. Pensant à une Stase de Sang résiduelle, nous remplaçons taixi 3R par les points suivants en harmonisation : xuehai 10Rte, sanyinjiao 6Rte, weizhong 40V, chengshan 57V.  Mais aucune amélioration n’est obtenue.

Second traitement et évolution

En discutant, la patiente signale que l’essoufflement d’effort est toujours présent et qu’il est du à une importante hernie hiatale refoulant les poumons, survenue avant la lombarthrose. C’est alors que nous pensons à traiter prioritairement la hernie hiatale, en tant que xiongbi, pour faire régresser le serrement des jambes et l’essoufflement. Normalement et puisque la hernie a débuté avant l’arthrose, ce que nous ne savions pas, nous aurions du traiter celle-là prioritairement.

- La manipulation est une dispersion des trois premiers groupes de points, de fenglong 40E et baihui 20DM ; une harmonisation avec réchauffement des quatrièmes et cinquièmes groupes ; une tonification de sanyinjiao 6Rte.

-Xinshu 15V, jueyinshu 14V, juque14RM, tanzhong 17RM : la puncturebeishu-mu du Cœur et de son Enveloppe, les régularise pour mobiliser la Stase de Sang du thorax.

-Neiguan 6MC, taichong 3F : ouvrent la poitrine pour compléter le traitement du xiongbi et mobilisent la Stagnation du qi du Foie.

-Geshu 17V, xuehai 10Rte : mobilisent la Stase de Sang.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, guanyuan 4RM, qihai 6RM : tonifient le yang inné des Reins et soutiennent l’acquis.

-Zusanli 36E, zhongwan 12RM : tonifient le qi et le yang acquis de Rate afin de nourrir l’inné et d’aider la Rate à chasser l’Humidité et transformer les Mucosités.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Baihui 20DM : calme l’Esprit.

-Sanyinjiao 6Rte : nourrit le yin des Reins et tonifie le qi de la Rate pour compléter les actions précédentes.

Après six séances à une semaine d’intervalle, l’essoufflement d’effort a bien diminué, ce que nous attribuons à la descente de la hernie hiatale et bien que cet aspect demande à être vérifié par une fibroscopie. Cependant, aucune amélioration n’est obtenue pour le serrement des jambes. Nous avons suivi cette patiente toutes les deux semaines pendant une longue période, puis, elle décida que l’amélioration lui suffisait comme ça. Nous n’avons pas eu de ses nouvelles à long terme.

Troisième observation : rhumatisme (bizheng) lombaire dû au Vent, au Froid et à l’Humidité.

Physiopathologie du bizheng (syndrome rhumatismal)

- Le bizheng est du à l’attaque des pervers externes du Vent (feng), du Froid (han) et de l’Humidité (shi) avec prédominance de l’un ou de deux d’entre eux.

- Normalement le weiyangdéfensif circule à l’extérieur des méridiens et le yingyin nutritif, à l’intérieur. Suite à l’attaque des pervers externes, le wei rentre dans les méridiens avec le fenghanshi, tandis que le ying en sort, ce qui est considéré comme un contre-courant (qini) et une atteinte du Sang puisque, par analogie au yin, c’est l’intérieur des méridiens. Ceci justifie que le bi soit considéré comme une obstruction du Sang dont le principal symptôme est la douleur.

- Quelle que soit l’atteinte du bizheng, superficielle des méridiens, profonde des zang ou après transformation en Chaleur, le Froid reste le fondement du bi, notamment le Vide de yang du dumai et des Reins.

Description

Un homme de 50 ans a fait un infarctus du myocarde pour lequel il a ensuite été posé un stent. Depuis quelques mois, le patient a une apnée du sommeil appareillée. Il consulte pour une lombalgie survenant sur une lombarthrose avec des becs de perroquet. Le principal climat aggravant est l’Humidité-Froid, la station debout prolongée et certains efforts de mouvement réveillent encore la douleur. Ses autres symptômes sont : anxiété, angoisse, inquiétude, rumination, troubles du sommeil avec réveils nocturnes, perte de mémoire, moments d’abattement dépressif favorisés par l’exacerbation de la douleur, soupirs, digestion lente et difficile avec selles molles, ballonnement, crainte du froid et particulièrement du temps humide et froid, extrémités froides, raclement de la gorge. Le pouls est xian (tendu), ru (mou), chen (profond) et xi (fin) sur les Pieds. La langue est grosse, humide, pâle, avec un mince enduit blanc sur la racine, une pointe rouge et des taches mauves postérieures.

Diagnostic

- Le diagnostic de douleur survenant sur un bizheng de l’Humidité-Froid est facile à faire d’autant plus que le diagnostic radiologique a été fait par la médecine occidentale. Comme il y a des becs de perroquets, la présence de Mucosités-Glaires est certifiée, ce qui est aussi confirmé par l’athérosclérose coronaire, l’apnée du sommeil et le raclement de la gorge.

- Anxiété, angoisse, inquiétude, rumination, troubles du sommeil avec réveils nocturnes, perte de mémoire ; tous ces symptômes peuvent être associés au Cœur, en Vide de yin dans ce contexte.

- Angoisse, moments d’abattement dépressif favorisés par l’exacerbation de la douleur et soupirs sont dus à la Stagnation du qi du Foie.

- Rumination, digestion lente et difficile avec selles molles et ballonnement, ces symptômes proviennent d’un Vide de qi de Rate.

- Crainte du froid et particulièrement du temps humide et froid, et extrémités froides, ces manifestations montrent le Vide de yang des Reins associé à l’Humidité-Froid qui entrave la Rate.

- Le pouls xian (tendu) confirme la présence du Vent et de la Stase de Sang que l’on retrouve sur la face postérieure de la langue.

- La langue grosse et humide avec un mince enduit blanc, le pouls chen (profond) et ru (mou) ; ces arguments sont en faveur de l’Humidité-Froid de la Rate. Malgré la présence de Mucosités, nous n’avons pas retrouvé de pouls hua (glissant).

- La langue pâle, l’enduit blanc, le poulschen (profond) et xi (fin) sur les Pieds ; ces signes orientent sur le Vide de yang des Reins associé.

- Le pointe de la langue rouge montre la Chaleur-Vide du Cœur, bien que n’ayons pas retrouvé des symptômes de Vide de yin des Reins avec Cœur et Reins n’ont pas d’échange.

- Au total, il s’agit bien d’un bizheng du au Vent, au Froid et à l’Humidité avec prédominance des deux derniers. Les becs de perroquet et l’antécédent d’infarctus confirment la présence de Mucosités ; il peut donc s’agir d’un gubi ou rhumatisme des os dû principalement à l’Humidité-Mucosités-Froid.

