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Prophylaxie de la rhinite allergique saisonnière : étude d’un protocole de traitement chronoacupunctural à partir d’un cas clinique pédiatrique

Igreja do Santissimo Sacramento (XVIIIe) - Pelourinho - Salvador De Bahia - Pelourinho - Brésil
Igreja do Santissimo Sacramento (XVIIIe) – Pelourinho – Salvador De Bahia – Pelourinho – Brésil

Résumé. Introduction. La base de la Médecine Chinoise s’appuie sur le concept du Temps et de ses Rythmes. Les Branches Terrestres (地支, dìzhī) et les Troncs Célestes (天干, tiāngān), à l’origine du cycle sexagésimal, permettent de prévoir l’émergence d’une éventuelle chronopathologie. À différencier de la rhinite perannuelle, la rhinite saisonnière en rapport avec certains facteurs environnementaux est de ce fait l’une de ces chronopathologies que l’on pourrait prévenir.

Méthodes. Une étude épidémiologique de type cas-témoins portant sur sept-mille-trois-cent-quarante-deux actes vus en cabinet médical a évalué ainsi les possibles liaisons entre les saisons et la chronopathologie. Un protocole de traitement acupunctural appliqué par moxibustion électrique chez un enfant présentant une rhinite allergique saisonnière invalidante a été ainsi mis en place.

Résultats. Il s’avère que la finesse des observations chinoises corrélant ainsi les allergies au printemps avec le couple zujueyin (Foie) – zushaoyang (Vésicule-Biliaire) est confirmée, selon la méthode du cosinor, par la découverte d’un rythme circannuel des syndromes allergiques avec une acrophase printanière. Par ailleurs, ce protocole mis en pratique chaque année chez cet enfant vu à la fin de l’hiver, et cela pendant neuf ans, a permis de réduire nettement la prise des antihistaminiques. La qualité de vie s’en est trouvée améliorée avec disparition quasi-complète de la rhinite, de la conjonctivite et du prurit. La recherche du mode d’action physiopathologique par acupuncture expérimentale, l’état des lieux des méta-analyses et des essais comparatifs randomisés (ECR) objectivent qu’effectivement la chronothérapie par acupuncture à visée préventive offre une perspective de traitement non négligeable dans la rhinite allergique saisonnière.

Conclusion. La chronoacupuncture et ses techniques associées apportent une contribution utile, efficace et sans effets indésirables dans la prophylaxie de la rhinite allergique saisonnière.

 Mots clés : Moxibustion – allergie – rhinite allergique saisonnière – chronoacupuncture – printemps – cosinor – prophylaxie – pédiatrie.


Prophylaxis of seasonal allergic rhinitis: study of a chronoacupunctural treatment protocol from a pediatric clinical case

 Summary. Introduction. The basis of Chinese Medicine is based on the concept of Time and its Rhythms. The Terrestrial Branches (地支, dìzhī) and the Celestial Stems (天干, tiāngān), at the origin of the sexagesimal cycle, make it possible to predict the emergence of a possible chronopathology. To be differentiated from perennial rhinitis, seasonal rhinitis related to certain environmental factors is therefore one of these chronopathologies that could be prevented.

Methods. A case-control type epidemiological study of seven thousand three hundred and forty-two acts seen in a doctor’s office thus assessed the possible links between the seasons and chronopathology. An acupunctural treatment protocol applied by electrical moxibustion in a child with debilitating seasonal allergic rhinitis has been set up.

Results. It turns out that the fineness of the Chinese observations thus correlating the allergies in spring with the couple zujueyin (Liver) – zushaoyang (Gall Bladder) is confirmed, according to the cosinor method, by the discovery of a circaannual rhythm of allergic syndromes with a spring acrophase. In addition, this protocol put into practice each year in this child seen at the end of winter, and this for nine years, made it possible to significantly reduce the intake of antihistamines. The quality of life was improved with almost complete disappearance of rhinitis, conjunctivitis, and pruritus. The search for the pathophysiological mode of action by experimental acupuncture, the inventory of meta-analyses and randomized comparative trials (RCTs) show that chronotherapy by acupuncture for preventive purposes does indeed offer a significant treatment perspective in rhinitis. seasonal allergy.

Conclusion. Chronoacupuncture and its associated techniques make a useful, effective contribution without adverse effects in the prophylaxis of seasonal allergic rhinitis.

 Keywords: Moxibustion – allergy – seasonal allergic rhinitis – chronoacupuncture – spring – cosinor – prophylaxis – pediatrics.


Introduction

 Diagnostic des rhinites allergiques (RA) selon la médecine occidentale

 Les symptômes cardinaux de la rhinite allergique sont définis par des éternuement en salve, rhinorrhée séreuse, obstruction nasale, prurit nasal, du palais et de la gorge. Peuvent s’y associer dans 60-70% des signes oculaires, un prurit et larmoiement. Les troubles de l’odorat sont en revanche absents ou modérés chez l’adulte. La périodicité des symptômes est également importante à préciser pour débuter l’enquête étiologique. De ce fait, on classe les RA en fonction des symptômes.

Des symptômes présents tout au long de l’année correspondent en règle générale à la rhinite perannuelle liée à des pneumallergènes domestiques, comme la poussière, les moisissures, les acariens.

En revanche, une symptomatologie limitée à certaines périodes de l’année, à certains lieux ou au contact de certains facteurs environnementaux correspond à la rhinite allergique saisonnière.  

Des comorbidités atopiques sont souvent associées. Ainsi l’interrogatoire doit rechercher systématiquement chez le patient ou ses parents au premier degré de l’asthme mais aussi par ordre de fréquence parmi une conjonctivite et une dermatite ; des troubles du sommeil (mauvaise qualité, ronflements, réveils nocturnes). Enfin les symptômes généraux non spécifiques comme l’asthénie, l’irritabilité, la baisse de concentration peuvent exister et permettent d’évaluer l’impact de la rhinite allergique sur la qualité de vie [[1]].

 Prise en charge thérapeutique occidentale

 Le traitement de la RA repose en priorité sur l’éviction allergénique (Grade A)[2], puis les traitements symptomatiques (Grade A) et l’immunothérapie allergénique (Accord professionnel). Les mesures d’éviction les plus nombreuses et les mieux connues concernent les rhinites perannuelles liées aux acariens. L’ensemble des mesures d’éviction physiques, utilisant des housses antiacariens, purificateurs d’air (niveau de preuve 2) ou acaricides (niveau de preuve 2) permet une diminution significative du nombre d’allergènes dans l’environnement intérieur. Idem, l’intérêt d’éloigner un animal lors rhinites perannuelles liées aux allergènes d’animaux domestiques (niveau de preuve 2). Notons que cette mesure est très peu suivie. En ce qui concerne les rhinites allergiques saisonnières, les mesures d’éviction liées à la pollinisation sont peu efficaces et peu évaluées [[3]].

Les traitements par des antihistaminiques de deuxième et troisième génération réduisent efficacement le prurit nasal, les éternuements et la rhinorrhée. L’efficacité sur l’obstruction nasale est cependant souvent partielle. Les antihistaminiques sont simples d’utilisation par une monoprise quotidienne et un excellent profil de tolérance. Pour les formes plus sévères, il est possible d’associer les antihistaminiques et la corticothérapie nasale en cas d’inefficacité d’une monothérapie. Les rhino corticostéroïdes (RCS) sont davantage indiqués dans la RA modérée à sévère après échec des mesures d’éviction, où il est recommandé de les prescrire en première intention, mais avec un niveau de Grade B. En cas de symptômes insuffisamment contrôlés par RCS en monothérapie, il est recommandé de prescrire une association rhinocorticostéroïde-AntiH1 nasal en dose fixe (Grade A).

L’immunothérapie allergénique peut être utilisée en cas de rhinite allergique modérée ou sévère, persistante ou intermittente (saisonnière ou per annuelle) insuffisamment contrôlée par les traitements symptomatiques et les mesures d’éviction des allergènes, mais recommandations faites à la suite d’un accord professionnel.

 La rhinite allergique saisonnière selon les conceptions de la médecine chinoise

 Les Branches Terrestres et les Troncs Célestes

La base de la Médecine Chinoise s’appuie sur le concept du Temps et de ses Rythmes. Les Branches Terrestres (地支, dìzhī) et les Troncs Célestes (天干, tiāngān), à l’origine du cycle sexagésimal permettraient de prévoir l’émergence d’une éventuelle chronopathologie [4-6]. Celle-ci est abordée pour l’essentiel dans les chapitres 69, 70, 71 et 74 du Huangdi Neijing Suwen [[7]]À partir de la prévision météorologique des saisons, les acupuncteurs traditionnels chinois pourraient ainsi déduire la survenue de certains troubles pathologiques.

Selon l’union de la Branche Terrestre et du Tronc Céleste, le climat dominant, agressif en fonction de la saison, peut être déterminé avec installation d’une pathologie chez la personne à risque. D’où l’intérêt de la traiter de manière prophylactique.

Ainsi, deux études chinoises [[8],[9]] commentées par Henning Strøm [[10]], ont essayé d’objectiver une corrélation entre épisodes épidémiques et cycles du calendrier chinois sur une période de 1200 ans durant lesquels deux-cent-soixante-trois épidémies sont survenues. La première étude de Zhang Nianshun conclut qu’il n’y a pas de corrélation sûre. La deuxième étude de Bixian montre par l’astuce de regrouper les Troncs Célestes deux par deux selon l’appartenance aux « cinq éléments ou mouvements » que les épidémies sont en accord avec la cause, c’est à dire le Feu. Elles reviendraient de manière cyclique et surtout pendant « les années Bois qui produisent du Feu, les années Feu qui produisent un excès de Feu », le tout en accord avec la cause : le Feu… » [9] Cependant les chiffres sans évaluation statistique ne sont pas convaincants : une épidémie dépend de trop de variables (guerre, réchauffement climatique, perturbation politique, etc.) pour être prévisible en fonction des Troncs Célestes et des Branches Terrestres [4].

En revanche, selon la théorie des cinq éléments où chaque Organe est attribué à une saison, il serait possible de trouver des manifestations pathologiques ayant un caractère rythmique saisonnier.

 Atteinte selon les 5 Mouvements

Ainsi à partir du Suwen et du Lingshu, les pathologies saisonnières correspondant à chaque méridien ont pu être déterminées. Tous les vais­seaux pourront présenter des symptômes sur leur trajet, des symptômes dus aux atteintes de l’Organe ou de l’Entraille par les Énergies Perverses (Froid, Vent, Chaleur, Humidité, Sécheresse), mais aussi des symptômes en rapport avec un Vide ou une Plénitude de qi [[11]]. Il ne sera pas ici détaillé tous ces symptô­mes. Cependant, en schématisant, on peut dire (figure 1) :

Figure 1. Schématisation des pathologies observées en fonction de la saison.

Durant l’été, quatre méridiens interviennent : Cœur, Intestin Grêle, Maître du Cœur et Triple Réchauffeur. Le couple Cœur, Intestin Grêle touche essentiellement la pathologie cardiaque : troubles du rythme, syncopes, perte de connaissance, précordialgies, palpitations, dyspnée à l’effort et même hypertension artérielle. À cela, il faut ajouter pour le couple Maître du Cœur et Triple Réchauffeur, tous les troubles touchant les fonctions sexuel­les : fécondité accrue, activités sexuelles débordantes ou au contraire stérili­té, frigidité et impuissance en cas de vide énergétique.

 À la fin de l’été (cinquième saison) correspondent les méridiens de Rate Pancréas et d’Estomac. Ils jouent un rôle important sur le métabolisme (obésité), les fonctions endocriniennes (diabète, régulation du cycle menstruel), les troubles digestifs (diarrhées, vomissements, constipation, gastralgies), les troubles circulatoires (insuffisance veineuse ou artérielle), les problèmes rhumatologiques (arthralgies, douleurs musculaires, œdèmes) …

 L’automne contrôle les méridiens Poumons et Gros Intestin. Ce couple, outre sa fonction respiratoire dans les asthmes et les broncho-pneumopathies chroniques, est le maître absolu du qi et va ainsi occasionner les asthénies, les états dépressifs, la mélancolie. Par ailleurs, il sera en relation avec l’épiderme et tout ce qui touche la qualité des phanères et de la peau, d’où les dermatoses : eczéma chronique, psoriasis, acné, mais aussi les chutes de cheveux, les ongles cassants. Il ne faut pas oublier les pathologies de la sphère oto-rhino laryngée et digestive : laryngites, angines, rhinites, pharyngites, sinusites, odontalgies, gingivites, constipation, diarrhées, colo­pathies.

 En hiver, le couple des méridiens Reins et Vessie est à son maximum énergétique. En cas de troubles, les douleurs en rapport avec le système osseux seront au premier plan : douleurs cervicales, dorsales, lombo-sacrées, douleurs des membres inférieurs, céphalées frontales, occipitales avec ou sans acouphènes et vertiges, raideurs osseuses, contractures. La défaillance du Rein explique aussi tous les syndromes infectieux sévères, rebelles, récidivants ou chroniques touchant tout l’organisme : appareil pulmonaire, dermatologique, osseux, viscéral, O.R.L, etc.

 Enfin au printemps sont rattachés les méridiens de Foie et de Vésicule Biliaire. « Le Foie est du domaine du printemps. Son vaisseau, le jueyin, est spécifiquement lié au taiyang (Vésicule Biliaire) ». La pathologie concernera globalement les allergies que ce soient les dermatoses (urticaire, eczéma), ou les manifestations spasmodiques respira­toires (asthme, bronchite, rhinites allergiques…). D’autre part, on retrouvera les tendinites, contractures, crampes, spasmes abdominaux et artériels, les migraines, les acouphènes, les vertiges, les troubles de la vision avec baisse de l’acuité visuelle, les troubles psychiques avec la colère et l’agressivité, mais égale­ment l’anxiété et la dépression.

Dénommé par les chinois le « général des armées », il recouvre effectivement toute la logistique de l’organisme. On pourra évoquera une pathologie Foie devant :

  • Des troubles de la fonction de défense
  • Il sera impliqué dans les allergies et les problèmes immunitaires, ou hypersensibilité aux infections. Il sera la réponse aux agressions extérieures par l’énergie wei [6].

 De ce fait l’objectif de cette étude sera de déterminer globalement dans quelle mesure les pathologies observées varient au cours des saisons, et de faire une corrélation avec les connaissances de la Médecine Traditionnelle Chinoise. Ainsi il s’agira de répondre à la question de savoir si la fréquence des pathologies d’ordre allergique et précisément des rhinites allergiques saisonnières est-elle plus élevée au printemps que lors des autres saisons ?

Une étude épidémiologique de type cas-témoins portant sur sept-mille-trois-cent-quarante-deux actes vus en cabinet médical a évalué ainsi les possibles liaisons entre les saisons et la chronopathologie. Un protocole de traitement acupunctural appliqué par moxibustion électrique, puis électroacupuncture (EA) chez un enfant présentant une rhinite allergique saisonnière invalidante a été ainsi mis en place à visée prophylactique.

  Méthodes

 Etude épidémiologique

 Protocole

Les objectifs

Il s’agit de déterminer globalement dans quelle mesure les pathologies observées varient au cours des saisons et de faire une corrélation avec les connaissances de la Médecine Chinoise. Ainsi il s’agit de répondre aux questions suivantes :

  • La fréquence des pathologies d’ordre allergique est-elle plus élevée au printemps que lors des autres saisons ?
  • Observe-t-on une fréquence accrue des syndromes psychiatriques au printemps mais aussi en automne ?
  • La fréquence des troubles digestifs est-elle plus forte à la cinquième saison ainsi que les douleurs rhumatologiques ?
  • L’automne voit-il une recrudescence des problèmes infectieux pulmonaires, O.R.L. ; et l’hiver celle des algies rhumatologiques et également des syndromes infectieux viraux ?

 Le type d’enquête choisi

Une étude épidémiologique de type cas-témoins rétrospective portant sur 7342 actes médicaux (1987 à 1992) a établi des liaisons entre les saisons et la chronopathologie occidentale. Il a été possible d’estimer l’augmentation de la probabilité d’avoir la maladie quand on est exposé au facteur de risque (en l’occurrence, les saisons), en comparant la fréquence de l’exposition chez les cas et chez les témoins. A donc été calculé pour chaque catégorie de maladies une valeur, le risque relatif estimé (RRE), encore dénommée odds-ratio (OR) avec RRE = A1 A4 / A2 A3 (figure 2).

 Hiver Printemps 
Sujets malades A1    A2   
Sujets indemnesA3   A4     

Figure 2. Calcul du RRE.

Un risque relatif estimé égal à 2 signifiera dans l’exemple qu’en hiver, il y a une probabilité d’avoir la maladie qui est 2 fois plus élevée qu’au printemps. Le risque relatif estimé sera accompagné de son intervalle de confiance à 95% ; le test statistique du Chi² permettra de décider si la valeur du RRE est significativement différente de 1 (si RRE est égal à 1, il n’y a pas de différence entre les groupes comparés).   

 Les critères de sélection des sujets étudiés

Ont été considérés comme atteints tous les sujets ayant les symptômes ou la maladie durant la période choisie dans un échantillon de population générale se présentant dans un cabinet de médecine. Les témoins sont, pour la même période, les sujets indemnes dans un échantillon considéré comme représentatif de la population générale d’une petite ville de 3500 habitants, se présentant pour des symptômes différents dans le même cabinet de médecine générale. Le sexe et l’âge n’ont pas été retenus comme source de biais.

 Les renseignements à recueillir pour chaque sujet observé

Les renseignements ont été classés en sept catégories :     

– pneumologie : bronchites, bronchopneumopathies, toux expectorantes ;

– infectiologie : grippes, varicelles, oreillons, herpès, candidoses, viroses, hépatites virales, zonas ; 

– O.R.L : rhumes, pharyngites, laryngites, rhino-pharyngites, sinusites, otites, angines, trachéites ;

– allergologie : rhino-conjonctivites allergiques, asthme, prurit, urticaire, eczéma, bronchiolites ;

– rhumatologie : lombalgies, lombo-sciatiques, cruralgies, sciatiques, périarthrites scapulo-humérales, névralgies cervico-brachiales, lumbagos, tendinites, cervicalgies, arthralgies, myalgies ;

– psychiatrie : dépressions, syndromes anxio-dépressifs, angoisse, anxiété, insomnie, asthénie fonctionnelle ;

– gastro-entérologie : gastro-entérite, colopathie, gastrite, abdomen aigu, diarrhées, reflux gastro-œsophagien, gastralgies, ulcères, appendicites.

