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Huangdi Neijing : paludisme et dragon

dimanche 5 juillet 2015

Il y a quelques mois, en décembre 2014, un groupe de scientifiques publia les résultats d’un essai clinique démontrant une meilleure efficacité de l’acupuncture dans le traitement de la constipation fonctionnelle comparativement aux laxatifs habituellement donnés. Bien que ce travail de recherche puisse faire sourire notre lecteur, il apporte une nouvelle preuve du large champ couvert par la médecine chinoise. Cette dernière et plus encore son histoire, qui témoigne de l’immense richesse de cette discipline et de son incroyable originalité, demeurent aujourd’hui méconnues.

Même s’il est difficile de situer avec précision les prémices de la médecine traditionnelle chinoise, les historiens s’accordent à dire que le premier écrit est le Huangdi NeiJing, aussi connu sous le nom de Classique interne de l’Empereur Jaune. Ce traité daterait du IIe ou du IIIe siècle avant Jésus-Christ, c’est-à-dire de la période des Royaumes combattants qui précède le court règne de la célèbre Dynastie Qin. Le Huangdi NeiJing se compose de deux parties : le Suwen, ou Questions élémentaires, et le Lingshu, ou Le Pivot de l’esprit. Chacune de ces parties est constituée par neuf volumes et par 81 chapitres, pour un total de 800 000 sinogrammes. Bien que ce texte fût écrit il y a environ 2200 ans, la légende voudrait que l’Empereur Jaune en soit le père. Dans la tradition chinoise, l’Empereur Jaune est un souverain de

S’il faut admettre que l’existence de l’Empereur Jaune est aujourd’hui mise en doute par un certain nombre d’historiens, il est néanmoins important de souligner l’extrême précision du Huangdi NeiJing, qui a probablement été écrit par les plus grands médecins chinois de l’époque. C’est dans ce texte que l’on découvre l’une des toutes premières descriptions du paludisme, maladie dont l’agent étiologique sera plus tard identifié par le premier Prix Nobel de Médecine français, Alphonse Laveran (1907). Le paludisme est représenté comme un dragon à trois têtes tenant un marteau, un seau glacé et un diadème incandescent. Ces trois attributs symbolisent respectivement les maux de tête, les frissons et la fièvre, trois des principaux symptômes retrouvés dans le paludisme. Cette allégorie est très intéressante, car elle nous montre que les Chinois avaient déjà identifié cette maladie parasitaire plusieurs siècles avant Jésus-Christ et avaient réussi à relier entre eux les différents symptômes qui la caractérisent. Ce n’est que bien plus tard que Hippocrate donnera une définition, certes plus détaillée, des accès palustres !

C’est également dans le Classique interne de l’Empereur Jaune que l’on trouve une étude assez développée de l’acupuncture. Cette discipline aurait été inventée par les néolithiques chinois qui calmaient certaines douleurs associées à des troubles fonctionnels d’organes en stimulant des régions cutanées précises dans l’espoir de soulager le malade. Requérant une grande précision, l’acupuncture (dont l’efficacité n’a jamais été confirmée solidement par des études de bonne qualité) est souvent considérée comme une forme d’art réservé à un petit nombre élus.

Bien plus ancienne que la médecine occidentale, la médecine chinoise partage avec elle le même souci majeur : le patient. Maurice Druon, dans une phrase pleine de réalisme qui illustre tout l’empirisme de la médecine, qu’elle soit occidentale ou chinoise ne disait-il pas : « Un grand médecin est d’abord un guérisseur qui d’autre part a appris la médecine ».

Louis Jacob, normalien et étudiant en médecine

RÉFÉRENCES
- « L’historien de la médecine face à la réalité chinoise », Ming Wong, Bulletin de la Société Française d’Histoire de la Médecine, 1976.
- « Abrégé de l’histoire de la médecine chinoise », Jean-Marc Stephan, Acupuncture &Moxibustion, 2011.

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Voir en ligne : journal international de médecine (jim.fr)


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