Prévention des migraines par traitement des jingbie (經別), électroacupuncture et chronoacupuncture : étude synthétique à propos d’un cas clinique

Brouillard dans la baie de Hạ Long, Thành phố Hạ Long, Quảng Ninh, Vietnam
Brouillard dans la baie de Hạ Long, Thành phố Hạ Long, Quảng Ninh, Vietnam

Résumé Introduction. L’objectif de ce travail est d’évaluer la possibilité d’utiliser l’acupuncture et l’électroacupuncture dans la prévention des migraines, autant pour la crise que dans le traitement de fond. Méthodes. Deux études de cas clinique de migraines permettent d’étudier le protocole de traitement selon la différenciation des syndromes (bianzheng) mais surtout en utilisant la piqûre miu applicable aux méridiens jingbie, l’électroacupuncture et la chronoacupuncture (théorie des points saisonniers et celle des ziwu liuzhu). Après un rappel de la physiopathologie selon la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC) et celle de la médecine expérimentale, un état des lieux des méta-analyses et des essais comparatifs randomisés (ECR) est réalisé. Résultats. L’acupuncture peut être utilisée seule ou en association avec le traitement classique dans le cadre de la médecine intégrative. Selon les preuves issues des méta-analyses, des ECR et même des recommandations d’experts, on peut considérer sa contribution utile, efficace et sans effets indésirables. Conclusion. L’utilisation de l’acupuncture dans la prévention des migraines peut être proposée avec un grade A de preuve scientifique établie selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé française (HAS). Mots clés : Acupuncture – migraines – électroacupuncture – neurologie – jingbie – chronoacupuncture – ziwu liuzhu.

Summary: Introduction. The objective of this work is to evaluate the possibility of using acupuncture and electroacupuncture in the prevention of migraines, both for the crisis and in the background treatment. Methods. Two clinical case studies of migraines make it possible to study the treatment protocol according to the differentiation of syndromes (bianzheng) but especially by using the miu sting applicable to jingbie meridians, electroacupuncture and chronoacupuncture (seasonal point theory and that of ziwu liuzhu). After a review of the pathophysiology according to Traditional Chinese Medicine (TCM) and that of experimental medicine, an inventory of meta-analyzes and randomized controlled trials (RCTs) is carried out. Results. Acupuncture can be used alone or in combination with conventional therapy in integrative medicine. Evidence from meta-analyzes, RCTs and even expert recommendations can be considered useful, effective and without adverse effects. Conclusion. The use of acupuncture in the prevention of migraines can be proposed with a grade A of scientific evidence established according to the recommendations of the French High Authority of Health (HAS). Key words: Acupuncture – migraines – electroacupuncture – neurology – jingbie – chronoacupuncture – ziwu liuzhu.

Introduction

La migraine est une maladie neurologique dont la prévalence est estimée chez l’adulte de 18 à 65 ans, entre 12 et 15 % de la population mondiale, avec une prédominance féminine de trois femmes pour un homme [[1]]. Elle se traduit par la survenue des céphalées se répétant régulièrement plus ou moins associées à d’autres symptômes (intolérance à la lumière et aux bruits, nausées/vomissements). La sévérité des crises peut entraîner un retentissement socioprofessionnel important avec des arrêts maladies itératifs. Existent deux principales formes de crises migraineuses : avec ou sans aura. La plus habituelle des migraines est celle sans aura. Il s’agit de douleurs importantes qui durent entre quatre et soixante-douze heures sans traitement. Deux des quatre caractères suivants sont nécessaires pour parler de migraine : prédominance d’une douleur unilatérale (hémicranie), pulsatile, d’intensité modérée (gênant les activités habituelles) à sévère (nécessité de se coucher dans l’obscurité et le silence) et céphalée aggravée par le mouvement (montée ou descente d’escaliers par exemple).

Typiquement, la migraine s’accompagne de nausées et/ou vomissements et/ou d’une photophobie et phonophobie. La maladie migraineuse se définit aussi par la répétition des crises, au moins cinq.

Migraine avec aura

La céphalée peut être précédée ou s’accompagne d’un trouble neurologique transitoire entièrement réversible, l’aura. Typiquement, ce sont des troubles visuels, mais aussi sensitifs, associés ou non à des troubles du langage (dysarthrie). Dans 90% des cas, les troubles visuels sont une perte de vision ou vision trouble associée ou pas à la présence de phosphènes avec taches brillantes ou formes géométriques. Plus rarement, on peut observer des paresthésies ou des engourdissements d’une main ou de la face, ou encore de difficultés à s’exprimer. Cela s’installe généralement lentement, en quelques minutes et cela peut durer moins d’une heure. D’autres sous-types de migraines plus rares avec aura ont été observés, comme la migraine hémiplégique familiale, la migraine basilaire et même des auras migraineuses sans céphalée [[2]].

Généralement, la durée de la crise ne dépasse pas six heures grâce au traitement et peut être raccourcie par les traitements. La fréquence des crises peut varier de quelques épisodes par an à plusieurs par mois, générant des douleurs plus de quinze jours par mois. Entre chaque crise, la rémission des symptômes est totale, tout au plus peut persister quelques jours de fatigue et une légère céphalée.

Il faudra faire le diagnostic différentiel avec la céphalée de tension qui engendre une douleur plus diffuse, bilatérale, continue et non pulsatile, à type de sensation de compression, d’étau, d’intensité peu ou moyennement forte et sans signes digestifs associés ou d’intolérance au bruit. Elle est plus répandue que la migraine. A noter qu’une personne migraineuse peut avoir des céphalées de tension entre deux crises.

Les facteurs déclenchants

Le caractère héréditaire est connu depuis le 19e siècle, surtout pour les migraines avec aura. Par ailleurs depuis 2010, plus d’une douzaine de gènes de susceptibilité à la migraine ont été identifiés qui codent notamment des protéines impliquées dans la régulation glutamatergique. Ainsi dans le cas de la migraine hémiplégique familiale (avec aura par déficit moteur associé à des signes sensitifs, visuels ou troubles du langage), on a découvert en 1993 que l’hérédité de la maladie est monogénique, en rapport avec une mutation génique sur le chromosome 19 avec implication des canaux calciques. La transmission de la maladie est autosomique dominante, signifiant qu’une personne malade a 50% de risque de transmettre la mutation à chacun de ses enfants [[3]].

Néanmoins, ce sont surtout des facteurs internes ou externes qui sont davantage impliqués dans le déclenchement de la crise. Tous ces facteurs ont en commun un changement de rythme ou d’état. Cela peut être engendré par un changement qu’il soit émotionnel (stress ou émotions agréables), physique (surmenage ou relâchement du dimanche par exemple), hormonal (chez les femmes, la chute des taux d’œstrogènes en période menstruelle déclenchant la migraine cataméniale), climatique (chaleur ou froid, vent violent), sensoriel (lumière ou odeur désagréable), ou bien une diététique inadaptée par un repas trop lourd, une prise d’alcool, un repas oublié..), des troubles du sommeil soit par dette, soit par excès, etc.

En identifiant et en évitant certains de ces facteurs, les crises peuvent être ainsi réduites.

Les mécanismes physiopathologiques

La migraine est due à une excitabilité neuronale anormale, liée dans certains cas à une prédisposition génétique, le tout pouvant être modulée par les facteurs environnementaux. La compréhension des mécanismes impliqués dans les différents symptômes des crises n’est pas complète. On sait que dans la prédisposition génétique, les mutations au niveau de trois gènes différents des canaux ioniques CACNA1A, ATP1A2 et SCN1A peuvent être causales. Des études fonctionnelles de ces mutations ont montré qu’elles peuvent entraîner une régulation défectueuse de la neurotransmission glutamatergique et déséquilibre excitateur/inhibiteur au niveau du cortex cérébral avec augmentation du potassium et du glutamate dans la fente synaptique. Cela conduit donc à une hyperexcitabilité neuronale, une dépression corticale envahissante qui engendre la création d’une vague de dépolarisation. Celle-ci est considérée comme impliquée dans les mécanismes d’initiation des migraines à prédisposition génétique mais aussi celles avec aura. Par l’imagerie par résonnance magnétique, on observe ainsi une légère diminution du débit sanguin cérébral pouvant expliquer les troubles neurologiques visuels, sensitifs, de langage, ou même l’état d’asthénie réactionnelle. De nombreux autres gènes responsables ont été découverts comme le KCKN18, PRRT2, CSNK1D, etc. La recherche continue qui pourrait se traduire pour ces patients par des traitements ciblés.

La physiopathologie de la migraine à proprement parlé est partiellement comprise, mais on pense qu’elle peut être provoquée par l’activation du système trigéminovasculaire qui comprend les nerfs trijumeaux innervant les méninges et les vaisseaux sanguins intracrâniens. La crise de migraine résulterait de l’activation des nocicepteurs innervant les vaisseaux sanguins crâniens, transmettant un signal aux neurones bipolaires trijumeaux, puis relayé aux zones thalamique et corticale, produisant ainsi la sensation de douleur. Ce sont les neuropeptides vasoactifs tels la substance P, le peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP) et l’oxyde nitrique, libérés par les nocicepteurs eux-mêmes qui vont conduire à une vasodilatation au niveau des méninges et une inflammation neurogène puis sensibilisation centrale du tronc cérébral par libération de neuromédiateurs inflammatoires, ce qui contribue au déclenchement et au maintien du circuit douloureux [[4]].

La thérapeutique

La prise en charge de la migraine repose bien sûr sur l’éviction des facteurs déclenchants, le traitement des crises et éventuellement leur prévention par une thérapeutique de fond quotidienne.

Pour limiter la sévérité et la durée de la crise, le traitement devra être pris le plus tôt possible, dès les prodromes. On préconisera le traitement de fond pour diminuer la fréquence des crises et sera prescrit de ce fait en cas de crises fréquentes et invalidantes avec consommation excessive d’antalgiques.

La crise

Pour le traitement de crise, deux classes thérapeutiques sont préconisées :

  • non spécifique : anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) ou aspirine (grade A de preuve scientifique établie selon l’HAS[1] ou paracétamol seul (Grade C de faible niveau de preuve scientifique) en cas de crise légère à modérée ;
  • soit spécifique (triptan ou dérivé ergoté, dihydroergotamine en spray (grade A) ou ergotamine (Grade B de présomption scientifique), en cas de crise sévère d’emblée ou résistant aux AINS.