Ont été considérés comme malades témoins les cas d’actes de cardiologie, phlébologie, neurologie, dermatologie, endocrinologie, gynécologie, uro-néphrologie, traumatologie et autres actes n’entrant pas dans le cadre direct de la pathologie étudiée.

 Les saisons

Les saisons ont été découpées de la façon suivante :

– printemps : du 1 mars au 31 mai

– été : du 1er juin au 31 août 

– automne : du 1 septembre au 30 novembre

– hiver : du 1er décembre à fin février.

La cinquième saison a été assimilée à un sous-ensemble de l’été, période allant du 1er au 31 août [4].

Pour chaque pathologie, il sera fait une comparaison des saisons deux à deux : été – automne, été – hiver, été – printemps, automne – hiver, automne – printemps, hiver – printemps ou vice-versa selon les cas. Le risque relatif estimé (R.R.E.) est noté dans un tableau, accompagné de son intervalle de confiance, du test Chi² et du degré de signification p. Le risque relatif estimé est significatif si p est inférieur à 0,05.

  Résultats

Tous les résultats peuvent être retrouvés dans l’article de la revue Méridiens [[12]].

Néanmoins, voici les principales conclusions et celles surtout concernant les allergies.

 Eté – fin de l’été et troubles digestifs, douleurs rhumatologiques

Il y a recrudescence des troubles digestifs en été (R.R.E = 1,32 ; p=0,024) par rapport à l’automne, et par rapport au printemps (R.R.E = 1,36 ; p=0,013). Cela est à mettre essentiellement sur le compte des diarrhées aigües estivales. La Médecine Traditionnelle Chinoise avait ici observé que l’augmentation des troubles digestifs liés au méridien de Rate – Pancréas se retrouvait à la fin de l’été (5e saison). D’où confirmation par les données occidentales (tableau I). De même, à la fin de l’été en Médecine Chinoise correspond les problèmes rhumatologiques (bi humidité). Les études occidentales objectivent un pic de la fréquence des poussées arthrosiques en été, et en hiver pour les maladies de type inflammatoire [4]. On confirme en partie ces données puisque le risque relatif estimé est de 1,32 en été versus hiver (p=0,0085) ; de 1,26 en été versus automne (p=0,031) ; de 1,26 au printemps versus hiver (p=0,017).

 Tableau I. Troubles digestifs plus importants en été versus automne ou printemps.

Automne et pathologies ORL et psychiatriques

On retrouve une recrudescence des états dépressifs en automne par rapport à l’hiver avec un risque relatif estimé à 1,23, statistiquement significatif (p=0,044), avec confirmation de certaines données chinoises. Ainsi l’automne avec son Organe Poumons engendre mélancolie, états dépressifs (tableau II). De même davantage de pathologies ORL en automne (RRE= 1,47 versus été ; RRE= 1,19 versus printemps), mais aussi en hiver avec un RRE à 1,34 (p=0,00053) versus été. Le tout corrobore en partie les données de la Médecine Traditionnelle Chinoise [12].

 Tableau II. Les syndromes psychiatriques plus importants en automne versus l’hiver.

Hiver et pathologies infectieuses pulmonaires

L’hiver offre une recrudescence de la pathologie broncho-pulmonaire que ce soit versus le printemps (RRE=1,46), l’automne (RRE=1,33), ou surtout versus l’été (RRE=2,27 ; p<0,0000001). En fait, en examinant les statistiques, il s’avère que par rapport à toutes les autres saisons, l’été se manifeste par un abaissement important de ces pathologies. Les études épidémiologiques occidentales retrouvent d’ailleurs une baisse de la pathologie estivale opposée au pic hivernal. La Médecine Chinoise considère que la fréquence des maladies pulmonaires s’accroît en automne avec une éventuelle altération énergétique du couple Poumons – Gros intestin, mais aussi en hiver, surtout si l’infection est sévère ou récidivante. 

 Printemps et allergies

On constate que le risque relatif estimé de contracter une pathologie allergique est de 3,15 fois plus élevé en été qu’en hiver (p<0,0000001), et de 2,49 fois plus élevé au printemps qu’en hiver (p<0,0000002). Cela confirme en partie les données de la Médecine Traditionnelle Chinoise : allergie et foie, allergie et printemps (Tableau III).

 Tableau III. Les pathologies allergiques plus importantes au printemps versus automne et hiver mais aussi été versus automne et hiver.

Conclusions

Cette enquête cas-témoins a pu constituer une première approche de la chronopathologie traditionnelle chinoise et elle a objectivé la qualité exceptionnelle des observations des médecins chinois, qui très longtemps avant les occidentaux, avaient compris le rôle des saisons dans la genèse de certaines pathologies.

Pour aller plus loin que cette première partie qui essayait d’objectiver si une saison associée à ses facteurs climatiques pouvait influencer l’apparition d’une pathologie comme les rhinites allergiques, il était intéressant alors d’essayer de déterminer s’il y avait reproductibilité des pathologies à chaque saison, brefs rythmes biologiques, comme l’entend la Médecine Chinoise. En effet, cette étude épidémiologique donne une estimation globale de la probabilité d’avoir la maladie en fonction de la saison sur une période de cinq ans, mais ne permet pas d’objectiver si cela se reproduit de la même façon chaque année. Il est tout à fait possible d’avoir une année avec présentant une pathologie précise, suivie d’une année sans.  Il a fallu donc utiliser le modèle mathématique du Cosinor.

Recherche des rythmes biologiques

 La finesse des observations chinoises qui associaient depuis la nuit des temps le Bois au Printemps, et le Foie aux allergies, doit être confirmée par la découverte, selon la méthode du Cosinor, d’un rythme circannuel des syndromes allergiques avec une acrophase printanière.

 Définition d’un rythme biologique

Le rythme biologique peut être représenté par une fonction sinusoïdale, quantifiée par l’utilisation du modèle mathématique du Cosinor. Cette fonction sinusoïdale correspond à la formule suivante :

                                     Y (t) = M + A Cos (ω t + Φ)

                   (t est le temps; ω est la fréquence angulaire = 2 π / τ )

Cette modélisation permet la description de quatre paramètres.

  • La période τ

C’est la durée d’un cycle complet de la variation biologique, exprimée généralement en unité de temps (seconde, minute, heure, jour ou année). Cet intervalle est mesuré entre deux sommets (acrophase) ou deux creux (bathyphase). Par exemple, le cortisol plasmatique a une période de 24 heures entre les 2 pics de sécrétion. Cette période peut également être exprimée en degrés : 24 heures est équivalent à 360°. À partir de l’étude de ces différentes périodes, on a distingué plusieurs grands domaines de rythmes :

  • Les rythmes ultradiens dont la période τ est inférieure à 20 heures ;
  • Les rythmes circadiens : la période est comprise entre 20 et 28 h, généralement 24 heures ;
  • Les rythmes infradiens dont la période est supérieure à 28 heures, subdivisés eux-mêmes en rythme circamensuel (1 mois), rythmes circannuels (τ = 1 an).
    • L’acrophase Φ

C’est l’intervalle de temps estimé pour atteindre le sommet d’une variation biologique de période τ. C’est la localisation temporelle exprimée, par exemple, en heures et minutes de l’emplacement du pic ou du sommet de la fonction sinusoïdale, mais aussi en degrés (exemple : 1 heure = 15°). À l’opposé, la bathyphase est le moment où la variation biologique est à son amplitude minimale, à l’emplacement du creux.

  • L’amplitude A

C’est la différence des valeurs entre le moment du pic et celui du creux. Elle est égale à la moitié de la variation totale du changement rythmique pour la période considérée.

  • Le mésor M

C’est la moyenne ajustée du rythme de période τ, niveau moyen de la variation biologique rapporté à la durée de la période.

Figure 3. Représentation d’un rythme biologique par le modèle mathématique du Cosinor.

Un rythme biologique (figure 3) peut donc être caractérisé par ce modèle mathématique, à condition que la variation ne s’écarte pas trop de la fonction sinusoïdale et qu’elle soit statistiquement significative par la méthode des moindres carrés [4].

 Recherche des rythmes biologiques

L’étude épidémiologique préalablement effectuée a analysé la relation causale entre la maladie et l’exposition au facteur de risque. On a déterminé une approximation du risque relatif estimé en fonction du niveau d’exposition chez les cas et les témoins.

Mais, cette valeur du RRE, calculée avec un seuil de signification à 5% par le test du Chi², ne montre que l’existence d’une association plus ou moins forte entre des variables de nature qualitative (par exemple : le nombre de gastro-entérites en hiver ou en été).

Il a donc été nécessaire de transformer cette variable qualitative (nombre de cas) en quantitative (pourcentage de cas), afin d’obtenir un mode de description apportant le plus d’informations possibles, et de discuter d’autre part l’importance du RRE. On peut ainsi voir que le risque relatif estimé est malgré tout biaisé vers l’unité et que l’analyse des variances va nettement améliorer les résultats de l’enquête épidémiologique.      

Le rythme circannuel a été recherché pour les sept catégories de pathologies. La méthode du Cosinor a été employée, en utilisant les 7342 actes médicaux concernant le fichier de 1337 patients vus de juin 1987 à mai 1992.

Les dates, mois et années, de chaque maladie ont été soigneusement enregistrées ainsi que le nombre de patients atteints. Les caractères étudiés, c’est à dire les maladies entrant dans les sept classifications, sont distribuées selon une loi normale de type gauss pour chaque saison, surtout qu’il s’agit de grands échantillons.

Il a fallu ensuite comparer les moyennes dans leur ensemble par une analyse des variances (le test global de F : rapport de la variance inter-colonnes sur la variance intra-colonne résiduelle), afin de répondre à la question : les saisons sont-elles équivalentes pour la chronopathologie étudiée ? 

  • Dans l’affirmative, il ne peut y avoir bien sûr de rythme biologique, même si l’enquête épidémiologique montre une probabilité plus forte d’avoir une chronopathologie à une saison donnée.
  • Dans la négative, on procède alors à des comparaisons deux à deux, ce qui permet de discuter du degré de l’association décrite dans le chapitre épidémiologique. Il est donc possible d’objectiver un rythme biologique par la méthode du Cosinor (pour l’explication mathématique, voir annexe 1).

 Détection rythme biologique pour les allergies

L’analyse des variances a donc été réalisée entre les quatre saisons pour les sept catégories de pathologies décrites plus haut. Aucun rythme biologique n’a été objectivé pour les pathologies infectieuses : pour une période de 365 jours, le rythme des maladies infectieuses n’a pas été détecté : l’amplitude A (différence des valeurs entre le moment du pic et celui du creux) ne diffère pas de zéro. Le test F montre : F = 2,1031 avec un p>5%, non significatif. De ce fait, le modèle d’une fonction sinusoïdale est inapproprié. La fonction correspondra davantage à une droite car la variation de l’amplitude est nulle.

Idem pour un rythme des infections ORL : l’hypothèse de l’amplitude nulle ne peut être rejetée. Le test F montre : F = 0,276 avec un p>5%, non significatif. De ce fait, pas de rythme biologique suivant le modèle d’une fonction sinusoïdale. La fonction correspondra aussi à une droite car la variation de l’amplitude est nulle pour une période circannuelle. 

Il n’est pas retrouvé non plus de rythme biologique pour les pathologies infectieuses purement pulmonaires ; pour les algies rhumatologiques, même si celles-ci semblent augmentées à la fin de l’été en rapport avec l’excès d’humidité ; pour les troubles digestifs et les syndromes relevant de la sphère psychiatrique. Ainsi pour ces derniers, on retrouve bien un excès de syndromes psychiatriques en automne, mais excès global sur une longue période de cinq ans, non cyclique, et à relativiser compte tenu du risque relatif estimé tendant vers l’unité (RRE=1,23).

En revanche, pour les pathologies allergiques, l’analyse des variances entre les quatre saisons objective un test F = 9,29 (p=0,00013). Les saisons diffèrent de manière statistiquement significative.

Il y a confirmation des données épidémiologiques : accroissement de la pathologie allergique en été et au printemps versus les deux autres saisons. Pas de différence significative entre l’été et le printemps, automne – hiver, automne – printemps. On peut donc penser à une acrophase de l’allergie située au printemps-été, et, une bathyphase en début d’hiver.

La recherche d’un rythme circannuel est positive. L’hypothèse d’une amplitude A non nulle par l’analyse de variance sur les valeurs de ß et δ est validée : le test F est égal à 7,7411. Cette valeur est statistiquement significative, p = 0,00638.

En appliquant le modèle mathématique du Cosinor, nous obtenons les résultats suivants :

                   – période circannuelle de 365 jours, soit 360° ;   

                   – le mésor M = 4,45 avec un intervalle de confiance à 95% compris entre 3,63 et 5,27 (soit +/- 0,825) ;

                   – l’amplitude A = 0,379 avec un intervalle de confiance à 95% compris entre 0,190 et 0,569

                   – l’acrophase à -120° avec un intervalle de confiance à 95% compris entre -88° et -152°, c’est à dire une acrophase le 1er mai ((intervalle de confiance à 95% : du 30 mars au 3 juin).  Les figures 4 et 5 visualisent ces données.

Figure 4. Distribution mensuelle de la pathologie allergique sur une période de 5 ans.

Figure 5. Rythme circannuel de la pathologie allergique analysé par la méthode du Cosinor.

 Bref, il y a donc une acrophase de l’allergie du printemps au tout début de l’été.               

En conclusion, si l’on démontre qu’il y a effectivement une probabilité de 2,27 fois plus forte d’avoir des infections broncho-pulmonaires en hiver, on ne peut pourtant pas affirmer que cela se répète circannuellement, à la manière du rythme biologique des manifestations allergiques. Même chose pour toutes les autres pathologies. Il peut être possible que la période soit différente. Au lieu d’un an, il peut s’agir d’une période de 60 ans, comme celle du cycle sexagésimal chinois.

Donc selon l’imbrication des Troncs célestes et des Branches terrestres, la pathologie se retrouvera tous les 60 ans par exemple. Malheureusement, cela est difficile à confirmer sur une aussi longue période.

Et les deux études portant sur 1200 ans concernant les épidémies n’ont pas permis de confirmer formellement un rythme biologique [5,8,9,10].

 Quoi qu’il en soit, prévenir les maladies à la lumière des conceptions chinoises des rythmes n’est pas impossible. Il suffit de connaître toutes les données concernant les prévisions météorologiques, ainsi que la chronopathologie des qi en fonction des années du cycle sexagésimal, appliquer les lois citées, puis, piquer les points d’acupuncture en fonction des rythmes. Le cas clinique concernant une rhinite allergique a objectivé que cela était du domaine du possible.

Cas clinique

 Lt V, enfant de 8 ans souffrant depuis quelques années d’une rhino-conjonctivite allergique et d’un prurit généralisé au début du printemps est vu pour la première fois le 3 juin 2014. Sa grand-mère a des antécédents d’asthme allergique. Le bilan allergologique n’a pas été réalisé mais le pollen semble être la source de son allergie, du fait du lieu d’habitation à la campagne.

Son médecin traitant l’adresse pour avis acupunctural car le traitement antihistaminique à base de desloratadine (aérius®), antagoniste sélectif sur les récepteurs-H1 périphériques est insuffisant sur les symptômes et les parents craignent les effets secondaires.

Il est également sous antiallergiques locaux : acide spaglumique (naabak®) pour la conjonctivite et azélastine (allergodil®), antihistaminiques H1 pour la rhinite qui le soulage momentanément.

Un traitement en moxibustion électrique est donc commencé avec l’appareil électrique (Premio 10 moxa Sédatelec ®).

Les points utilisés sont : yintang (29VG – Ex-HN-3), lieque (7P), hegu (4GI), zusanli (36E), yingxiang (20GI), quchi (11GI). Trois séances de 20 mn sont réalisées à une semaine d’intervalle qui améliorent nettement son état.

Il est revu le 6 avril 2015 : le prurit et une hyperhémie conjonctivale commence à s’installer. Une seule séance sera suffisante avec le traitement suivant appliqué en moxibustion électrique : xingjian (2F), taichong (3F), qimen (14F), zhongfu (1P), lieque (7P), hegu (4GI), quchi (11GI), shanzhong (17 JM), zusanli (36E).

L’année 2015 se passe sans qu’il ne s souffrît trop des signes de la sphère allergique.

De ce fait, les parents prennent un rendez-vous l’année suivante en 2016 à titre prophylactique.

Une séance identique est donc réalisée en moxibustion début mars.

Celle-ci sera réitérée une seule fois par an, soit fin février ou début mars de 2017 jusqu’en 2023 à l’âge de 17 ans pour sa rééquilibration printanière. En 2022 et 2023, les points 11GI, 3F, 14F sont utilisés en électroacupuncture à la fréquence de 8Hz (durée d’impulsion 250µs – appareil schwa-medico©) ; les autres points sont puncturés alors que 36E, 17JM, 1P sont toujours moxés électriquement.

 Résultats et Discussion

 Globalement, selon le patient et les parents, les résultats sont très positifs ; le prurit ayant cédé complètement dès 2017 ainsi que la rhino-conjonctivite, mais plus tardivement à partir de 2020.

Comment expliquer l’efficacité ?

L’acupuncture expérimentale sur animaux peut-elle l’expliquer les différents mécanismes physiopathologiques ?

Et existe-t-il des essais comparatifs randomisés ou de méta-analyses ayant le même résultat.

