L'acupuncture est efficace dans l'insomnie primaire

 

Selon le critère de mesure ESS, on observe une diminution significative de l’insomnie traitée par acupuncture placebo et véritable par rapport aux valeurs initiales. Dans le groupe de l'estazolam, le score ESS a au contraire augmenté à la phase de traitement et est retourné à la ligne de base durant le suivi. Par rapport aux groupes estazolam et acupuncture placebo, le groupe de véritable acupuncture a montré une réduction statistiquement significative (p<0,05) du score de l'ESS durant le traitement et durant la période de suivi.

 

 

 

Un essai clinique contrôlé randomisé versus double placebo a inclus, entre août 2009 et mai 2011, cent-quatre-vingts patients âgés de 25 à 75 ans souffrant d'insomnie primaire. Leur insomnie datait de quatre semaines ou plus au moment de l’inclusion et aucun d’entre eux n’avait été encore traité par médicament psychoactif. Ils ont été répartis de façon aléatoire en trois groupes pour recevoir un traitement pendant six semaines. Le groupe 1 est traité par acupuncture (avec placebo du médicament estazolam) ; le groupe 2 traité par estazolam (avec sham acupuncture) ; le groupe 3 est traité par sham acupuncture (avec placebo d’estazolam). La qualité du sommeil et la somnolence diurne ont été évaluées par l'indice de la qualité de sommeil de Pittsburgh (PSQI), l’échelle ESS (Epworth Sleepiness Scale), et le questionnaire simplifié SF-36 sur la qualité de vie liée à la santé. L’évaluation a été faite au moment de l’inclusion, à la fin du traitement et après deux mois de suivi.

Les points sélectionnés ont été : shenting (VG24), sishencong (EX-HN1), baihui (VG20), sanyinjiao (RA6) et shenmen (CO7). L’insertion de l’aiguille aux points VG20, VG24 et EX-HN1 a été faite de façon oblique sur une profondeur de 10 mm. Le point RP6 a été piqué de façon perpendiculaire sur une profondeur de 10 mm, tandis que le point CO7 sur une profondeur de 5 mm perpendiculairement également. Les aiguilles ont été manipulées jusqu’à obtention du deqi. Les aiguilles sont laissées pendant 30 minutes. Les séances ont été pratiquées tous les six jours pendant six semaines.

Les résultats ont montré une amélioration significative par rapport aux données recueillies au moment de l’inclusion pour les trois groupes. Néanmoins, dans le groupe traité par acupuncture, les auteurs ont constaté une nette amélioration de la qualité du sommeil et de la vitalité, ainsi qu’une diminution de la somnolence diurne par rapport aux deux groupes de contrôle placebo. Cette différence a persisté pendant toute la période de traitement jusqu’à la fin de la période de surveillance, deux mois après.

 Guo J, Wang LP, Liu CZ, Zhang J, Wang GL, Yi JH, Cheng JL. Efficacy of Acupuncture for Primary Insomnia: A Randomized Controlled Clinical Trial. Evid Based Complement Alternat Med. 2013;2013:163850. doi: 10.1155/2013/163850. Epub 2013 Sep 18.

 

 

L’électroacupuncture est plus efficace que la paroxétine dans le stress post-traumatique

 

Cent-trente-huit patients présentant un stress post-traumatique suite au tremblement de terre de Wenchuan dans la province du Sichuan ont participé à un essai contrôlé randomisé. Deux groupes : 1 groupe (n=69) traité par paroxétine et le second (n=69) par électroacupuncture (EA) sur les points suivants (figure 1) : baihui (20VG), sishencong (EX-HN1), shenting (24VG) et fengchi (20VB).

Figure 1.  Les points efficaces dans le stress post-traumatique.

 

L’efficacité du traitement par EA (100 Hz 30mn pendant 12 semaines, tous les deux jours et avec suivi sur six mois) a été évaluée par l’échelle de la dépression Hamilton (HAMD), l’échelle d’anxiété de Hamilton (HAMA), l’échelle CAPS et l’échelle TESS (qui enregistre les effets secondaires durant toute la période de traitement). Dans les deux groupes, il y a une amélioration des différents critères d’évaluation de manière statistiquement significative par rapport au début du traitement, mais davantage dans le groupe EA (p<0,05) versus groupe paroxétine. Par ailleurs, les effets secondaires dans le groupe EA sont nettement moins importants que dans celui paroxétine.

