Le miroir du yin yang

Cette double spirale en argent est un bijou de l’ethnie dong (). Son nom est yang yin jing (  ), c’est à dire « miroir du Yin Yang ». Cette parure sert de contre-poids aux tabliers - brassières losangiques que portent les femmes de cette minorité du sud de la Chine. Les minorités chinoises ne sont cependant pas un miroir de la majorité han ().

Les peuples de la périphérie de cet immense pays cultivent souvent leurs différences. Pour les Mandchous () qui n’étaient pas des han) de la dynastie Qing (,1644-1911), les barbares crus étaient ceux qui résistaient à l’assimilation et les barbares cuits ceux qui l’acceptaient et s’intégraient. Par rapport à la médecine traditionnelle chinoise, phytothérapie et acupuncture, les médecins des minorités du sud-est du Guizhou sont-ils crus ou cuits? C’est le sujet d’un des articles de ce numéro d’Acupuncture & Moxibustion.

 

Dr Patrick Sautreuil

Photo : Pilar Margarit Bellver

© Acupuncture & Moxibustion 5(3) juin-septembre 2006

Fascinante Zhongdian (Shangri-La) 香格里拉

 

  

A 3500 m d’altitude, située sur un haut plateau de la province du Yunnan, Zhongdian est une des portes d’entrée du Tibet. La ville, rebaptisée « Shangri-La » par le gouvernement chinois, sans doute dans l’intention d’attirer les touristes, est véritablement  un monde à part, le « monde perdu » tel que l’a décrit James Hilton dans son oeuvre « Lost horizon » en 1933 [[1]]. Si, de plus en plus de voyageurs s’aventurent dans la région, il y en reste néanmoins comme un goût du bout du monde, une atmosphère unique et lointaine en rapport avec la minorité tibétaine locale, qui donne à la région un avant-goût du Tibet. Le monastère Gedan Songzanglin fondé en 1679 (photo) sous le règne du 5e Dalaï Lama, d’après les plans du Potala de Lhassa, est situé juste en dehors de Zhongdian, jugé au-dessus d’un petit village de petites maisons blanches et permet de s’imprégner de l’ambiance tibétaine. Vous lirez de ce fait avec grand intérêt le reportage des membres de l’ASOFORMEC partis à la rencontre des médecins traditionnels du Yunnan.  Un autre reportage de Patrick Sautreuil et Pilar Magarit Bellver, moins exotique, nous montre la vitalité de l’acupuncture espagnole et en particulier sévillane. Plus cliniques sont les articles de Sylvie Bidon sur la prise en charge des conduites addictives, de Pascal Clément sur l’hyperactivité et les troubles de la concentration chez l’enfant, de Reghina Patru et Angela Tudor sur la polyarthrite rhumatoïde, de Robert Hawawini sur le stress et la dépression, d’Annabelle Pelletier-Lambert dans l’accompagnement de l’interruption volontaire de grossesse et de Tuy Nga Brignol évaluant la moxibustion dans la hernie discale lombaire dans un essai contrôlé randomisé à trois bras. Et si on veut s’échapper vers des horizons lointains, n’hésitez pas à lire l’article de Marco Romoli sur l’historique des cartes auriculaires de Paul Nogier à la carte chinoise contemporaine ou l’étude philologique d’Ernesto Nastari-Micheli sur les phrases narratives des Classiques Suwen et Lingshu, sans oublier la traduction de Pierre Dinouart-Jatteau du texte de l’OMS publié en 2007 sur la différenciation des syndromes par les bagang (huit Principes) 八纲辨证 bagangbianzheng. En résumé, ce premier numéro de l’année de la Chèvre est encore très éclectique !

 Jean-Marc Stéphan  

 

[1]. Hilton J.  Lost horizon. 1 ed. London:  Macmillan & Co; 1933.

  Confucius (Kongfuzi 孔夫子)

Un des courants de pensée à la base de l’élaboration de la Médecine Traditionnelle Chinoise est celui de l’école confucéenne, avec en particulier l’un des cinq Classiques, le Yijing encore appelé Zhouyi (周易). Bien qu’on le fasse remonter à l’invention des trigrammes par Fuxi, la tradition chinoise considère que, comme les autres Classiques, il aurait été compilé par Confucius lui-même (551-479 AEC) auquel on attribue le commentaire Shiyi(十翼) (dix ailes), aussi appelé Yizhuan (易傳) (« commentaire du Yijing ») sous le règne de Han Wudi (140-188). Cette statuette en argent le représente avec une longue moustache et une épaisse barbe dans la tenue traditionnelle d’un fonctionnaire de haut rang portant vêtements et coiffure officiels, référence à son bref passage en tant que ministre de la justice dans son état natal de Lu. Il fut figuré à travers les siècles de façons très variées, reflétant à la fois les fluctuations de sa position sociale dans la vie et les honneurs posthumes qui lui ont été attribués. Vous trouverez de plus amples explications sur les différents courants à l’origine de la MTC dans la mise au point sur les Textes Classiques de ce numéro.

 

Jean-Marc Stéphan