 Acupuncture expérimentale

 La sensibilisation de la muqueuse nasale à certains allergènes aériens entraîne des interactions multiples entre les cellules présentatrices d’antigènes, les lymphocytes Th2 CD4 et les cellules B productrices d’IgE spécifiques des allergènes, qui se lient ensuite aux mastocytes et aux basophiles. En cas de nouvelles expositions aux allergènes, les IgE se fixeront sur les mastocytes, entraînant une dégranulation, d’où libération de médiateurs préformés comme l’histamine et production de médiateurs néoformés comme le leucotriène C4 et la prostaglandine D2. Les cytokines pro-inflammatoires, comme l’IL-4, IL-5 et IL-13 peuvent être également produites à la fois par les lymphocytes Th2 et les mastocytes lors de l’exposition aux allergènes. Ces cytokines régulent à la hausse les molécules d’adhésion sur l’endothélium vasculaire et conduisent à la migration de ces cellules inflammatoires, comme les lymphocytes, les éosinophiles et les basophiles, vers les sites inflammatoires des tissus. Plusieurs cytokines favorisent également la chimiotaxie et la survie de ces cellules inflammatoires recrutées et conduisent à une réponse immunitaire secondaire en raison de leur capacité de favoriser la synthèse d’IgE par les cellules B. Le système nerveux joue également un rôle important en amplifiant et en entretenant les réactions allergiques. Ces modifications inflammatoires réduisent le seuil de réactivité de la muqueuse à divers stimuli spécifiques et non spécifiques, ce qui rend les patients allergiques plus sensibles aux stimuli auxquels ils sont quotidiennement exposés [[13]].

L’acupuncture expérimentale sur l’animal permet de comprendre l’action physiopathologique de l’acupuncture et techniques associées dans le cas de la rhinite allergique avérée mais aussi d’une éventuelle action physiologique prophylactique.

 Physiopathologie de l’action de l’acupuncture et techniques associées sur la rhinite allergique avérée

L’acupuncture et les techniques associées agiraient sur la diaphonie complexe existant entre plusieurs molécules de l’inflammation allergique, mais aussi par une action antihistaminique via une inhibition des récepteurs de l’histamine 1 (H1R) [[14]].

Cette diaphonie se ferait entre les cytokines pro-inflammatoires, les neuropeptides et les neurotrophines.

  • L’acupuncture engendrerait une régulation à la baisse les neuropeptides pro-inflammatoires (SP[15], VIP[16] et CGRP[17]). Or on sait que la substance P et CGRP activent en synergie les monocytes pour libérer les cytokines pro-inflammatoires tels que TNF-α, IL-1β, IL-6 et IL-10. De ce fait, cela limiterait l’inflammation des muqueuses par diminution de la dégranulation des mastocytes, diminution de la vasodilatation et de l’extravasation plasmatique engendrant la congestion nasale.
  • L’acupuncture et techniques associées permettraient aussi la régulation à la baisse des cytokines pro-inflammatoires issues des lymphocytes Th2 (IL-4, 5, 10, 13, etc.)[18] et régulation à la hausse des cytokines issues des lymphocytes Th1 (IFN-γ et TNF-α)[19] produisant ainsi un changement dans l’équilibre Th1/Th2 des cellules T auxiliaires vers une dominance Th1.
  • Et enfin, l’acupuncture et techniques associées réguleraient à la baisse les neurotrophines[20], comme le facteur de croissance nerveuse (NGF, nerve growth factor)[21] ou le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (Brain-Derived Neurotrophic Factor, BDNF)[22].

Voici ainsi quelques exemples d’études expérimentales récentes objectivant ces mécanismes physiopathologiques.

Ainsi, sur un modèle de muqueuse nasale atteint de rhinite allergique chez le rat, la stimulation de yingxiang (GI20) et yintang (VG29) soulage les symptômes par régulation négative des récepteurs H1 (H1R) et H4 de l’histamine [[23]].

Dans un modèle murin de rhinite allergique, l’acupuncture et la moxibustion à Artemisia vulgaris au niveau du yingxiang (20GI), présentent un effet antiallergique et anti-inflammatoire par régulation de la différenciation cellulaire des lymphocytes auxiliaires Th2 et de l’activité de la NFκB[24], avec diminution significative du nombre d’éosinophiles sanguins, réduction de la substances P (SP), diminution des activités de la STAT6[25] et de l’oxyde nitrique synthase inductible (iNOS)[26] [[27]]. De la même façon, toujours sur un modèle de rat avec rhinite allergique, Liang et coll. observent que la moxibustion à aiguille sur fengchi (VB20), yintang (EX-HN3 ou VG29), yingxiang (GI20) inhibe l’immunoglobuline E (IgE) sérique, l’interleukine-1 β (IL-1 β) et le facteur de nécrose tumorale α (TNF-α)[28] [[29]]. Il a été démontré que la stimulation de GI20 et yintang engendre également une régulation négative de l’expression des récepteurs de l’histamine H1 (H1R) et H4 dans la muqueuse nasale de rats atteints de rhinite allergique [23], corrige le déséquilibre des lymphocytes Th17 / lymphocytes régulateurs Treg[30] avec diminution de l’IL17, interleukine initiatrice des réactions pro-inflammatoires [[31]].

Sur un modèle de lapin avec rhinite allergique, l’acupuncture sur neiyingxiang bilatéraux (EX-HN9) dans la cavité nasale a permis de soulager les symptômes par diminution (régulation négative) dans la muqueuse nasale de l’expression de la SP, du peptide vasoactif intestinal (VIP) avec diminution des taux sériques de l’immunoglobuline E (IgE), de l’interleukine 4 (IL-4) ; et régulation positive du neuropeptide Y (NPY)[32], et de l’interféron-γ (IFN-γ) [33] [[34]]. A noter que chez l’homme, un ECR  (N=50) a observé que l’EA à la fréquence 80-100Hz) pendant 30mn de la zone ganglionnaire sphénopalatine, du yingxiang (GI20), shangyingxiang (EX-HN 8) et yintang engendrait également une diminution du peptide intestinal vasoactif (VIP) et de la substance P [[35]].

Une autre étude expérimentale de Zhang et col. sur un modèle de rhinite allergique chez le rat objective que la moxibustion sur yingxiang (GI20), yintang (EX-HN3), feishu (V13) et zusanli (E36) engendre une augmentation de l’expression des cellules et des protéines positives à l’IFN-γ et une diminution de l’expression des cellules et des protéines positives à l’interleukine-4 (IL-4) supérieure à l’effet de l’acupuncture (p<0,05), d’où régulation de l’expression des cytokines liées au Th1/Th2  [[36]].

Plus récemment, les mêmes auteurs observent que la stimulation des points yingxiang (GI20), yintang (EX-HN3) inhibe le niveau d’expression anormal du récepteur 4 de type Toll (TLR4)[37], du facteur de différenciation myéloïde 88 (MyD88)37 et de la protéine activatrice 1 (AP-1)[38] de la muqueuse nasale liée à l’activation anormale de la voie de signalisation TLR4 / AP-1 et régule de ce fait le déséquilibre de Th1/Th2 [[39]].

 En résumé, les mécanismes possibles de l’acupuncture, mais surtout de la moxibustion dans la rhinite allergique avérée font appel, outre l’action antihistaminique par inhibition des H1R, une régulation négative de la concentration nasale des cytokines pro-inflammatoires comme les interleukines-1 (IL-1), IL-6,  IL-4, IL-10, IL-12, IL-17 et IL-18, le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α), mais aussi avec interactions diaphoniques entre ces cytokines, les neurotrophines (NGF et BDNF) et les neuropeptides pro-inflammatoires (SP, CGRP et VIP), produisant de ce fait un changement dans l’équilibre Th1/Th2 des cellules T auxiliaires avec réduction de la dominance Th2 vers la dominance Th1[40] (figure 6).

 Physiologie prophylactique sur la rhinite allergique

Il n’existe pas d’études expérimentales concernant la prévention de la rhinite allergique. Néanmoins, quelques études chinoises sur l’asthme offrent quelques pistes. Ainsi, en prévention, la moxibustion pourrait réguler à la baisse le facteur de croissance nerveuse (NGF), substance P (SP), le peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP) comme cela a été objectivé sur un modèle de rats asthmatiques [[41]]. De même, plus récemment en 2020, la moxibustion au point feishu chez les rats asthmatiques, mais non en crise, améliore la compliance de la ventilation respiratoire par diminution de la SP, de la CGRP et de l’histamine [[42]]. 

Le rôle du potentiel du TRPV1 (transient receptor potential vanilloide 1) dans la réponse de phase précoce dans la rhinite allergique pourrait être aussi essentiel.

Ainsi on sait que la réponse allergique de phase précoce dans la rhinite allergique est déclenchée dans les minutes suivant l’inhalation d’allergènes lorsque les anticorps IgE, liés aux mastocytes, reconnaissent les allergènes et provoquent la dégranulation et la libération de médiateurs inflammatoires tels que l’histamine, la tryptase, les leucotriènes, la prostaglandine D2, et les cytokines pro-inflammatoires (TNFα, IL-4, etc). Cette réponse de phase précoce est généralement caractérisée par des éternuements, des démangeaisons nasales et une rhinorrhée. Il a été démontré que les éternuements et les démangeaisons nasales sont des réponses neuronales médiées par l’histamine activant le récepteur H1R et le TRPV1. Celui-ci augmente donc la production et la libération de neuropeptides pro-inflammatoires SP et CGRP qui agissent en synergie pour favoriser la dégranulation des mastocytes [14]. L’acupuncture et techniques associées peuvent inhiber l’expression et la sensibilité de TRPV1 en régulant à la baisse la production et la libération de NGF et / ou en bloquant la voie de signalisation phosphatidylinositol 3-kinase / phosphatidylinositol phosphate 3 (PI3K / PIP3) entre le récepteur TrkA[43] et TRPV1 [[44]]. L’inhibition induite par l’acupuncture du TRPV1 peut être obtenue en régulant à la baisse SP et CGRP, ce qui réduirait la dégranulation des mastocytes, réduisant ainsi la libération d’histamine et l’activation de l’histamine de TRPV1 via H1R. Une autre possibilité est que la régulation négative de TRPV1 (quelle que soit la source de cette régulation négative) entraîne la réduction de la libération de SP et de CGRP.

 En résumé, les mécanismes possibles de l’acupuncture et techniques associées en prophylaxie de la rhinite allergique pourraient faire intervenir le TPVR1. Une inhibition de son expression et de sa sensibilité se ferait par la baisse de la production et de la libération de NGF. Régulation aussi à la baisse de la CGRP et de la SP, d’où réduction de la dégranulation des mastocytes, de la libération d’histamine et de l’activation de l’histamine de TRPV1 via H1R (figure 6)

Figure 6. Modèle proposé expliquant les effets de l’acupuncture et techniques associées dans l’inflammation des muqueuses (d’après 14).

Médecine factuelle (essais comparatifs randomisés -ECR-, revues systématiques, méta-analyses)

 L’acupuncture expérimentale, si elle lève le voile sur les mécanismes physiopathologiques dans la rhinite allergique ne prouvent pas réellement son efficacité. D’où la nécessité des ECR et des éventuelles méta-analyses ou recommandations des sociétés savantes. L’efficacité sur la rhinite allergique avérée a été objectivée par de nombreuses études. Cependant, en ce qui concerne la prévention, les études manquent.

 Essais comparatifs randomisés (ECR), méta-analyses, recommandations dans la rhinite allergique avérée

De nombreuses méta-analyses (niveau de preuve 1) de 2015 à 2023 ont statué sur l’efficacité de l’acupuncture et techniques associées sur la rhinite allergique saisonnière [45-53].

Ainsi l’une des dernières en date, celle de He et coll concerne trente ECR (n=4413). La norme méthodologique Cochrane a été suivie pour mener cette revue systématique. L’acupuncture a amélioré le score total des symptômes nasaux (TNSS) et la qualité de vie mesurée par le questionnaire (RQLQ) chez les adultes atteints de rhinite allergique, par rapport à l’acupuncture placebo. L’acupuncture s’est également avérée plus efficace que l’acupuncture simulée pour les symptômes nasaux (n=489, DM : – 0,60 ; IC à 95 % – 1,16 à – 0,04) et la qualité de vie (RQLQ, n=436 ; -0,26 : IC à 95 % – 0,44 à -0,07) (figure 7a). En outre, l’effet de l’acupuncture et de la cétirizine ou de la loratadine dans la rhinite allergique paraissent équivalents [50].

Mêmes remarques dans la méta-analyse de Du et coll en 2022 sur l’amélioration des symptômes nasaux, la qualité de vie mais en plus sur la limitation de la prise médicamenteuses (figure 7b) [51].

En conclusion, l’acupuncture usuelle apparait supérieure à l’acupuncture placebo et équivalente à la cetirizine ou loratadine et de ce fait a sa place comme traitement de la rhinite allergique avec un niveau de preuve modéré à élevé [[54]].

Figure 7a.  L’acupuncture est plus efficace que l’acupuncture simulée pour les symptômes nasaux ( n=489, DM : – 0,60 ; IC à 95 % – 1,16 à – 0,04) et la qualité de vie (RQLQ, n=436 ; -0,26 : IC à 95 % – 0,44 à -0,07).

Figure 7b. L’acupuncture améliore le score total des symptômes nasaux, DMS : – 0,29 ; IC à 95 % : – 0,43 à – 0,15) ; améliore la qualité de vie (DMS : -0,23 [-0,37, -0,08] ; limite la prise médicament (DMS : -0,3 [-0,49, -0,11]).

 De même, une revue systématique en suivant la norme méthodologique Cochrane et incluant vingt et un ECR (N=1549 patients) a évalué la moxibustion indirecte dans la rhinite allergique. Il existe un effet statistiquement significatif sur le taux d’efficacité sur les symptômes globaux de la rhinite allergique : (RR=1,16 ; IC à 95 % = 1,11 à -1,21, I²=30 % ; p=0,10) ; (voir figure 7c). En outre, l’intervention indirecte de moxibustion a également montré une différence significative dans le score gradué des symptômes (DMS = -1,10 ; IC à 95 % : -1,58, -0,61 ; p<0,00001 ; I²=88 %) ; score TNSS (DMS=-1,36 ; IC à 95 % : -2,14, -0,58 ; p=0,76 ; I²=0%) et l’échelle RQLQ (DMS=-2,60 ; IC à 95 % : -4,06 à -1,14 ; p< 0,00001 ; I²=92 %) chez les patients atteints de rhinite allergique. Cependant, même si la moxibustion peut avoir un bon effet clinique sur le traitement global de la rhinite allergique saisonnière, les auteurs concluaient que les limites de la méta-analyse venaient de la faible puissance avec des ECR de petite taille, de qualité méthodologique modérée. Bref, nécessité d’ECR de haute qualité méthodologique [49].

 Figure 7c. La moxibustion indirecte seule ou la combinaison de la moxibustion indirecte avec l’acupuncture est efficace dans la rhinite allergique saisonnière. Pas d’hétérogénéité significative : I²=30%.

 Notons aussi l’existence de méta-analyses et ECR (niveau de preuve 2) concernant l’utilisation d’une technique particulière de l’acupuncture, à savoir la stimulation à la profondeur de 20mm du point die-e encore appelé point sphénopalatin (SPA), point situé sous l’arcade zygomatique entre l’apophyse coronoïde et le condyle mandibulaire, stimulant de ce fait le ganglion sphénopalatin[55], qui concluent également à l’efficacité dans la rhinite allergique [56-59].

En 2015, l’acupuncture a été recommandée comme l’un des traitements optionnels pour la première fois dans la directive clinique américaine [[60]]. D’autres recommandations de sociétés savantes ont suivi, comme celle de l’International Consensus Statement on Allergy and Rhinology (ICAR) [[61]], ou de la société savante chinoise (Chinese Society of Allergy) [[62]].

Essais comparatifs randomisés (ECR), méta-analyses, recommandations en prévention de la rhinite allergique

Agir sur la rhinite allergique saisonnière en prévention semble possible en tenant compte de la saison. Ainsi, de nombreuses études proposent de traiter les maladies survenant en hiver, comme la toux chronique ou l’asthme par un traitement préventif durant l’été [[63]], appelé San-Fu-Tie et San-Fu-Jiu comme cela est cité dans la revue systématique et narrative de Wen et coll. [[64]].

La première thérapie du San-Fu-Tie est une technique de phytothérapie par application de patchs composés d’une pâte spéciale de Bai Jie Zi (Semen Sinapis Albae), Xi Xin (Herba Asari), Gan Sui (Radix Kansui) et Yan Hu Suo (Rhizowa Corydalis) déposés en fonction des possibles bianzheng attendus. Ainsi en cas de risque de Déficience de Poumon ou Invasion par le Froid (rhinite allergique), application sur fengmen (V12), hegu (4GI) et feishu (V13) ; si possible Déficience de qi de Rate : pishu (V20), zusanli (E36) et dazhui (VG14) ; si possible Déficience de qi et/ou de yang du Rein : shenshu (V23), yaoyangguan (VG3), mingmen (VG4) et/ou dingchuan (EX-B1) et bailao (EX-HN 15) (Figure 8) [64-66].

La seconde est le San-Fu-Jiu qui est une moxibustion indirecte de poudre d’armoise déposée sur une tranche de gingembre frais appliquée sur les points d’acupuncture précédents. Cinq à sept cônes de moxa consécutifs sont nécessaires pour être brûlés sur chaque point d’acupuncture. Généralement, le traitement dure une demi-heure à chaque fois. Une sensation de chaleur, des rougeurs cutanées et des cloques locales sont des phénomènes normaux (figure 9)


Figure 8. San-Fu-Tie appliqué sur shenshu (V23), yaoyangguan (VG3), mingmen (VG4) et pishu (V20) (photo issue de [64]).

 Figure 9. San-Fu-Jiu appliqué sur VG4, VG14, etc. (photo issue de [64]).