Quelle que soit l’option, il ne faut pas dépasser huit jours de prise par mois pour éviter l’abus médicamenteux. Les antalgiques opiacés (codéine, tramadol, morphine et autres opioïdes forts) ne doivent pas être utilisés en raison du risque de surconsommation, voire d’addiction, sans oublier qu’ils peuvent entraîner une céphalée chronique en raison de l’abus médicamenteux (AE)[2].

Les triptans, traitements spécifiques de la migraine sont des agonistes des récepteurs sérotoninergiques 5HT1B/D et inhibent l’inflammation neurogène et la vasodilatation en agissant sur le système trigéminovasculaire. Chez l’animal, le zolmitriptan par exemple, grâce à son activité agoniste sur les récepteurs 5-HT1, induit une vasoconstriction et une inhibition de la libération du peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP), du peptide vasoactif intestinal (VIP) et de la substance P. Ces deux effets (vasoconstriction et inhibition de la libération de neuropeptides) sont vraisemblablement à l’origine de l’amélioration des crises de migraine. Ils sont contre-indiqués néanmoins en cas d’antécédent de pathologie cardiaque ischémique (infarctus du myocarde, angor, accident vasculaire cérébral, etc.) ou d’accident ischémique transitoire (AIT), de syndrome de Wolff-Parkinson-White, d’hypertension artérielle quelque soit le niveau d’intensité et à éviter également en présence de facteurs de risque ischémique (tabagisme, hyperlipidémie, diabète, hérédité). Les effets indésirables sont habituellement transitoires, apparaissent en début de traitement et disparaissent spontanément touchant essentiellement le système nerveux (sensations anormales ou troubles des sensations, étourdissements, céphalées, hyperesthésie, paresthésie, somnolence, sensation de chaleur, asthénie, sensation d’oppression, myalgies, etc.) et la sphère gastro-intestinale avec les douleurs abdominales, nausée, vomissement, sécheresse buccale, dysphagie.

D’autres traitements de crise spécifiques et non vasoconstricteurs sont à l’étude comme les gépans (antagonistes de la CGRP) ou les ditans (agonistes sérotoninergiques 5HT1F, dérivés des triptans).

Prophylaxie de la migraine

Elle repose sur l’analyse des crises (fréquence, intensité, sévérité, retentissement sur la qualité de vie) et de la consommation médicamenteuse (> 6 à 8 prises mensuelles depuis 3 mois, même efficaces).

Donc, si les crises sont très fréquentes (au moins deux par mois), longues, intenses, mal soulagées, le traitement de fond peut s’envisager. Le délai d’action est de quatre à six semaines et son objectif est la diminution de la fréquence ou de l’intensité des crises. La suppression complète des crises est exceptionnelle.

Aucune molécule n’a démontré de supériorité en termes d’efficacité par rapport aux autres (grade A). En tenant compte des contre-indications et des effets indésirables, on pourra utiliser en première intention les bêtabloquants (propranolol, metoprolol), le topiramate ou l’amitriptyline. En seconde intention les antisérotoninergiques : l’oxétorone ou le pizotifène et en dernière intention la flunarizine [1] qui ont pour effets indésirables surtout la somnolence, la prise de poids, voire les manifestations extrapyramidales.

Il est possible aussi d’utiliser la stimulation magnétique transcrânienne ou stimulation du grand nerf occipital qui fait également leurs preuves chez certains patients. Les impulsions magnétiques modifient le fonctionnement électrique des neurones et préviennent la migraine [[5]].

La Haute Autorité de Santé française propose aussi les approches non pharmacologiques. La relaxation-sophrologie, le rétrocontrôle biologique (biofeedback) et les thérapies cognitives et comportementales de gestion du stress ont fait preuve d’efficacité (grade B). On peut en faire bénéficier certains patients en fonction de leur profil psychologique. De même, l’acupuncture peut-être proposée [1,2,[6]] surtout si le migraineux ne souhaite pas de traitement de fond médicamenteux. Les autres approches non-pharmacologiques (homéopathie, ostéopathie…), par contre n’ont pas fait la preuve de leur efficacité et de leur intérêt dans le traitement de fond de la migraine.

Observations

Une migraine fronto-orbitaire

Depuis quatre ans, Madame MS, attachée commerciale, présente régulièrement des migraines fronto-orbitaires droites sans aura accompagnées de temps en temps par des nausées mais surtout par des gastralgies avec un pyrosis et une sensation de brûlure dans la gorge. Cette migraine survient deux à trois fois par mois chez une femme de 50 ans dont la fibroscopie a objectivé un reflux gastro-œsophagien traité par quarante mg d’ésoméprazole. Elle ne prend pas de traitement de fond pour la migraine. En revanche en période estivale, en raison d’une lucite solaire, elle prend un anti-histaminique (desloratadine). Son indice de masse corporelle (IMC) est à 30,8 en obésité modérée. Elle présente également une constipation et avoue des pulsions vers le sucre. L’examen de la langue objective une langue pâle avec empreintes des dents. Les pouls sont fins (xi) et faibles (ruo). Les points choisis à la première séance du 31 mai 2017 correspondent à la piqûre miu du traitement du jingbie du zuyangming droit[3]. En effet, cette migraine suit le trajet du méridien d’Estomac, avec des manifestations pathologiques intermittentes, unilatérales à type de syndrome douloureux associé à des signes d’atteinte de l’Entraille (fu). D’où la technique du traitement à l’opposé qui utilise les deux points jing (puits) ou jing distal du couple yin-yang gauche de jingbie, si l’atteinte est à droite. Piquer les points jing à l’opposé permet, d’une part, de rétablir l’équilibre des deux parties du corps droite et gauche par la circulation Viscères (zang)/Entrailles (fu) ; d’autre part, d’attirer l’Énergie wei dans le méridien distinct perturbé, afin de combattre le xie (Énergie Perverse) situé en profondeur. Les points utilisés et puncturés avec des aiguilles de 0,18×30 mm sont donc lidui 45E et yinbai 1Rt à gauche, xiangu 43E et taibai 3Rt bilatéralement, neiting 44E et yinlingquan 9Rtà droite (points de tonification saisonniers au printemps[4]) [[7]], qichong 30E, yintang (PEM), baihui 20VG et chengqi 1E (utilisé très superficiellement). Par ailleurs, compte tenu du Vide combiné de Sang et de qi de Rate selon la différenciation des syndromes (bianzheng), mais aussi du possible Vide du Sang du Foie qui engendre un Vent interne lors de la crise sont rajoutés les points pishu 20V, sanyinjiao 6Rt, taichong 3F, fengchi 20VB (stimulé par appareil d’électroacupuncture EA schwa-medico© ; fréquence 2Hz ; durée d’impulsion 0,3ms pendant 20mn), zhongwan 12VC, hegu 4GI (EA à 2Hz) et zusanli 36E bilatéralement (EA à 2 Hz). La recherche du deqi est réalisée sur certains points comme le hegu 4GI, zusanli 36E, sanyinjiao 6Rt.

Mme MS est revue dix jours après. Elle a souffert d’une céphalée latente pendant les deux à trois jours qui ont suivi la séance, puis disparition des migraines. Le même traitement est appliqué mais allégé par la suppression des points taichong 3F, hegu 4GI, baihui 20V, sanyinjiao 6Rt et yinlingquan 9Rt droit remplacé par le yinbai 1Rt droit (point saisonnier en été). Elle est à nouveau revue fin août, lors de la 5e saison. Le pyrosis a nettement diminué et elle n’a eu que deux migraines. La piqûre miu est continuée avec le jiexi 41E et dadu 2Rt points de tonification saisonniers du couple des jingbie atteints à droite stimulé par EA à 2Hz. 

Le 8 novembre, soit deux mois après la précédente séance, elle est revue à nouveau : trois jours de migraines sur cette période. La piqûre miu est encore appliquée : les nouveaux points de tonification saisonniers en automne : zusanli 36E (EA à 2Hz bilatéralement) et taibai 3Rt droit. Mme MS est globalement satisfaite surtout qu’elle a d’elle-même diminué de vingt mg l’ésoméprazole, le pyrosis s’étant bien estompé.

Une migraine temporale

En cas de crise migraineuse, M. SLM prend un triptan (frovatriptan) et/ou un AINS. Le traitement de fond : propranolol à la dose d’½ comprimé matin et ¼ soir, mais en vain car les migraines sont quasi constantes et nécessitent un alitement au moins une à deux fois par semaine. Âgé de trente-cinq ans, il subit ces migraines temporales gauches ou droites depuis l’âge de vingt ans, pouvant entraîner des arrêts de travail itératifs chez cet enseignant anxieux. Sportif, il a été obligé de ralentir ses activités ; de même il évite d’être trop longtemps devant les écrans ou de se coucher tardivement. Il est de corpulence normale avec une IMC à 24,7 pour un poids de 81kg. Il présente souvent des colopathies spasmodiques. Il est allergique aux acariens et du fait d’une myopie a bénéficié d’une chirurgie réfractive de l’œil. Son sommeil est perturbé avec difficulté d’endormissement. Il se réveille très fréquemment le matin, la vue trouble et accompagnée d’une hémicrânie souvent gauche qui va durer toute la journée associée à des nausées. Lors de la première consultation le 11 janvier 2017, il n’est pas en crise mais est resté alité trois jours durant les vacances scolaires et se sent fatigué. La langue est à bords rouges. Les pouls sont faibles (ruo) et profonds (chen), sans doute rapides (shuo) mais ininterprétables du fait de la prise du bêtabloquant (propranolol). Le Vide de yin des Reins peut engendrer des céphalées déclenchées et aggravées par l’anxiété et peuvent se manifester sur le trajet du méridien du zushaoyang (Vésicule Biliaire)quand un yang de Foie est extériorisé. Le traitement a consisté donc à agir sur le Vide de yin des Reins pour éviter l’élévation du yang de Foie : baihui 20VG, shenshu 23V, taixi 3R, zhaohai 6R (EA à 2Hz), fengchi 20VB (EA à 2Hz), taiyang (PEM), shuaigu 8VB, jiaosun 20TR, xuanzhong 39VB (EA à 2Hz), yanglingquan 34VB (EA à 2Hz). Les aiguilles sont identiques au cas précédent, de même l’appareil d’électroacupuncture.