Premier traitement et évolution

Le premier traitement a considéré le bizheng : chasser le Vent, réchauffer le Froid, éliminer l’Humidité, transformer les Glaires, mobiliser le Sang et nourrir l’Essence. Le Cœur a été négligé.

- La manipulation est une dispersion du premier groupe de points et de fenglong 40E ; une harmonisation avec réchauffement des deuxièmes, troisièmes, quatrièmes groupes de points et de yanglingquan 34VB ; une tonification de taixi 3R.

-Geshu 17V, ganshu 18V : chassent le Vent et mobilisent le Sang.

-Zusanli 36E, pishu 20V : renforcent le qi et le yangacquis de la Rate pour l’aider à chasser l’Humidité-Froid et transformer les Mucosités.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, yaoyangguan 3DM : tonifient le yanginné des Reins, ce qui soutient le yangacquis de la Rate, renfoce le dumai et traite localement la lombalgie en chassant l’Humidité-Froid.

-Dachangshu 25V, ciliao 32V : traitent localement la douleur en favorisant l’élimination de l’Humidité-Froid.

- Yanglingquan 34VB : réunion des tendons et des muscles (jinhui) qu’il réchauffe pour favoriser l’élimination de l’Humidité-Froid.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Taixi 3R : nourrit le yin des Reins et renforce l’Essence, ce qui soutient le yang.

Le patient a bénéficié de quelques séances à une semaine d’intervalle puis toutes les deux semaines pendant tout un printemps. Après une amélioration de quelques mois, une récidive survient le mois de septembre suivant et le même traitement appliqué devient inefficace.

Second traitement et évolution

Devant l’antécédent d’infarctus du myocarde et bien que le patient ne souffre d’aucune douleur thoracique, il est évoqué la présence d’un xiongbi demandant un traitement prioritaire. En effet, selon le suwen, 65 et le lingshu, 25, nous devons tenir compte de la maladie apparue en premier ainsi que du premier déséquilibre du yin-yang et du qixue qui influence tous ceux apparus ensuite. Rappelons que les deux mécanismes fondamentaux du xiongbi sont la Stase de Sang et l’obstruction par les Mucosités, sous-tendues par le Vide de qi et de yang. Ceci implique les zang thoraciques comprenant le Cœur et son Enveloppe, et abdominaux, impliquant la Rate, les Reins et le Foie. Si suffisamment de qixue est bloqué au thorax, il ne peut pas être mobilisé ailleurs.

- La manipulation est une dispersion de tous les points jusqu’au fenglong 40E, une harmonisation et un réchauffement des points agissant sur la Rate et les Reins, une tonification de sanyinjiao 6Rte.

-Jueyinshu 14Vet tanzhong 17RM, xinshu 15V et juque14RM : les deux beishu-mu du Cœur et de son Enveloppe, régularisent le qi, le xue, le yin et le yang, ce qui aide à la mobilisation des stases.

- Neiguan 6MC, taichong 3F : ouvrent le thorax, mobilisent la Stagnation du qi du Foie et clarifient sa Chaleur.

-Geshu 17V : mobilise la Stase de Sang.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, guanyuan 4RM, qihai 6RM, zusanli 36E : tonifient le yang de la Rate et des Reins, c'est-à-dire l’acquis et l’inné, ce qui permet à la Rate de chasser l’Humidité et de transformer les Mucosités, et aux Reins de soutenir la Rate et de renforcer le dumai.

- Sanyinjiao 6Rte : tonifie le qi de la Rate, nourrit le jing et le yin des Reins.

Le patient a été soigné toutes les deux à trois semaines en période hivernale. Cette fois-ci le résultat est rapide, tant sur la douleur que sur l’état général, avec maintien du résultat plusieurs mois après la fin du traitement. Notons encore qu’une douleur de l’épaule droite a essayé d’être traitée localement sans résultat ; elle a cédé par le traitement du xiongbi !

Conclusion

Nous ne pouvons nier l’intérêt intellectuel qu’une telle démarche diagnostique et thérapeutique anime et comment justifie-t-elle notre désir de toujours pousser plus loin notre compréhension des mécanismes physopathologiques de la médecine chinoise. Cependant, nous passons cet intérêt après celui du patient, conscient que le soulagement de sa souffrance est la finalité de notre lien avec lui.

 Dr Robert Hawawini 

Conflit d’intérêts : aucun

  



[1] Rapporté par Borsarello Jean-François, Duron André, Faubert André, Laville-Méry Charles.

 

Résumé : Introduction : la prise en charge actuelle des acouphènes ne peut s'envisager sans être globale et multidisciplinaire devant la multiplicité des contextes cliniques rencontrés. Cette prise en charge globale de l'individu est un des piliers de la Médecine Traditionnelle Chinoise. L'objectif ici est de faire un état des lieux des traitements allopathiques connus, d'évaluer l'apport thérapeutique de l'acupuncture dans l'état actuel des connaissances et de relater les essais cliniques déjà réalisés à ce sujet. Méthodes : description des connaissances actuelles allopathiques et acupuncturales, concernant le traitement des acouphènes, revue de littérature. Résultats : la totalité des essais analysés présente des biais méthodologiques. Conclusion : il n'est pas possible de conclure quant à un éventuel apport thérapeutique de l'acupuncture dans le traitement des acouphènes à l'heure actuelle. Mots-clés : acupuncture – acouphènes - revue de littérature - essai randomisé.

Summary: Introduction : the current management of tinnitus cannot be considered without being global and multidisciplinary in the face of multiplicity of clinical contexts encountered. This comprehensive care is one of the pillars of Chinese Traditional Medicine. The objective here is to make an inventory of known allopathic treatments, to evaluate the therapeutic contribution of acupuncture in the current state of knowledge an to report the clinical trials already carried out. Methods: description of the current allopathic and acupunctural knowledge, concerning the treatment of tinnitus, literature review. Results: the totality of analyzed trials presents methodological biases. Conclusion: it's not possible to conclude with regard to a pôssible contribution of acupuncture in the treatment of tinnitus at present. Keywords: acupuncture – tinnitus - literature review - randomized trials.

 

Introduction

Les acouphènes constituent un motif de consultation fréquent en médecine générale. Cette pathologie, plus ou moins invalidante et ayant un retentissement plus ou moins important sur la qualité de vie des patients, suscite encore à notre époque beaucoup d'interrogations. Ils peuvent être définis comme la perception personnelle et exclusive d'un bruit, sans qu'il n'y ait eu de stimulation extérieure à l'appareil auditif (comparable à un "mirage sonore"). On peut le ressentir de manière unilatérale ou bilatérale [1]. En Médecine Traditionnelle Chinoise, il est parfois désigné sous le terme de "chant d'oreille".