Ces techniques de San-Fu-Tie San-Fu-Jiu seront appliquées pendant ce qu’on appelle les « jours de chien ou journées canines » afin de traiter préventivement les maladies hivernales. Les « jours de chien » correspondent généralement aux trois périodes de dix jours de la saison la plus chaude, en été donc. Ils sont divisés selon les auteurs [64,65] en « 1er jour de chien » (correspond au premier jour du solstice d’été, 10 jours à partir du 21 juin généralement), « 2e jour de chien » (du 13 au 23 juillet) et « 3e jour de chien » (du 2 au 12 août).

Quoi qu’il en soit, il ressort de cette revue systématique et narrative de dix-huit ECR (n=1785 sujets) que ces thérapies San-Fu-Tie et San-Fu-Jiu concernant la rhinite allergique mais aussi de l’asthme possèdent des avantages thérapeutiques favorables avec une bonne acceptabilité et observance des patients et cela, avec peu d’effets secondaires. Cependant, l’efficacité, l’innocuité et les mécanismes de San-Fu-Tie et San-Fu-Jiu dans la prévention de la rhinite allergique ou de l’asthme doivent être validés par des ECR de meilleure qualité méthodologique et de plus grande puissance [64].

Une autre technique de moxibustion indirecte sur tranche de gingembre, celle de Sanjiu utilise comme pour les « jours de chien », les trois périodes de dix jours les plus froids de l’hiver entre décembre et janvier [[67]] ou selon d’autres auteurs la période de neuf jours après le solstice d’hiver (en général le 22 décembre) [[68]] pour prévenir et traiter l’asthme bronchique. Huang et coll. ne détectent pas de différence d’efficacité entre la technique San-Fu-Jiu et celle de Sanjiu [67]. Cependant Deng et coll. observent que les effets thérapeutiques sont plus efficaces chez les enfants en déficit de qi ou de déficit en yang, plutôt que les enfants avec un bianzheng de mucosités [68].

En 2023, Song et coll. observaient également que l’acupuncture à visée préventive administrée quatre semaines avant la période allergique, soit juste avant le début du printemps, une fois tous les deux jours, 3 fois par semaine pendant quatre semaines, réduisait l’incidence de la rhinite allergique saisonnière modérée à sévère, soulageait les symptômes, améliorait la qualité de vie et réduisait l’utilisation de médicaments d’urgence. Le pourcentage de crises dans le groupe acupuncture était de 84,0 % (42/50), ce qui était significativement inférieur (p<0,05) aux 100% de crise dans le groupe témoin (48/48). Les points utilisés essentiellement : yintangyingxiang (GI20), hegu (GI4), zusanli (E36), fengchi (VB20), feishu (V13) [[69]].

 Cas clinique : discussion sur le choix des points en phase avérée et argumentaire du protocole chronoacupunctural à visée prophylactique

Selon De Wurstemberger, l’allergie est une maladie du Vent au Métal et de ce fait, la personne allergique, incapable de se défendre des Vents Externes, aura alors une atteinte du zang Poumon, qui se manifestera par des symptômes au niveau du nez, des bronches, des conjonctives et de la peau [[70]].  Et cela va engendrer la pathologie de la rhinite allergique saisonnière selon les bianzheng : Vide du qi du Poumon, Vide de qi de Rate, Attaque du Poumon par le Vent-Froid, Vide de qi et/ou de yang du Rein, etc. Kiener, pour sa part, considère que les rhinites allergiques saisonnières proviennent d’une déficience de la « Racine », à savoir une déficience du qi de Poumon, Rate et Reins, et qu’en traitant la Racine (à savoir la cause), on soulagera et on guérira les Branches et la Cime (les conséquences) qui sont une attaque de Vent-Froid, attaque du Vent, une accumulation de mucosités, etc. [[71]].

Les différents points utilisés avaient donc pour but de renforcer les défenses de l’organisme en tenant compte des risques de déficience.

 En début de traitement : rhinite allergique saisonnière avérée

En 2011, une enquête réalisée auprès quatre-cent-quatorze médecins acupuncteurs en France avait montré que la pratique de l’acupuncture en pédiatrie était importante, l’aiguille ne constituant pas un obstacle, et utilisée chez l’enfant à partir de 6 ans. Ainsi, les aiguilles étaient utilisées dans 62% dans consultations pédiatriques en association avec éventuellement les autres techniques, comme la moxibustion (33%), les massages des points (34%), le marteau fleur de prunier (7%), l’électroacupuncture (10%), et plus rarement l’auriculothérapie (3,5%) et de manière très négligeable la technologie laser [[72]].

Dans ce cas clinique, chez cet enfant de 8 ans, vu en juin 2014, pour la première fois, le traitement de moxibustion électrique a été appliqué trois fois de suite à une semaine d’intervalle, du fait que la rhino-conjonctivite était déjà installée.  

Le choix des points a été décidé selon les données de l’essai comparatif randomisé (ECR) de Ng [[73]].

Dans cet ECR concernant la rhinite allergique perannuelle, 35 patients (âge moyen : 11,7 ± 3,2 ans) ont été randomisés pour recevoir de l’acupuncture active pendant 8 semaines tandis que 37 autres patients (âge moyen : 11 ± 3,8 ans) ont bénéficié de l’acupuncture simulée. L’acupuncture a été effectuée deux fois par semaine dans les deux groupes. Les pédiatres évaluateurs et les patients ont été mis en aveugle. L’évaluation de la rhinite était quotidienne et offrait des taux d’amélioration significativement plus élevés avec davantage de jours sans symptômes dans le groupe recevant de l’acupuncture active, à la fois pendant les périodes de traitement et de suivi, versus groupe placebo. Les scores sur l’échelle visuelle analogique pour une amélioration immédiate après l’acupuncture étaient également significativement meilleurs dans le groupe d’acupuncture active.

Trois points principaux ont été utilisés : yingxiang (20GI), yintang (29VG – Ex-HN-3) et fengchi (20VB). Un point d’acupuncture a été déterminé individuellement selon la différenciation des syndromes (bianzheng) : hegu (4GI) si syndrome de déficience du qi des Poumons, zusanli (E36) si syndrome de déficience de qi de Rate, ou qihai (6VC) pour le syndrome de Vide de Rein.

Les points utilisés dans notre cas clinique de ce fait s’apparentent à cet ECR : yintang (29VG – Ex-HN-3), hegu (4GI), zusanli (36E), yingxiang (20GI), auquel nous avons préféré ajouter lieque (7P) et quchi (11GI), à la place de 20VB et 6VC.

Il s’avère que les points utilisés : yintang (29VG – Ex-HN-3), hegu (4GI), zusanli (36E), yingxiang (20GI), lieque (7P) et quchi (11GI) font partie des points les plus couramment utilisés dans les ECR. Ainsi Nguyen et Lison avaient répertorié les points proposés le plus souvent et selon la différenciation des syndromes (bianzheng) : yingxiang (20GI) dans plus de 45% des ECR, feishu (V13) (35%), yintang et hegu (4GI) dans 25% des ECR, E36 zusanli (22%), 14VG dazhui (21%), V23 shenshu (18%), V12 fengmen et 20V pishu (15%) et enfin 20VB fengchi dans 12% des ECR [[74],[75]]. Certains auteurs ajoutent le lieque (7P) ou taiyuan (9P) en cas de Vide de qi de Poumon, le sanyinjiao (Rt6) en cas de Vide de Rate, shenshu (V23) ou qihai (6VC) si Vide de Rein, etc. [[76],[77]].

Les auteurs de vingt-trois ECR (n=2589 patients) distribuent la rhinite allergique dans cinq syndromes essentiels selon les bianzheng : Vide du qi du Poumon (23,95%), Vide de qi de Rate (22,95%), Attaque du Poumon par le Vent-Froid (14,75%), Vide de qi et/ou de yang du Rein (11,17%) ; le reste se répartissant de manière moins importante parmi les dix autres types restants de zheng [[78]]. Il a été également objectivé que le bianzheng de Vide du Poumon était principalement d’apparition saisonnière chez des patients jeunes, forme accompagnée d’éternuements et d’obstruction nasale ; les patients présentant un Vide en qi de Rate étaient également plus jeunes, avec une obstruction nasale et un œdème de la muqueuse nasale plus sévères ; les patients de type Vide de yang de Rein étaient plus âgés et avaient une évolution de la maladie plus longue, davantage de rhinorrhée et des IgE sériques élevées [78,[79]].  

Choix des points à visée prophylactique de la rhinite allergique 

L’enfant voit son état nettement amélioré et il est alors prévu de le voir l’année suivante avant le début du printemps : fin février, début mars.

Le choix de cette période était d’agir de façon préventive sur la rhinite saisonnière en sachant que pour cet enfant, le début de la période allergique commençait vers mi-avril et que selon le rythme circannuel précédemment décrit, les probabilités étaient grandes qu’il soit à nouveau atteint.

Il s’agira donc de renforcer les Méridiens qui pourraient être atteints au printemps en agissant en hiver selon la méthode similaire à la technique Sanjiu, mais en agissant plus tardivement que la période préconisée du solstice d’hiver.

Ainsi dans notre cas, en s’aidant des conclusions de l’étude épidémiologique qui montre que l’acrophase des périodes d’allergie est fixée au 1 mai avec un intervalle de confiance à 95% entre le 30 mars et 3 juin, la meilleure période d’intervention se situe à la fin de l’hiver ou au tout début du printemps selon la climatologie chinoise qui considère que le printemps débute au 1 mars.

Par exemple, notre patient était déjà touché par la rhinoconjonctivite allergique lorsqu’il a été vu début avril. De ce fait, toutes les consultations à visée prophylactique doivent être réalisées fin février ou durant la première semaine de mars.

Les points utilisés en prophylaxie sont donc quelque peu différents car bien sûr, l’objectif est d’empêcher les phénomènes inflammatoires allergiques de s’installer.

Il s’agira de renforcer le Poumon : zhongfu (1P), lieque (7P), hegu (4GI) ; renforcer la Rate et drainer l’Humidité : zusanli (36E), quchi (11GI), renforcer le qi et le Rein : shanzhong (17JM) et enfin renforcer le Foie en prévision des Attaques des Énergies Perverses xie qi le Vent, mais aussi calmer le Vent Interne : xingjian (2F), taichong (3F), qimen (14F). Pour de plus amples explications sur le choix des points, voir l’annexe 2. Notons que l’EA à basse fréquence (8Hz, durée d’impulsion 250µs) sur 11GI, 3F, 14F, correspond à la fréquence appliquée (2Hz, 1ms) dans un cas clinique ayant montré une efficacité dans la rhinite allergique persistante [[80]]. Cette fréquence a été adaptée à l’appareil schwa-medico©) qui ne délivre pas une durée d’impulsion de 1ms.

Par ailleurs, il est aussi possible que la prévention de la rhinite allergique saisonnière puisse être modulée par une action électroacupuncturale sur la muqueuse nasale. Ainsi une étude prospective monocentrique a été menée à l’Université Teikyo Heisei, à Tokyo, au Japon, chez 20 adultes en bonne santé. L’EA à 2 Hz (250µs) au niveau de la 6e vertèbre cervicale stimule le tronc sympathique cervical et la noradrénaline (NA) du nerf cervical moyen, du ganglion cervical supérieur, du nerf vasoconstricteur sympathique, ainsi que du neuropeptide Y (NPY). De plus, la NA libérée par une stimulation unique provoque une vasoconstriction de la muqueuse nasale via les nerfs autonomes, entraînant une diminution de la température de la peau nasale. Selon les auteurs, les fibres sympathiques postganglionnaires, du ganglion cervical supérieur, qui mènent au nerf ptérygoïdien via le ganglion ptérygopalatin, pourraient alors affecter l’œdème muqueux dû à la perméabilité vasculaire et la rhinite allergique due à l’hyperémie de la muqueuse nasale [[81]].

 Conclusion

 Dans la rhinite allergique avérée, nombreuses sont les recommandations, les méta-analyses et les ECR qui objectivent une efficacité de Grade A de l’acupuncture et techniques associées. En revanche, dans la prévention, les différents ECR et méta-analyses, du fait de leur grande hétérogénéité et faible puissance n’offrent pas suffisamment de preuves scientifiques. Néanmoins, au vu de ce cas clinique chez un enfant suivi pendant neuf années, on peut considérer que la chronoacupuncture, associée à la moxibustion et l’électroacupuncture apporterait une contribution utile, efficace et sans effets indésirables dans la prophylaxie de la rhinite allergique saisonnière. Peut-être un essai comparatif randomisé de grande puissance et de bonne qualité méthodologique pourra voir ainsi le jour.


DJean-Marc Stéphan (MD)

Directeur et Coordinateur du Diplôme Inter Universitaire (D.I.U) d’Acupuncture Obstétricale (Université de Lille – Faculté de Médecine)

Directeur de la revue « Acupuncture & Moxibustion »

Président du SNMAF (Syndicat National des Médecins Acupuncteurs de France)

Chargé d’enseignement au DIU initiation acupuncture (Université de Rouen Normandie -Faculté de Médecine)

Coordinateur module « électroacupuncture » du Master of Research in Acupuncture (Acupuncture Research Master Degree) de l’Université Unicamillus de Rome – Italie

Médecin acupuncteur attaché au Centre Hospitalier Général de Denain 59220

 jean-marc.stephan2@univ-lille.fr

ORCID : 0000-0002-3377-2280

Conflit d’intérêts : aucun


Annexe 1 : Calcul du rythme biologique selon la méthode du Cosinor

On recherche la fonction sinusoïdale correspondant à la formule Y(t) = M + A Cos (wt + φ) ; (t est le temps ; w est la fréquence angulaire = 2π/τ).    

Y(t) est la valeur au temps t de la fonction définie par les paramètres du mésor M, de l’amplitude A, de la période et de l’acrophase φ. La période τ sera ici de 365 jours, soit 360° (rythme circannuel). L’acrophase sera exprimée en degrés. Ainsi janvier correspond à -360°, février : -30°, mars : -60°, avril : -90°, mai : -120°, juin : -150°…, décembre : -330°.

Pour les cinq séries de valeurs : j=1, 2, …5 observées pendant les 5 années de l’étude, il faut considérer la somme des valeurs des fonctions Y (t) au temps t(j) égale à une fonction Y(j) = M + A Cos (wtj + φ). Dans le but de l’analyse statistique, on utilise une forme équivalente :

            Y(j) = M + A cos φ * cos w tj – A sin φ * sin φ wtj

                   Et on substitue :

                  ß = A cos φ ;   δ = -A sin φ

                  xj = cos wtj ;  zj = sin wtj

                  D’où, on arrive à l’équation :

                  Y(j) = M + ßxj + δzj  

Puis il est obligatoire de confirmer si un rythme est réellement détectable en validant l’hypothèse d’une amplitude A non nulle par une analyse de variance (test F) sur les valeurs de ß et δ. Si l’amplitude est égale à zéro, c’est à dire si ß=δ=0, il n’existe évidemment pas de rythme.

Dans le cas contraire, et toujours à partir de la méthode des moindres carrés, on peut obtenir les valeurs estimées de l’acrophase φ, l’amplitude A, le mésor M, avec leurs limites de confiance à 95%. Pour plus de détails sur les procédures mathématiques du Cosinor, se reporter aux articles [[82],[83]].


Annexe 2. Le choix des points

Xingjian (2F)

Il a pour actions et indications selon les auteurs [84-86] d’éliminer le Feu du Foie, de diffuser le qi du Foie, de calmer le Vent (Interne) du Foie, d’éliminer la Chaleur et la Chaleur du Sang, arrêter les saignements, d’avoir des effets bénéfiques sur le Réchauffeur Inférieur. C’est un point ying, point Feu, point de sédation, point de drainage, point majeur pour les syndromes de plénitude du Foie. Il est indiqué selon Maciocia entre autres indications si douleurs de l’œil, sensation de chaleur, yeux rouges.

Taichong (3F)

Ce point Source (yuan), point Rivière (shu), point Terre », point « Étoile Céleste » de Ma Dan Yang mentionné par le Zhenjiu Dacheng de Yang Jizhou (1522-1620)[87], a des effets bénéfiques sur les yeux, calme les spasmes, soulage la douleur. Il est considéré nourrir le Sang et le yin du Foie, fait tomber le Vent (Interne) et pacifie le yang du Foie. Point dit « Barrière », en association au hegu (4GI), il contrôle le qi du Poumon et de ce fait on le retrouve dans les indications : polypose nasales, sinusites chroniques, rhinites allergiques [[88]]. On le préconise aussi si vision trouble, irritabilité, insomnies, etc.  [84,85,86].

Qimen (14F)

Point mu antérieur du Foie, point de croisement avec le Merveilleux Vaisseau yinweimai et le méridien de la Rate, le qimen régule le qi et le Sang du Foie, rafraîchit le Sang, disperse les accumulations, et harmonise le Foie, la Rate et l’Estomac en favorisant la libre circulation du qi du Foie [84,85,86].

Zhongfu (1P)

C’est le point mu de Poumon et point de croisement avec le Méridien de Rate-Pancréas. De ce fait, il régule et fait descendre le qi du Poumon, calme la toux en éliminant la Chaleur du Réchauffeur Supérieur, transforme les Glaires. Les indications sont donc la toux, la dyspnée avec respiration sifflante, asthme, expectoration de glaires, obstruction douloureuse de la gorge, congestion nasale, etc. [84,85,86].

Lieque (7P)

Lieque est également un point « Étoile Céleste » et point Clé du Merveilleux Vaisseau (Vaisseau Conception, renmai), point luo de Communication. Il chasse le Vent, fait descendre le qi du Poumon. Il a des effets bénéfiques sur la tête et la nuque. Il est préconisé il y a des frissons, de la fièvre, une congestion et un écoulement nasal, la gorge douloureuse, une dyspnée, de la toux, des crachats de mucosités, une respiration sifflante comme on la voit dans l’asthme [84,85,86].

Hegu (4GI)

Hegu, également point « Etoile céleste », point Source (yuan), point Barrière en association avec le taichong (3F), il régule la face et la tête, régule le qi de Défense (weiqi), ouvre les méridiens luo de communication du Méridien couplé Poumon [[89]]. Indication comme point Barrière selon Dessouter dans les rythmes de la médecine traditionnelle chinoise lorsque qu’une « dysryhmie entre la régularité des fonctions d’inspiration et d’expiration, cette dernière répondant au relâchement, peut se manifester dans le cadre de ces troubles du rythme biologique. Ceci n’est pas sans évoquer de nombreuses dyspnées dont la tension émotionnelle déclenche souvent les crises » [[90]].

