Au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le diagnostic des maladies chez les chinoises des classes bourgeoises ou aristocratiques n’était pas chose aisée pour le médecin. Du fait des conventions sociales qui imposaient que la femme ne devait jamais se montrer nue, l’examen physique étant tabou, le médecin devait interroger la femme alitée, cachée derrière un rideau. Celle-ci devait ensuite localiser ses symptômes en pointant les sites correspondant sur une figurine en ivoire [1]. Après cela, le médecin pouvait prescrire son remède. Les historiens notent que ces poupées en ivoire commencèrent à être connues des Occidentaux vers le XVIe, quand les négociants portugais établirent des comptoirs commerciaux le long des côtes chinoises. Les poupées de la dynastie Ming (1368-1644) sont les plus recherchées mais très rarement trouvées, contrairement à celles des XVIIIe et XIXe siècles, finement gravées dans l’ivoire, qui, selon les croyances, avait son propre pouvoir magique. L’expression du visage, les coiffures, les chaussures colorées sur des pieds minuscules, le port de boucles d’oreilles, de bracelets ou de bouquets de fleurs reflétaient les particularités et les coutumes de chaque période dynastique. Et lorsqu’elles n’étaient plus utilisées, la plupart des statuettes restaient inclinées sur des lits en acajou [2]. Depuis la fin de la dynastie Qing en 1911, leurs usages disparurent graduellement, surtout que les chinois étaient confrontés à la culture occidentale. Dans les années 1920, quelques médecins américains, missionnaires en Chine, rapportèrent avoir encore vu des poupées en usage, mais leur emploi disparut 10 ans après.
poupée chinoise en ivoire
Dittrick H. Chinese medicine dolls. Bull Hist Med. 1952 Sep-Oct;26(5):422-9.
Bause GS.Antique Chinese diagnostic dolls. Anesthesiology. 2010 Mar;112(3):513.
Un des courants de pensée à la base de l’élaboration de la Médecine Traditionnelle Chinoise est celui de l’école confucéenne, avec en particulier l’un des cinq Classiques, le Yijing encore appelé Zhouyi (周易). Bien qu’on le fasse remonter à l’invention des trigrammes par Fuxi, la tradition chinoise considère que, comme les autres Classiques, il aurait été compilé par Confucius lui-même (551-479 AEC) auquel on attribue le commentaire Shiyi(十翼) (dix ailes), aussi appelé Yizhuan (易傳) (« commentaire du Yijing ») sous le règne de Han Wudi (140-188). Cette statuette en argent le représente avec une longue moustache et une épaisse barbe dans la tenue traditionnelle d’un fonctionnaire de haut rang portant vêtements et coiffure officiels, référence à son bref passage en tant que ministre de la justice dans son état natal de Lu. Il fut figuré à travers les siècles de façons très variées, reflétant à la fois les fluctuations de sa position sociale dans la vie et les honneurs posthumes qui lui ont été attribués. Vous trouverez de plus amples explications sur les différents courants à l’origine de la MTC dans la mise au point sur les Textes Classiques de ce numéro.
En 2006, on objectivait sur un modèle de hamster hypertendu que l’électroacupuncture (EA) au point ES36 (30mn par jour pendant cinq jours) réduisait l’hypertension artérielle par activation des mécanismes de la réaction de biosynthèse du monoxyde d’azote (NO) sous dépendance des NO synthases. Il était montré que l’EA augmentait la concentration périartériolaire de NO. Chez le hamster, l’HTA réduit l’oxyde nitrique synthase endothéliale (eNOS3) et l’oxyde nitrique synthase neuronale (nNOS1), réduction inhibée donc par l’EA au 36E [1]. Sur cette image, vous pouvez justement observer la structure de l’oxyde nitrique synthase endothéliale (NOS3) humaine avec un substrat d’arginine.
Kim DD, Pica AM, Duran RG, Duran WN.Acupuncture reduces experimental renovascular hypertension through mechanisms involving nitric oxide synthases. Microcirculation. 2006 Oct-Nov;13(7):577-85.
Les Acupuncteurs Chinois, comme l’attestent les textes anciens, savaient tirer profit de l’acupuncture lors de la grossesse. Comme le montre cette image, le zhiyin (67V) était déjà préconisé dans les versions foetales de siège, le travail prolongé et difficile et les rétentions de placenta.