Prévalence

Différentes études estiment que la prévalence des acouphènes dans la population générale varie de 10 à 15%. Les acouphènes dits invalidants, c'est-à-dire entrainant une franche altération de la qualité de vie, toucheraient en France environ 1% de la population générale, soit plus de 600 000 personnes [2,3].

Facteurs de risque

Il existerait différents facteurs de risques liés à leur apparition: l'âge (leur prévalence augmenterait régulièrement au cours de la vie, probablement en lien avec l'apparition de la presbyacousie), l'exposition régulière au bruit (qu'elle soit d'origine professionnelle ou non), l'association à une hypoacousie quelqu'en soit son origine (les patients acouphéniques présenteraient plus volontiers une altération de la fonction auditive), certaines affections ORL ou stomatologiques chroniques (otites moyennes, sinusites, dysfonctionnement de l'articulation temporo-mandibulaire, pose de drains transtympaniques dans l'enfance...), les facteurs psychologiques de comorbidité (anxiété, dépression...), certains  facteurs de risque cardio-vasculaire (Hypertension Artérielle, tabagisme, dyslipidémies...), certains facteurs environnementaux (conditions socio-économiques défavorables) [4-6].

Physiopathologie

Plusieurs hypothèses existent concernant la physiopathologie des acouphènes. Ils résulteraient d'une activité neuronale aberrante qui serait perçue comme un son par les centres auditifs. L'atteinte pourrait avoir différentes origines. Ils pourraient être la conséquence d'un trouble de conduction sur les voies nerveuses de l'audition ; ou d'une atteinte des structures périphériques de l'audition (cellules ciliées externes, cellules ciliées internes, nerf auditif) ou de structures extrasensorielles ; voire d'une atteinte centrale [7].

 

Etiologies en médecine allopathique

De nombreuses étiologies sont évoquées. On peut les répertorier selon que les acouphènes soient subjectifs (perçus uniquement par le malade) ou objectifs (pouvant être perçus par un auditieur extérieur).

Acouphènes subjectifs

On distingue les atteintes de l'oreille externe (bouchon de cérumen, otite externe, ostéome ou exostose du conduit), de l'oreille moyenne (otite moyenne aigue, otite séromuqueuse, choléstéatome, otospongiose), de l'oreille interne (maladie de Ménière, traumatismes, exposition sonore excessive, presbyacousie, surdité brusque, origine toxique ou médicamenteuse, labyrinthite infectieuse), des voies nerveuses de l'audition (neurinome de l'acoustique, maladie de Paget, atteinte du système nerveux central), les atteintes cervico-faciales (pathologies de l'articulation temporo-mandibulaire, cervicales voire sinusiennes), les causes générales (hypertension artérielle, hypotension orthostatique, anxiété, dépression, facteurs de risque cardio-vasculaires...) [8].

Acouphènes objectifs

Citons les acouphènes pulsatiles, liés à une origine vasculaire (fistules artério-veineuses, anévrysmes) ou tumorale (tumeurs glomiques notamment), et les acouphènes d'origine mécanique, à bruit de cliquetis (atteinte de la trompe d'Eustache, de l'articulation temporo-mandibulaire, du voile du palais, des muscles de l'oreille moyenne).

Ainsi, devant la multiplicité des contextes rencontrés, l'interrogatoire, l'examen physique (dont les tests à visée ORL : acoumétrie, audiométrie tonale et vocale, tympanométrie) et les examens complémentaires (IRM, bilans biologiques, mesure des otoémissions acoustiques, des Potentiels Evoqués Auditifs) revêtent toute leur importance [9].

Traitements en médecine allopathique

Le traitement des acouphènes ne peut s'envisager sans être pluridisciplinaire. On associe souvent aux traitements étiologiques, quand ils sont possibles (par exemple la chirurgie, le cas échéant) d'autres thérapeutiques telles la thérapie sonore (appareillages ayant pour but de "masquer" les acouphènes selon différentes techniques), les techniques d'occlusodontie telles la pose de gouttières (le cas échéant), la psychothérapie de soutien ou cognitivo-comportementale, le counselling ( dans le cas des acouphènes, consiste surtout en une information du patient sur ses acouphènes par séances dédiées ; on l'appelle Tinnitus Retraining Therapy si associé à la thérapie sonore), le biofeedback, la sophrologie, l'hypnose [10,11].


 

Rapport des méridiens avec l'oreille

En Médecine Traditionnelle Chinoise, l'oreille est un lieu de convergence de plusieurs méridiens. On peut citer le lingshu, 28 : "l'oreille est un lieu où s'assemblent les mai ancestraux", mai signifiant "vaisseau" en mandarin. Certains méridiens présentent donc des rapports anatomiques étroits avec l'oreille, que cela soit par leur trajet principal, leur méridien distinct, leur méridien luo de communication ou leur méridien tendino-musculaire [12].

Méridien du Triple Réchauffeur

Une branche interne part du thorax (point danzhong (17RM), où il recontre le méridien du Maître du Cœur), s'achemine vers le creux sus-claviculaire au point quepen (12E), puis remonte le long du cou et du muscle sterno-cléïdo-mastoïdien vers le point tianyou (16TR). Ensuite, elle passe en arrière de la mastoïde et de l'oreille jusqu'à son apex au point jiaosun (20TR). Du point yifeng (17TR) (ou du point jimo (18TR) selon certains auteurs dont Nguyen Van Nghi), une branche rentre dans l'oreille, puis en ressort en avant du tragus en croisant le point tinggong (19IG), vers ermen (21TR) puis heliao (22TR). Selon certains auteurs, cette branche croise shangguan (3VB), selon d'autres, elle passe en avant de tinghui (2VB).

Méridien de la Vésicule Biliaire

Le trajet externe du méridien passe par tinghui (2VB), point situé juste en avant de l'oreille. Plus loin, il contourne l'oreille en décrivant une courbe au-dessus et en arrière, de shuaigu (8VB) à wangu (12VB). À noter qu'il croise le méridien du Triple Réchauffeur au niveau du point jiaosun (20TR). Pour certains auteurs, la branche pénétrant dans l'oreille depuis le méridien du Triple Réchauffeur serait issue de fengchi (20VB). Enfin, il existerait un dernier rameau qui pénètrerait dans l'oreille, à partir de touqiaolin (11VB) ou de wangu (12VB).

Méridien de l'Intestin Grêle

Le point tinggong (19IG) présente d'étroites relations avec les deux méridiens du niveau énergétique shaoyang. De plus, dans le trajet externe du méridien, celui-ci, après avoir croisé les autres méridiens yang au point dazhui (14DM), part vers le creux sus-claviculaire et le point quepen (12E). De là, une branche chemine le long du cou vers quanliao (18IG). Selon certains auteurs, une branche profonde y pénètrerait dans l'oreille ; selon d'autres cette branche profonde serait issue de tinggong (19IG).

