Résumé : Deux cas cliniques de surcharge pondérale ont été traités avec succès par la puncture de gongsun, RA4. Le premier cas est un adolescent de 15 ans dont la prise de poids s’est aggravée après un accident de deux roues. La surcharge pondérale était importante (IMC 31). Le deuxième cas est celui d’une jeune femme de 21 ans qui avait grossi récemment en raison d’une augmentation de son appétit. La surcharge pondérale était inexistante selon les tables (IMC 20,5) et c’est le critère « incontrôlable » qui a retenu notre attention. Ces deux cas ont été traités et guéris par la puncture de gongsun, RA4, grand-père/petit-fils. Dans les deux cas, il a été établi qu’il y avait eu rupture relationnelle avec un grand-père. Mots clés : gongsun – typologie - méridien curieux.

Introduction

L’efficacité de l’acupuncture et de l’auriculothérapie dans le traitement des obésités s’explique par leur action sur les troubles de l’appétit, les troubles de la motilité intestinale, les perturbations métaboliques ainsi qu’émotionnelles [1,2,3]. Les points les plus souvent utilisés sont hegu GI4, quchi GI11, zusanli ES36, fenlong ES40, neiguan MC6 [4-6] et pour l’auriculothérapie : shenmen, estomac, appétit [7-9]. Notre propos est de proposer une approche diagnostique et thérapeutique de la surcharge pondérale par trouble du comportement alimentaire, à partir de la typologie des patients et du nom des points d’acupuncture.

Le point d’acupuncture est un lieu sur un méridien pour faire circuler les souffles, et c’est aussi un lieu où l’on peut permettre à un patient d’accéder à sa propre transformation pour retrouver l’harmonie et guérir. L’expérience clinique de l’action spécifique des points d’acupuncture, en tenant compte de la résonance énergétique, du nom et de la localisation nous ont amenés à ne puncturer que très peu de points par patient cherchant ainsi à définir la transformation qui doit s’opérer pour guérir. Le passage du traitement par les syndromes (Vide de Reins, Feu du Foie, etc.) à un traitement spécifique pour chaque patient a eu pour conséquence de développer les notions de typologie énergétique. Chaque individu a une résonance énergétique qui prédomine (taiyang, taiyin, shaoyang, shaoyin, ou Bois, Feu, etc.) et qui constitue sa typologie énergétique. Si on arrive à déterminer le souffle (qi) qui prédomine chez un individu, on choisira pour le traiter un point où ce souffle se déploie. Pour arriver à ce diagnostic, nous combinons un certain nombre d’éléments comprenant la symptomatologie physique et psychique, la localisation des troubles, la nature énergétique de la personne (est-elle taiyin, yangming ou bois, métal ?…), et quand on le peut la résonance avec le nom du point.

La suite ci-dessous

 

 

 

The birth of Acupuncture in America

The White Crane's Gift

ROSENBLATT Steven, KIRTS Keith

Bloomington : Balboa Press, 2016

-160 p.; 22,9 cm x 15,2 cm.  Relié, Illustrations.

ISBN : 978-1-50436-431-7 : 12,99 $

 

En Europe, l’acupuncture était déjà connue depuis les échanges commerciaux et culturels de Marco Polo (1254-1323) et de son père Niccolò [[1]]. En France, Georges Soulié de Morant l’a réintroduite avec la parution de l’une de ses œuvres majeures en 1934 [[2]]. Aux États-Unis, on s’imaginait que la plupart des acupuncteurs américains avaient découvert l’acupuncture en 1971, suite à l’article écrit par  le journaliste James Reston du New York Times relatant la prise en charge acupuncturale de son appendicectomie alors qu’il suivait le Président Nixon lors de son déplacement en Chine [[3]]. Bien avant cela, l’acupuncture était déjà pratiquée. En effet, la médecine chinoise était arrivée aux États-Unis par l'intermédiaire de ses médecins qui y avaient immigré dès les années 1800 [[4]]. Puis, de nombreux pionniers ont œuvré [[5],[6],[7],[8],[9]] pour défendre l’acupuncture jusqu’à sa reconnaissance officielle par le premier état américain, le Nevada en 1972 [[10]].

L’acupuncture a fleuri surtout en Californie en 1968 dans le Chinatown de Los Angelès, quand de jeunes étudiants de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), dont  Steven Rosenblatt, sa future épouse Kathleen Ferrick, Bill Prensky, etc.., au décours de leçons de Tai Chi avec Marschall Ho’o, rencontrèrent un acupuncteur chinois Ju Gim Shek, qu’ils dénommaient le Dr Kim (figure 1). Ils décidèrent de suivre ses cours. Ju Gim Shek était un médecin chinois immigré aux États-Unis afin de fuir la révolution maoïste, d’où le titre de l’ouvrage : le cadeau de la Grue Blanche, car il s’agit du symbole du médecin dans la Chine taoïste.

Figure 1. Ju Gim Shek et un moine (photo issue de [11]).