L’acupuncture est une médecine idéale [1] dans l’accompagnement d’une grossesse parce qu’elle n’oblige pas la femme enceinte à prendre des thérapeutiques médicamenteuses pouvant entraîner des effets tératogènes. Les sages-femmes, les obstétriciens mais aussi les patientes elles-mêmes, sont de plus en plus demandeurs, ainsi que nous pouvons le mesurer par les parutions croissantes d’articles dans les journaux féminins ou même généraux [2,3] mais aussi dans les revues professionnelles [4].
Il était grand temps que la revue « Acupuncture & Moxibustion » ouvre un dossier sur le sujet.
Nous entamons avec ce numéro riche de trois articles concernant l’obstétrique (Johan Nguyen et Jean-Marc Stéphan), une série de publications qui objectiveront ce que l’acupuncture, la moxibustion et l’électroacupuncture offrent de mieux aux femmes enceintes et parturientes.
Coeur de la médecine, date 984. Textes chinois des dynasties Jin (265-420) et Tang (618-907). 1ère réédition au Japon en 1854, d’où le nom japonais (Ishinpo) [image extraite de l’encyclopédie Internet du GERA : www.gera.fr].
Références
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Doucy Marig. Les bienfaits des aiguilles à la maternité Paul-Gellé Roubaix. Méridiens [online]. 2009 mai [cité 30 mai 2009]: 1 écran. Available from URL: http://www.meridiens.org/mrd/spip.php?breve149.
Durand Stéphane. Un plus pour les grossesses. Méridiens [online]. 2008 novembre [cité 30 mai 2009]: 1 écran. Available from URL: http://www.meridiens.org/mrd/spip.php?breve119.
Gaffney L, Smith CA. Use of complementary therapies in pregnancy: the perceptions of obstetricians and midwives in South Australia. Aust N Z J Obstet Gynaecol. 2004 Feb;44(1):24-9.
Du 1er au 3 juin 2007, Barcelone a été le siège du Congrès international d’acupuncture de l’ICMART qui, comme chaque année depuis 1983, a lieu dans une ville différente. Le Dr Isabel Giralt, Présidente du Congrès, mais aussi Présidente de la section d’acupuncture du Col.legi de Metges (Conseil de l’Ordre) de Barcelone et toute son équipe a réussi à organiser un congrès de grande qualité ayant pour thème « art, preuves et défis ».
C’est dans cette ville d’art que naquit entre 1890 et 1920, l’architecture moderniste (Modernismo), la version catalane de l’Art Nouveau qui se développa aux côtés de la Renaixença, mouvement artistique typiquement catalan qui visait la promotion d’un art et d’une littérature authentiquement régionaux.
Antonio Gaudí y Cornet (1852-1926), le célèbre bâtisseur de la Sagrada Familia parsema la ville de toutes ses oeuvres. On peut en voir ici le long de l’arête d’un toit un détail architectural (toiture de la casa Batlló -1905- montrant l’utilisation alternée de tuiles sphériques et cylindriques), simulant le dos couvert d’écailles d’un Dragon de l’Empire Céleste en visite pour ce congrès de l’International Council of Medical Acupunture and RelatedTechniques 2007.
Toiture casa Batlló (1905) – Antonio Gaudí y Cornet (1852-1926) – Barcelone – Catalogne – Espagne
Prague, capitale de la République Tchèque a accueilli du 20 au 22 mai 2005 le congrès annuel d’acupuncture de l’ICMART (International Council of Medical Acupuncture and Related Techniques). La FAFORMEC, qui adhère depuis 2004 à cette fédération internationale de plus de 80 associations d’acupuncture à travers le monde et forte d’environ 30000 acupuncteurs était représentée pour la première fois. Vous trouverez dans ce numéro un compte-rendu détaillé de cet événement qui laissa malheureusement peu de place pour la visite détaillée de cette ville d’art dont vous pouvez admirer ce vitrail, style Sécession, d’Alfons Mucha, de la glorieuse cathédrale St Guy.
Vitrail style Sécession -Alfons Mucha (1931) -Cathédrale – St Guy (1344-1929) – Prague -Tchéquie
Pionnier de l’Acupuncture, le Dr Jean, F. Borsarello a rejoint en cette fin d’année 2007 le panthéon des grands noms des acupuncteurs français au sein du Dao.