Méridien de la Vessie

Après avoir croisé le méridien du dumai au point baihui (20DM), une branche part du méridien de la Vessie vers l'extrémité supérieure du pavillon en croisant le méridien de la Vésicule Biliaire sur tous ses points de qubin (7VB) à wangu (12VB).

Méridien de l'Estomac

Après avoir rencontré le méridien du renmai et le méridien controlatéral de l'Estomac au point chengjiang (24RM), il va vers l'angle inférieur de la mandibule au point daying (5E). D'où partent deux branches : l'une monte en avant de l'oreille en passant successivement par les points shangguan (3VB), xuanli (6VB), xuanlu (5VB), hanyan (4VB), puis touwei (8E) sur la région temporale avant de se terminer sur le front au niveau du point shenting (24DM) ; l'autre descend vers la fosse sus-claviculaire et quepen (12E), puis vers dazhui (14DM) où elle rencontre les autres méridiens yang.

Méridien luo du Gros Intestin

Concernant les méridiens luo de communication, un seul présente des rapports étroits avec l'oreille : le luo du Gros Intestin. En effet, à partir de jianyu (15GI), celui-ci arrive au creux sus-claviculaire et quepen (12E) puis au cou et à l'angle de la mandibule où il se déploie en deux branches : l'une vers les dents, l'autre vers l'oreille. Celle-ci communique avec les autres méridiens qui arrivent à l'oreille.

Méridien distinct (jingbie) du Maître du Cœur

Concernant les méridiens distincts, là encore, un seul présente des rapports avec l'oreille : le méridien distinct du Maître du Cœur. De tianchi (1MC), où il nait, il se dirige à l'horizontale vers yuanye (22VB), puis pénètre dans la poitrine vers le Cœur où il se divise en deux branches : l'une se connecte avec les trois Réchauffeurs ; l'autre monte au cou au point lianquan (23RM) puis chemine vers tianyou (16TR) où il se connecte au méridien principal et au méridien distinct du Triple Réchauffeur ; puis il se relie, au-dessus de wangu (12VB), avec les méridiens du Triple Réchauffeur et de la Vésicule Biliaire. Il s'agit du Cinquième Accord ou Cinquième Confluence (liaison Enveloppe du Cœur-Triple Réchauffeur, en vertu du rapport interne-externe).

Méridiens tendino-musculaires

Méridien tendino-musculaire de la Vessie

Une sous-branche issue du creux sus-claviculaire et quepen (12E), se divise en deux branches : l'une part vers la mastoïde et wangu (12VB), l'autre parcourt la joue jusqu'à quanliao (18IG) où elle croise les autres méridiens tendino-musuclaires yang du pied.

 

Méridien tendino-musculaire de la Vésicule Biliaire

À partir du creux sus-claviculaire et quepen (12E), il monte sur le bord latéral du cou et contourne l'oreille, derrière laquelle il se divise en deux branches : l'une passe derrière l'apex de l'oreille vers le sommet du crâne et baihui (20DM), l'autre descend de la tempe vers la joue et la mandibule où elle rencontre les autres méridiens tendino-musuclaires yang du pied

 

Méridien tendino-musculaire de l'Estomac

Il chemine vers l'angle de la mandibule à partir du creux sus-claviculaire et quepen (12E), puis se divise en trois branches : l'une vers l'oreille, la seconde vers quanliao (18IG) où elle croise les autres méridiens tendino-musuclaires yang du pied, la troisième encercle la bouche et monte vers le nez et les yeux.

 

Méridien tendino-musculaire de l'Intestin Grêle

Une branche se déploie sur la scapula, puis part vers la face latérale du cou où elle se situe entre, d'une part, le méridien tendino-musuclaire de l'Estomac en avant, et d'autre part, les méridiens tendino-musuclaires de la Vessie et de l'Intestin Grêle en arrière. Puis, elle s'y divise en deux branches : une branche antérieure vers l'angle de la mandibule qui longe la mandibule vers l'oreille, et une branche postérieure qui se fixe au processus mastoïdien (d'où une petite branche part vers l'oreille), puis encercle l'oreille afin de relier la branche antérieure avant d'aller vers la joue.

 

Méridien tendino-musculaire du Triple Réchauffeur

Depuis l'angle de la mandibule, une sous-branche monte devant l'oreille puis passe du canthus externe de l'œil vers la tempe et benshen (13VB) où elle croise les autres méridiens tendino-musuclaires de la main.

Méridiens curieux

Vaisseau yang du Talon (yangqiaomai)

Depuis la fosse sus-claviculaire, il atteint la face en passant successivement par les points dicang (4E), juliao (3E), chengqi (1E), puis jingming (1V) où il croise le yinqiaomai, avant d'aller vers le vertex.

 

Vaisseau yang de Liaison (yangweimai)

Depuis jianjing (21VB), il monte vers le cou, puis vers l'oreille. Ensuite, il atteint le front puis décrit une courbe au niveau du crâne en empruntant tous les points du méridien de la Vésicule Biliaire de benshen (13VB) à fengchi (20VB) ; pour certains auteurs, il "se répand à l'oreille". Ensuite, il chemine vers fengfu (16DM) et se termine à yamen (15DM).

 

Vaisseau Gouverneur (dumai)

Certains trajets énergétiques gagnent la mastoïde depuis fengfu (16DM). De plus, baihui (20DM) est étroitement interconnecté avec des branches qui gagnent l'oreille, comme vu précédemment.

Oreille et viscères

Concernant les rapports de l'oreille avec les Entrailles (fu), il semble que l'oreille soit fondamentalement liée aux Reins. De nombreux textes classiques tels le lingshu ou le suwen traitent de l'influence directe de ce Viscères (zang) sur l'oreille et la fonction auditive. De plus, il convient de noter le rôle joué par le Cœur, car il existe une étroite connection entre le Cœur et les Reins, sur un plan énergétique, mais également sur un plan bien plus profond. L'Orifice (qiao) de l'écoute étant les Reins, l'Orifice de l'entendement étant le Cœur.


Place des acouphènes au sein des tableaux syndromiques

Par conséquent, au vu des rapports entretenus par l'oreille avec les méridiens et les Entrailles, on peut émettre des interprétations quant à la place du symptôme "acouphènes", au sein de tableaux cliniques, dans le cadre de l'affection d'un méridien adjacent ou dans le cadre de la théorie des zangfu. Citons l'importance des travaux menés par le Docteur Bernard Cygler. À travers différents ouvrages, il a décrit, de manière empirique, les résultats obtenus après acupuncture pour des acouphènes et répertorié des milliers de cas auxquels il a été confronté durant plus de trente ans de pratique. Les hypothèses émises pourraient servir de base de réflexion.