 

En effet, Rosenblatt et Prensky, alors diplômés du département de psychologie de l’UCLA et étudiant la chimie cérébrale et les mécanismes de la douleur étaient attirés par cette médecine orientale. En 1972, ils fondaient avec Ju Gim Shek, de son vrai nom 赵金石 (Zhao Jin Shi) [[11],[12]] et David Bresler, un autre diplômé de l’UCLA, l’Association Nationale de l’Acupuncture (ANA). Toujours en 1972, en compagnie du Dr Kim, Rosenblatt, ainsi que son épouse partaient à la rencontre du Dr. Tin Yau So (苏天佑) pour parfaire leurs connaissances de la médecine chinoise pendant un an [11,[13]] (figure 2). C’est toujours à cette même époque d’ailleurs, que l’intervention de l’ANA et en particulier celle de Rosenblatt ont permis la reconnaissance de l’acupuncture dans le Nevada [10,11], puis le début de la reconnaissance officielle partout dans le pays.

Dans leur ouvrage consacré à l’un des pionniers essentiels de la médecine chinoise américaine, Steven Rosenblatt et Keith Kirts vont faire parler Ju Gim Shek, sur le format simple des questions et réponses, à la façon du Maître Céleste Qi Bo répondant à l’Empereur Jaune Huang Di dans le Huangdi neijing (黄帝内經). Ses réflexions sont formulées sous forme d’un journal daté de l’automne 1968 à l’automne 1975 qui décrit différents thèmes. Ainsi dans une première partie on trouve : l’Énergie à la naissance, les Énergies, les techniques de Gua Sha (刮痧 : technique de grattage ou effleurage de la peau) et de moxibustion, les niveaux et causes des maladies, les points d’acupuncture d’urgence (exemple le malaise vagal, piquer le VG28 yinjiao), etc. Dans une seconde partie, il aborde la pratique avec les techniques de diagnostic comme la sphygmologie, le traitement par homéopathie, la diététique, la phytothérapie comme l’aloe vera, qu’il utilisait dans les coupures et les brûlures ou l’hydrastis canadensis (Hydraste du Canada), antibiotique naturel, mais aussi les massages de points de premiers secours comme le VB20 (fengchi) en cas de céphalées, V60 (kunlun) pour n’importe quelle douleur corporelle ou le F3 (taichong) du côté de la survenue d’une crampe musculaire.

Bref, voici un ouvrage joliment illustré par une couverture de Kathleen Rosenblatt, qui peut plaire essentiellement aux anglophones s’intéressant à ce qu’on peut considérer comme l’histoire du printemps acupunctural américain.

 

Figure 2. Photo issue de [13].De gauche à droite : Steven Rosenblatt, Dr So et personne non identifiée en 1973.

 

Dr Jean-Marc Stéphan

Directeur d’Acupuncture & Moxibustion

Coordinateur du DIU d’acupuncture obstétricale à la faculté de médecine Lille 2

Chargé d’enseignement à la faculté de médecine de Rouen

Membre du Collège Français d’Acupuncture et de Médecine Traditionnelle Chinoise

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Conflit d’intérêts : aucun

 


[1]. Stéphan JM. Recension : « Needles, herbs, Gods, and Ghosts. China, Healing, and the West to 1848 » de Linda L.Barnes. Acupuncture & Moxibustion. 2007;6(1):90.

[2].Soulié de Morant G. Précis de la vraie acuponcture chinoise. 1re éd. Paris: Mercure de France; 1934.

[3]. James Reston, « Now, About My Operation in Peking ». New York Times, 26 /07/1971. [Consulté le 06 mai 2017], Disponible à l’URL : http://graphics8.nytimes.com/packages/pdf/health/1971acupuncture.pdf

[4]. Barlow J, Richardson C.  China Doctor of John Day. 1re éd. Portland (OR): Binfords & Mort ; 1979.

[5] . Fan AY. The first acupuncture center in the United States: an interview with Dr. Yao Wu Lee, Washington Acupuncture Center [J] J Chin Integr Med, 2012, 10(5) : 481–492.

[6]. Fan AY, Fan Z. Dr. Ralph Coan: a hero in establishing acupuncture as a profession in the United States[J] J Integr Med, 2013, 11(1) : 39–44.

[7]. Fan AY, Fan ZY. The beginning of acupuncture in Washington, D.C. and Maryland: an interview with Dr. Yeh-chong Chan[J] J Integr Med, 2013, 11(3) : 220–228.

[8]. Fan AY. Dialogue with Dr. Lixing Lao: from a factory electrician to an international scholar of Chinese medicine[J] J Integr Med, 2013, 11(4) : 278–284.

[9]. Fan AY, Fan Z. Dr. Miriam Lee: a heroine for the start of acupuncture as a profession in the State of California[J] J Integr Med, 2014, 12(3) : 182–186.

[10]. Fan AY. Nevada: the first state that fully legalized acupuncture and Chinese medicine in the Unites States — In memory of Arthur Steinberg, Yee Kung Lok and Jim Joyce who made it happen. J Integr Med. 2015; 13(2): 72–79.

[11]. Fan AY. The legendary life of Dr. Gim Shek Ju, the founding father of the education of acupuncture and Chinese medicine in the United States. J Integr Med. 2016 May;14(3):159-64.

[12] . Fan AY. The earliest acupuncture school of the United States incubated in a Tai Chi Center in Los Angeles. J Integr Med. 2014; 12(6): 524–528.

[13]. Dunas F. Steven Rosenblatt: Birthing a cross-cultural acupuncture profession (part I). Acupuncture Today. 2014; 15(4). [Consulté le 07 mai 2017]. Disponible à l’URL : http://www.acupuncturetoday.com/mpacms/at/article.php?id=32872.