« Le principe qui peut être énoncé, n’est pas celui qui fut toujours. L’êtrequi peut être nommé, n’est pas celui qui fut de tout temps. Avant les temps, futun être ineffable, innommable.
Alors qu’il était encore innommable, il conçut le ciel et la terre. Aprèsqu’il fut ainsi devenu nommable, il donna naissance à tous les êtres.
Ces deux actes n’en sont qu’un, sous deux dénominations différentes.L’acte générateur unique, c’est le mystère de l’origine. Mystère des mystères.
Porte par laquelle ont débouché sur la scène de l’univers, toutes lesmerveilles qui le remplissent.
La connaissance que l’homme a du principe universel, dépend de l’état deson esprit. L’esprit habituellement libre de passions, connaît sa mystérieuseessence. L’esprit habituellement passionné, ne connaîtra que ses effets.»
Lao-Tzeu – Livre I – Chapitre 1 par Léon Wieger S.J
La statue de la Foi de la Giralda de Séville sert de logo à l’Association scientifique des Médecins Acupuncteurs de Séville (ACMAS) Huangdi.
La Giralda (girouette), haute de 96 m est un ancien minaret Almohade, construit au 12e siècle, emblème de la ville et qui doit son nom à cette fameuse statue en bronze qui la surmonte et tourne au gré du vent.
Le 28 et 29 juin 2003, l’ACMAS organisait, en collaboration avec l’Université Pablo de Olavide de Séville, l’université des sciences médicales de Beijing, l’hôpital Guanganmen de Beijing et l’académie de Médecine Traditionnelle de Chine son congrès international d’acupuncture dont vous trouverez quelques échos dans ce numéro.
Statue Foi victorieuse (XVIe) – Giralda (minaret) – Cathédrale Notre dame du siège (XII- XVIe) – Séville – Andalousie -Espagne
Question : J’ai un cas de psoriasis très difficile. J’ai commencé à traiter le sentiment nu (colère), « stagnation -nouure de qi de foie avec dégagement de chaleur du Sang »… J’ai aussi traité la partie liquidienne pour redonner de l’Eau. Ensuite, j’ai utilisé le yangqiaomai à chaque séance et j’ai eu de bons résultats, améliorant notablement le déséquilibre énergétique observé aux pouls et à la langue. Mais persiste l’érythème psoriasique bien que sans prurit sur le visage, surtout au niveau des plis nasaux. J’ai de bons résultats localement quand je traite avec le 4GI et le 11 GI, mais en peu de jours le problème réapparaît. Quelle autre technique pourrais-je utiliser ? Pouvez vous me conseiller pour un meilleur diagnostic différentiel ? (SL.., Argentine, traduction de l’espagnol : Dr JM Stéphan)
Réponse : Le psoriasis est une dermatose érythémato-squameuse, d’évolution chronique assez difficile à traiter en médecine occidentale. En médecine chinoise, et par acupuncture, on a des résultats qui ne sont pas du tout mauvais. Le psoriasis selon la physiopathologie de la médecine traditionnelle chinoise est une maladie qui atteint le mouvement Métal (Poumon – Gros Intestin), correspondance classique avec la peau. C’est aussi une maladie qui atteint le Grand Méridien taiyang car c’est la première couche touchée par atteinte des énergies perverses dans la relation Extérieur-Intérieur. Le taiyang (Intestin Grêle-Vessie) est la barrière de défense et s’ouvre à l’extérieur.
Les terrains :
En pratique, il existe trois terrains victimes de choix de cette maladie : le terrain Métal, le terrain Terre, et le terrain Eau avec atteinte respectivement du shoutaiyin (Poumons) ou shouyangming (Gros Intestin), zutaiyin (Rate-Pancréas) ou zuyangming (Estomac), et enfin zutaiyang (Vessie). On a souvent donc un vide d’un de ces méridiens.