Quchi (11GI)

Point Mer (he), point Terre, point de tonification, point des fantômes du grand médecin Sun Simiao 孫思邈 (581-682) sous la dynastie Tang [[91]], point « Étoile Céleste » de Ma Dan Yang, quchi est également un point important pour éliminer la Chaleur, expulser le Vent, éliminer le Feu du yangming, rafraîchir le Sang et drainer l’Humidité. Ce point est indiqué pour soulager les dysphagies, aphonies, dysphonies, odontalgies, conjonctivites, douleurs des yeux, larmoiements mais aussi prurit, urticaire, éruption cutanée, peau sèche et squameuse, zona, etc. [84,85,86].

Shanzhong (17JM)

Point mu antérieur du Maître du Cœur, Point mu antérieur du Réchauffeur Supérieur, point hui « Grande Réunion de l’Energie et de l’appareil respiratoire », point de croisement avec les méridiens de la Rate, du Rein, de l’Intestin Grêle et du Triple Réchauffeur, point de la Mer du qi, le 17JM est un point important pour les troubles respiratoires. Selon les Classiques, ce point est indiqué en cas de « toux, d’essoufflement et de respiration courte, d’asthme bronchique, de douleurs thoraciques et d’oppression » [84,85,86].

Zusanli (36E)

Zusanli est le point Mer (he) du méridien d’Estomac, point Terre, utilisé pour faire descendre le qi et clarifier la Chaleur, transforme l’Humidité. Sa puncture permet de calmer, contrôler, équilibrer voire tonifier le qi. C’est un grand point du yang général, dont la tonification fait croître le yang, nourrit le Sang (xue) et le qi. Il fait partie aussi des douze points « Étoiles Célestes », point de la Mer de l’Eau et des Aliments. C’est aussi un grand point du yang général [85].

Il est indiqué en cas d’obstruction douloureuse de la gorge avec incapacité à parler, frissons et fièvre, maladie fébrile avec absence de transpiration, maux de tête, nez froid, céphalées, etc. [84].


 Références

[1]. SFORL et SFA. Prise en charge diagnostique et thérapeutique des Rhinites Allergiques par l’ORL (hors rhinites professionnelles). 2021. [consulté le 08/05/2023]. Disponible à l’URL : https://www.sforl.org/wp-content/uploads/2020/07/Recommandation-SFORL-Prise-en-charge-diagnostique-et-th%C3%A9rapeutique-des-Rhinites-Allergiques-par-lORL-2020.pdf

[2]. Grade A : Preuve scientifique établie : Niveau de preuve 1 (Essais comparatifs randomisés de forte puissance -ECR- ; Méta-analyses d’ECR ; Analyse de décision basée sur des études bien menées). Grade B : Présomption scientifique : Niveau de preuve 2 (ECR de faible puissance ; études comparatives non randomisées bien menées ; Études de cohorte). Grade C : Faible niveau de preuve scientifique : Niveau 3 (études cas-témoins ; essais comparatifs avec série historique) ; Niveau 4 (ECR avec des biais importants ; études rétrospectives ; série de cas ; Études épidémiologiques descriptives transversales, longitudinales).  Accord professionnel. Toute autre publication (cas report, avis d’expert, etc.) ; ou aucune publication.

[3].  Chen QY, Li L, Zhang L, Mo JH, Yang ZF, Wei XL, Li YY, Xia JY, Bai XB, Xie PF. Efficacy of indoor air purification in treating Artemisia (mugwort) pollen allergic rhinitis: study protocol for a randomised controlled trial. BMC Public Health. 2018 Jul 6;18(1):841.

[4]. Stéphan JM. À propos des troncs célestes et des branches terrestres : réflexions sur les rythmes biologiques, la chronopathologie et les prévisions météorologiques selon les conceptions chinoises (1e partie). Méridiens. 1994;103:103-152.

[5]. Stéphan JM. Prévisions météorologiques et chronopathologie selon les conceptions chinoises : mythe ou réalité. Acupuncture & Moxibustion. 2006;5(2):146-147.

[6]. Stéphan JM. À propos des troncs célestes et des branches terrestres : réflexions sur les rythmes biologiques, la chronopathologie et les prévisions météorologiques selon les conceptions chinoises (2e partie). Méridiens. 1995;104:37-74.

[7].  Husson A. Huangdi Neijing Suwen. Ed. A.S.M.A.F., Paris, 1973.

[8].  Zhang Nianshun. Correlative study on spreading of pestilence and sixty–year cycle in 1200 years. China Journal of TMC and Pharmacy (Zhongguo yiyaoxue bao) 2004 ;19(3):133-4.        

[9]. Chen Bixian. Second study on correlative study on epidemiology of pestilence and the years designated by heavenly stems and earthly branches of the late 1200 years. China Journal of TMC and Pharmacy (Zhongguo yiyaoxue bao) 2004;19(11):647-9.

[10]. Strøm H. Les épisodes épidémiques sont-ils corrélés aux cycles du calendrier chinois ? Acupuncture & Moxibustion. 2006,5(2):154-158.

[11]. Bossy J, Lafont JL, Maurel JC : Sémiologie en acupuncture. Doin, Paris, 1980.

[12]. Stéphan JM. À propos des troncs célestes et des branches terrestres : réflexions sur les rythmes biologiques, la chronopathologie et les prévisions météorologiques selon les conceptions chinoises (3e partie). Méridiens. 1995;105:33-58.

[13]. Corren J, traduit par Dutau G. Allergologie : le Middleton. Chapitre 7 :  Rhinite et conjonctivite allergique. Editeur : Elsevier Masson;Juin 2018.

[14]. McDonald JL, Cripps AW, Smith PK, Smith CA, Xue CC, Golianu B. The anti-inflammatory effects of acupuncture and their relevance to allergic rhinitis: a narrative review and proposed model. Evid Based Complement Alternat Med. 2013;2013:591796.

[15]. La substance P est un neuropeptide inflammatoire impliqué dans la libération d’histamine.

[16]. Le peptide vasoactif intestinal (VIP) est un neuropeptide possédant une puissante activité vasodilatatrice au niveau du tractus gastro-intestinal. Il aurait aussi des effets anti-inflammatoires potentiels en modulant la réponse du système immunitaire en réduisant la signalisation inflammatoire récepteur Toll-like (TLR) [Villanueva-Romero R, Gutiérrez-Cañas I, Carrión M, Pérez-García S, Seoane IV, Martínez C, Gomariz RP, Juarranz Y. The Anti-Inflammatory Mediator, Vasoactive Intestinal Peptide, Modulates the Differentiation and Function of Th Subsets in Rheumatoid Arthritis. J Immunol Res. 2018 Aug 1;2018:6043710.]

[17]. Le peptide relié au gène de la calcitonine (CGRP), outre d’être comme le VIP un médiateur de la douleur, active de façon identique à la substance P, les monocytes pour libérer les cytokines pro-inflammatoires.

[18]. Les lymphocytes auxiliaires Th2 produisent l’interleukine 4 (IL-4), l’interleukine 5, l’interleukine 10 et l’interleukine 13. Celles-ci servent à l’activation des lymphocytes B et des polynucléaires éosinophiles. L’interleukine 4 ou IL-4 est une cytokine dont le rôle est d’induire la différenciation des lymphocytes T auxiliaires naïfs (lymphocytes Th0) en lymphocytes Th2, tout comme l’IL13.

[19]. Les cellules T auxiliaires de type 1 (Th1) et les cellules T auxiliaires de type 2 (Th2) sont deux sous-types de cellules T auxiliaires qui se distinguent par le type de cytokines qu’elles sécrètent. Les cellules Th1 sécrètent l’interféron-γ (IFN-γ) et le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α). Les cellules Th2 sécrètent les interleukines 1, 4, 5, 10 et 13 (IL-1, IL-4, IL-5, IL-10 et IL-13) et protègent principalement l’organisme contre les agents pathogènes extracellulaires.

[20]. Les neurotrophines, ou facteurs de croissance nerveuse, sont des protéines qui régulent la survie, la mort ou la différenciation des neurones. La fonction principale des neurotrophines est de favoriser la croissance nerveuse. Les principales neurotrophines sont le facteur de croissance nerveuse (NGF) et le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF) mais aussi les neurotrophine-3 (NT-3), neurotrophine-4 (NT-4), NT-5 et 6. On sait que les expressions nasales de NGF et de BDNF sont significativement augmentées chez les patients atteints de rhinite allergique par rapport aux témoins sains après provocation à l’allergène nasal. Les neurotrophines jouent un rôle essentiel dans les mécanismes de signalisation bidirectionnelle entre les cellules immunitaires et les structures du réseau neurosensoriel dans les voies respiratoires et la peau. Le prurit et l’hyperréactivité des voies respiratoires, deux caractéristiques majeures de la dermatite atopique et de l’asthme, respectivement, sont associés à la perturbation des activités du réseau neurosensoriel [Manti S, Brown P, Perez MK, Piedimonte G. The Role of Neurotrophins in Inflammation and Allergy. Vitam Horm. 2017;104:313-341. doi: 10.1016/bs.vh.2016.10.010.].

[21]. Le facteur de croissance nerveuse (NGF) est une neurotrophine qui joue un rôle clé dans l’hypersensibilisation à la douleur, régule le développement et la survie de certains neurones. Le NGF est essentiel au développement du système nerveux sensoriel périphérique et sympathique chez les mammifères. Il a également une action sur le système immunitaire en engendrant une production de cytokines, une dégranulation de mastocytes, des lymphocytes T et B, des monocytes, etc.

[22].  Le facteur neurotrophique dérivé du cerveau, Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF) est essentiellement impliqué dans la survie, le développement et la fonction des neurones, agissant sur la plasticité synaptique, capacité des connexions entre les neurones à se renforcer ou à s’affaiblir en réponse à l’activité neuronale. [Miao C, Li X, Zhang Y. Effect of acupuncture on BDNF signaling pathways in several nervous system diseases. Front Neurol. 2023 Sep 14;14:1248348. doi: 10.3389/fneur.2023.1248348]. Par ailleurs, le BDNF, comme les autres neurotrophines, sont impliqués dans la physiologie et la physiopathologie de plusieurs maladies des voies respiratoires, des maladies pulmonaires néonatales, des maladies allergiques et inflammatoires, de la fibrose pulmonaire et même du cancer du poumon. Ainsi le BDNF augmente dans l’inflammation des voies respiratoires et dans les maladies allergiques. [Manti S, Xerra F, Spoto G, Butera A, Gitto E, Di Rosa G, Nicotera AG. Neurotrophins: Expression of Brain-Lung Axis Development. Int J Mol Sci. 2023 Apr 11;24(8):7089. doi: 10.3390/ijms24087089.]

[23]. Liang FH, Hou XR, Li LH, Liang X, Lu YW, Yang H, Zhang Y. [Acupoint Injection at « Yingxiang »(LI 20) and « Yintang »(GV 29) May Relieve Nasal Allergic Symptoms Possibly by Down-regulating Expression of Histamine Receptor H 1 and H 4 in Nasal Mucosa of Allergic Rhinitis Rats]. Zhen Ci Yan Jiu. 2018 Apr 25;43(4):231-5.

[24]. Le NF-κB (nuclear factor-kappa B) est une protéine de la superfamille des facteurs de transcription impliquée dans la réponse immunitaire et la réponse au stress cellulaire. Son activation exagérée (en cas de septicémie par exemple) peut provoquer un choc septique. NF-κB est connu aussi pour être un des multiples régulateurs de plusieurs gènes codant des protéines de l’inflammation que l’on retrouve dans diverses pathologies inflammatoires comme : arthrite, maladies inflammatoires de l’intestin, asthme, athérosclérose, et même serait impliqué dans la cancérogenèse.

[25]. La protéine STAT6 (STAT6) est impliquée dans la transcription et la production de l’interleukine (IL)-4. Les cytokines, médiateurs chimiques de l’inflammation, sont des peptides messagers intercellulaires qui jouent un rôle important dans la régulation de la fonction des éosinophiles. L’interleukine-4 régule l’activité des lymphocytes du groupe de différenciation (CD4) en particulier et active également les neutrophiles. Le facteur de transcription de L’IL-4, le STAT6, est essentiel donc à la différenciation des cellules Th2 en régulant les réactions dans l’inflammation allergique.

[26]. L’oxyde nitrique synthase inductible (iNOS) est impliqué dans la production d’oxyde nitrique (NO), qui augmente le mouvement mucociliaire de la muqueuse paranasale. La forme inductible se trouve dans les macrophages et fait partie du système immunitaire. Elle est capable de programmer l’apoptose des cellules. NO dans les macrophages sert de médiateur pour la réponse immunitaire. La concentration en iNOS est normalement très faible, mais sera très augmentée lors d’une agression de l’organisme par un agent extérieur, déclenchant un mécanisme d’inflammation, une production de cytokines.

[27]. Jung D, Lee S, Hong S. Effects of acupuncture and moxibustion in a mouse model of allergic rhinitis. Otolaryngol Head Neck Surg. 2012 Jan;146(1):19-25.

[28]. L’interleukine-1 (IL-1) est une cytokine pro-inflammatoire qui possède de multiples fonctions au sein de la réponse immunitaire. Cependant, une production incontrôlée de cette cytokine peut contribuer à l’apparition et/ou au développement de nombreuses maladies de type auto-inflammatoire. De même le facteur de nécrose tumorale (TNF α) fait partie aussi de ces cytokines impliquées dans l’inflammation.

[29].  Zheng XL, Tian YP, Luo HY, Zhao YD, Liu XY, Jiang Y, Ma CX, Wang MJ, Liu M. [Effect of Warm Acupuncture on the Levels of Serum Immunoglobulin E, Interleukin-1 β and Tumor Necrosis Factor-α in Rats with Allergic Rhinitis]. Zhen Ci Yan Jiu. 2018 Jan 25;43(1):35-8.

[30]. Les lymphocytes T régulateurs (Tr ou Treg) sont une sous-population de lymphocytes T CD4+ ayant la propriété d’inhiber la prolifération d’autres lymphocytes T effecteurs et maintiennent la tolérance immunitaire en traitant les réponses immunitaires excessives comme les allergies.

[31]. Wang Y, Hou XR, Li LH, Zhang Y, Yang H, Liang X, Lu YW. [Acupoint injection improves allergic rhinitis by balancing Th17/Treg in allergic rhinitis rats]. Zhen Ci Yan Jiu. 2019 Apr 25;44(4):276-81.

[32]. Le neuropeptide Y est localisé avec la noradrénaline dans le système nerveux sympathique et donc est un puissant vasoconstricteur. Il inhibe également la libération de neurotransmetteurs parasympathiques (acétylcholine et peptide vasoactif intestinal (VIP) entraînant donc une action antisécrétoire digestive, en bloquant le peptide vasoactif intestinal.

[33]. L’interféron gamma (ou IFNγ) est une cytokine essentielle à l’immunité innée et adaptative contre les infections virales avec des propriétés antivirales, immunorégulatrices et antitumorales. Les cellules T auxiliaires de type 1 (Th1) sécrètent l’IFNγ, qui provoque la différenciation d’un plus grand nombre de cellules CD4+ indifférenciées (cellules Th0) en cellules Th1.

[34].  Gong Z, Yan ZF, Liu QP, Liu LL, Liu SM, Jiao LL, Bian FZ, Zhang LJ, Zhang LL. [Effect of intranasal acupuncture on neurogenic inflammation in allergic rhinitis rabbits]. Zhen Ci Yan Jiu. 2021 Feb 25;46(2):111-6.

[35].  Li YM, Zhuang LX, Lai XS, Jiang GH. [Effects of electroacupuncture on plasma vasoactive intestinal peptide and substance P in perennial allergic rhinitis patients]. Zhen Ci Yan Jiu. 2007 Apr;32(2):136-8.

[36]. Zhang Q, Wang Y, Zhou YL, Hou XR, Wang YJ, Li LH. [Synergistic effect of acupoint injection and moxibustion or catgut embedding or acupuncture on symptoms and expression of Th1/Th2 related cytokines in nasal mucosa of rats with allergic rhinitis]. Zhen Ci Yan Jiu. 2022 May 25;47(5):409-14.

[37]. Le Toll Like Receptor 4 (TLR 4) activé conduit à une voie de signalisation intracellulaire NF-κB et à la production de cytokines inflammatoires, responsables de l’activation du système immunitaire inné. TLR4 interagit avec le facteur de différenciation myéloïde 88 (MyD88) qui est indispensable pour la résistance humaine aux infections virales courantes…

[38]. La protéine activatrice 1 (AP-1) est impliquée dans la régulation de l’expression de gènes impliqués dans la réponse à divers stimuli, comme les cytokines, facteurs de croissance, stress et infections virales ou bactériennes.

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[40]. Les cellules T CD4+ naïves peuvent être différenciées en sous-populations distinctes, les cellules Th1 et Th2, sur la base de leurs profils de cytokines production. De manière générale, les cellules Th1 produisent de l’IL-2, de l’IFN-γ et du TNF-β qui sont principalement responsables de l’immunité à médiation cellulaire ou de l’hypersensibilité de type retardé alors que les cellules Th2 produisent IL-4, IL-5, IL-10 et IL-13 qui sont principalement impliqués dans l’immunité humorale. Le déséquilibre des réponses des cellules Th1/Th2 pourrait être une cause principale de maladies infectieuses, maladies allergiques et auto-immunes.

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[43]. La transduction de signal PI3K/Akt joue un rôle charnière dans l’homéostasie cellulaire, le développement neurologique, le métabolisme et d’autres processus. Elle régule différents aspects du développement cellulaire comme l’apoptose, la progression du cycle cellulaire et la différenciation cellulaire. Les récepteurs Trk ont une activité kinase intrinsèque et se dimérisent lors de la liaison du ligand dimérique de la neurotrophine. Trois récepteurs Trk ont été identifiés : TrkA, B et C. TrkA interagit spécifiquement avec le NGF, tandis que TrkB se lie à la fois au BDNF et au NT-4. TrkC est le récepteur spécifique du NT-3.