Acouphènes et atteinte des méridiens

Ainsi, dans un premier ouvrage, il décrit l'association d'acouphènes avec d'autres symptômes comme pouvant évoquer l'atteinte de certains méridiens. Il s'agit :

- du méridien de l'Intestin Grêle : association avec surdité, otalgie irradiant vers la mandibule, œil jaune, larmoiement, enflure de la joue, raideur du cou, douleurs sur le trajet du méridien (face postéro-externe du cou, mâchoire, face postérieure des membres supérieurs) ;

- du méridien du Triple Réchauffeur : association avec surdité, douleurs devant les oreilles, diverses affections de la gorge (enflure, douleurs, obstruction, aphonie), troubles visuels, fixité du regard, agitation mentale, spasmes palpébraux et musculaires, vomissements ;

- du méridien de la Vésicule Biliaire : assciation avec surdité, fièvre intermittente, céphalées, douleurs oculaires, voire impossibilité d'ouvrir l'œil controlatéral, troubles visuels, douleurs de la partie latérale des côtes et de l'abdomen, douleurs sur le trajet du méridien (hanche, genoux, face externe des membres inférieurs) ;

- du méridien du Foie : association avec surdité, céphalées, troubles visuels (dont strabisme, larmoiement, flou visuel), vertiges, étourdissements, nausées, sensation d'obstruction de l'oesophage, distension abdominale, myalgies.

D'autres composantes des méridiens prinicpaux (méridien luo du Gros Intestin, méridien tendino-musuclaire de l'Intestin Grêle, méridiens distincts du Foie, du Gros Intestin, du Triple Réchauffeur, du Maître du Cœur) pourraient être incriminées.

Aspects importants de l'interrogatoire

Dans un second ouvrage, le Docteur Cygler émet l'hypothèse d'autres étiologies, mêlant médecine occidentale et énergétique chinoise selon la théorie des zangfu [13]. Il décrit également les composantes selon lui importantes de l'interrogatoire au sujet des acouphènes en Médecine Traditionnelle Chinoise. Les points importants :

- L'ancienneté de l'acouphène : classiquement, un acouphène (souvent d'installation progressive) correspondrait à un tableau de type Vide, tandis qu'un acouphène plus récent (souvent de début plus brutal) correspondrait à un tableau de type Plénitude. Même s'il ne s'agirait pas ici d'une règle générale.

- Le caractère unilatéral ou bilatéral : il est prioritaire d'éliminer un neurinome de l'acoustique, par des examens adaptés si l'acouphène est unilatéral et le reste. Il faut connaître également la présence de signes associés (surdité, vertiges) en cas d'acouphènes bilatéraux. Penser à l'apparition d'une nouvelle étiologie si l'acouphène était unilatéral et devient bilatéral. Le côté d'apparition, pourrait, selon certains auteurs, constituer un élément d'orientation (selon E. Soulié de Morant : des acouphènes à gauche témoigneraient d'un Vide de Sang, de yin, ou d'un excès de Chaleur par excès relatif de yang; des acouphènes à droite témoigneraient d'un Vide de qi ou d'une atteinte par les Glaires, le Vent ou le Froid par excès relatif de yin) [27].

- Le caractère continu ou intermittent : les acouphènes quels qu'ils soient, continus ou discontinus indiquent la recherche immédiate d'un neurinome de l'acoustique. Le passage d'intermittent à continu est un signe d'aggravation.

- Les éventuelles variations d'intensité des acouphènes unilatéraux : systématiquement aggravés le matin ou le soir, penser à un trouble des méridiens curieux qiao. Penser à la Rate s'ils fluctuent avec le stress. Penser aux méridiens curieux s'ils évoluent par cycles.

- La tonalité : de nombreuses tonalités différentes ont été décrites, qui pourraient orienter vers certaines étiologies.

- La présence d'une sensation d'oreille bouchée : effectuer la manoeuvre de Valsalva (souffler par le nez, les deux narines bouchées) pourrait constituer un élément d'orientation. Si les oreilles se libèrent, il s'agit d'une stagnation de yang au niveau du nez et de l'œil et d'un vide de yang au niveau des oreilles. Penser alors à tongziliao (1VB). Si elles ne se libèrent pas, il s'agit du cas inverse (stagnation de yang au niveau des oreilles et vide de yang au niveau des yeux et du nez), tinghui (2VB) serait alors plutôt indiqué. Tinggong (19IG) peut être associé pour son indication dans les symptômes de plénitude endocrânienne.

- L'association à une éventuelle hyperacousie.

Etiologies des acouphènes en Médecine Traditionnelle Chinoise

Il est à noter que dans ces indications, les points "ministériels" sembleraient avoir plus d'efficacité que les points shu dorsaux (beishu).

Les atteintes de la charnière cervico-occipitale

Ainsi, il décrit différentes étiologies et, selon son expérience, certains points ayant montré une efficacité sur les symptômes. La première d'entre elles, les acouphènes d'origine cervicale. Bernard Cygler fait la distinction entre les atteintes de la charnière cervio-occipitale et les atteintes de la Barrière Supérieure.

Concernant les atteintes de la charnière cervico-occipitale, il s'agit d'une atteinte mécanqiue de cette zone qui correspond à l'empilement de l'os occipital, de l'atlas et de l'axis. On retrouve des signes projetés (otalgies à tympan normal, douleurs dentaires ou de la face sans origine organique évidente). Les points pouvant être efficaces sont souvent locaux : fengfu (16DM), fengchi (20VB), wangu (12VB), touqiaoyin (11VB), tianzhu (10V), jianliao (14TR), danzhong (17RM), voire d'autres points en fonction du contexte clinique.

Les atteintes de la Barrière Supérieure

L'atteinte de la Barrière Supérieure concernerait plutôt le développement personnel et spirituel de l'individu. S'y croisent le yangqiaomai, le méridien prinicpal du Gros Intestin, le méridien tendino-musuclaire de la Vésicule Biliaire. La Barrière Supérieure, qui se situe à fengfu (16DM), serait un lieu bloqué par toutes les pensées arrêtées, rigides, les idées préconçues, l'arrogence intellectuelle ou au contraire les sentiments d'infériorité, le manque de mémoire, l'excès ou l'insuffisance d'abstraction. Les points pouvant être utiles sont ceux la constituant : yamen (15DM), fengfu (16DM) et naohu (17DM).

