La Volonté et la Force*

 

 

Figure 1. Marc Piquemal en mars 2008 à l’Hôtel des Invalides (Paris) lors des Echanges Soulié de Morant sur le thème : Acupuncture, Auriculo-Acupuncture, Sciences et Neurosciences : des Laboratoires à nos Consultations Médicales

 

 

 

 

Marc Piquemal (figure 1) nous a quittés le dimanche 13 avril 2014, trois semaines après avoir participé à ce qui allaient être ses derniers Échanges George Soulié de Morant (22 mars). Il avait consacré une grande partie de sa vie professionnelle à la recherche en Biophysique appliquée à la médecine et à l’Acupuncture.

Marc Piquemal a été, pour l’ASMAF-EFA (Association Scientifique des Médecins Acupuncteurs de France- École Française d’Acupuncture, dont il était vice-président), pour la revue « Méridiens » puis pour la revue « Acupuncture & Moxibustion », le « fils spirituel » de Jacques Pontigny et du Médecin Général Georges Cantoni. Ses travaux sur les Bio-Différences de Potentiel (BioDDP) sont la suite logique et l’enrichissement de ceux de ses deux prestigieux prédécesseurs (qui prolongeaient eux-mêmes les travaux de R.O. Becker [1] sur les animaux (la salamandre) et de S. Meylan [2]. Le champ immense et complexe de la biophysique humaine appliquée à l’acupuncture était leur domaine. Marc Piquemal en avait fait sa passion.

Il était également le représentant de l’ASMAF-EFA en Amérique Latine et intervenait à ce titre régulièrement dans différents congrès (en particulier au Chili) et enseignements.

Georges Willem, Jo pour nous, est parti ce 17 avril 2015 à Seclin, comme il avait vécu, sans déranger qui que ce soit. A la question, « Tu veux quʼon tʼaide ? », «  non, non, ça ira ! » répondait-il toujours. Affligé par sa myopathie, il ne se plaignait jamais, mais au contraire continuait à donner pour ses patients et à transmettre sa connaissance.

Mais la vie commençait à être pesante pour lui. Lʼesprit était toujours vif, mais le corps suivait difficilement…

Cʼest un “Grand” qui vient de nous quitter, et il restera une référence pour tous ceux qui l'ont côtoyé.

Il était grand par le savoir immense quʼil avait. Sans cesse il revoyait lʼacupuncture, lʼanatomie, la séméiologie. “ Il faut être le meilleur possible… Revoyez un point par jour, vous devez savoir visualiser parfaitement un méridien, une structure anatomique,.. par lʼinterrogatoire bien mené, vous devez déjà avoir une vision énergétique globale de lʼindividu, tant du point de vue physiologique que physiopathologique …”.

Il se tenait au courant des évolutions techniques médicales; ainsi il aurait aimé avoir accès à une IRM fonctionnelle pour voir lʼimpact de la stimulation dʼun point au niveau cérébral !

Il était grand par sa capacité de travailler, de rechercher des nouvelles pistes, de se remettre en cause.- Il était grand par sa vision globale de lʼindividu et de la médecine. “ Il ne peut y avoir deux médecines différentes. Il nʼy en a quʼune, interprétée par des cultures différentes certes, mais il y a une unité sous-jacente entre médecine occidentale et orientale”. Il nʼa eu de cesse de trouver des ponts entre acupuncture et posturologie, entre acupuncture et ostéopathie, entre médecine chinoise et médecine occidentale.

Au sein de l’Association Scientifique des Médecins Acupuncteurs de France et de l’Ecole Française d’Acupuncture, le Dr Jean, F. Borsarello, pionnier de la première heure a côtoyé tous les grands noms de l’Acupuncture Française : Cantoni (figure 1), Olivo, Huard, Martiny, Husson, Grall, Pontigny, Jarricot, Fourmont, Duron, Choain, Auteroche, Niboyet et tant d’autres (figure 2) . Toutefois, il s’en distingue par l’empreinte scientifique avant-gardiste qu’il laisse à une médecine qui se veut traditionnelle.

En effet, dès la création de la revue « Méridiens » en 1968 par le Dr Fourmont, il s’était singularisé grâce à son article intitulé « introduction à une nouvelle étude sur l’Acupuncture », dans lequel il évoquait déjà les parallélismes entre acupuncture et neuro-physiologie.

Ses travaux se sont ensuite succédé régulièrement d’année en année avec une prédilection pour la sphygmologie et la chronobiologie chinoise. D’ailleurs, sa publication parue en 1978 dans « Méridiens » sur l’application des "Kan "et des "Che" ou la chronobiologie chinoise du Su Wen nous offrit une ouverture extraordinaire sur le monde de la chrono-acupuncture.