Les énergies perverses
A cela, il faut aussi tenir compte des énergies perverses (xié) responsables : la Sécheresse ou le Froid associé à la Sécheresse, l’Humidité associée au Froid et plus rarement l’Humidité associée à la Chaleur et enfin le Vent. Le psoriasis Froid-Sec dépend d’un excès de l’Energie Cosmique yangming (Sécheresse) (ceci en fonction de la chronobiologie : prédominance excessive du qi Céleste en position à la source ou à la présidence en fonction de la loi « Maître de maison- hôte de passage (pour de plus amples explications consultez Méridiens 1994 n°103 p103-152).
Cette forme de psoriasis survient donc sur le terrain Métal (Poumons – Gros Intestin), avec insuffisance de Sang. D’où ceci peut ressembler au mécanisme de Froid-Chaud atteignant le jueyin. D’ailleurs le cas particulier du psoriasis du cuir chevelu constitue un syndrome atteignant spécifiquement le zujueyin. On a alors atteinte par les énergies perverses (Vent, Chaleur, Humidité) qui agressent le weiqi, le Sang (xue), d’où vide de Sang ou de Foie entraînant en corollaire un reflux de yang qui déferle vers le haut du corps et la tête.
Intérêt du point 20VG dans ce cas précis. Par contre dans l’atteinte du Poumon ou Gros Intestin, c’est surtout un psoriasis idiopathique constitutionnel apparu très rapidement avec des antécédents de psoriasis dans la famille.
Le traitement habituel est d’agir sur le yangming.
Le psoriasis Eau-Humidité dépend de l’empiètement de la Terre sur l’Eau ou inversement. Dans les deux cas, il y a une perturbation du sang avec insuffisance de Rate. On trouvera dans les symptômes associés des signes d’humidité avec diarrhées, troubles digestifs, et aussi des signes de froid avec troubles intestinaux, douleurs osseuses et arthralgies liées à l’atteinte du taiyang. Cette variété se transforme après de nombreuses années en rhumatisme psoriasique. Le traitement est d’agir sur le taiyin et le taiyang
Le psoriasis Chaleur-Humidité : les énergies perverses Chaleur due au qi Céleste shaoyin peut s’associer à l’Humidité en excès et entraîner cette variété de psoriasis qui est développé souvent chez le diabétique. L’étiologie peut être aussi interne par des excès alimentaires ou alcoolisés. La conséquence est la Chaleur du Sang puis excès et stagnation du Sang. Le zutaiyin (Rate-Pancréas) et le zuyangming (Estomac) sont les méridiens préférentiellement atteints. Le traitement consiste à réguler bien sûr taiyin et yangming.
En conclusion, il est essentiel de connaître l’atteinte étiologique par les xié Froid-Sec, Froid Humide…, voir la constitution du patient Terre, Métal, Eau ou éventuellement Bois. Le psoriasis qui résulte de la perturbation du Sang peut être considéré alors comme un Froid et Chaud, ce que Husson dans sa traduction du Su Wen appelle nué, et de ce fait, le traitement doit consister à tonifier ou disperser le Sang, tonifier ou disperser la Rate-Pancréas, le Poumon ; disperser le Froid, la Chaleur ou l’Humidité selon le cas.
Par ailleurs, il faudra aussi tenir compte des Âmes Viscérales.
Les Entités Viscérales
Dans les causes des maladies, la Médecine Traditionnelle Chinoise distingue deux causes principales :
les causes externes et les causes internes.
Par cause externe, on entend les énergies perverses (xié), Vent, Froid, Humidité, Sécheresse, Chaleur qui agressent l’organisme que l’on vient de voir plus haut, mais aussi tous les traumatismes physiques. A noter que le Su Wen spécifie que si l’homme subit les attaques du xie, c’est parce que son énergie essentielle est déjà affaiblie. » Les trésors des cinq viscères : le Cœur abrite le shen (esprit défini comme la perfection du qi essentiel), le Poumon abrite le po (âme végétative, suppléant du qi essentiel), le Foie abrite le hun (âme spirituelle, conseiller du shen)… » (Su Wen). De ce fait les causes internes opèrent sur l’homme. Il s’agit des perturbations psychiques, c’est à dire les shen ou zang ou entités viscérales, âmes végétatives ou même âmes viscérales selon les auteurs : colère (hun), joie ( shen), soucis (yi), tristesse (po), peur (zhi). Ainsi le stress, les soucis, le surmenage vont décompenser le mouvement de la Terre (Rate-Pancréas – Estomac) entraînant un vide de yin de Rate-Pancréas et un Feu d’Estomac ou une plénitude de yang de Rate-pancréas. Cet excès de yang va tarir le yin de Rate-Pancréas. Le sujet ne trouve pas le repos ; il est préoccupé, soucieux, témoignage d’un trouble du yi et d’un épuisement du Sang (xue).