Les acouphènes d'origine Rate

Les acouphènes d'origine Rate seraient dûs à un vide de qi de celle-ci. Ils surviendraient dans des contextes de ruminations, pensées obsessionnelles ou surmenage intellectuel. Les acouphènes seraient continus mais fluctuants avec les stress, aggravés par la prise d'alcool, survenant souvent sur terrain de spasmophilie ou de claustrophobie. Les points pouvant être efficaces : shangqu (17R, point "ministériel" de la Rate), dadu (2Rte, point de tonification, point rong), taibai (3Rte, point Terre et yuan). Ajouter daling (7MC) pour les patients méticuleux ou perfectionnsites, obsessionnels du rangement. Autres points possibles selon le contexte : sanyinjiao (6Rte), zhangmen (13F), pishu (20V)...

Les acouphènes d'origine Foie

Les acouphènes d'origine Foie pourraient survenir en contexte de Feu du Foie (faisant suite à une stagnation du qi du Foie) ou de Vide de Sang du Foie. Ils fluctueraient avec les accès de colère extériorisée comme de colère refoulée, et on retrouverait souvent chez ces patients des antécédents hépatiques ou de lithiases biliaires. Points pouvant être utiles : zhongdu (6F, point xi, serait plus efficace pour les explosions de colère), youmen (21R), point "ministériel, serait plus efficace pour les colères refoulées). Autres points possibles selon le contexte : taichong (3F), ganshu (18V), qimen (14F)...

Les acouphènes d'origines Reins

Pour les acouphènes d'origines Reins, il existerait deux cas de figure. Soit, il s'agit d'un vide de yin avec Chaleur Vide (et éventuellement un Vide de yang secondaire), ou à l'inverse d'un Vide de yang avec Vide de yin secondaire. On les retrouve souvent secondairement à d'autres pathologies (traumatismes sonores, presbyacousie, surdités héréditaires, surdités brusques...). Dans ce cas, l'acupuncture ne donnerait pas de résultats probants. Soit, il s'agit d'acouphènes déclenchés par excès de peur ou de crainte. Ceux-ci semblent plus accessibles au traitement. Les points qui seraient utiles sont : siman (14R, point "ministériel"), taixi (3R, point Terre, yuan, shu), rangu (2R, point rong, Feu et point de départ du yinqiaomai). Fuliu (7 Rn) pourrait être efficace dans la peur de l'eau ou des inondations. Autres points possibles selon le contexte : shenshu (23V), mingmen (4DM), guanyuan (4RM), qihai (6RM)...

Les acouphènes d'origine Estomac

Le contexte clinique des acouphènes d'origine Estomac serait souvent évocateur : soit il existe une pathologie gastrique (ulcère...), soit une situation de vie que l'on a du mal à "digérer" : certaines injustices, contrariétés, stress... Les points possiblement efficaces : liangmen (21E, point "ministériel", serait plus indiqué dans les troubles organiques), shangguan (3VB, serait plus indiqué dans les situations psychologiques), gongsun (4Rte, point luo). Bulang (22Rn) pourrait être utilisé pour les patients indignés par l'injustice.

Les acouphènes d'origine Vésicule Biliaire

Les acouphènes d'origine Vésicule Biliaire surviendraient chez des patients hésitants, ayant des difficultés à la prise de décision. Il peut également exister un contexte de pathologie des voies bilaires. On pourrait penser à guanmen (22E, point "ministériel"), danshu (19V, point shu dorsal), qimen (14F), diwuhui (42VB).

Les acouphènes d'origine Vessie

Les acouphènes d'origine Vessie pourraient concerner des patients ayant des pathologies des liquides endolabyrinhiques, associées à des pathologies vésicales (cystites récidivantes). On peut alors songer à shuidao (28E, point "ministériel" de la Vessie).

Les acouphènes d'origine yinweimai

Certains méridiens curieux pourraient également être impliqués. Ainsi, les acouphènes d'origine yinweimai possèderaient d'autres symptômes associés tels des douleurs thoraciques cardiaques transfixiantes ou à type de "coups d'aiguilles", des céphalées mal systématisées, des symptômes pelviens... Il s'agit souvent de patients émotifs, ayant des difficultés à prendre leurs distances par rapport à leurs sentiments. Points pouvant être efficaces : zhubin (9R, point xi et point de départ du méridien), neiguan (6MC, point d'ouverture), gongsun (4Rte couplé à neiguan), dadun (1F), yutang (18RM).

Les acouphènes d'origine yangweimai

Les acouphènes d'origine yangweimai seraient, à l'instar des douleurs rhumatismales associées, sensibles à l'influence de la météorologie, et s'aggraveraient dès que le temps change (patients "baromètres"). Ces patients seraient très sensibles à l'atmosphère d'un groupe : un rien les blesse, ou au contraire, leur fait plaisir. Points possibles : waiguan (5TR, point d'ouverture), zulinqi (41VB, couplé à waiguan), fengchi (20VB, croisement avec le Méridien du Triple Réchauffeur), jinmen (63V, point xi). Kufang (14E) serait utile en cas de douleurs névralgiques ou de symptômes psychologiques.

Les acouphènes de type yinqiaomai

Il semblerait que les acouphènes de type yinqiaomai soient plus fréquents que ceux de type yangqiaomai, c'est pourquoi nous nous attarderons plus sur eux. Il existerait un contexte de phobies, repli sur soi, dépression. On peut également retrouver d'autres symptômes associés au yinqiaomai : symptômes pulmonaires (asthme, sensation de gorge serrée), urinaires et gynécologiques (incontinence, troubles utérins), douleurs sur le trajet du méridien (face interne des membres inférieurs). Les symptômes évolueraient de manière intermittente avec résurgence la nuit. Comme points possiblement utiles, citons zhaohai (6R, point d'ouverture), lieque (7P, couplé à zhaohai), rangu (2R, point de départ). Qihai (6RM) serait utile en cas de problèmes avec les parents dans l'enfance.

Les acouphènes de type chongmai

Le contexte des acouphènes de type chongmai est évocateur : individus immobiles, profondément fatigués moralement, physiquement, sexuellement, ayant perdu l'envie de "lutter". Il n'y a pas d'idées suicidaires et les symptômes sont souvent consécutifs à un changment de vie. Points possibles : gongsun (4Rte, point d'ouverture), neiguan (6MC couplé à gongsun), qichong (30E, point d'émergence à la surface du corps), guanyuan (4RM).

Les acouphènes de type renmai

Pour les acouphènes de type renmai, les patients adoptent souvent une présentation autoritaire, pleine d'aisance voire de vantardise. Ils donnent l'impression d'être à l'aise. Ils occultent souvent de nombreux détails de leur vie à l'interrogatoire. On pense surtout aux points sus et sous ombilicaux du méridien, ainsi que les points thoraciques, voire d'autres selon le contexte.