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[87]. Les points « Etoiles célestes » ont été tout d’abord onze décrits par Ma Dan Yang (1123-1183) dans sa « chanson des onze points Etoiles célestes ». Ces points sont considérés comme les points les plus importants et les plus utilisés en pratique clinique car capables, selon les Classiques, de traiter la plupart des pathologies. Le douzième point taichong (F3) a été rajouté sous la dynastie Ming (1368-1644) par Xu Feng Zhuan dans son « Classique du Dragon de Jade ». Aujourd’hui on les retrouve dans le classique Zhenjiu Dacheng (针灸大成) daté de 1601. Les points sont : E36 zusanli, E44 neiting, GI11 quchi, GI4 hegu, V40 weizhong, V57 chengshan, F3 taichong, V60 kunlun, VB30 huantiao, VB34 yanglingquan, C5 tongli, P7 lieque.

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Cathédrale de Lausanne (XII- XIIIe) - Vue sur le lac Léman - Suisse
Cathédrale de Lausanne (XII- XIIIe) – Vue sur le lac Léman – Suisse

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Les troubles du sommeil du nourrisson : traitement par stimulation électro-acupuncturale

Enfant de l'ethnie NaXi à Lijiang Yunnan - Chine
Enfant de l’ethnie NaXi à Lijiang Yunnan – Chine

RésuméLes troubles du sommeil du nourrisson, motif fréquent de consultation, peuvent bénéficier d’un traitement électroacupunctural associant stimulation cutanée et électro-acupuncture des « fosses du Qi » : Neiguan (MC6), Daling (MC7), Shenmen (C7), Taiyuan (P9), Zhaohai (R6), Shenmai (V62), Yintang (HM1) et Baihui (VG20). 
Après un rappel de définition de l’insomnie selon la médecine occidentale, puis selon la médecine traditionnelle chinoise, l’étude commentera le choix des points en fonction des Textes, le tout appliqué à la physiologie propre du nourrisson. Auparavant, six observations auront permis d’illustrer les différents propos. Mots clés : Electro-acupuncture, Pédiatrie, Insomnie, Sommeil, Yin & Yang Chiao Mai, Shen, Jing Qi, Wei Qi, Rong Qi, Xue.

Summary: The sleeping disorders of the newborn, frequent motive of consultation may have the benefit of an electroacupunctural treatement associating cutaneous stimulation and electroacupuncture of « the fosses du Qi » (Qi holes) : Neiguan (MH6), Daling (MH7), Shenmen (H7), Taiyuan (LU9), Zhaohai (K6), Shenmai (BL62), Yintang (EP1) et Baihui (GV20).
After recalling the defenition of insomnia according to occidental medicine, then according to chinese traditional medicine, the study will explain the choice of the points according to the texts, the whole applied to the particular physiology of the newborn. Previously, six observations will have illustraded these various purposes.Keywords: Acupuncture, Electroacupuncture, Pediatry, Insomnia, Sleep, Yin & Yang Chiao Mai, Shen, Jing Qi, Wei Qi, Rong Qi, Xue.

En dehors de toute pathologie organique aiguë ou chronique, les troubles du sommeil de l’enfant sont représentés en priorité par les éveils nocturnes répétés et prolongés. Le nourrisson d’un mois est éveillé normalement pendant un tiers du temps nocturne. Progressivement, le sommeil se déplace dans la nuit et la veille dans le jour. A trois ans, 25 à 38% des enfants se réveillent la nuit ; cette proportion devient négligeable après cinq ans. Ainsi les troubles du sommeil sont un motif fréquent de consultation. Le présent travail tentera tout d’abord de définir l’insomnie selon la médecine occidentale, puis dans un second temps selon la médecine traditionnelle chinoise. Enfin après la description de six observations, le choix des points utilisés sera commenté en fonction des textes.

L’insomnie selon la Médecine Occidentale 

Dans la classification internationale des troubles du sommeil, l’insomnie entre dans la catégorie des désordres de l’initiation et du maintien du sommeil .

Trois sortes d’insomnie sont décrites :

– l’insomnie du début de la nuit liée à une difficulté d’endormissement ;

– l’insomnie par éveils multiples au cours de la nuit ;

– l’insomnie matinale par réveil précoce en fin de nuit.

Par ailleurs, il est également intéressant de classer ces troubles du sommeil en fonction de l’âge :

– l’insomnie du premier semestre ;

– l’insomnie du second semestre ;

– l’insomnie de la deuxième et troisième année ;

– l’insomnie au delà de 3 ans.

L’insomnie du premier semestre 

Les besoins en sommeil sont variables selon les nouveaux nés. Le sommeil nocturne de l’enfant comporte normalement une certaine proportion de veille. L’étude du sommeil de nuit à l’aide d’enregistrements polygraphiques a montré qu’elle occupait un tiers de la nuit à un mois d’âge. Ainsi le rythme nycthéméral sommeil-veille s’établit progressivement et n’atteint souvent sa régularité que vers l’âge de 3 mois. Les cycles du sommeil chez les bébés sont réguliers et caractéristiques de chaque enfant. Le sommeil nocturne se découpe en tranches de 3 à 4 heures où alternent sommeil profond et sommeil paradoxal.

A intervalles réguliers, le bébé traverse un état semi-conscient où il peut s’activer et pleurer. Ce cycle veille-sommeil est étroitement lié aux besoins ; la faim réveille l’enfant qui se rendort aussitôt qu’il est repu. Ces éveils nocturnes ne constituent pas une manifestation pathologique. Et progressivement, la veille qui apparaissait toutes les 3-4 heures au cours des premiers mois, va se déplacer dans le jour, et le sommeil dans la nuit.

On peut alors définir l’apparition du sommeil stable du nourrisson comme la possibilité de dormir sans interruption pendant une période de cinq heures, de minuit à 5 heures du matin. Cependant chez certains, l’insomnie du premier semestre se traduit par des crises de larmes le soir qui se prolongent et retardent l’endormissement. L’anxiété et la tension des parents ne font qu’accroître ces difficultés, alors qu’il est nécessaire de procurer au bébé une certaine détente et de respecter un rituel pour qu’il puisse s’endormir facilement.

Par ailleurs, une suppression prématurée des repas de nuit, un horaire ou des rations qui ne tiennent pas compte des besoins personnels du bébé peuvent conduire le plus souvent à des réveils nocturnes, fréquents. L’enfant est agité, il pousse des cris incessants pendant des heures ; le sommeil des parents est perturbé, ce qui accroît les réponses inadaptées. Heureusement la majorité des enfants acquiert un sommeil nocturne stable ou réglé entre trois et six mois. Cependant la plupart des auteurs constatent une recrudescence des éveils nocturnes dans la deuxième partie de la première année.

L’insomnie du deuxième semestre 

A cette époque, les difficultés d’endormissement, les réveils nocturnes sont liés au refus de se séparer de la mère et de quitter un environnement qui offre de plus en plus d’intérêt, au besoin de passer à l’action. Ainsi entre 6 et 12 mois, 25% des enfant s’éveillent encore la nuit.

Le rôle des parents est important : ils doivent apprendre au nourrisson à dormir, à passer de la veille au sommeil. S’ils interviennent trop, lors des périodes normales de demi- conscience, de pleurs ou de jeux nocturnes, le bébé ne saura plus passer de lui-même de cet état à celui de sommeil plus profond. Outre l’anxiété des parents, qui pousse à intervenir au premier appel du bébé, et éventuellement à donner l’habitude d’un biberon nocturne, la douleur des poussées dentaires, les maladies infectieuses (rhino-pharyngites), l’hyperactivité d’un bébé dont on restreint la dépense motrice dans la journée, peuvent être d’autres causes de difficultés de sommeil.

Là encore, un cercle pathologique peut rapidement s’installer : le bébé, fatigué, ne peut se détendre et dort mal dans la journée, ce qui contribue à perturber davantage le sommeil durant la nuit. les parents épuisés et énervés, n’arrivent plus à procurer à leur enfant la détente et le calme dont il a besoin, et leurs interventions deviennent de plus en plus inadéquates. L’apprentissage du sommeil ne peut se faire et au contraire l’enfant prend l’habitude de mal dormir.

L’insomnie des deuxième et troisième années 

Les troubles du sommeil y sont assez fréquents. Ils font encore, à cet âge, partie du développement normal de l’enfant. Relativement banals, ils peuvent être pérennisés ou aggravés par des conditions de vie pertubées par des inadéquations éducatives, l’inquiétude et la fatigue des parents. Selon certains auteurs, il faut noter que 9,5 % des enfants qui s’éveillent encore la nuit, à cet âge auraient un trouble sévère du sommeil. Ces troubles du sommeil sont très variables. On pourra constater :

-Une opposition au coucher : surtout fréquente entre deux et trois ans chez des enfants hyperactifs et volontaires qui redoutent le sommeil et luttent contre lui. Parfois l’anxiété est importante et l’enfant est pris de panique à l’idée de s’endormir. Peuvent s’y associer les rituels du coucher qui s’observent bien souvent à partir de deux ans. L’enfant a besoin pour s’endormir de la présence de son objet familier ou d’une histoire racontée par les parents.

-Les réveils nocturnes peuvent être épisodiques ou très fréquents au cours de la nuit dans la deuxième année, ils peuvent être liés à des situations d’inconforts, à la douleur des poussées dentaires, ou à des cauchemars.

-Les cauchemars : peuvent survenir très tôt, dès le début de la deuxième année. Ils se produisent durant la phase du sommeil paradoxal. L’enfant se réveille en pleurant, en criant et peut avoir du mal à se calmer. Il ne peut pas encore raconter son rêve et les cauchemars peuvent être difficiles à reconnaître.

-Les terreurs nocturnes : il s’agit de crises hallucinatoires impressionnantes et brèves, avec cris, gesticulations, visage terrifié, yeux ouverts, reprise difficile de contact avec la réalité, amnésie de l’incident. Elles surviennent à partir d’un stade de sommeil profond, en général plus tard vers deux ans.

-Enfin les rythmies du sommeil : caractérisées par une agitation très rythmée, un balancement qui peut déplacer le lit, brusquement au cours de la nuit. Elles durent de quelques instants à plus de quinze minutes et peuvent se répéter par périodes. Les rythmies apparaissent surtout dans les stades légers du sommeil, jamais en sommeil profond, plus souvent un peu avant ou un peu après les phases du sommeil paradoxal. Ce comportement nocturne particulier est fréquent, souvent sans gravité, mais devient parfois inquiétant par son aspect spectaculaire et bruyant. Il peut être accompagné de réveils nocturnes et de difficultés du comportement de l’enfant durant la journée, de troubles de la relation parents-enfant.

L’insomnie au delà de 3 ans 

Dans une étude suédoise chez des enfants d’âge pré-scolaire, 3 % des enfants de 4-5 ans sont considérés comme de mauvais dormeurs. On retrouvera surtout les cauchemars, les terreurs nocturnes, les rythmies du sommeil. Cependant à cet âge, les problèmes de sommeil sont moins fréquents, mais peuvent ressurgir à l’adolescence.

Entre 10 et 13 ans, 5 % des enfants se réveillent la nuit, alors que moins de 1 % a du mal à se rendormir. Ainsi donc les difficultés d’endormissement et les éveils nocturnes répétés viennent en tête des demandes de consultation pour les insomnies et diminuent avec l’âge. D’autres troubles du sommeil peuvent leur être associés. Ces manifestations cliniques variées regroupées sous le terme de parasomnies sont : la somniloquie, l’énurésie, le somnambulisme, les éveils avec confusion.

L’insomnie selon la Médecine Traditionnelle Chinoise 

Les troubles du sommeil doivent être considérés comme la résultante d’une dysharmonie de l’homme avec son environnement. De ce fait les insomnies sont toujours dues à une plénitude de Yang ou un vide de Yin ou association relative des deux.

Ainsi selon les Textes :  » Dans la journée le Yang règne à l’extérieur (périphérie du corps); il éclôt à l’aube, culmine à midi et s’anéantit au coucher du soleil, alors que se referment les « portes du souffle  » (Qi Men). Aussi quand, le soir, le Yang se retire, doit-on ne pas s’exposer au surmenage physique, au brouillard et à la rosée. Toute violation à ces règles lors de ces trois moments incite les perversions à assiéger puis envahir le corps. » (Su Wen)  » Ne pas dormir est toujours causé par un excès de Yang » (Soulié de Morant).

 » L’insomnie vient de ce que l’énergie défensive Wei ne peut pas rentrer dans le Yin comme elle devrait le faire durant la nuit, il s’ensuit que le Yang est en plénitude et que son méridien Yang Chiao Mai est en très grande plénitude. Le Yin ne recevant plus d’énergie, devient vide, alors les yeux ne peuvent plus être fermés, c’est l’insomnie… » (Ling chou).

L’insomnie, dysharmonie Yin-Yang, aura donc pour étiologie un déséquilibre dans les états de vide ou plénitude des différents méridiens s’exprimant par les merveilleux vaisseaux Yin et Yang Chiao Mai. Ainsi on pourra constater un état d’insomnie en présence d’une plénitude de :

-foie,

-cœur,

-maitre du coeur,

-triple réchauffeur,

-estomac,

-poumon,

-vessie ;

d’une insuffisance de Yin de

-cœur,

-maitre du coeur,

-rate-pancréas,

-rein,

-foie.

Sans détailler chaque état pathologique, il est cependant intéressant d’étudier les principaux :

L’excès de Yang à l’estomac conjugué à une insuffisance de Yin de Rate-Pancréas

L’ excès de Yang à l’estomac se caractérisera par un sommeil agité, troublé de rêves et de cauchemars ; les yeux ne peuvent se fermer. Le sujet sera dans un état de surexcitation et d’agitation psychique, comme on peut le voir dans l’atteinte du Yang Ming, ceci dans le cadre d’une pathologie psychiatrique. Cet excès de Yang va tarir le Yin de Rate-Pancréas. Le sujet ne trouve pas le repos ; il est préoccupé, soucieux, témoignage d’un trouble du Yi et d’un épuisement du sang.

De ce fait, la rate entrainera alors une atteinte de la loge feu avec insuffisance du Yin du coeur. Cette insuffisance du Yin au coeur se traduira également par une plénitude du Yang apparent et une déficience du Shen. Le sommeil sera très agité, associé à des cauchemars et des palpitations.

Le vide de Yin des reins

La plénitude de Yang apparent au coeur peut également être produite lorsque le Yin du rein est épuisé ou insuffisant. De ce fait le rein-Yang va se trouver en excès. Il va ascensionner au réchauffeur supérieur, occasionnant indirectement un vide de coeur ou un excès de Yang apparent.

Ainsi, lors d’une atteinte du Shao Yin, on retrouve une insomnie de fin de nuit, avec réveil prématuré. Le sujet ne peut dormir, il est agité, angoissé.

Le vide de Yin de foie

En cas de vide de sang ou vide de foie on retrouve une somnolence diurne associée à une insomnie dans le cadre d’une dépression. Le tout, est bien souvent accompagné des signes de la série dystonique : spasmes divers, thoraciques, abdominaux, bouffée congestive du visage, paresthésie, crise de larmes, spasmophilie, crise d’angoisse, migraine…

Tous ces symptômes appartiennent aux mêmes mécanismes énergétiques : l’insuffisance de Yin ou insuffisance de l’énergie essentielle Jing Qi de l’organe foie, avec insuffisance corollaire du sang, qui descend et s’amasse en bas, suscitant l’échappement consécutif de l’énergie (ou Yang du foie), vers le haut.

Par ailleurs ce vide de foie génère dans le cycle de production un tarissement du sang au niveau du coeur et du maitre du coeur, d’où une libération du Yang et un vide de Shen.

Le vide de Yin de cœur

Les pathologies des organes et des entrailles en vide ou plénitude peuvent entrainer le Feu Mental en rapport avec l’âme viscérale du coeur : le Shen.

Ainsi comme nous l’avons vu précédemment, le Shen sera diminué en cas d’insuffisance du Yin du rein, de foie ou de rate-pancréas entrainant un Yang apparent par non-contrôle du yin de coeur. Cliniquement, le sommeil est toujours agité accompagné de cauchemars et d’angoisse; l’éveil est précoce.

A propos de six cas cliniques

Méthode

Le traitement électro-acupunctural consiste à appliquer l’électrode active pendant quelques secondes sur le point d’acupuncture, la masse étant mise au niveau des fesses ou de l’abdomen. L’appareil utilisé est un simple détecteur-stimulateur que l’on trouve dans les maisons médicales spécialisées dans la médecine traditionnelle chinoise La fréquence de stimulation est comprise entre 40 et 60 Hz; l’intensité sera fonction de la réaction de l’enfant : pleurs, myoclonies, ou tentatives de retrait. Les points utilisés sont :

MC 6 (Neiguan)
MC 7 (Daling)
C 7 (Shenmen)
P 9 (Taiyuan)

R 6 (Zhaohai)

V 62 (Shenmai)

HM 1 (Yintang)
VG 20 (Baihui)

Tous ces points sont stimulés électriquement, excepté le VG 20 qui, en plus, sera piqué avec une aiguille de diamètre compris entre 0,20 et 0,26mm maximum.

Observations

1e observation : Anthony P…

Anthony P…, nourrisson de 14 mois, ayant dans les antécédents bénéficié d’une cure bilatérale d’hernie inguinale, subi des rhino-pharyngites et bronchites à répétition, présente depuis plus d’un mois des troubles très importants du sommeil. Il n’existe pas de troubles d’endormissement, mais plutôt des réveils nocturnes, incessants chez un enfant très agité, dormant en moyenne, deux heures par nuit. Par ailleurs l’état général est satisfaisant, pas d’infection rhino-pharyngée; le jour de la séance, l’examen clinique est normal. Suite au premier traitement, l’enfant fait trois nuits sur sept; il est sage durant la journée. Une nouvelle séance est faite. La régulation du sommeil est complète une semaine après cette deuxième séance.