La verve le caractérise aussi. Ceux qui ont assisté aux échanges Soulié de Morant organisés par l’ASMAF, se souviennent de ces mémorables conférences au cours desquelles nombreux étaient les acupuncteurs à attendre avec impatience son habituelle éloquence et ses anecdotes.

Le Dr Borsarello a enseigné et malgré la retraite a toujours continué d’enseigner l’acupuncture qu’il a découverte au Vietnam, alors qu’il était jeune Médecin du Corps Expéditionnaire français à Saïgon. Dès lors, il n’a cessé de se passionner pour l’acupuncture, poursuivant ses études au Japon en 1965 auprès du Dr Yoshio Manaka à l’institut Kitazato à Tokyo-Odawara (figure 3) [ [1] ] dont il cite certains de ces commentaires dans son dernier livre paru en 2007 [ [2] ]. Allant jusqu’au Temple Ninnaji à Kyoto, il photographia même le célèbre manuscrit I Shin Po (traité d’acupuncture japonais), écrit par Tombaï Yasuyuri entre 982 et 984 (figure 4). Jusque très récemment, il dispensait toujours son enseignement à Lisbonne et nous offrait régulièrement des ouvrages d’acupuncture de grande qualité. Son dernier article concernant l’astronomie a paru dans la revue en septembre 2007 [ [3] ]. On l’ignore sans doute, mais c’était un bon dessinateur (figure 5 et 6) qui n’hésitait pas à se caricaturer et à écrire en dehors de son champ d’activité habituel [ [4] ].

Figure 1. Le Médecin Général Cantoni, directeur du laboratoire de médecine aérospatiale, et à sa gauche le Médecin Colonel J. Borsarello en 1965.

 

Précis d'acupuncture médicale occidentale Adrian White, Mike Cummings, Jacqueline Filshie, Jean-Marc Stéphan

 

À l’occasion de la parution de l’ouvrage Précis d’acupuncture médicale occidentale, Jean-Marc Stéphan, le traducteur de ce livre, répond à nos questions.

Qu’apporte l’ouvrage au contexte français dans le domaine de l’acupuncture ?
L’acupuncture en France s’est développée dans les années 1930 à partir de la traduction non publiée du Dacheng que George Soulié de Morant en a faite. Puis elle s’est  propagée dans toute l’Europe. Cette acupuncture fait partie intégrante de la Médecine Traditionnelle Chinoise, concept introduit par la Chine lorsque Mao Zedong lance le 11 octobre 1958 sa célèbre phrase : « La médecine et la pharmacologie chinoise constituent un grand trésor. Il faut s’efforcer de les explorer et de les porter à un niveau supérieur ». Cinquante trois ans plus tard, le contexte français a peu évolué et nombreux sont encore les acupuncteurs à appliquer à  la lettre les théories dogmatiques issues des Classiques de la MTC. Mais n’y a-t-il pas une autre façon d’appréhender l’acupuncture ? De ce fait, cet ouvrage anglais semble être un moyen d’ouvrir les yeux sur une acupuncture factuelle que déjà les Chinois eux-mêmes appliquent de manière pragmatique.

Du premier au 3 juin 2007, Barcelone a été le siège du congrès international ICMART de l'acupuncture. Le thème en était « art, preuves et défis ». Parler de l'art médical dans une perspective tout à fait traditionnelle, actualiser les données et preuves scientifiques et enfin aborder de nouveaux challenges en élaborant de nouvelles théories, tel était l'esprit de ce congrès organisé par l'équipe performante de la section d'acupuncture du Col.legi Oficial de Metges de Barcelona menée par sa Présidente le Dr Isabel Giralt (figure 1). A l'image de la ville, les traits dominants de ce congrès ont été le dynamisme de la discipline et à faire montre, au fil des thèmes et des communications, de la modernité de son questionnement médical vis-à-vis à la fois des critères scientifiques, de la connaissance médicale et des demandes sociales de soins. Science et tradition ne semblent plus être des catégories pertinentes pour comprendre l'évolution des interrogations et des pratiques, qui n'adopte plus comme références des cadres historiquement construits, mais recherche des réponses où problématisation et rationalité en contexte trouvent le chemin de l'efficace, autrement dit de la Voie, et en l'espèce de la voie de la santé.

Figure 1. La Présidente du Congrès, le Dr Isabel Giralt, le Secrétaire Général de l'ICMART, le Dr François Beyens et le Dr Rafael Cobos Romana, Président de la Sociedad de Acupuntura Médica de España.