D’où l’intérêt d’agir aussi sur les shen.
Enfin pour terminer, un cas clinique. J’ai traité en mars 2000 un homme atteint d’un psoriasis depuis 20 ans, évoluant par poussée, de type psoriasis eau-humidité, avec vide de yin de Rate-Pancréas, un shen et un zhi perturbés. J’ai traité les 5 âmes viscérales et rééquilibré le Sang et la Rate-Pancréas, sans me préoccuper d’un traitement local. Le résultat ne s’est pas fait attendre. En 4 séances, sa peau est revenue quasi normale. Et depuis mars, il n’a plus eu de poussée. Je l’ai vu la dernière fois fin juillet, et toujours en rémission complète. Cela ne lui était jamais arrivé. Ceci pour dire que traiter les âmes viscérales me parait aussi important que rééquilibrer par exemple une atteinte du Sang.
Bain recouvert de boue noire dans la Mer Morte – Jordanie
Madame I.S., infirmière dans un centre hospitalier de la région parisienne, vient de « subir » trois séances d’acupuncture sur le visage pour traiter ses rides. Elle va en toute confiance chez ce médecin généraliste qui pratique l’acupuncture (séance de 30 mn sur deux patientes groupées dans des cabines pendant qu’une troisième consultation est réalisée en médecine générale).
« Après des renseignements d’ordre administratif, mais aucun sur mes antécédents médicaux, la séance commence. Je me suis d’emblée étonnée de l’absence de passage d’un produit antiseptique sur ma peau avant la séance. Pas de commentaire particulier. Ce médecin m’a remis les aiguilles dans un tube à essai pour les rapporter à la séance suivante. Seconde séance : même technique avec encore plus d’aiguilles…une quarantaine environ !! (figure 1) Et une douleur qui m’a fait monter les larmes aux yeux. Les aiguilles sont déposées dans un plateau et « arrosées » d’alcool à 70° pendant une minute à peine…Je repars ensanglantée…
Je constate le lendemain l’apparition d’hématomes très importants sur le visage.
3e séance idem, où elle m’a semblée contrariée car je lui ai reformulé mon étonnement sur le manque de désinfection cutanée sans oser évoquer davantage le problème du manque d’hygiène.
J’ai néanmoins abordé le fait que les aiguilles pouvaient s’émousser à la longue, ce qui pouvait expliquer la douleur. Le soir, je me sens ridicule d’avoir toléré cela. J’ai deux énormes hématomes sur le visage (figure 2). Je suis scandalisée, mon entourage médical l’était tout autant et me conseille même de la dénoncer au Conseil de l’Ordre des Médecins. Il est vrai que de telles pratiques dans mon hôpital seraient tout de suite signalées ».
Figure 1. Près de 40 aiguilles.
Figure 2. Les deux hématomes sur la joue.
Ce cas clinique très parlant objective des fautes à ne pas commettre et aborde la problématique de l’acupuncture esthétique.
L’hygiène au cabinet médical
Plusieurs problèmes sont évoqués : le consentement éclairé, la désinfection de la peau, les aiguilles.
Tout d’abord avant tout traitement, le praticien a l’obligation d’informer son patient des risques des actes médicaux et lui fournir tous les éléments qui lui permettent d’accepter ou de refuser les actes à visée thérapeutique [[1]] et encore plus quand il s’agit comme ici d’actes esthétiques. L’information orale est considérée comme primordiale. Il est aussi nécessaire de donner un formulaire de consentement sans bien sûr faire l’impasse sur son explication. Le défaut d’information est une faute ! La loi du 4 mars 2002, appelée encore loi Kouchner précise ainsi qu’« aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment » [[2]].
Dans ce cas clinique, il semble que le simple interrogatoire médical ait été ignoré ; pas d’explications sur le traitement ; refus d’explication aussi sur les risques encourus.