Il est revu huit jours après, expliquant que la séance précédente avait déclenché une grosse migraine gauche avec aura le lendemain ayant perduré deux à trois jours ; puis, quatre jours sans. Le même traitement est appliqué. Il est à nouveau revu le deux mars 2017, en début de d’hémicrânie gauche accompagnée de quelques nausées. Durant cette période d’un mois et demi, il a bénéficié de quinze jours sans aucune migraine. Il a même repris la course à pied. Les bords de la langue sont toujours rouges, le corps rouge. Les pouls sont tendus (xian). Un traitement de la crise est entrepris utilisant la piqure miu du méridien atteint zushaoyang, un des deux méridiens atteints du couple yin-yang (Foie-Vésicule Biliaire). Sont puncturés et laissés en place pendant 20 mn à droite les points jing dadun 1F et zuqiaoyin 44VB ; les points shu bilatéralement : taichong 3F et zulinqi 41VB (en EA à la fréquence de 2Hz en alternance avec celle de 100Hz (2/100 Hz) ; durée d’impulsion 0,3ms pendant 20mn) ; les points de tonification saisonniers (printemps) du jingbie zushaoyang atteint à gauche ainsi que celui du méridien couplé zujueyin : xiaxi 43VB et ququan 8F ; les points « ashi » temporaux gauches douloureux ici au taiyangtianchong 9VB et shuaigu 8VB ; les points de jonction : qugu 2VC et tongziliao 1VB ; fengchi 20VB (EA à 2/100Hz) et xuanzhong 39VB (EA à 2/100Hz). Il est revu deux fois de suite à huit jours, puis trois autres à quinze jours d’intervalle. Un traitement similaire est toujours appliqué en tenant toujours compte de la latéralité de la dernière crise, de la théorie des points saisonniers mais aussi de celle des ziwu liuzhu[5] [7] mais avec une EA à la fréquence de 2Hz, du fait qu’il ne sera plus vu en période de crise. Revu fin mai, il signale cinq crises gauches durant cette période de trois mois, mais sans aura et avec juste un état nauséeux supportable. Durant l’été et jusque fin août, il subit plusieurs hémicrânies droites, dont une avec trouble de la vue, mais très nettement supportables. Il a perdu du poids : 73kgs et s’est remis de manière régulière à la course à pied. Il déclare être très satisfait : il est passé de migraines quasi quotidiennes à une à deux migraines par mois très nettement gérables. Il est préconisé de réaliser une séance par mois.     

Discussion

Ces deux cas cliniques parmi tant d’autres, objectivent que l’acupuncture a toute sa place dans l’arsenal thérapeutique de la migraine comme le préconisent autant la Société Française d’Étude des Migraines et des Céphalées (SFEMC) que les organismes de santé d’État (HAS, INSERM) [1,2,6]. Notons cependant l’ambiguïté de SFEMC qui sur leur site grand public mentionne que l’acupuncture peut être proposée alors que dans leurs recommandations, elle signale que les données de la littérature ne sont pas concluantes [[8]]. D’autre part, leurs recommandations initialement élaborées à la demande de la HAS, ont été totalement récusées par ce même organisme du fait que la majorité des membres du groupe de travail déclarait des liens d’intérêt importants avec les laboratoires pharmaceutiques. La SFEMC avait donc décidé de produire en son nom propre ces recommandations [[9]]. Malgré tout, les données de la médecine factuelle ont permis en 2021 que les recommandations de la SFEMC évoluent favorablement en faveur de l’acupuncture [[10]]. Ainsi à la question : quelle est l’efficacité de l’acupuncture dans la prévention de la migraine ? La réponse : « l’acupuncture peut être efficace par rapport au placebo dans la prophylaxie à court terme de la migraine épisodique (niveau de preuve moyen), et présente une efficacité similaire et moins d’effets secondaires que de nombreux agents pharmaceutiques standards. Les études à long terme de l’acupuncture dans la migraine épisodique et dans la migraine chronique font défaut ».

Tout d’abord, voyons les mécanismes physiopathologiques de l’action de l’acupuncture dans les migraines ? Puis dans un second temps, quelles sont les preuves apportées par les méta-analyses et essais comparatifs randomisés (ECR) ? Enfin, dans un troisième temps, on discutera de la physiopathologie selon la médecine chinoise et de la thérapeutique acupuncturale.

Mécanismes physiopathologiques de l’acupuncture ou de l’électroacupuncture

Action sur la dépression corticale envahissante

L’électroacupuncture agirait sur la dépression corticale envahissante et sur la concentration en peptide lié au gène de la calcitonine plasmatique (CGRP) et en substance P (SP). En effet, l’EA à une fréquence alternée de 2/100Hz appliquée sur les points yanglingquan (34VB) et taichong (3F) bilatéralement lors d’une provocation d’une crise migraine par injection de 3mmol/L de KCl dans le cortex cérébral de rats randomisés en trois groupes (N=30) témoin, modèle de rats migraineux et EA, supprime de manière statistiquement significative (p<0,01) la dépression corticale envahissante versus groupe modèle. De même, les taux plasmatiques de CGRP et de SP diminuaient considérablement dans le groupe EA versus groupe modèle et groupe témoin (respectivement p<0,05 ; p<0,001), suggérant de ce fait un effet inhibiteur de l’EA sur les substances provoquant la douleur [[11]].

Inhibition du système trigéminovasculaire et de l’inflammation neuronale

Une autre étude montre que les effets anti-nociceptifs de l’EA dans la migraine seraient associés au récepteur cannabinoïde de type 1 (CB1)[6][[12],[13]]. L’EA interviendrait en inhibant l’inflammation neurogène par un mécanisme impliquant l’activation des récepteurs CB1. Cela a été démontré dans une étude expérimentale sur un modèle de migraine chez le rat induit par la stimulation électrique unilatérale du ganglion du trijumeau (SEGT). L’EA était délivrée sur les points fengchi 20VB et waiguan 5TR à la fréquence 2/15Hz et appliquée tous les jours pendant 30mn au cours des cinq jours précédant la SGET. Les auteurs constataient alors que les concentrations sériques de CGRP et de PGE2 étaient diminuées dans le groupe EA (p<0,001 par rapport aux autres groupes de rats traités uniquement par acupuncture minimale, placebo ou groupe témoin. Par ailleurs, une molécule antagoniste des récepteurs CB1 atténuait cette diminution associée à l’EA, ce qui signifie que des effets anti-inflammatoires de l’EA sont médiés par les récepteurs CB1 dans un modèle de migraine chez le rat [[14]].

Sensibilisation centrale et contrôles inhibiteurs descendants

Le système modulateur de la douleur descendante du tronc cérébral, comprenant la substance grise périaqueducale (PAG), le noyau raphe magnus (NRM) et le noyau trijumeau caudalis (NTC), pourrait être impliqué dans la physiopathologie de la migraine. Quarante rats mâles Sprague-Dawley ont été assignés au hasard à l’un des quatre groupes suivants : un groupe EA (stimulation à une fréquence de 2Hz alternée à celle de 15Hz sur le point fengchi 20VB bilatéralement ; un groupe factice d’acupuncture (SA : acupuncture manuelle sur un non-point d’acupuncture) ; un groupe modèle de migraine témoin sans aucun traitement) ; et un groupe contrôle témoin sans migraine et sans aucun traitement. On observe une augmentation significative du nombre moyen de neurones c-Fos dans les groupes PAG, NRM et NTN dans le groupe modèle de migraine versus groupe témoin (p <0,001) et des troubles du comportement en rapport avec la douleur (figure 1). Tout ceci est significativement atténué par le traitement EA (p<0,001 au niveau immunocytochimique ; p<0,01 pour le comportement). Le prétraitement EA améliore donc un modèle de migraine récurrente chez le rat, sans doute également par modulation des voies descendantes du tronc cérébral [[15]].

Figure 1. Distribution immunocytochimique des cellules positives au c-Fos dans la région grise périaqueducale (PAG) (A) et nombre de cellules positives pour 100 μm² (B) chez 40 rats qui ont subi une implantation d’électrodes suivie d’aucune stimulation (groupe contrôle témoin, n=10) ou stimulation électrique répétée durale (n=30) sans traitement (groupe modèle, n=10), prétraitement par électroacupuncture (groupe EA, n=10) ou un prétraitement d’acupuncture fictif (groupe SA, n=10). Des images représentatives montrent un marquage c-Fos relativement clairsemé dans le groupe témoin (C) et un groupe EA (F) et un marquage c-Fos relativement intense dans le groupe SA (D) et le groupe modèle (E). Barre d’échelle = 200 μm. Les données sont présentées en moyenne ± écart-type. *** p <0,001 vs groupe témoin. ### p <0,001 vs groupe de modèles. ++ p<0,01 par rapport au groupe SA. Aq, aqueduc (Sylvius); Dk: noyau de Darkschewitsch ; dlf, fascicule longitudinal dorsal (Graphique issu de [15], distributed in accordance with the Creative Commons Attribution Non Commercial (CC BY-NC 4.0) license.

Sensibilisation centrale et vasodilatation

Lors de la migraine, on sait que la stimulation des terminaisons nerveuses du trijumeau autour des vaisseaux sanguins provoque la libération de la substance P, de CGRP et autres substances vasculaires actives entraînant sensibilisation centrale et forte vasodilatation, d’où la douleur. La myosine kinase à chaîne légère (MLCK) et la protéine kinase C sont tous deux impliquées dans ce processus de vasodilatation et vasoconstriction. Zhou et coll. ont donc étudié l’effet de l’action de l’acupuncture au point fengchi (20VB) sur l’activation de la MLCK dans l’artère méningée moyenne des rats modélisés pour la migraine. Quarante-quatre rats Sprague-Dawley (SD) femelles en bonne santé ont été répartis au hasard en quatre groupes : le groupe normal témoin, le groupe témoin modélisé (GTM) mais sans traitement, le groupe d’acupuncture fengchi 20VB (après modélisation de la migraine : le fengchi 20VB est puncturé avec recherche du deqi pendant 2mn et maintenu en place pendant 20mn) et le groupe de prévention fengchi 20VB (on puncture d’abord le baihui 20VG avec recherche du deqi pendant 2mn, aiguille laissée en place 20mn puis on déclenche la crise sur ce modèle de migraine par une stimulation électrique). Comparée au groupe normal témoin, l’activation de la MLCK était significativement diminuée dans le groupe GTM (p<0,01), ce qui indique que les migraines aiguës pourraient être associées à une diminution de MLCK en rapport avec le système de signalisation CGRP. Et à la suite de l’action de l’acupuncture autant en prévention qu’en curatif, la MLCK dans l’artère méningée moyenne est statistiquement augmentée (p<0,05), ce qui pourrait indiquer son efficacité dans la prévention et le soulagement des crises de migraine [[16]].