Les acouphènes de type dumai

Concernant les acouphènes de type dumai, on rencontre deux types de symptômes : d'une part, des symptômes vertébraux chez des sujets à l'attitude voûtée depuis l'enfance. Ces patients souffrent d'une absence de force physique et mentale (ils "ne se gouvernent pas"). D'autre part, une impossibilité à s'affrimer, à dire "je", avec des problèmes d'identité ou de dépression. Les points les plus utiles semblent être les points crâniaux et faciaux, voire d'autres selon le contexte.

Les acouphènes liés à la maladie de Ménière

D'autres étiologies peuvent aussi être évoquées, notamment la malaide de Ménière. En Médecine Traditionnelle Chinoise, elle est la plus fréquente des pathologies des liquides de l'oreille et n'existe pas en tant qu'entité morbide, car une distinction est faite entre les pathologies de l'"oreille-audition" (surdité et acouphènes) et celles de l'"oreille-équilibre", pathologie de l'endocrâne (vertiges). De plus, acouphènes et surdité sont vus comme deux stades évolutifs de la même pathologie ("boudonnements pouvant devenir surdité"). Xiaxi (43VB) et zuqiaoyin (44VB) comportent cette notion dans leur symptomatologie associée. Il est important de savoir l'ordre d'apparition des symptômes afin de savoir s'il s'agit d'une pathologie d'origine "oreille" ou d'origine "endocrâne". À noter la fréquente présence de signes "Rate" associés. De nombreux points pouraient être efficaces, ils dépendent du contexte clinique.

Les acouphènes des pathologies de l'endocrâne

Les pathologies de l'endocrâne regroupent une grande variété de contextes cliniques : troubles de l'intelligibilité avec ou sans presbyacousie, surdités héréditaires, surdités brusques, traumatismes sonores... De nombreux mécanismes physiopathologiques peuvent être évoqués : plénitude de yin ou de yang endocrânien, Vide de yin du Foie, stagnations, glaires, troubles des méridiens curieux... Les acouphènes sont souvent bilatéraux, décrit par le patient comme les "ayant dans la tête". On note souvent des signes nasaux ou orificiels associés. Les points sont sélectionnés selon le contexte, à noter une possible efficacité des points Fenêtre du Ciel sous la base du crâne dont fengchi (20VB) et tianzhu (10V) et de certains points crâniaux, notamment tongtian (7V) et luoque (8V).

Les acouphènes pulsatiles

Les acouphènes pulsatiles correspondent à des battements synchrones au pouls, et sont relatifs au Sang. Là encore, de nombreux mécanismes physiopathologiques peuvent être impliqués. Les points utilisés dépendent du contexte, à noter la relative efficacité de toulinqi (15VB), qui ferait circuler les Stases de Sang à la tête.

Les acouphènes lors des surdités brusques

Lors d'une surdité brusque, il est primordial, comme pour les acouphènes pulsatiles, d'effectuer les examens complémentaires adaptés afin d'éiminer une pathologie tumorale, ainsi que d'instaurer des traitements allopathiques d'urgence si nécessaire, notamment en raison du risque médico-légal. Notons les limites de l'acupuncture face à cette pathologie. Tianyou (16TR) aurait une relative efficacité, en tant que point Fenêtre du Ciel.

Les acouphènes des traumatismes sonores

Face à un traumatisme sonore, le contexte est souvent très évocateur. L'acupuncture est souvent peu efficace mais peut entraîner des améliorations des acouphènes dans certains cas. Il peut s'agir d'un blocage de la barrière "Crâne-Face" : chengguang (6V), shangguan (3VB), et xiaguan (7E), qui sont les points qui la constituent ; ou de symptômes Rate, endocrâniens...

Les acouphènes lors de la presbyacousie

La presbyacousie correspond à l'altération physiologique de l'audition liée à la sénescence. Des acouphènes sont souvent associés. Cela correspond à une origine "Endocrâne". Les points pouvant être utiles : xinhui (22DM, qui contrôle le Sang au niveau de l'endocrâne et de la tête, selon J.M. Kespi [28]), yanglao (6IG), baihui (20DM).

Les acouphènes des dysfonctions tubaires

Les acouphènes sur dysfonction tubaire surviennent souvent dans les suites d'une infection ORL et témoignent d'une otite séreuse. On retrouve souvent une sensation d'oreille bouchée. Dans ce cas, il faut effectuer la manoeuvre de Valsalva : si l'oreille se débouche, piquer tongziliao (1VB), sinon, piquer tinghui (2VB).

Les acouphènes avec symptômes "solaires" associés

Certains acouphènes se manifestent dans un contexte d'angoisse, avec sensation de "boule à l'estomac". Il s'agit des symptômes "solaires". Le contexte psychlogique est souvent semblable aux acouphènes de type Estomac. Les points possiblement utiles : juque (14RM, point mu du Cœur), taiyi (23E, "la terre du Cœur" selon Kespi), liangmen (21E, point "ministériel" de l'Estomac), shenmen (7C), yanggu (5IG), points thoraciques du renmai...

Autres étiologies

D'autres étiologies peuvent être évoquées, mais sont en général peu accessibles à l'acupuncture : otospongiose, surdité héréditaire à révélation tardive, barotraumatismes, fibromyalgie, acouphènes "béquille" (le malade ne peut vivre sans son symptôme), hallucinations auditives, maladie d'Alzheimer, neurinome de l'acoustique.


Essais comparatifs randomisés sur l'acupuncture dans le traitement des acouphènes

Maintenant, terminons par quelques mots sur les essais comparatifs randomisés (ECR) qui ont été réalisés sur le sujet des acouphènes. Ces essais comportent tous des biais, les principales critiques que l'on peut adresser portant sur des questions méthodologiques : biais de sélection (groupes sélectionnés hétérogènes, variabilité des critères d'inclusion et d'exclusion), diversité des protocoles employés (points utilisés, fréquence et nombre de séances, choix de l'acupuncture manuelle ou de l'électroacupuncture, choix ou non d'une acupuncture adaptée à chaque patient), choix des groupes contrôles (acupuncture placebo : critères utilisés discutables) [14]. La taille des effectifs, l'impossibilité du double aveugle atténuent la puissance statistique de même que l'impossibilité d'obtenir un placebo totalement inactif [15], et la nécessité que ce placebo reste crédible aux yeux des patients (nécessité de l'emploi d'une échelle de crédibilité du placebo telle l'échelle de Vincent [16]) posent également d'autres problèmes. De plus, actuellement, ces essais sont peu nombreux (environ dix à quinze résultats lors des recherches sur les bases de données sur les trente dernières années) [17-26]. Ainsi la dernière revue systématique concernant électroacupuncture et acouphènes a permis d’identifier cinq ECR (n=322) dont la qualité méthodologique montre aussi un risque élevé de biais de sélection et de performance [29]. De ce fait, il n’existe pas de preuve convaincante que l’électroacupuncture soit bénéfique dans les acouphène. Il est nécessaire de réaliser des ECR de haute qualité méthodologique et de plus grande puissance [30].