L’interrogatoire est pourtant important, de façon à ce que le praticien n’ignore pas une maladie hémorragique, la prise d’anticoagulants ou d’antiagrégants plaquettaires, un diabète éventuel, une maladie des valves cardiaques, bref de façon à éviter tout risque infectieux pour les patients et les professionnels. Les treize recommandations de bonnes pratiques médicales que nous avions annoncées en 2008 [[3]] ont été acceptées et reprises entièrement par le Collège Français d’Acupuncture et de MTC, et surtout font partie intégrante des recommandations diffusées par la Haute Autorité de Santé (HAS) et diffusées à tous les médecins de France, qu’ils soient acupuncteurs ou pas [[4]]. De ce fait, il est inacceptable que ce praticien continue à utiliser des aiguilles « individuelles » qui ne sont pas à usage unique. L’on peut même s’interroger, du fait que les aiguilles semblent émoussées, si les aiguilles utilisées ne sont pas effectivement des aiguilles à usage unique réutilisées, ce qui va à l’encontre de toutes les recommandations. Je ne m’attarderai pas sur l’élimination de ces dispositifs piquants que ce praticien semble totalement ignorer !
Les effets secondaires
Les petits saignements et les hématomes peuvent se produire après acupuncture. On retrouve cela dans environ 3% des cas. Le risque est d’autant plus grand que l’on met beaucoup d’aiguilles. Cependant même si ces incidents sont souvent mineurs et toujours transitoires, il apparait qu’ils peuvent être source de désagréments importants pouvant nécessiter un arrêt de travail, surtout pour des personnes exerçant en contact avec le public. Le coût n’est pas négligeable pour la société. Encore un fois une simple information du patient avant tout acte médical paraît absolument nécessaire.
Problématique de l’acupuncture esthétique
D’après une étude de 2005 [[5]], le comblement des rides représenterait de 30 à 50 % de l’activité esthétique des dermatologues français car le vieillissement semble être de moins en moins accepté dans notre société occidentale.
D’ailleurs en naviguant sur Internet, on peut voir fleurir ici et là des annonces spectaculaires vous annonçant comment faire un lifting sans passer par la chirurgie ou par les injections de produits de comblement (collagène, acide hyaluronique etc..). Les réactions indésirables des produits dégradables, généralement dues à des mécanismes immunologiques, de type œdème, granulomes, nodules, sont souvent transitoires mais peuvent parfois persister quelques semaines. Par contre, les produits non dégradables, comme les hydrogels acryliques, alkylimide ou dimethylsiloxane, peuvent entrainer des granulomes définitifs.
De fait, nombreux sont les patients qui se tournent vers l’acupuncture, réputée plus sûre.
Ces actes sont réalisés par des acupuncteurs qui prétendent utiliser des aiguilles en or (en fait souvent juste « plaquées or ») ou de simples aiguilles en acier inoxydable comme dans ce cas et qui font payer très cher des actes controversés d’un point de vue efficacité.
Pourquoi et sur quelles bases scientifiques reposent ces techniques ?
On sait que l’acupuncture agit par l’intermédiaire de la mécanotransduction au niveau du tissu conjonctif [[6],[7]]. Puncturer des ridules voire des rides pourrait entraîner théoriquement une réaction du tissu conjonctif avec stimulation des fibroblastes engendrant une synthèse du collagène et des fibres élastiques. La microcirculation serait également activée.
Cela provoque donc localement une vasodilatation avec une action trophique par augmentation du flux sanguin, et, également une action anti-inflammatoire et antalgique. L’acupuncture accélère par exemple de manière significative la régénération de la peau dans les brûlures de second degré par rapport au classique pansement hydrocolloïde chez la souris [[8]], mais aussi aide dans la cicatrisation de certaines plaies comme les escarres [[9]] ou les ulcères cutanés [[10]]. Par contre, l’efficacité sur une peau considérée saine n’est pas prouvée. En effet, les rides ne correspondent pas à une maladie au sens propre du terme. Il s’agit d’un processus physiologique plurifactoriel à la fois intrinsèque (ou chronologique génétiquement déterminé) et extrinsèque héliodermique, lié à l’action néfaste des rayons ultraviolets.