L’acupuncture associée à l’électroacupuncture permettrait donc à la fois d’intervenir sur les crises mais aussi surtout de manière prophylactique.

Une méta-analyse de la bibliothèque Cochrane a confirmé d’ailleurs en 2009 l’effet de l’acupuncture comme traitement prophylactique de la migraine [[17]].

Méta-analyses et essais comparatifs randomisés (ECR)

Sur vingt-deux ECR avec 4419 participants, six avaient démontré que l’acupuncture réduisait versus aucune intervention le nombre de jours de céphalées évalué trois à quatre mois après la randomisation. L’effet s’estompait neuf mois après avoir cessé le traitement. Quatorze ECR montraient que l’acupuncture véritable n’était pas plus efficace que l’acupuncture simulée, factice ou placebo. Quatre études objectivaient que l’acupuncture était un peu plus efficace et surtout avait moins d’effets secondaires que les médicaments habituels indiqués en prévention. Ainsi, les auteurs suggéraient que l’acupuncture devait avoir une place seule ou associée aux soins classiques dans la thérapeutique de la crise ou en prophylaxie du fait de son équivalence au traitement usuel mais surtout sans tous leurs effets secondaires.

Le fait que l’intervention feinte soit aussi efficace que la véritable acupuncture pouvait être difficilement interprétable et liée, selon les auteurs à ce que la localisation du point pourrait être d’une importance limitée. Il est fort possible aussi que cette absence de spécificité soit liée à des interventions factices non inertes et/ou des protocoles d’acupuncture non optimum [[18],[19],[20]][7].

En 2016, la méta-analyse de 2009 était mise à jour avec recherche des ECR jusqu’en avril 2016 [[21]].

Vingt-deux essais étaient inclus (N=4985) avec exclusion de cinq essais précédemment inclus, car incluant des personnes souffrant de migraine depuis moins de 12 mois. En revanche cinq nouveaux ECR étaient inclus. L’objectif de cette nouvelle méta-analyse était triple : déterminer si l’acupuncture est 1- plus efficace que l’absence de traitement prophylactique ou de routine ; 2- plus efficace que l’acupuncture factice (placebo) ; et 3- aussi efficace qu’un traitement prophylactique médicamenteux en vue de réduire la fréquence des céphalées chez les adultes atteints de migraine épisodique.

Acupuncture versus absence d’acupuncture et de traitement préventif

L’acupuncture était associée à une réduction statistiquement significative (p<0,00001) de la fréquence des maux de tête après traitement par rapport à l’absence d’acupuncture (quatre essais, 2199 participants ; différence moyenne standardisée (DMS) -0,56 ; intervalle de confiance IC à 95% de -0,65 à -0,48) ; les résultats étaient statistiquement hétérogènes (Chi²=6,96 P=0,07 ; I²=57% ; preuves de qualité modérée[8]). Après le traitement, la fréquence de réduction de 50% des migraines était réduite chez 41% des participants traités à l’acupuncture et chez 17% des personnes n’ayant pas été traitées à l’acupuncture (risque relatif RR à modèle fixe : 2,40 ; IC à 95% de 2,08 à 2,76 ; 4 études, 2519 participants) ; il n’y avait pas d’indication d’hétérogénéité statistique (Chi²=3,24 P=0,36 ; I²=7%). Malgré cela les auteurs considéraient que ces résultats après traitement fournissaient une preuve de qualité modérée car risque de biais dû au manque d’insu.

Acupuncture versus acupuncture factice

Aussi bien après le traitement (12 ECR, 1646 participants) que lors du suivi (10 ECR, 1534 participants), l’acupuncture était associée à une réduction de la fréquence des migraines par rapport à l’acupuncture factice, statistiquement significative (respectivement p<0,0004) ; p<0,0003). La différence moyenne à modèle standardisée (DMS) est de -0,18 (IC à 95 % de -0,28 à -0,08 ; I²=47% ; P=0,04) après le traitement et -0,19 (IC à 95% de -0,30 à -0,09 ; I²=59% ; P=0,010) lors du suivi. Il existe une grande hétérogénéité signifiant cependant des preuves de qualité modérée. Néanmoins, et c’est la grande différence par rapport à la précédente méta-analyse, c’est que ces données suggèrent également la présence d’un effet de l’acupuncture véritable, comparée au traitement factice même si cet effet est faible.

Acupuncture versus traitement médicamenteux prophylactique

L’acupuncture a réduit la fréquence des migraines de manière statistiquement significative (p<0,0001) comparativement à la prophylaxie médicamenteuse (métoprolol, flunarizine ou recommandations de prévention médicale) (DMS -0,25 ; IC à 95% de -0,39 à -0,10 ; 3 ECR, N=739 ; I²=0% ; P=0,76), mais cette différence ne s’est pas maintenue (p=0,08) lors du suivi (DMS -0,13 ; IC à 95 % de -0,28 à 0,01 ; 3 ECR, N=744). Après trois mois, la fréquence de réduction de 50% des migraines se retrouvait chez 57% des participants traités à l’acupuncture et chez 46 % de ceux recevant une thérapeutique préventive (RR à modèle fixe 1,24 ; IC à 95% de 1,08 à 1,44) et après six mois chez 59% et 54%, respectivement RR 1,11 ; IC à 95 % de 0,97 à 1,26 (figure 2).

Figure 2. 3.2.1 pour au moins 50% de fréquence de réduction des migraines, l’acupuncture est statistiquement plus efficace (p=0,003) versus traitement de fond après 3 mois de traitement ; 3.2.2 : pas d’efficacité significative (p=0,12) à 6 mois [21].

Pas d’hétérogénéité des résultats : I²=0%. Par ailleurs, on remarquait qu’il y avait moins d’effets indésirables chez les patients bénéficiant d’acupuncture. Les auteurs concluaient que l’acupuncture pouvait être considérée comme une option thérapeutique aussi efficace que le traitement à visée prophylactique, surtout chez les personnes ne souhaitant pas ou ne supportant pas le traitement médicamenteux. On peut même rajouter que les données et les conclusions sont en faveur d’une recommandation de l’acupuncture avec un effet spécifique mis en évidence, du fait que l’acupuncture est plus efficace que l’acupuncture factice, placebo.

Les autres méta-analyses

D’autres méta-analyses montrent que l’efficacité à court et à long terme de l’acupuncture est significativement meilleure que celle de la médecine occidentale dans le traitement de la migraine [[22],[23],[24]] ; meilleur effet analgésique pour traiter les crises versus acupuncture factice à 2 h (MD=0,36, IC95% : 0,08 à 0,65, P=0 01 ; à 4h : MD=0,49 ; IC95% : 0,14 à 0,84, P=0,007) [[25]] ; meilleure efficacité de l’acupuncture véritable versus acupuncture factice (risque relatif RR : 0,24, IC 95% 0,15 à 0.38, p <0,0001, quatre ECR) et diminution du taux de récurrence des migraines (RR : 0,47 ; IC à 95% 0,28 à 0,81, p=0,006, deux essais) [[26]]. Concernant l’électroacupuncture, une méta-analyse de 2019 analysant 13 ECR impliquant 1559 patients, a rapporté que l’EA était supérieure (p<0,05) à un traitement placebo en ce qui concerne la fréquence des migraines (versus médecine occidentale, EA simulée ou groupe témoin) (figure 3), et son efficacité clinique (versus la médecine occidentale, EA placebo) selon l’échelle visuelle analogique [[27]].

Figure 3. La fréquence des migraines après EA est plus basse que celle retrouvée avec la thérapeutique occidentale (MD différence moyenne : – 0,98 – IC à 95% = -1,57  à – 0,38) ; p=0,001), mais grande hétérogénéité I²=90%, non retrouvée dans la comparaison entre EA et EA placebo I²=0%, MD : -1,42 – IC 95% = -1,89 à -0,96).

Quoi qu’il en soit et même s’il était démontré que l’acupuncture était aussi efficace que le traitement de fond médicamenteux, on peut noter qu’elle est encore réfutée car considérée par certains comme thérapeutique placebo [[28]]. Cet auteur ne tient compte ni de son efficacité spécifique non expliquée par l’effet placebo seul, ni du peu d’effets secondaires de l’acupuncture, ni des études de coût-efficacité réalisées sur ce sujet surtout en Grande Bretagne qui objective un coût moindre que la thérapeutique usuelle [[29]]. Cependant, Coeytaux et coll. exposent que les effets placebo peuvent contribuer à l’efficacité clinique de l’acupuncture et que dans une perspective d’efficacité purement comparative, les preuves issues des ECR et des méta-analyses démontrent de manière convaincante le rôle potentiellement important de l’acupuncture dans les migraines mais aussi dans les céphalées de tension et autres types de céphalées chroniques [[30]].

Néanmoins, la recherche clinique continue, preuve cet ECR d’avril 2017 qui objective l’effet à long terme de l’acupuncture dans la prophylaxie de la migraine [[31]]. Il s’agit d’un ECR à trois bras comparant électroacupuncture avec recherche du deqi préalable (séance d’EA 2/100 Hz une fois par jour de 30mn pendant 5 jours consécutifs suivis d’une pause de deux jours pendant quatre semaines) par rapport à l’acupuncture factice et un groupe en liste d’attente, réalisé durant 24 semaines (quatre semaines de traitement puis vingt semaines de suivi). Deux-cent-quarante-neuf participants âgés de 18 à 65 ans souffrant de migraine sans aura, avec une migraine survenant deux à huit fois par mois ont été sélectionnés. Les auteurs objectivaient que la moyenne (SD) de la fréquence des crises de migraine différait significativement entre les trois groupes à 16 semaines après la randomisation (p <0,001) avec une réduction plus importante des migraines dans le groupe EA que dans celui de l’acupuncture factice (p=0,002) et dans le groupe EA versus liste d’attente (p<0,001). On peut citer aussi de deux autres ECR plus récents objectivant que l’acupuncture manuelle en prévention offre une réduction des symptômes migraineux à court ou long terme [[32],[33]].