Wang Y, Hu YP, Wang WC, Pang RZ, Zhang AR. Clinical studies on treatment of earthquake-caused posttraumatic stress disorder using electroacupuncture. Evid Based Complement Alternat Med. 2012 ;2012:431279.

 

 L’acupuncture réduit les symptômes de la dépression au cours de la grossesse

 

 

 

Figure 1. Variation de la sévérité de la dépression évaluée au départ, puis à quatre et huit semaines.

 

 

L’objectif de cet essai contrôlé randomisé a été d’estimer l'efficacité de l'acupuncture dans la dépression pendant la grossesse. Cent-cinquante femmes enceintes qui avaient des critères de trouble dépressif majeur selon le DSM IV-TR ont été randomisées en trois groupes. Le premier groupe (n=52) a bénéficié d’acupuncture spécifique individualisée de la dépression. Le deuxième groupe était dans un groupe témoin actif (n=49) : acupuncture contrôle non spécifique ; le troisième groupe (n=49) avait des massages. Le traitement a duré huit semaines (douze séances de vingt-cinq minutes, à raison de deux séances par semaine les quatre premières semaines, puis une par semaine les quatre dernières semaines). Le critère principal d’évaluation était la Hamilton Rating Scale for Depression, calculé par des évaluateurs en aveugle, au départ, puis à quatre et huit semaines de traitement. On observe une diminution statistiquement significative de la gravité des symptômes (p<0,05) chez les femmes qui ont bénéficié de l'acupuncture spécifique de la dépression (figure 1). En conclusion, ce protocole d'acupuncture spécifique a montré son efficacité avec un pourcentage de réponse comparable à celui observé dans les traitements de la dépression standard de durée similaire. L’acupuncture pourrait être une option thérapeutique validée dans la dépression durant la grossesse.

Manber R, Schnyer RN, Lyell D, Chambers AS, Caughey AB, Druzin M, Carlyle E, Celio C, Gress JL, Huang MI, Kalista T, Martin-Okada R, Allen JJ. Acupuncture for depression during pregnancy : a randomized controlled trial. Obstet Gynecol. 2010;115(3):511-20.

Adénosine et acupuncture : comment l’acupuncture soulage la douleur   

 

Structure de la molécule d’adénosine C10H13N5O4.

Goldman et coll. sont les premiers à constater que l’adénosine, naturellement présente dans l’organisme joue un rôle de premier plan dans les propriétés anti-nociceptives de l’acupuncture. Ces actions requièrent l’expression du récepteur A1 à l’adénosine. Une injection directe d’un agoniste du récepteur A1 à l’adénosine entraine le même effet analgésique que l’acupuncture. Les auteurs ont d’abord constaté que dans la zone où avait été insérée l’aiguille d’acupuncture près de l’articulation du genou chez la souris, le taux d’adénosine dans les tissus était vingt-quatre fois supérieur au taux avant traitement. L’adénosine est connue, en dehors d’autres actions, pour son rôle antinociceptif après une blessure au niveau de la peau. Les chercheurs ont objectivé que l’acupuncture soulageait la douleur à la patte chez des souris qui souffraient de deux modèles de douleur : soit inflammatoire, soit neuropathique. L’acupuncture a permis de soulager les souris à l’exception des souris chez lesquelles les récepteurs à l’adénosine étaient désactivés (par exemple des animaux ayant subi des mutations sur les récepteurs en question), ce qui confirme le rôle de la molécule dans le processus antidouleur. En allant plus loin, les neurobiologistes ont administré aux souris de la deoxycoformycine (thérapeutique indiquée dans certaines leucémies) qui permet à l’adénosine de s’accumuler dans les tissus. Avec cette molécule, les effets de l’acupuncture ont été améliorés et prolongés d’une durée de 3 heures à 3 h 30 au lieu de 1 heure à 1 h 30. A noter qu’on ne peut utiliser cette molécule en pratique courante, car bien trop toxique. En conclusion, un des mécanismes responsables de l’activité anti-nociceptive de l’acupuncture vient d’être découvert : l’insertion et la rotation des aiguilles à la recherche du deqi au cours de la séance d’acupuncture provoqueraient une production locale d’adénosine, molécule antidouleur. Il ne reste plus qu’à démontrer que l’adénosine joue exactement le même rôle chez l’être humain.