2e observation : Charles L….

Charles est âgé de 8 mois lorsque sa maman consulte pour des troubles du sommeil à type de réveils nocturnes, incessants, environ quatre à six fois par nuit. Le sommeil est agité, il pleure sans cesse, désire sa mère. Depuis la naissance, Charles n’a fait qu’une bronchite à 4 mois, associée à un muguet buccal. Les vaccinations ont été faites. Comme pour le petit Anthony il a bénéficié de multiples médications (calcibronat, nopron, galirène, euphytose etc.), les troubles du sommeil persistants déjà depuis plus d’un mois. L’examen général est tout à fait normal. La régulation du sommeil sera réalisée en une seule séance.

3e observation : Perrine F…

Prématurée à 7 mois, sans antécédents, Perrine âgée de 17 mois est insomniaque toutes les nuits depuis deux mois de 2h à 4h du matin. Les parents sont très nerveux, elle-même ne tient pas en place durant la journée. Séance d’acupuncture. Elle est revue quarante jours après; elle est plus calme, plus détendue. Cinq jours après la première séance, les nuits étaient complètes ; cependant depuis une semaine, les troubles du sommeil reprennent avec réveils de 23h à 4h du matin. Le même traitement est entrepris. Trois mois plus tard. Une poussée dentaire associée à une bronchite, deux semaines auparavant, avait à nouveau déstabilisé les nuits, entrainant des réveils nocturnes de 10h à 5h du matin cette fois. A noter, qu’après la deuxième séance, l’effet acupunctural avait été immédiat.

4e observation : Christopher P….

Christopher, nourrisson de 8 mois, très nerveux, ayant des parents eux-mêmes très nerveux, se réveille systématiquement à 2 h du matin, puis à 6h. Il dort peu et pleure sans cesse. L’examen clinique est tout à fait normal. Le pédiatre consulté en dernier recours, a été amené à mettre du nopron, du piptal mais sans succès. Le traitement habituel est appliqué. Christopher est revu la semaine suivante, sans amélioration. Même traitement. L’enfant sera revu cinq mois plus tard. Six jours après la deuxième séance, les nuits étaient complètes, plus aucun réveil nocturne. Ce jour, l’enfant ne dort plus depuis trois semaines, il se réveille la nuit de façon incessante. Une rhino-pharyngite chronique depuis un mois le gène beaucoup. Le même traitement est cependant entrepris. Un coup de téléphone nous informa de l’amélioration complète, une semaine après la séance acupuncturale.

5e observation : Aurélien B…

Le petit Aurélien âgé de 22 mois, enfant prématuré à sept mois, ayant bénéficié d’une cure d’hernie inguinale bilatérale, souffre de troubles du sommeil à type de réveils nocturnes, cauchemars, peur du noir, depuis un mois environ. Il est agité, très nerveux dans la journée; la nuit il ne peut dormir si sa maman est absente. L’insomnie a débuté après une radiographie du crâne, réalisée en milieu hospitalier, au cours de laquelle sa mère fut tenue éloignée. Une semaine après la séance d’acupuncture, Aurélien fut revu. La nuit qui suivit la première séance fut très calme, sans réveil. Toutefois, l’agitation repris peu à peu. Un nouveau traitement électro-acupunctural fut entrepris; nuits complètes dès la deuxième cure.

6e observation : Alexandre M...

Depuis la naissance, Alexandre né par césarienne, présente un sommeil très agité, avec de nombreux réveils durant la nuit. Dans la journée il est nerveux mais sage. A 22 mois hormis quelques rhino-pharyngites, il n’a jamais été malade. Le traitement préconisé jusqu’à présent a été nopron, neurocalcium, théralène, passiflore, le tout sans succès. Le traitement électro-acupunctural aura raison de son trouble du sommeil.

Commentaires 

Les troubles du sommeil du nourrisson peuvent être résolus par l’électro-stimulation cutanée des points d’acupuncture associée à l’électro-acupuncture d’une seule aiguille au Baihui (VG 20), piquée en dispersion. On évitera ainsi les aiguilles, traumatisantes pour les nourrissons.

Dans l’étude deux catégories d’enfants ont été concernées : les enfants du deuxième semestre et ceux au cours de leur deuxième année. Selon la classification internationale des troubles du sommeil, les insomnies que nous avons traitées sont des insomnies par éveils multiples au cours de la nuit.

Avant tout, il est important de s’assurer que l’enfant n’offre aucune contre-indication au traitement acupunctural. En effet il est illusoire d’essayer de traiter l’insomnie si l’enfant présente une maladie infectieuse évolutive lors de la consultation.

Par ailleurs, il convient de rechercher une contre-indication liée au principe même de l’électro-acupuncture. Recherche donc, d’antécédents de crises convulsives quelqu’en soit la cause étiologique : neurologique, métabolique, hyperthermique.

La stimulation à une fréquence de 40 à 60 Hz, est choisie dans le but d’obtenir un effet sédatif rapide. L’intensité à utiliser est guidée par la provocation de la sensation douloureuse manifestée par les cris, les pleurs de l’enfant ou surtout, par la réaction de retrait, les myoclonies.

La durée moyenne de l’application de la stimulation n’excède pas quelques secondes au niveau de chaque point.

Le choix des points utilisés découle de l’enseignement tiré des Textes.

Ainsi le Maitre Céleste Qi Bo répond à l’empereur Huang Di dans le Su Wen :  » Chez la fille à 7 ans l’émanation rénale abonde, la denture change, la chevelure s’allonge… Chez le garçon à 8 ans l’émanation rénale s’affirme, la chevelure s’allonge, la denture change… ».

Le Jing Qi

Par la fille de 7 ans ou le garçon de 8 ans, on parle de la fille ou du garçon pendant la première période de 7 ou 8 ans. Durant cette période, on constate donc une poussée de l’énergie du Rein. Cette énergie qui réside dans les reins est l’énergie dite essentielle ( Jing Qi). Elle permet la croissance et est mobilisée à la demande dans le circuit des merveilleux vaisseaux, quoique ceux-ci s’interpénètrent avec les 12 méridiens principaux.

Dans le Ling ShouQi Bo dit : « l’énergie essentielle des cinq organes et des six entrailles a son point de concentration dans les yeux. Dans les yeux, tous les méridiens sont concentrés et se rattachent au cerveau et de là à la nuque ».

Le Jingming n’est ainsi qu’une émanation du Jing c’est à dire de l’essence des cinq organes. Le Jingming (V1) est également le point noeud du Tai Yang, point de concentration énergétique maximale, lieu de réunion du Zu Tai Yang et du Shou Tai Yang.

L’énergie essentielle emprunte le trajet des merveilleux vaisseaux Yang Chiao Mai et Yin Chiao Mai, comme d’ailleurs l’énergie défensive Wei. Ces curieux vaisseaux se réunissent aussi à l’angle interne de l’oeil au Jingming. L’énergie essentielle acquise (Jing Qi) comme l’énergie nourricière (Rong Qi), et l’énergie défensive (Wei Qi) sont issues de la digestion et de l’assimilation des aliments et des boissons. En fait, chaque organe alimenté par le Rong et Wei Qi peut synthétiser son Jing Qi. Ce Jing Qi est ensuite entreposé au rein et mobilisé à la demande.

Le Wei Qi

Le Wei Qi est une énergie Yang et superficielle.

Elle circule dans chaque méridien suivant différents rythmes, en particulier un rythme rapide de 50 cycles par 24 heures, comprenant 25 cycles diurnes et 25 cycles nocturnes.

Selon le Ling Shou : « L’énergie Wei circule le jour dans le Yang, la nuit dans le Yin. Au Yin correspond la nuit, le calme, pendant laquelle on dort. L’énergie Yang a tendance à remonter vers le haut ; elle correspond au haut et à l’extérieur du corps, l’énergie Yin au contraire se dirige vers le bas et à l’intérieur du corps. Elle correspond à la profondeur et à l’intérieur de l’organisme…

En général, l’énergie Yang est faible pendant la nuit l’énergie Yin forte.

Durant le jour l’énergie Yang est à son maximum, l’énergie Yin est faible. Le jour l’homme est donc éveillé, la nuit il dort… »

Ainsi donc pendant le jour, la circulation s’effectue dans la partie Yang du corps, et pendant la nuit elle s’effectue dans la partie Yin du corps, dans les organes suivant le cycle de domination. Elle commence au rein, puis le coeur, poumon, foie, rate etc… Le matin en se réveillant, l’énergie Wei remontera à la surface vers tous les méridiens Yang, et ceci par l’intermédiaire bien-sûr du merveilleux vaisseau Yang Chiao Mai. Ensuite la circulation s’effectuera comme la nuit, suivant le cycle de domination au niveau des entrailles (vessie, intestin grèle, gros intestin, vésicule biliaire, estomac).

A noter que le transfert d’énergie entre les cycles diurnes et nocturnes s’effectue à la plante des pieds par le méridien du rein ; et l’impulsion de l’énergie du méridien des poumons est indispensable pour une circulation correcte. Par ailleurs le Yin chiao Mai est couplé au merveilleux vaisseau Ren Mai, lequel fait intervenir le poumon.

Le Rong Qi

Le méridien de poumon propulse la circulation de Rong Qi aussi bien dans la grande circulation que dans la petite circulation (Du Mai et Ren Mai).

L’énergie Rong, énergie Yin et profonde circule dans tous les méridiens. D’où l’énergie circule tout d’abord dans le poumon de 3 à 5h, puis le gros intestin de 5 à 7h, puis l’estomac de 7 à 9h, rate-pancréas de 9 à 11h, et ainsi de suite jusqu’au foie de 1h à 3h du matin. A partir du foie l’énergie Yang va pénétrer dans la petite circulation intéressant les méridiens curieux Du Mai et Ren Mai d’où elle rejoindra le méridien principal de poumon au Zhongfu (P1).

On stimulera donc le Zhaohai (R6) et le Shenmai (V62) respectivement maître du Yin Chiao Mai et du Yan Chiao Mai. Ces points clés permettront l’ouverture des méridiens curieux. Le Jingming (V1) ne sera pas utilisé compte-tenu du risque oculaire chez des enfants très nerveux. On lui préfèrera le Yintang (HM 1).

 » Toutes les énergies, le sang, le Yang et le Yin des organes et des entrailles passent par les méridiens des poumons et de l’estomac pour aller en haut ou descendre en bas du corps, pour aller vers l’intérieur ou l’extérieur du corps exactement comme l’énergie du ciel qui circule partout…(Ling Shou) ».

De ce fait l’utilisation du Taiyuan (P9) est privilégiée, outre que le poumon est considéré comme un grand carrefour entre la circulation Rong et Wei des méridiens principaux et la circulation Jing des méridiens curieux Ren Mai et Du Mai, le point Taiyuan est également le point de tonification de l’organe et le point de régulation du poumon.

C’est aussi le point Roe des artères et de la circulation. Ainsi le méridien poumon sera tonifié car il donne l’impulsion permettant une bonne circulation des énergies Wei, Rong et Jing. Par ailleurs, notons que Soulié de Morant préconise de puncturer le Taiyuan dans l’insomnie par agitation interne.

Le Xu

Le Baihui (VG20) « cent réunions » est placé au sommet du crâne. Il est le seul point à être puncturé. Le VG 20 est le point de convergence de tous les méridiens Yang du corps. Par ailleurs le trajet céphalique terminal du méridien de foie aboutit également au Baihui. Le foie va stocker le Xue (le sang), qui sera propulsé dans la circulation générale en fonction de la demande. Pendant le sommeil, le sang sera mis en réserve dans le foie. « Dans le sommeil le sang rejoint le foie … (Su Wen) ».

Dès le réveil, les besoins en sang augmentent : le foie libèrera le Xue.

En cas d’insuffisance du sang ou d’énergie essentielle Jing Qi du foie, on observera un Jue, c’est à dire un reflux du Yang qui déferle vers le haut du corps, en particulier vers la tête et le Baihui (VG 20). D’où la déficience du Yin avec élévation consécutive du Yang peut correspondre à un vide du Yin du foie ou une déficience du Yin des reins. Si le sang est stocké par le foie, contrôlé par le rein, formé par la rate et propulsé par les poumons, il est également gouverné par le coeur.

Le Shen

« Les artères ( dansantes comme le feu) sont associées au Cœur qui fait l’éclat du teint, et que domine le rein. « 

 » Les trésors des cinq viscères : le coeur abrite le Shen (esprit défini comme la perfection du Qi essentiel), le poumon abrite le Po (âme végétative, suppléant du Qi essentiel), le foie abrite le Hun (âme spirituelle, conseiller du Shen)… »(Su Wen).

Ainsi par l’intermédiaire du coeur et du maître du cœur, le sang a une fonction spirituelle : le Shen. Or le Shen sera libéré en cas de troubles du Xue par vide, stase ou plénitude.

D’où l’intêret d’utiliser les trois points appartenant à la loge Feu : le MC7, C7, MC6.

Le Shenmen (C7), point de dispersion, sera utilisé en tant que point Yuan (source) et porte de l’âme viscèrale Shen. Le Daling (MC7) est également un point Yuan, et le point de dispersion du maître du coeur. Il ne faut pas utiliser le Shenmen et le Daling dans l’intention de disperser la loge Feu mais plutôt, dans l’intention de la réguler, afin d’harmoniser l’activité mentale consciente et inconsciente: le Shen.

Enfin le Neijuan (MC6) sera stimulé en tant que point clé du Yin Wei Mai, merveilleux vaisseau qui contrôle qualitativement le Yin. Par ailleurs le Neijuan (MC6 barrière interne), point Lo du Shou Jue Yin permet de faire croître le Yin et de stabiliser le Shen.

D’autre part, notons que Le Shen énergie mentale et le Jing Qi, l’énergie essentielle sont intimement liés. En effet Qi Bo dit dans le Su Wen : « La tête est la « demeure » de la « lucidité » (Jing Ming), si la tête se renverse et le regard se noie c’est que le Shen essentiel va défaillir ».

En définitive, on peut considérer que le nourrisson est un être dont le Jing Qi, énergie essentielle acquise et stockée dans les reins, devrait être à son optimum. Mais pour une raison ou une autre, mauvaise digestion, infection rhino-pharyngée à répétition, mauvais environnement, poussée dentaire, nervosité diurne ect…, une insuffisance du Jing Qi s’installe progressivement. De ce fait, le Jing Qi du rein constitué du Yin et du Yang de rein entrainera alors un affaiblissement de celui-ci. S’ensuivra un blocage du Qi qui pourra s’exprimer par un Jué, c’est à dire élévation du Yang par déficience du Yin (excès de Yang vers le haut du corps). Par ailleurs, l’insuffisance de Yin du rein entraînera une pertubation du Shen par insuffisance de sang ou stagnation de sang, ou insuffisance de Yin du coeur.

Voici un schéma récapitulatif

Pour terminer, une petite réflexion concernant le mécanisme d’action de la stimulation électro-acupuncturale. Au cours des différentes séances, les petites secousses musculaires font suggérer l’intervention physiologique de plusieurs neurotransmetteurs cérébraux.

On peut essayer de faire un parallèle entre l’électro-stimulation et la sismothérapie dont bénéficient certains sujets déprimés. L’électroconvulsivothérapie consiste à provoquer une crise d’épilepsie généralisée au moyen d’un courant électrique qui traverse l’encéphale à partir de deux électrodes placées en temporo-temporale, fronto-frontale ou temporo-pariétale. Bien sûr, l’intensité est très nettement supérieure (de l’ordre de 100 mA), de même sont différents les autres paramètres électriques. Cependant, le mécanisme d’action de la sismothérapie pourrait être transposé à l’électro-acupuncture chez le nourrisson. Malheureusement, ce mode d’action est loin d’être élucidé. Tout au plus pense t-on qu’il fait appel à l’interaction de plusieurs neurotransmetteurs cérébraux (noradrénaline, sérotonine, dopamine, endorphines) classiquement impliqués dans l’hypothèse monoaminergique de la dépression. En conclusion, chez le nourrisson, il est fort probable que la stimulation électro-acupuncturale de certains points d’acupuncture puisse entrainer une libération de neurotransmetteurs, responsables de l’effet régulateur du sommeil et de l’humeur.

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Enfants de l'ethnie NaXi à Lijiang - Yunnan - Chine
Enfants de l’ethnie NaXi à Lijiang – Yunnan – Chine

 The sleeping disorders of the newborn: electroacupunctural treatment

«  The insomnia comes from what the Wei defensive energy can not go into the Yin like it should do it during the night, it follows that the Yang is in fullness and that his meridian Yang Chiao Mai is in very great fullness ».

« The Yin, which does not receive the energy, becomes empty, so the eyes can not be closed, this is the insomnia » (LingChou).

The insomnia, dysharmonia Ying Yang, will have for etiology an unbalance in the states of empty or fullness of differents meridians expressing by wonderfull vessels Yin and Yang Chiao Mai. So, it could notice a state of insomnia in presence fullness from meridians of : liver, heart, master of heart, triple heater, stomach, lung, bladder ; or an insufficiency about Ying from meridians of : heart, master of heart, spleen-pancreas, kidney, liver.

 Six clinical observations concerning newborns aged from 8 to 22 months old have allowed to elaborate a standard protocol of treatment about the sleeping disorders. This six newborns will suffer since about one month, except one only who presented a broken sleep since the birth.   

In general, the sleeping disorders are clearly improved by one or two sessions.

This study concerns two categories of children. The children from second semester and those from the second year. In accordance with the international classification, the treated insomnias are the insomnias by multiple awakenings during the night.

The recommended acupunctural treatment consists to apply the active electrode during some seconds on the point of acupuncture, the mass being puted at buttocks or abdomen level.

The used system is a detector-stimulator WQ-10 C2 manufactured in the China Populary Republic. The frequency of the transcutaneoused stimulation is composed between 40 and 60 Hz ; the intensity will be fonction of the reaction about the child : cries, myoclonies or recession attempt.