Conclusion

Il est donc, à notre époque, très difficile de conclure que l'acupuncture possède, ou non, des effets spécifiques dans le traitement des acouphènes. Il faudra que d'autres essais paraissent, que peut-être les normes méthodologiques des ECR évoluent ou qu'apparaissent des outils d'évaluation objective, ce qui impossible pour le moment dans l'état actuel des connaissances. Cependant, les résultats en pratique clinique, encourageants, indiquent que la Médecine Traditionnelle Chinoise est peut-être une voie d'avenir pour traiter ces symptômes.

 

 

Dr Alexandre Denis

237, rue Nationale, 59800 Lille

Tél : 03 20 54 71 17

Mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Conflit d’intérêt: aucun

 

 

 

 

Références

 

  1. Montain B. Du bruit dans les oreilles : les acouphènes. Ed Guy Tredaniel; 1997.
  2. Tunkel DE et al. Clinical practice guideline : tinnitus. Otolaryngologic Head Neck Surgery. 2014 Oct;151(2 Suppl):S1-S40.
  3. Litré CF et al. Feasability of auditory cortical stimulation for the treatment of tinnitus. Three case reports. Elsevier Masson; 2010 Mar.
  4. Park RJ. et al. Prevalence and risk factors of tinnitus : the Korean National Health and Nutrition Examination Survey 2010-2011, a cross-sectional study. Clinic Otolaryngologic. 2014 Apr;39(2):89-94.
  5. Martines F. et al. Clinical observations and risk factors for tinnitus in a Sicilian cohort. Eur Arch Otorhinolaryngologic; 2014 Sep.
  6. Mahboubi H. Et al. The prevalence and characteristics of tinnitus in the youth population in the United States. Larygoscope. 2013 Aug;123(8):2001-8.
  7. (proceedings) Zenner HP, Pfister M. Systematic classification of tinnitus. Proceedings of the Sixth International Tinnitus Seminar; 1999.
  8. Coulon E. Les acouphènes ou l'impossible silance : étiologie, physiopathologie, et tentatives de traitement [dissertation]. Faculté de Médecine de Rouen; 2002.
  9. Richard W. Et al. Diagnostic approach to tinnitus. Am Fam Physician. 2004 Jan 1;69(1):120-126.
  10. National Research Council (US), Comitee on Hearing, Bioacoustics, and Biomechanics. Tinnitus: Facts, Theories and Treatments. National Academies Press (US); 1982.
  11. Phillips JS, Mc Ferran D. Tinnitus Retrainig Therapy (TRT) for tinnitus. Cochrane Database of systematic reviews. 2010 Mar 17;(3):CD007330.
  12. Cygler B. Acouphènes et acupuncture ou les chants d'oreille de la médecine traditionnelle chinoise. Ed Frisons-Roche; 1996.
  13. Cygler B. Acouphènes et médecine traditionnelle chinoise. Ed La Tisserande; 2012.
  14. Gerlier JL. Quelques (yi) fen de méthodologie. Les limites d'un essai contrôlé randomisé. Revue française de médecine traditionnelle chinoise. 2000;(188):41-2.
  15. Gerlier JL. L'acupuncture placebo est-elle crédible? Acupuncture et Moxibustion. 2003;2:88-89.
  16. Vincent CA. Credibility assessments in trials of acupuncture. Complement Med Res. 1990;4(1):5-11.
  17. Axelsson A, Andersson S, Gu LD. Acupuncture in the management of tinnitus : a placebo-controlled study. Audiology. 1994 Nov-Dec;33(6):351-60.
  18. Furugård S, Hedin PJ, Eggertz A, Laurent C. Acupuncture worth trying in severe tinnitus. Lakkartidningen. 1998 Apr 22;95(17):1922-8.
  19. Nielsen OJ, Møller K, Jørgensen KE. The effect of traditional chinese acupuncture on severe tinnitus. A double-blind, placebo-controlled clinical study with an open therapeutic surveillance. Ugeskr Laeger. 1999 Jan 25;161(4):424-9.
  20. Okada DM, Onishi ET, Chami FI, Borin A, Cassola N, Guerreiro VM. Acupuncture for tinnitus immediate relief. Braz J Otorrinolaringol (Eng Ed). 2006 Mar-Apr;72(2):182-6.
  21. De Azevedo RF, Chiari BM, Okada DM et al. Impact of acupuncture on otoacoustic emissions of patients with tinnitus. Rev Bras Otorrinolaringol. 2007;73(5):599-607.
  22. Wang K, Bugge J, Bugge S. A randomized, placebo-controlled trial of manual and electrical acupuncture for the treatment of tinnitus. Complement Ther Med. 2010 Dec;18(6):249-55.
  23. Rogha M, Rezvani M, Khodami AR. The effect of acupuncture on inner-ear originated tinnitus. J Res Med Sci. 2011 Sep;16(9):1217-23.
  24. Jeon SW, Kim KS, Nam HJ. Long-term effect of acupuncture for the treatment of tinnitus : a randomized, patient- and assessor-blind, sham acupuncture controlled, pilot trial. J Altern Complement Med. 2012 Jul;18(7):693-9.
  25. Ström D, Behrenth E, Ekman K, Johansson A, Unell L, Carlsson GE. Management of tinnitus and jaw-muscle tenderness using an intraoral appliance and acupuncture. Swed Dent J. 2013;37(3):105-10.
  26. Kim JI, Choi JY, Lee DH, Choi TY, Lee MS, Ernst E. Acupuncture for the treatment of tinnitus : a systematic clinical review of randomized clinical trials. BMC Complement Altern Med. 2012;12:97.
  27. Soulié de Morant G. L'acuponcture chinoise: atlas. Ed Maloine; 1972.
  28. Kespi JM. Acupuncture. Ed Maisonneuve; 1982.
  29. He M, Li X, Liu Y, Zhong J, Jiang L, Liu Y, Chen Q, Xie Y, Zhang Q. Electroacupuncture for Tinnitus: A Systematic Review. PLoS One. 2016;11(3).
  30. Brignol TN, Stéphan JM. Brèves d’acupuncture : Pas de preuve convaincante que l’électroacupuncture soit bénéfique dans les acouphènes. Acupuncture & Moxibustion. 2016;15(2):115-119.