En conclusion, les recommandations de bonne pratique données par un groupe d’experts dans la migraine comparant les thérapeutiques disponibles sont largement en faveur de l’acupuncture dans le monde entier [[34],[35],[36],[37],[38]] y compris depuis 2021 en France avec un niveau fort de recommandations : « Chez les patients souffrant de migraine épisodique et demandant des traitements non-pharmacologiques ou n’obtenant pas une efficacité suffisante avec les traitements pharmacologiques, proposer l’acupuncture comme alternative ou complément à la prophylaxie pharmacologique » [10]. Notons que les auteurs ont établi les recommandations françaises à partir de trois revues systématiques ou méta-analyses internationales [21,[39],[40]].

Quelles sont alors les thérapeutiques acupuncturales usuelles, comment traite-t-on la migraine selon la médecine chinoise ?

Étiopathogénie selon la médecine chinoise

On parle de toutong pour la céphalée (tou signifianttête et tong douleur) et de piantoutong pour la migraine (pian signifiant unilatéral, partiel) [[41]]. D’ailleurs, à part quelques auteurs qui en font la distinction [40,[42],[43]], céphalées et migraines font souvent partie en médecine chinoise de la même entité nosologique [[44],[45],[46],[47],[48],[49],[50],[51]].

En effet, c’est au XVe siècle, que le terme toutong est apparu en distinguant les céphalées d’atteinte externe waigan toutong de celles d’atteinte interne neishang toutong [46] alors que dans le Suwen on parlait essentiellement de « Vent de Foie » ou de « Vent de Cerveau » si atteinte par le Vent (feng) (SW42 : « Des Vents ») [[52]].

Les différents auteurs s’accordent pour distinguer deux types de céphalées selon la différenciation des syndromes (bianzheng) :

– les céphalées aiguës d’étiologie externe waigan toutong par Vent-Froid, Vent-Chaleur ou Vent-Humidité (cela correspondrait aux étiologies fébriles infectieuses comme les états grippaux, les sinusites, etc. et qui ne font pas partie stricto sensu du cadre des migraines) ;

– les céphalées chroniques d’étiologie interne neishang toutong par globalement : Stagnation du qi du Foie, déficience de Rate-Pancréas ou par insuffisance des Reins.

De nombreux sous-syndromes nosologiques d’étiologie interne ont été reconnus : Feu du Foie, excès de yang du Foie, Froid du Foie, Vide des Reins (déficience du yin, déficience du yang), déficience de qi, déficience de Sang, stagnation des Glaires (yin) et Mucosités (tan), Stase du Sang ; etc. [44,48,49,50].

Cependant, en pratique quotidienne, on peut considérer que seuls deux syndromes sont à identifier dans les céphalées chroniques : Stagnation ou Stase du qi du Foie et Vide de Sang et d’Énergie [44,48].

La crise de migraine quant à elle peut être considérée comme des céphalées de type Plénitude en rapport le plus souvent avec le Mouvement Bois (Foie-Vésicule Biliaire) mettant en cause les niveaux shaoyang (TR-VB) et jueyin (MC-F) [40] ou un syndrome de Stagnation du qi du Foie [44,48].

Néanmoins, un autre élément important à prendre en compte est la topographie de la douleur céphalique. Elle pourra établir une correspondance entre Grands Méridiens et collatérales atteints et type de migraine [40,45,46]. Ainsi, classiquement une migraine frontale et sus-orbitaire correspond au yangming (GI-E) ; une localisation occipitale avec irradiations dans le cou correspond au taiyang (IG-V) ; une localisation temporale, c’est une atteinte du shaoyang (TR-VB) ; un siège au sommet du crâne et vers l’œil, on pensera au jueyin (MC-F).

Les points, les protocoles de traitement les méthodes les plus fréquemment utilisés dans les migraines

Le traitement de la pathologie migraineuse devra tenir compte autant du caractère aigu de la crise que de la mise en place du traitement de fond en prévention.

Ainsi dans les cas cliniques présentés, on peut distinguer un traitement de fond, mais aussi quelques traitements en phase de crise. Gourion propose par exemple dans son traitement de fond de tonifier les Reins, de rééquilibrer le couple du Mouvement Bois, de régulariser jueyin, de régulariser le Sang et le shen [40]. Les points utilisés entre autres sont donc : shenshu (23V), jinmen (25VB), taixi (3R), ququan (8F), taichong (3F), yanglinquan (34VB), neiguan (6MC), dadun (1F), xuehai (10Rt), zhiyang (9VG), geshu (17V), zhangmen (13F), zhongwan (12VC) et shenmen (7C). Pendant la crise, il propose des traitements divers en fonction des caractères étiologiques et topographiques de la crise : traitement du jingjin du Méridien de Vésicule Biliaire[9][[53]], traitement du jingbie de Foie-Vésicule Biliaire [[54]], traitement du Grand Méridien jueyin, traitement du Sang, etc.

Maciocia préfère lui parler de traiter la Racine (ben) et la Branche (biao) [50]. Ainsi dans les migraines chroniques, l’élévation du yang de Foie lors d’une crise correspond à la Branche qui elle-même provient d’une Racine en rapport soit avec un Vide de yin des Reins, soit un Vide de Sang du Foie, soit un Vide de yin du Foie, soit un Vide de yang des Reins, soit un Vent interne. Donc il s’agira souvent de traiter le ben en préventif et le biao si crise. Il est proposé ainsi de traiter le biao par fengchi 20VB, baihui 20VG, hegu 4GI et en même temps le ben par taichong 3F, yanglingquan 34VB, xiaxi 43VB, taixi 3R, shenshu 23V, neiguan 6MC, ququan 8F, etc.

On remarquera que de nombreux points sont similaires et même si l’éventail des possibilités thérapeutiques est vaste : Méridiens, niveaux énergétiques des Grands Méridiens, points choisis selon des formules, différenciation des syndromes (bianzheng), il peut être judicieux d’appliquer des protocoles simples comme l’ont proposé certains auteurs [44,48,49]. Le point commun de tous ces protocoles est l’utilisation systématique des points : fengchi 20VB, hegu 4GI et taiyang auxquels il faut rajouter les points souvent locaux.

Il est alors intéressant de connaître les points utilisés au cours des ECR.

Au cours du congrès de la Society for Acupuncture Research (SAR), le Professeur Lixing Liao de Hong-Kong a exposé suite à une revue de littérature d’acupuncture médicale chinoise qu’au cours de dix dernières années le choix des points utilisés en Chine était le plus souvent basé sur l’identification des syndromes selon la théorie des Méridiens (41%), les formules (15%), les organes-entrailles (zangfu 臟腑 [脏腑]) (7%) qui correspond à la différenciation des syndromes (bianzheng), et enfin les six niveaux qui correspond au concept des niveaux énergétiques des Grands Méridiens (2%). Par ailleurs, six études sur dix appliquent un protocole fixe stéréotypé [[55]].

On constate ainsi dans le tableau I ci-dessous concernant les ECR ayant fait preuve d’une efficacité dans les migraines que les auteurs utilisent toutes les possibilités de traitement. Mais effectivement il en ressort que la théorie des méridiens obtient davantage les faveurs des auteurs avec 36% des ECR. On vérifie d’autre part que les points les plus utilisés sont : fengchi 20VB, hegu 4GI et baihui 20VG, confirmant le dénominateur commun à tous les traitements.

Tableau I. Les points et les méthodes les plus utilisées dans les principaux ECR ayant objectivé une efficacité.