Goldman N, Chen M, Fujita T, Xu Q, Peng W, Liu W, Jensen TK, Pei Y, Wang F, Han X, Chen JF, Schnermann J, Takano T, Bekar L, Tieu K, Nedergaard M. Adenosine A1 receptors mediate local anti-nociceptive effects of acupuncture. Nat Neurosci. 2010 Jul;13(7):883-8. 

 

   Fibromyalgie : qualité de vie et douleurs sont améliorées par acupuncture

 

L’acupuncture est souvent utilisée pour traiter la fibromyalgie (FM), mais il reste difficile de savoir si l’acupuncture est efficace. Cette étude préliminaire vise à évaluer les effets de l’acupuncture sur la douleur et la qualité de vie chez les patients fibromyalgiques. Seize patients (treize femmes et trois hommes âgés de 25-63 ans) souffrant de FM ont été randomisés en deux groupes. Le groupe A (n = 8) a bénéficié de cinq traitements d’acupuncture après la cinquième semaine et le groupe B a reçu dix traitements d’acupuncture. Les critères de mesure de cette étude ont été l’intensité de la douleur (quantifiées par échelle visuelle analogique EVA) et le questionnaire d’impact de la fibromyalgie (FIQ). Après la cinquième semaine, l’intensité de la douleur a diminué (p=0,022) et la qualité de vie est améliorée (p=0,026) dans le groupe B par rapport au groupe A. Cette étude suggère que le traitement d’acupuncture est efficace pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie chez les patients fibromyalgiques. Pour confirmer ces résultats, de plus grands ECR sont nécessaires.

Itoh K, Kitakoji H. Effects of acupuncture to treat fibromyalgia: a preliminary randomised controlled trial. Chin Med. 2010 Mar 23;5:11.

 

 

 

 

 

 

Quelle est l’importance des effets non spécifiques de l’acupuncture ?

Alors que plusieurs grandes études randomisées récentes ont constaté des effets cliniquement pertinents de l’acupuncture par rapport à l’absence de traitement ou des soins de routine, des essais en insu comparant acupuncture versus témoin ont objectivé peu de différences ou des différences mineures. Cela soulève la question de savoir si l’acupuncture factice possède des effets particuliers non spécifiques puissants. Les auteurs ont enquêté sur l’ampleur des effets non spécifiques associés aux interventions d’acupuncture. Trente-sept essais avec un total de 5754 patients ont satisfait aux critères d’inclusion. Les études inclues varient fortement en ce qui concerne les patients, les interventions, les mesures des résultats, la qualité méthodologique et valeurs de l’effet signalé. Les résultats objectivent que les interventions d’acupuncture factice sont souvent associés à des effets non spécifiques modérément élevés, ce qui pourrait rendre difficile la détection de petits effets spécifiques supplémentaires. Comparativement à une intervention placebo inerte, les effets associés à l’acupuncture simulée pourraient être plus grands, ce qui aurait des répercussions considérables sur la conception et l’interprétation des essais cliniques. En conclusion, la différenciation entre effet spécifique et non-spécifique (placebo) de l’acupuncture nécessiterait le recrutement de huit-cents sujets par ECR en double bras pour une puissance de 80% afin d’obtenir une différence moyenne standardisée (SMD) de 0,2 pour démonter un effet spécifique.

Linde K, Niemann K, Schneider A, Meissner K. How large are the nonspecific effects of acupuncture ? A meta-analysis of randomized controlled trials. BMC Med. 2010;8:75.