     The points used are :

          HC 6 (Neiguan)   LU 9 (Taiyuan)   EP 1 (Yintang)

          HC 7 (Daling)    K 6 (Zhaohai)    GV 20 (Baihui)_

          HT 7 (Shenmen)   BL 62 (Shenmai).    

All these points are stimulated electrically, excepted the GV 20 which will be pricked with a needle whose the diameter is composed between 0,20 and 0,26 mm maximum. The electric stimulation will be here relieved through the needle (percutaneous stimulation).   

The choice of used points follows from the education taken from texts.

So, the celestial Master QI BO answers to the emperor  Huang Di in the Su Wen :  » in girl aged 7 years old, the kidney Qi abounds, the teeth changes, the hair gets longer… In boy aged 8 years old, the kidney Qi is asserting itself. By the girl aged 7 yeard old or the boy aged 8 years old, it talks about the child during the first period from 7 or 8 years old in the course of which it notices a pressure of the energy from kidney. The energy which resides in the kidneys is the energy that it says essential (Jing Qi). It permits the growth and it is mobilized by request in the circuit from wonderfull vessels, although those interpenatre themselves with 12 mains meridians.

In accordance with the Ling Chou : « the Wei energy is circulating the day in the Yang, the night in the Yin. At Yin corresponds the night, the still during which it is sleeping.The Yang energy has a tendency to go up. It corresponds at high and at the outside from the body, the Yin energy, on the contrary, makes for the low and the inside from the body… In general, the Yang energy is weak during the night, the Yin energy is strong. During the day, the Yang energy is at maximun, the Yin energy is weak. The day, the man (human) is awaked, the night, he is sleeping… ».

The essential energy follows the route of wonderfull vessels Yang Chiao Mai and Yin Chiao Mai, like the Wei defensive energy. These stranges vessels meet at the intern angle from the eye at Jingming (V1). So, it will use the K6 and the BL62, « keys points » in permitting the opening. It will stimulate the Yintang (EP1) instead of Jingming, condidering the ocular risk at very nervous children.

The meridian of lung propels the circulation of Rong Qi, that it says, the nourishing energy. Therefore, the use of Taiyuan (LU9) is privileged. The lung is considered like a great crossroads between the circulation Rong and Wei from mains meridians and the circulation Jing from stranges meridians Ren Mai and Du Mai. The Taiyuan point is too the point of tonification and regulation of lung. So the meridian lung will be toned up because it gives the impulse permitting a good circulation of energies Wei, Rong and Jing.

The Baihui (GV20)  » hundred meetings » is the only point to be pricked. It is the convergence point of all yang meridians from body.

At the time of the insufficiency about blood or essential energy Jing Qi of liver, it will observe (see) a Jue, that is to say a backward surge of Yang which surges for the high body, in particular for the head and the Baihui (GV20).

The deficiency about Yin with consecutive elevation about Yang can correspond to a void of Yin liver or a deficiency about yin kidneys. Where the interest do prick the GV20.

The Shen, mental energy and the Jing Qi, the essential energy are intimately binded. By the intermediary of heart and of master of heart, the blood has a witty office : the Shen.

Now the shen will be released in case of some troubles of Xue by empty, stagnation or plenitude. It will use so the three points belonging to the lodge fire : HC7, HT7, HC6. These differents points will be used in the intention to regulate, to harmonize the mental activity conscious and inconscious: the Shen.

Eventually, it can consider that the newborn is a person whose the Jing Qi, essential energy acquired and stocked in kidneys, should be at his optimum. But for a reason or an other, bad digestion, throat infection with repetition, bad environment, pressure dental, diurnal excitability…. A insufficiency about Jing Qi settles progressively. So, the Jing Qi of kidney constitued from Yin and Yang of kidney will entail a weakening about it. It will follow a block about Qi which could express by a Jue, that is to say : elevation about Yang by deficiency of Yin (excess of Yang for the high of body).

Otherwise, the insufficiency about Yin of kidney will entail a disturbance about shen by insufficiency blood or   stagnation blood, or insufficiency Yin of heart. Where the newborn insomnia.

In conclusion, at the newborn, it is very likely that the electroacupunctural stimulation from certains points can entail a liberation of neurotransmetors, responsible for the regulating effect about sleep and the mood.

Stéphan JM. Les troubles du sommeil du nourrisson : traitement par stimulation électro-acupuncturale. Méridiens. 1990;87:149-167.

L’acupuncture a-t-elle sa place dans les coliques du nourrisson ?

Travail des noix de cajou - village près de Banjul - frontière sénégalo-gambienne - Gambie
Travail des noix de cajou – village près de Banjul – frontière sénégalo-gambienne – Gambie

Evaluation de l’acupuncture

Landgren K, Hallström I, Tiberg I. The effect of two types of minimal acupuncture on stooling, sleeping and feeding in infants with colic: secondary analysis of a multicentre RCT in Sweden (ACU-COL). Acupunct Med. 2021 Apr;39(2):106-115.


Commentaires

Dans la précédente étude publiée en 2017, les mêmes auteurs rapportaient une diminution de la durée du temps de pleurs dans les deux groupes traités par acupuncture (efficacité similaire) par rapport au groupe témoin ne recevant pas d’acupuncture. Dans cette nouvelle et récente publication parue en avril 2021 [[3]], ils rapportent les résultats complémentaires de l’analyse secondaire de cette étude AcuCol  de 2017 [1], concernant cette fois-ci les coliques infantiles.

L’analyse complémentaire [3] observe versus groupe témoin l’effet de ces deux types d’acupuncture (A et B) sur les habitudes de selles, de sommeil et d’alimentation chez les 147 nourrissons inclus parmi les 426 nourrissons examinés pour l’admissibilité. Finalement, aucune différence significative entre les trois groupes n’a été observée.

Néanmoins, les nourrissons inclus ont bénéficié de quatre visites supplémentaires en dehors des visites habituelles au centre de santé infantile.

Les modifications de fréquence des selles et d’heures de sommeil par jour ont été évaluées. Les données sont collectées en utilisant : (1) le journal santé rempli par les parents à la semaine de référence, pendant les deux semaines de traitement et la semaine de surveillance ; (2) des questionnaires avec composantes quantitatives et qualitatives, utilisés à la deuxième et quatrième visite et lors de l’appel téléphonique de suivi.

D’après les données recueillies dans les journaux tenus par les parents, aucune différence concernant les selles, l’alimentation ou le sommeil entre les trois groupes n’a été observée. En revanche, lors de l’appel téléphonique de suivi, davantage de parents des groupes A et B (par rapport au groupe C) ont signalé un changement dans l’alimentation et le sommeil et une amélioration des symptômes de coliques.

La colique infantile est une affection caractérisée par des pleurs excessifs au cours des premiers mois de la vie, entraînant une détérioration considérable de la qualité de vie des nourrissons et de leurs parents. Le nourrisson présente des paroxysmes de pleurs inconsolables dépassant trois heures par jour, trois jours par semaine, pendant plus de trois semaines. Les pleurs excessifs chez les nourrissons sont un problème pour 10 à 20% des familles, provoquant un climat de stress dans la cellule familiale. Les causes des coliques infantiles ne sont pas vraiment connues. On pense que cela peut être en rapport avec altération de la microflore fécale, une intolérance aux protéines ou au lactose du lait de vache, une immaturité ou une inflammation gastro-intestinale, une sécrétion accrue de sérotonine, une mauvaise technique d’alimentation, le tabagisme de la maman, etc. [[4]].

Dans certains cas, la colique peut être résolue si les protéines du lait de vache sont éliminées. Des compléments nutritionnels de Lactobacillus reuteri peuvent également être utilisés avec un certain succès. En revanche, l’efficacité et l’innocuité des autres types de traitements, comme la siméticone, la dicyclomine, les inhibiteurs de la pompe à protons (oméprazole..) restent à prouver. Il est plausible que l’acupuncture puisse avoir des effets positifs sur les coliques infantiles car elle est reconnue pour son effet calmant, pour réduire la douleur et restaurer la fonction gastro-intestinale [4].

Cakmak [[5]], quant à lui, pense que des indices physiopathologiques indiquent que la colique infantile est une pathologie partagée entre la mère et le bébé, en particulier dans le cas des mères allaitantes. La théorie qu’il propose implique les taux trop élevés de la TNFα (facteur de nécrose tumorale-alpha, importante cytokine impliquée dans l’inflammation) dans le lait maternel, ce qui influencerait le métabolisme de la mélatonine (en diminution) et de la sérotonine (en augmentation) chez le bébé, pouvant alors engendrer les coliques infantiles. La TNFα peut être normalisée soit en puncturant uniquement la mère qui allaite, soit, par puncture également du bébé. Et diminuer par acupuncture la concentration de TNFα engendrerait donc une augmentation de la production nocturne de mélatonine, normalisant ainsi les taux de sérotonine du nourrisson par effet inhibiteur du TNFα sur le recaptage de la sérotonine.

Le manque de connaissances sur la physiopathologie des coliques infantiles limite toutefois le développement de médicaments efficaces ainsi que des modalités de prise en charge par l’acupuncture.

L’acupuncture est utilisée en Scandinavie comme traitement des coliques infantiles. D’après les résultats d’un ECR en aveugle (n=90 nourrissons) réalisé en 2013 [[6]], concernant la mesure du temps des pleurs entre un groupe acupuncture (sur E36 – zusanli) versus un groupe témoin sans acupuncture, il est objectivé une tendance en faveur du groupe acupuncture, avec une réduction moyenne (par rapport à l’inclusion) de 13 minutes (IC à 95% -24 à + 51), mais non significative pour être considérée comme cliniquement pertinent.

Depuis la publication de l’étude AcuCol en 2017 [1], deux revues systématiques relatives aux coliques infantiles ont été réalisées.

La première méta-analyse réalisée en 2018 par des auteurs norvégiens et suédois sur le rôle de l’acupuncture dans le traitement des coliques infantiles est controversée dans le sens où les ECR disponibles sont à petits effectifs et présentent des résultats contradictoires ; et que d’autre part, d’un point de vue éthique, on ne peut disposer que du consentement des parents.

Ainsi sur les trois essais comparatifs randomisés (n=307), un seul a obtenu une mise en aveugle complète des évaluateurs des résultats dans les groupes d’acupuncture et témoin. La différence moyenne (MD) dans le temps de pleurs entre le groupe acupuncture et le groupe témoin était -24,9 min (intervalle de confiance de 95%, IC : -46,2 à -3,6) ; à mi-traitement, -11,4 min (IC à 95% : -31,8 à 9,0) et à la fin du traitement -11,8 min (IC à 95% : -62,9 à 39,2 sur un seul ECR) au suivi de 4 semaines. L’hétérogénéité était négligeable dans toutes les analyses. Bref, dans cette méta-analyse, on n’observe pas de différence cliniquement importante entre le groupe des nourrissons recevant l’acupuncture et le groupe témoin.

Par ailleurs, les données indiquent que l’acupuncture induit une certaine douleur de traitement chez de nombreux nourrissons. Les auteurs ont conclu que l’acupuncture percutanée à l’aiguille ne doit pas être recommandée pour le traitement des coliques infantiles de manière générale [[7]].

Également en 2018, des auteurs coréens ont publié une revue systématique sur le sujet, mais pas de méta-analyse, en raison de l’hétérogénéité clinique considérable des études réalisées chez des nourrissons âgés de 0 à 25 semaines atteints de coliques infantiles. Sur les 601 ECR identifiés, seuls quatre ECR, tous menés dans des pays d’Europe du Nord, ont été inclus. Une acupuncture minimaliste au point 4GI (hegu) ou 36E (zusanli) sans forte stimulation a été utilisée dans toutes les études. D’après l’analyse narrative des parents, l’acupuncture semble être efficace pour soulager les symptômes des coliques, y compris les pleurs et les problèmes d’alimentation et de selles, et ne présente que des effets indésirables mineurs. Cependant, les preuves cliniques n’ont pas pu être confirmées en raison de l’hétérogénéité clinique considérable et de la petite taille des échantillons des études incluses [[8]].

En septembre 2020, Hjern et coll. ont évalué toutes les preuves d’interventions, en prévention ou en thérapeutique pour les coliques infantiles. Ils confirment à nouveau que les quatre ECR d’acupuncture sont sans effet ou avec un effet minimal sur la durée des pleurs et que le Lactobacillus reuteri serait davantage un traitement prometteur pour les coliques infantiles mais à confirmer avec des ECR de plus grande puissance [[9]].

Néanmoins, il est plausible que l’acupuncture puisse avoir des effets positifs sur les coliques infantiles car elle est reconnue pour son effet calmant, pour réduire la douleur et restaurer la fonction gastro-intestinale. Dans les ECR, le traitement est de courte durée et standardisé et par conséquent ne reflète sans doute pas ce qui est pratiqué dans la vraie vie, comme on a pu le constater avec cette analyse secondaire de Landgren [3]. Des effets positifs de l’acupuncture ont été rapportés pour soulager la douleur et l’agitation lorsqu’elle est pratiquée par des acupuncteurs qualifiés qui adaptent chaque traitement à la symptomatologie du nourrisson telle que rapportée par les parents.

Les points 4GI et 36E, tous deux considérés comme importants dans le traitement des symptômes gastro-intestinaux et coliques infantiles, figurent parmi les points les plus utilisés. Par ailleurs, les points sifeng sont classiquement indiqués dans les troubles de la digestion chez l’enfant et sont considérés comme fournissant un stimulus plus efficace mais aussi plus douloureux. L’acupuncture minimaliste, une technique douce sans recherche de deqi est  principalement utilisée pour traiter les coliques infantiles.

Il n’existe actuellement aucune preuve concluante sur l’efficacité de l’acupuncture pour traiter les coliques infantiles. Des ECR à plus grand effectif et plus solides sur le plan méthodologique sont nécessaires pour préciser les meilleurs emplacements des points d’insertion d’acupuncture, le temps de stimulation ainsi que de la durée du traitement.

On peut toutefois noter que l’acupuncture japonaise chez le nourrisson (shonishin) [2] pourrait être utile. Néanmoins, contrairement à l’acupuncture traditionnelle chez l’enfant dont l’efficacité commence à être évaluée, le shonishin ne l’est toujours pas [[10]].

Jean-Marc Stéphan, Tuy Nga Brignol


Notes 

[1]. Sifeng est un point hors-méridien (Ex-UE-10), situé sur la face palmaire de chaque doigt (à l’exception du pouce), au milieu des plis transversaux de l’articulation inter-phalangienne proximale. Il est considéré harmoniser la circulation du qi entre le Réchauffeur Supérieur et le Réchauffeur Moyen

[2]. Le shonishin se pratique essentiellement sur le nourrisson, le bébé et le jeune enfant. Le soin bref, variant d’une à cinq minutes, voire à une vingtaine de minutes pour un enfant plus vieux est réalisé par le médecin. Après un petit apprentissage, la mère ou le père pourront même poursuivre le traitement à la maison. Mise au point au XVIIe siècle, cette technique acupuncturale spécialisée pour les enfants était pratiquée à Osaka au Japon. Mais initialement, c’est dans le Huangdi neijing lingshu et spécialement dans le premier chapitre « Des neuf aiguilles » que l’on retrouve en fonction de leur forme et de leur emploi différents une catégorie d’aiguilles en forme de bâton : aiguilles à tête ronde (yuan) et aiguilles émoussées (ti), non blessantes, utilisées pour masser et presser les points.


Références

[1]. Landgren K, Hallström I. Effect of minimal acupuncture for infantile colic: a multicentre, three-armed, single-blind, randomised controlled trial (ACU-COL). Acupunct Med. 2017 Jun;35(3):171-179.

[2]. Landgren K, Tiberg I, Hallström I. Standardized minimal acupuncture, individualized acupuncture, and no acupuncture for infantile colic: study protocol for a multicenter randomized controlled trial – ACU-COL. BMC Complement Altern Med. 2015 Sep 14;15:325.

[3]. Landgren K, Hallström I, Tiberg I. The effect of two types of minimal acupuncture on stooling, sleeping and feeding in infants with colic: secondary analysis of a multicentre RCT in Sweden (ACU-COL). Acupunct Med. 2021 Apr;39(2):106-115.

[4]. Johnson JD, Cocker K, Chang E. Infantile Colic: Recognition and Treatment. Am Fam Physician. 2015 Oct 1;92(7):577-82.

[5]. Cakmak YO. Infantile colic: exploring the potential role of maternal acupuncture. Acupunct Med. 2011 Dec;29(4):295-7.

[6] . Skjeie H, Skonnord T, Fetveit A, Brekke M. Acupuncture for infantile colic: a blinding-validated, randomized controlled multicentre trial in general practice. Scand J Prim Health Care. 2013 Dec;31(4):190-6.

[7]. Skjeie H, Skonnord T, Brekke M, Klovning A, Fetveit A, Landgren K, Hallström IK, Brurberg KG. Acupuncture treatments for infantile colic: a systematic review and individual patient data meta-analysis of blinding test validated randomised controlled trials. Scand J Prim Health Care. 2018 Mar;36(1):56-69.

[8]. Lee D, Lee H, Kim J, Kim T, Sung S, Leem J, Kim TH. Acupuncture for Infantile Colic: A Systematic Review of Randomised Controlled Trials. Evid Based Complement Alternat Med. 2018 Oct 24;2018:7526234.

[9]. Hjern A, Lindblom K, Reuter A, Silfverdal SA. A systematic review of prevention and treatment of infantile colic. Acta Paediatr. 2020 Sep;109(9):1733-1744.

[10]. Stéphan JM. Recension. Shonishin : Japanese pediatric acupuncture par Stephen Birch. Acupuncture & Moxibustion. 2016;15(4):333.

Mère et enfant - Yunnan - Chine
Mère et enfant – Yunnan – Chine

Stéphan JM. Brignol TN. L’acupuncture a-t-elle sa place dans les coliques du nourrisson ? Acupuncture & Moxibustion. 2021;20(1):103-107.