Pourtant, une étude d’acupuncture expérimentale parue en 2008 [[11]] montre que l’acupuncture anti-âge entraînerait une augmentation de la teneur en hydroxyproline et du collagène soluble… Mais ceci ne concerne que la peau du rat et non celle de l’homme. Est ce suffisant pour transposer ces résultats obtenus chez l’animal à une possible efficacité chez l’homme ?
Il est d’ailleurs bien malaisé de découvrir des études cliniques parues dans la littérature médicale scientifique internationale fournissant des preuves formelles.
Tout au plus, retrouve-t-on l’étude de Schnitzler et Adrien paru en 1991 dans la revue française de gynéco obstétrique [[12]]. Elle objective que l’électroacupuncture (et non l’acupuncture) montre des améliorations consistantes dans environ 70% des cas après dix à quinze séances et maintenues par des séances de rappel périodiques. Mais cette étude subjective est bien imparfaite d’un point de vue méthodologique et il est difficile de s’y fier surtout en ce qui concerne l’acupuncture manuelle. De plus les méthodes scientifiques d’exploration et d’évaluation de la surface cutanée à partir de l’analyse de l’anisotropie et d’information en 3D qui permettent de quantifier une ride et d’évaluer les effets réels d’un traitement antirides sont assez récentes.
En conclusion, il apparait que le traitement antirides par acupuncture doit encore faire l’objet de recherche pour prouver sa réelle efficacité.
Nous sommes donc toujours en attente d’un essai contrôlé randomisé (ECR) en double aveugle et contre placebo. Le problème, c’est que l’on risque d’attendre longtemps, car, jusqu’à présent le méta-registre d’essais cliniques contrôlés (mRCT) ne comporte aucun ECR de grande puissance sur ce sujet [[13]].
Note : je remercie Madame I.S. d’avoir accepté de témoigner et d’avoir accepté la publication des photos.
Références
[1]. Rouxeville Y, Nguyen J. Information du patient et consentement éclairé en acupuncture. Acupuncture & Moxibustion. 2003;2(3):153-5.
[2]. Loi n° 2002-303 du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé. Available from :URL:http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=E2C6AF0F427389ECA418BB4307239596.tpdjo08v_3?cidTexte=JORFTEXT000000227015&idArticle=&dateTexte=20090604
[3]. Stéphan JM et Nguyen J. 13 recommandations des bonnes pratiques médicales. Acupuncture & Moxibustion. 2008;7(1):49-51.
[4]. HAS. Hygiène et prévention du risque infectieux en cabinet médical ou paramédical. France; Juin 2007. Available from : URL: http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_607182/hygiene-et-prevention-du-risque-infectieux-en-cabinet-medical-ou-paramedical.
[5]. Crickx B. Derme et vieillissement. Avant-propos. Ann Dermatol Venereol. 2008 Jan;135(1 Pt 2):1S3-4.
[6]. Stéphan JM. Acupuncture, tissu conjonctif et mécanotransduction. Acupuncture & Moxibustion. 2006 ;5(4):362-367.
[7]. Fung PC. Probing the mystery of Chinese medicine meridian channels with special emphasis on the connective tissue interstitial fluid system, mechanotransduction, cells durotaxis and mast cell degranulation. Chin Med. 2009 May 29;4:10.
[8]. Lee JA, Jeong HJ, Park HJ, Jeon S, Hong SU. Acupuncture accelerates wound healing in burn-injured mice. Burns. 2011 Feb;37(1):117-25.
[9]. Mingam-Gourhant M. Aiguilles chinoises et cicatrisation. Méridiens. 1999;112:101-10.
[10]. Que HF, Wang YF, Xing J, Zhang Z, Xu JN. [Applying collateral disease theory to treat chronic dermal ulcer]. Zhong Xi Yi Jie He Xue Bao. 2008 Oct;6(10):995-9.
[11]. Lu Y. [Effects of « surrounding needling » on hydroxyproline content and ultrastructures in the dermis of aged rats]. Zhongguo Zhen Jiu. 2008 Jan;28(1):61-4.
[12] . Schnitzler L, Adrien A. [Cutaneous electric stimulation in aging. Electroacupuncture of wrinkles following the procedure of Ph. Simonin]. Rev Fr Gynecol Obstet. 1991 Jun;86(6):461-6.
[13]. metaRegister of Controlled Trials. www.controlled-trials.com/mrct/search.html (2012 february 9), date last accessed).