Points choisis selon la théorie des Méridiens
Xu 2020 [32]Acupuncture manuelle avec puncture bilatérale selon formule de base : hegu (4GI), taichong (3F), taiyang (EX-HN5), fengchi (20VB), shuaigu (8VB) et points additionnels selon le théorie des méridiens : touwei (8E) si migraine correspondant au méridien yangming tianzhu (10V) si migraine sur le territoire du taiyang ; baihui (20VG) pour migraine type jueying.
Zhao 2017 [30]EA sur quatre points : 20VB et 8VB systématiquement et les deux autres points choisis en fonction de la différenciation de l’atteinte du méridien lors de la migraine : 5TR, 34VB, 60V, 3IG, 4GI, 44E, 3F et 40VB
Ceccherelli [[56]]2V, 10V, 60V, 3VB, 20VB, 11VG, 20VG, 3F, 13VC, yintang, 8E
Li 2009 [[57]]5TR (waiguan), 34VB(yanglingquan), 40VB (qiuxu), 20TR (jiaosun) et 20VB (fengchi)
Streng 2006 [[58]]Points individualisés selon atteinte méridienne
Vickers 2004 [[59]]Points individualisés
Linde 2005 [[60]]20VB, 40VB ou 41VB ou 42VB, 20VG, 3F, 3TR ou 5TR, taiyang
Zhao 2014 [[61]]5TR, 20VB, 34VB, 40VB
Melchart 2003 [[62]]20VB, 15VB (linqi), 14VB (yangbai), 10VB (fubai), 8VB (shuaigu), 20VG, 9MC (taiyang), 4GI (hegu), 5TR (waiguan), 41VB (zulinqi), 3F (taichong) et autres points éventuellement ajoutés en fonction des symptômes associés.
Points choisis selon formules
Alecrim 2006 [[63]]Protocole semi-standardisé : 12VB, 20VB, 21VB et 10V
Allais 2002 [[64]]3F (taichong), 6Rt (sanyinjiao), 36E (zusanli), 12VC (zhongwan), 4GI (hegu), 6MC (neiguan), 20VB (fengchi), 14VB (yangbai), taiyang, 20VG (baihui)
Linde M 2004 [[65]]8VB, 20VB, 4GI, 3F, 6Rt + 14VB, taiyang ou 10V dépendant du site de douleur maximale.
Wallasch [[66]]4GI, 6Rt, 5TR, 41VB, 3IG, 62V, 20VG, 20VB, taiyang, 23TR, 3F, 3R
Traitement fondé sur la différenciation des syndromes bianzhenglunzhi 辨證論治
Alecrim 2008 [[67]]Selon la différenciation des syndromes (bianzheng)
Diener 2006 [[68]]Selon la différenciation des syndromes (bianzheng)
Faco 2008 [[69]]Selon la différenciation des syndromes (bianzheng)
Faco 2013 [[70]]Selon la différenciation des syndromes (bianzheng) ; en cas d’attaque par les énergies perverses : 20VB, 8E, EX-HN5 (taiyang), plus 8VB, 12V, 60V dans le syndrome de Vent-Froid ; et 5TR et 14VG dans le syndrome Vent-Chaleur, et 40E, 6Rt et 12VC dans le syndrome Vent-Humidité. Pour les syndromes internes : a) hyperactivité des points d’acupuncture yang du Foie : 8VB, 20VB, 38VB, 8E, 3F, 4F, EX-HN5 ; b) obstruction du réchauffeur moyen en raison de Glaires-Humidité : 8E, 40E, 9Rt, 23VC, 12VC, EX-HN5 ; c) Vide de jing de Rein : 12VB, 20VB, 10V, 12V, 23V, 3R ; stagnation du qi et du Sang : 8VB, 20VB, 6Rt, 10Rt, 3F, EX-HN5, plus points ashi sur le méridien de VB
Linde M 2000 [[71]]40VB, 14VB, 20VG, 4GI et 44E et selon la différenciation des syndromes (bianzheng)
Wang 2015 [[72]]20VB, taiyang, 8VB, 4GI pour tous et points supplémentaires selon les bianzheng 20VG, 2F, 3F, 3R, 39VB, 6Rt
Musil  2018 [31]Selon la différenciation des syndromes (bianzheng) :Excès de yang du Foie : 20VB (fengchi), taiyang, 8VB (shuaigu) et les points optionnels :  baihui (20VG), xingjian (2F), taichong (3F), taixi (3R), xuanzhong (39VB), sanyinjiao (6Rt) ; Vide de Sang et d’Énergie : hegu (4GI) et les points optionnels : baihui (20VG), shangxing (23VG), zusanli (36E), sanyinjiao (6Rt) ; Stagnation des glaires par attaque du Vent : fenglong (40E), zhongwan (12VC), yinlingquan (9Rt) , Stase du Sang : sanyinjiao (6Rt), xuehai (10Rt) et points ashi
Traitement selon le concept des niveaux énergétiques des Grands Méridiens
Li 2012 [[73]]1) groupe de traitement avec atteinte spécifique à shaoyang : 5TR, 34VB, 40VB, 20VB ; groupe 2) groupe de traitement avec atteinte non spécifique à shaoyang : 19TR, 8TR, 33VB, 42VB ; groupe 3) groupe de traitement avec atteinte spécifique à yangming : 8E, 6GI, 36E, 42E. Électroacupuncture sur tous les points
Wang 2012 [[74]]Les points obligatoires inclus 20VG (baihui), 24VG (shenting), 8E (touwei), 8VB (shuaigu) et 20VB (fengchi). Selon différents syndromes des Grands Méridiens, les points supplémentaires pourraient être choisis individuellement : 5TR (waiguan) et 34VB (yanglingquan) pour la migraine de type shaoyang (TR-VB) ; 4GI (hegu) et 44E (neiting) pour la migraine yangming (GI-E) ; 60V (kunlun) et 3IG (houxi) pour les migraines taiyang (IG-V) ; 3F (taichong) et VB40 (qiuxu) pour l’atteinte jueyin (MC-F) ; 6MC (neiguan) si nausées et vomissements ; et 3F en cas de troubles de l’humeur ou susceptibilité à la colère.
Wang 2012 [[75]]Les points obligatoires inclus 20VG (baihui), 24VG (shenting), 8E (touwei), 8VB (shuaigu) et 20VB (fengchi). Selon différents syndromes des Grands Méridiens, les points supplémentaires pourraient être choisis individuellement : 5TR (waiguan) et 34VB (yanglingquan) pour la migraine de type shaoyang (TR-VB) ; 4GI (hegu) et 44E (neiting) pour la migraine yangming (GI-E) ; 60V (kunlun) et 3IG (houxi) pour les migraines taiyang (IG-V) ; 3F (taichong) et VB40 (qiuxu) pour l’atteinte jueyin (MC-F) ; 6MC (neiguan) si nausées et vomissements ; et 3F en cas de troubles de l’humeur ou susceptibilité à la colère.
Autre traitement : points gâchettes ou trigger points ou ashi
Hesse 1994 [[76]]Points ashi

Dans les cas cliniques présentés dans cet article, le choix de points correspond à un traitement plus individualisé qui associe une thérapie complexe utilisant à la fois la théorie des Méridiens, le traitement fondé sur la différenciation des syndromes bianzhenglunzhi 辨證論治, la chronoacupuncture, sans oublier l’électroacupuncture.

La thérapie de la théorie des Méridiens

Notons que la thérapeutique de la théorie des Méridiens répond ici à une technique typiquement française car utilise le traitement des vaisseaux secondaires des Méridiens et en particulier celui des jingbie ou Méridiens Distincts 經別 [经别]. Bien décrite et connue par les auteurs français [40,43] et même utilisé en milieu hospitalier [42], la piqûre miu l’est beaucoup moins des auteurs des ECR étrangers car sans doute plus difficile aussi à mettre en œuvre. Par ailleurs, elle reste sujette à controverse en France [53,[77]]. On sait ainsi que selon le Zhenjiu jiayi jing de Huangfu Mi, chapitre : « La piqûre miu » traduit par Milsky et Andrès [[78]], les vaisseaux secondaires peuvent représenter aussi les vaisseaux luo (luomai 絡脉 [络脉]). De même Husson les appelle les vaisseaux secondaires, « vaisseaux de liaison » ou « grandes liaisons » selon le cas [[79]] et Wang et col. les nomment méridiens secondaires de communications [[80]]. On peut donc dire que cette technique de la piqûre miu est peu usitée car peu ou pas connue des auteurs des ECR qui lui préfèrent nettement un traitement plus classique des Méridiens par les points shu antiques, les couples des huit Merveilleux Vaisseaux, etc.

L’électroacupuncture

Les paramètres de l’EA ont été appliqués en fonction des données issues de l’acupuncture expérimentale [11,14,15,[81]]. La fréquence basse de 2Hz avec une intensité maximale en dessous du seuil de la douleur pendant 20mn a été utilisée dans le traitement de fond. Outre le fait d’avoir un effet anti-nociceptif spécifique dans la migraine en rapport avec l’activation du récepteur cannabinoïde de type 1 (CB1), permettant l’inhibition de l’inflammation neurogène [14], elle a une action également spécifique sur la sensibilisation centrale et les contrôles inhibiteurs descendants dans la migraine [15], mais aussi moins spécifique sur le GABA, les enképhalines, la sérotonine (5HT) et la noradrénaline, neurotransmetteurs tous impliqués dans les contrôles inhibiteurs descendants supraspinaux [80,[82]].

La fréquence de 2Hz en alternance avec la fréquence rapide de 100Hz avec les mêmes paramètres en intensité et en durée, est utilisée lors des crises. Elle est préférée à la fréquence uniquement rapide de 100Hz préconisée par Cuignet [80] car les études expérimentales montrent son action spécifique sur la dépression corticale envahissante et sur son inhibition de la concentration en peptide lié au gène de la calcitonine plasmatique (CGRP) et en substance P (SP) [11] mais aussi son action non spécifique sur les algies [[83]].

La chronoacupuncture

Considérée comme une thérapeutique absconse car difficile d’accès [7,[84]], elle n’en est pas moins importante à connaître car améliore de façon très notable les résultats thérapeutiques. Quelques études de cas cliniques ont déjà démontré son intérêt [[85],[86]]. Chez les rates gravides en fin de grossesse, la stimulation des points clés fermés selon la méthode de linggui bafa (灵龟八法 : huit méthodes de la tortue magique), concernant l’utilisation des points-clés des huit Merveilleux Vaisseaux peut réduire davantage les contractions utérines que le traitement classique [[87]] ; tout comme elle donnera de meilleurs résultats chez l’être humain dans le traitement des gastrites chroniques superficielles [[88],[89]], en cas de dépression post-accident vasculaire cérébral [[90]] ou dans la prévention des arythmies cardiaques [[91]].

Le traitement acupunctural selon la théorie des ziwu liuzhu a permis aussi de montrer son bénéfice dans un ECR concernant le déficit fonctionnel et neurologique des maladies cérébrovasculaires ischémiques [[92]] mais aussi dans les ischémies myocardiques post accident vasculaire cérébral [[93]]. Dans un ECR (n=190), la sélection des points puncturés selon la méthode de najia de ziwu liuzhu qui propose de puncturer les points aussi en fonction des tables des Troncs Célestes, en plus de l’horaire, a permis d’améliorer de manière statistiquement significative (p<0,05) les scores de la déficience fonctionnelle neurologique, l’état de la capacité de vie totale, les indices rhéologiques sanguins et l’efficacité clinique globale chez les personnes ayant eu un AVC versus groupe AVC ayant bénéficié de l’acupuncture habituelle. Le traitement a été effectué ainsi durant la période de la Branche Terrestre chen (7h00-9h00) à la période si (9h00-11h00) [[94]].

La recherche concernant la chronoacupuncture se poursuit en Chine et en particulier sur la théorie des ziwu liuzhu [[95]]. Cependant, de plus en plus grâce aux progrès sur l’étude des rythmes circadiens, on s’aperçoit de la justesse des observations des sciences médicales chinoises. Ainsi le système de synchronisation circadien adapte la majeure partie de la physiologie et du comportement des êtres vivants au cycle lumière / obscurité des 24 heures. Cette coordination temporelle repose sur des horloges circadiennes endogènes présentes dans pratiquement tous les tissus et organes et impliquées dans la régulation de processus cellulaires clés tels que le métabolisme, le transport et la sécrétion [[96]]. Les conséquences d’une perturbation de ces cycles sont nombreuses pouvant déclencher diabète, obésité, maladies cardiovasculaires, cancer, etc. [[97],[98]]. Mais plus intéressant et se rapprochant de la théorie des ziwu liuzhu est l’étude des possibilités de traitement selon ces rythmes. Ainsi une étude française toute récente objective que la lésion myocardique périopératoire lors d’un remplacement valvulaire aortique est orchestrée par l’horloge circadienne et en particulier le gène Rev-Erbα[10] [[99]] et que son antagonisme semble être une stratégie pharmacologique de cardioprotection. Et de ce fait, ils ont démontré dans une étude observationnelle prospective monocentrique de patients (n=596) présentant une sténose aortique sévère et une fraction d’éjection ventriculaire gauche préservée (>50%) qu’il était préférable de réaliser le remplacement chirurgical de la valve aortique l’après-midi plutôt que le matin. En effet, la libération de troponine T était significativement plus faible dans le groupe de l’après-midi que dans le groupe du matin (p=0,045) et que le récepteur nucléaire Rev-Erbα était en revanche plus élevé le matin. Ainsi la protection myocardique périopératoire est meilleure si la chirurgie est réalisée l’après-midi [[100]]. Cela correspond à la marée énergétique des branches Terrestres wu (Cœur) entre 11h et 13h et wei (Intestin Grêle) entre 13 et 15h, ce qui correspond en fonction de l’heure légale en hiver (1 h en avance par rapport à la course solaire) entre 12h et 16h et 13h-17h en été (2 heures en avance).

Conclusion

Au terme de cette synthèse réalisée à partir de deux cas cliniques, l’acupuncture quelle que soit la théorie de médecine chinoise appliquée (Méridiens, niveaux énergétiques des Grands Méridiens, points choisis selon des formules, différenciation des syndromes bianzheng) a fait la preuve de son efficacité selon les critères de la médecine factuelle fondée sur les preuves, autant versus acupuncture factice ou placebo que thérapeutique usuelle dans les migraines. Le rapport coût-efficacité qui analyse de façon comparative l’efficacité et les coûts de deux stratégies de santé, même s’il n’a pas été étudié en France est nettement favorable à l’acupuncture par rapport aux traitements médicamenteux dans certains pays, et cela sans effets indésirables tels qu’ils sont rapportés avec de nombreuses molécules thérapeutiques. Un plus est apporté par l’électroacupuncture et l’utilisation de la chronoacupuncture. On ne peut donc que recommander son utilisation autant dans les crises que dans le traitement de fond avec un grade A de preuve scientifique établie selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé française (HAS).

Notes


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[2]. AE : l’accord d’experts correspond, en l’absence de données scientifiques disponibles, à l’approbation d’au moins 80% des membres du groupe de travail.

[3]. Le traitement d’une attaque de xie dans les jingbie consiste à 1) punturer les deux points jing (ting) du couple yin-yang du côté opposé au jingbie atteint ; 2) punturer bilatéralement les points shu (yu) du couple des jingbie yin et yang ; 3) punturer le point de tonification du jingbie atteint ainsi que celui du méridien couplé ; 4) disperser les points « ashi » au niveau de la zone douloureuse ; 5) punturer les points de jonction (ou d’union) ; 6) piquer le point « cent réunions » : 20VG (baihui).

[4]. La théorie des points saisonniers, une des théories de la chronoacupuncture, permet de déterminer des points de tonification et de dispersion en fonction de la saison. En effet, les points de tonification et de dispersion habituellement utilisés ne le sont qu’en fonction de leur mouvement et sont en relation directe avec le point Racine (Penn ou ben). De ce fait, ces points ne sont réellement efficaces que dans leur mouvement. La méthode permettant de les trouver ne se préoccupe pas de la saison. Intérêt donc de la théorie des points saisonniers qui montre que l’activité énergétique des points varie selon la saison au cours de laquelle le patient est traité.

[5]. La théorie des ziwu liuzhu concerne la circulation du qi et du xue dans les méridiens à des heures précises du jour et de la nuit. Cela consistera, en fonction de chaque heure définie par une Branche Terrestre qui se trouve en corrélation avec un Méridien principal à tonifier son organe en vide ou à disperser son organe en plénitude en piquant le point horaire concerné. On utilise la Branche Terrestre de l’heure ou de l’heure couplée selon la méthode « midi-minuit », par exemple le Méridien de Foie est en plénitude entre 1 et 3h solaire, d’où son point tonifiant horaire sera le xingjian 2F et son point dispersant horaire sera le ququan 8F. La théorie des ziwu liuzhu, la théorie des points saisonniers, la méthode de linggui bafa (灵龟八法 huit méthodes de la tortue magique) qui concerne l’utilisation des points-clés des huit Merveilleux Vaisseaux), ainsi que celle basée sur le jia (méthode des points dits ouverts ») sont les quatre règles thérapeutiques essentielles de la chronoacupuncture. On tiendra compte de l’heure d’été ou d’hiver. L’heure d’été est en avance de deux heures par rapport à l’heure solaire; l’heure d’hiver l’est d’une seule. Et on remplacera les points de tonification ou de dispersion ayant une action horaire nulle par les points mu (tonifiant) ou les points beishu du dos (dispersant).

[6]. Un endocannabinoïde est une molécule endogène capable de se lier à un récepteur cannabinoïde et d’activer les voies de transduction du signal auxquelles est couplé le récepteur. Le système endocannabinoïde (EC) comprend deux récepteurs principaux : les récepteurs de type 1 cannabinoïdes CB1 qui se distribuent au niveau du système nerveux central (SNC : hippocampe, système limbique, cortex et hypothalamus) et en périphérie (testicule, utérus, système immunitaire, intestin, vessie, etc.) ; et le récepteur aux cannabinoïdes de type 2 (CB2) présent principalement dans le système immunitaire et dans une moindre mesure au niveau du SNC. Au niveau spinal, les endocannabinoïdes sont efficaces pour inhiber la transmission des fibres nociceptives de petit diamètre, et ils diminueraient la libération de neurotransmetteurs tels que la substance P ou le peptide lié au gène de la calcitonine (CGRP), responsables de la transmission de la douleur. Enfin, au niveau périphérique, les récepteurs CB1 et CB2 jouent un rôle synergique d’inhibition des stimuli nociceptifs.

[7]. Certains auteurs ont suggéré de ce fait que les interventions avec acupuncture factice avaient des effets plus grands que les placebos qu’ils soient pharmacologiques ou physiques Ainsi l’acupuncture feinte sur des non-points, surtout appliquée sur le même dermatome, ne semble pas réellement inerte et ne peut être considérée comme placebo car fait intervenir le système limbique.

[8]. Notons qu’il existe une hétérogénéité dans la cohérence des résultats de la méta-analyse objectivé par le test I² de Higgins I²= 57%, (une valeur I² <25% indique une hétérogénéité faible, des valeurs comprises entre 25% et 50% une hétérogénéité modérée et une valeur >50%, une hétérogénéité importante). Le test χ² objective une hétérogénéité pas tout à fait significative car P=0,07 ; serait significative si P<0,05 ; d’où les preuves de qualité modérée, malgré une différence significative (p<0,00001).

[9]. Les jingjin sont encore appelés méridiens tendino-musculaires ou « Muscles des Méridiens » ou « Zone tendino-musculaire des méridiens ».

[10]. Les récepteurs nucléaires sont des récepteurs biochimiques, protéines actives dans le noyau des cellules qui peuvent transmettent à celles-ci des signaux hormonaux spécifiques conduisant à la modulation de l’expression de gènes cibles. Ainsi Rev-Erbα est exprimé dans certains types cellulaires du système immunitaire tels que les macrophages, ainsi que dans différents types cellulaires de la paroi vasculaire. Rev-Erbα joue également un rôle au niveau inflammatoire et dans le métabolisme des lipoprotéines riche en triglycérides, facteur de risque dans le développement de l’athérosclérose.


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Brouillard dans la baie de Hạ Long, Thành phố Hạ Long, Quảng Ninh, Vietnam
Brouillard dans la baie de Hạ Long, Thành phố Hạ Long, Quảng Ninh, Vietnam

Stéphan JM. Prévention des migraines par traitement des jingbie (經別), électroacupuncture et chronoacupuncture : étude synthétique à propos d’un cas clinique. 23e congrès de la FA.FOR.MEC : Rouen 27 novembre 2021 (article PDF).

Stéphan JM. Prévention des migraines par traitement des jingbie (經別), électroacupuncture et chronoacupuncture : étude synthétique à propos d’un cas clinique. 23e congrès de la FA.FOR.MEC : Rouen 27 novembre 2021 (Powerpoint).

Traitement informatique de la théorie des ziwu liuzhu associée à celle des points saisonniers

Hôtel de ville de Veere (1474-1517) -Zélande – Pays-Bas
Hôtel de ville de Veere (1474-1517) -Zélande – Pays-Bas

Résumé : La chrono-acupuncture exige de jongler avec des connaissances et des raisonnements abstrus. De ce fait, l’acupuncteur risque d’être vite dépassé et n’utilisera pas alors ces données pourtant indispensables. Dans le but d’optimiser l’efficacité du traitement acupunctural, un logiciel a été conçu, permettant d’éluder la complexité de la théorie des Zi Wu Liu Zhu associée à celle des points saisonniers. Au travers de l’étude des textes et de l’interprétation des différents auteurs, l’existence dès Jing Jin et des Jing Bie est discutée ainsi que leurs thérapeutiques. La synthèse des analyses servira de base au programme informatique qui offrira pour chaque technique (Jing Jin, Jing Bie, Yanagiya Sarei) un ensemble des points à piquer en fonction du méridien choisi. S’il s’avère que certaines  » fosses du Qi » soient inopérantes, le logiciel signalera et donnera des points de remplacement.
Bref, l’informatique permet d’appréhender et de réaliser un traitement acupunctural approfondi, digne des Grands Maîtres. Mots-clés : Chrono-acupuncture, informatique, Zi Wu Liu Zhu, points saisonniers, Jing Jin, Jing Bie, Lua Mai, vaisseaux secondaires, Yanagiya Sarei: points Beishu, points Mu, thérapeutique.

Summary. -When undertaking chrono-acupuncture, it is essential for the practitioner to be a skilful handler of the esoteric knowledge and reasoning involved. If he is not skilful, the acupuncturist soon runs the risk of finding himself out of his depth and at this point he will not use information which is vital. With a view to obtaining maximum benefit from treatment by acupuncture a logiciel has been devised which allows the therapist to avoid the complexities of the theory of the Zi Wu Liu Zhu associated with that of the Seasonal Points. By studying the texts and the interpre­tations of the different authors, the existence of the Jing Jin and of the Jing Bie is discussed as is also their treatments. The synthesis of the analyses will serve as the basis of the computer programme which will provide for each technique (Jing Jin, Jing Bie and Yanagyia Sorei) a group of acupuncture points depending on the meridian chosen. If it proves that certain » Qi holes  » are not functioning, the logiciel will indicate this fact and will specify alternative points. ln short, a complete programme gives the opportunity to choose and carry out a treatment by acupuncture in depth and worthy of the great masters. Key words. -Chrono-acupuncture, computer-programme, Zi Wu Liu Zhu, seasonal points, Jing Jin, Jing Bie, Lua Mai, secondary vessels, Yanagiya Sorei, Beishu points, Mu points, therapeutic.


 La théorie des Zi Wu Liu Zhu concerne la circulation du « Qi » et du « Xue » dans les méridiens à des heures précises du jour et de la nuit.

 La théorie des points saisonniers permet de déterminer les points tonifiants ou dispersants en fonction de la saison.

La théorie des Zi Wu Liu Zhu, la théorie des points saisonniers, ainsi que celle basée sur le « Jia  » (méthode des points dits   ouverts ») sont les trois règles thérapeutiques essentielles de la chrono-acupuncture.

Notons toutefois que la méthode des points dits « ouverts » implique l’utilisation des points Shu antiques qu’il est usuel de piquer systématique­ment avant toute séance d’acupuncture (26). De ce fait, la théorie basée sur le « Jia » est indépendante des deux autres. En effet, même si le point dit « ouvert » correspond à un point dispersant ou tonifiant saisonnier, ou à un point horaire, cela n’entraîne pas de conséquence.

Notre travail a donc consisté à relier les deux principales théories en vue d’appliquer les résultats à trois importantes techniques d’acupuncture.

Dans ce cadre, l’informatique satisfait aux exigences considérables de la chrono-acupuncture. Elle seule, nous donne ainsi la possibilité d’effectuer les associations et d’éliminer les « fosses du Qi » » inefficaces, sans difficulté et sans perte de temps.

1) La théorie des Zi Wu Liu Zhu

        Elle est basée sur la perception holistique de l’homme et de son environnement.

A travers l’observation de phénomènes naturels tels que les mouve­ments de la lune et du soleil, les saisons, le jour et la nuit, le flux et reflux des marées, les Anciens Chinois ont observé que ces changements périodi­ques se déroulaient selon certains rythmes immuables.

Dans la théorie des Jing Luo ou théorie des méridiens, les organes  » Zang  » et les viscères creux « Fu » forment le centre du corps humain, chargés en énergie « Qi  » et sang « Xue « , le tout relié par les différents méridiens (3).

        Le  » Qi » et le « Xue  » vont donc y circuler en suivant les cycles induits par l’environnement, en particulier le rythme du jour et de la nuit.

Pour exprimer ces rythmes, les Anciens ont mis en oeuvre le système des 10 troncs célestes (les «  Tian Gan« ) et les 12 branches terrestres (les  »  » Di Zhi « ), système qui est le fondement du calendrier chinois (10).

        En effet, celui-ci repose essentiellement sur la théorie des 5 éléments et des 6 énergies.

Le ciel est divisé en 10 parties qui sont les dix troncs célestes. Ils sont en relation avec les 5 mouvements (bois, feu, terre, métal, eau), et corres­pondent au cycle dénaire. Cependant, si l’origine du cycle est céleste, l’action se répercute au niveau de la terre.

Huang Di dit: « le ciel a cinq pouvoirs qui régissent les cinq orients: Nord, Sud, Centre, Est, Ouest, auxquels sont attachés: le froid, la chaleur, la sécheresse, l’humidité, le Fong (vent)… il existe une corrélation entre les cinq activités terrestres et les cinq activités célestes qui se font sentir alter­nativement durant toute l’année, durant un cycle sans fin » (5).

De la même façon, la terre, divisée en 12 parties, les 12 branches terrestres, est en relation avec les 6 énergies: c’est le cycle duodénaire qui s’impose au ciel.

Dans le Su Wen, Koai Yu Tchu dit: « les énergies Inn et Yang sont variables, l’une peut être plus ou moins forte que l’autre; il convient de les subdiviser en trois énergies Inn et en trois énergies Yang » (5).

Les 6 énergies sont Shao Yang, Yang Ming, Tai Yang, lue Yin, Shao Yin et Tai Yin.

« ..Le froid et la chaleur, la sécheresse et l’humidité, le vent et le feu sont le Yin et le Yang célestes, Les 3 Yin et les 3 Yang les reçoivent d’en haut, Le Bois, le Feu, la Terre, le Métal, et l’Eau sont le Yin et Yang de la terre, et la naissance, la croissance, la maturation et l’engrangement leur répondent en bas », dans le Yang il y a du Yin et dans le Yin il y a du Yang » (18).

L’union des troncs célestes et des branches terrestres permet de dénommer les jours, Ces combinaisons se font en associant le 1er tronc céleste et la 1ère branche terrestre, puis le 2e tronc céleste et la 2e branche terrestre jusqu’au 10e tronc céleste. Puis, les associations à ce niveau conti­nuent en recommençant le cycle des troncs célestes tandis que l’on continue celui des branches terrestres jusqu’à la 12e et ainsi de suite jusqu’à ce que l’on arrive à la 60e association,

Dans le Su Wen, Qi Bo dit: « le Qi céleste débute avec Jia (1er du cycle décimal) et le Qi terrestre débute avec Zi (1er cycle duodécimal), La conjonc­tion lia-Zi marque le début du cycle annuel sexagésimal (Sui Li) » .

« L’étape est de 60 jours et une fraction, 24 de ces fractions totalisées forment un nombre entier de journées de 100 encoches ».

Donc, 100 encoches de clepsydre correspondent à 24 heures,

Qi Bo dit encore: « 5 jours font un Hou, Hou font un Qi, Qi fon tun Shi (saison) et 4 Shi font un Sui (année) » (18).

« .. Le Hou est donc de 60 heures chinoises, soit un cycle sexagésimal ».

 Notons ici qu’une heure chinoise correspond à 2 heures occidentales.

Ainsi les 12 branches terrestres qui se combinent avec les 10 troncs célestes pour former le cycle sexagésimal permettent d’appréhender le temps qui passe, les siècles, les années (Sui = 360 jours), les saisons (Shi = 90 jours), les mois, les quinzaines (Qi = 15 jours), les Hou (5 jours), les jours et enfin les heures.

Intéressons-nous davantage au cycle duodénaire qui est à l’origine des heures chinoises et des douze mois de l’année.

 En effet, chaque heure est définie par une branche, et se trouve en corrélation avec un méridien principal, suivant le tableau ci-dessous : 

  Méridiensbranches terrestresheure de plénitude
Vésicule biliaireZi23 à 1 h.
FoieChou1 à 3 h.
PoumonYin3 à 5 h.
Gros intestinMao5 à 7 h.
EstomacChen7 à 9 h.
Rate-PancréasSi9 à Il h.
CoeurWu11 à 13h
Intestin GrêleWei13 à 15 h.
VessieShen15 à 17 h.
ReinYou17 à 19h.
Maître du coeurXu19 à 21 h.
Triple réchauffeurHai21 à 23 h.

 Le réseau énergétique emprunte les méridiens, l’un après l’autre, dans l’ordre bien défini des heures.

 De cette façon, « Zi » (minuit) et  » Wu » (midi) reflètent la croissance et le déclin du Yin et du Yang (34).

Dans le Su Wen, chapitre 4: des vérités du coffre d’or, Qi Bo dit: « on parle de Yin dans le Yin et de Yang dans le Yang; en effet de l’aube à midi c’est le jour et le Yang dans le Yang; de midi au crépuscule, c’est encore le jour, mais avec du Yin dans le Yang; de la nuit close au chant du coq, c’est la nuit et le Yin dans le Yin; du chant du coq à l’aurore, c’est toujours la nuit mais du Yang est dans le Yin » (18).

Dans l’heure Zi (23-1 h.), l’énergie du Yin atteint son acrophase, localisation temporelle où l’amplitude énergétique est maximale. Après cela, le Yin commence à décliner et l’énergie du Yang commence à croître.

Dans l’heure Wu (11-13 h.), l’énergie Yang est la plus extrême, à l’acrophase Yang. Puis, elle commence à décliner et l’énergie du Yin com­mence à croître. Ainsi, on peut considérer que le Zi et le Wu représentent les points pivots de la croissance et du déclin du jour et de la nuit, du Yin et du Yang.

Les branches terrestres sont à la base de la règle Midi-Minuit qui objective la variation circadienne de l’amplitude énergétique dans les méridiens.

       Elle peut s’énoncer ainsi: pour tonifier le méridien Midi, il faut disperser le méridien Minuit et vice-versa.

       Le couplage des méridiens selon cette règle sont Vésicule biliaire et Cœur, Foie et Intestin Grêle, Poumon et Vessie, etc…

  La théorie des Zi Wu Liu Zhu décrit également la circulation du Qi et du Xue dans les Jing Luo selon les heures des branches terrestres. D’où le nom de « marées des méridiens » donné à une autre règle issue de cette théorie.

Liu et Zhu correspondent à la circulation des entrées et des sorties du Qi et du Xue de l’être humain. Zhu est le flux, Liu est le reflux de l’énergie et du sang.

L’intérêt thérapeutique de la théorie des Zi Wu Liu Zhu est donc tout d’abord la règle Midi-Minuit qui permet de tonifier ou disperser un méri­dien en fonction de l’heure d’aggravation ou d’amélioration de la sympto­matologie; d’autre part, la règle des  » Marées des méridiens  » qui utilise le « Po » (effet tonifiant) et le  » Xie » (effet dispersant) des points Mère et Fils des 12 méridiens. Il s’agit dans ce cas du « ‘ Po  » et du «  » Xie  » des points Shu antiques: Ting, long, lu, King, Ho. (Jing, Rong, Yu, Jing, He).

Dans le Ling Shu, chapitre premier: « ‘le sang et l’énergie circulent sans cesse dans les douze méridiens, grâce aux quinze points de vaisseau secondaire, ils circulent dans tout le corps. Le point du départ est situé au point Ting, puis l’énergie et le sang passent aux points long, lu, King, Ho, puis aux points disséminés sur les méridiens; soit en tout à trois cent soixante-cinq points » (5).

Selon la théorie des 5 éléments, le point Ting des organes correspond au mouvement bois et le point Ting des entrailles correspond au métal (Voir schéma ci-dessous).

Chaque méridien possède un point ayant une action plus particulière­ment tonifiante ou dispersante. La détermination se fait donc par la règle Mère-Fils en se basant sur le point Penn ou point Racine du Méridien, qui représente le point élément dans le mouvement même (35).

Si un mouvement est en déficit, il faut le tonifier par la « Mère « .

 Si un mouvement est en excès, il faut le disperser par le « Fils « .

Cette loi est à la base de toute la thérapeutique acupuncturale.

 On peut la récapituler sous la forme du tableau n° 2 : 

élémentFeuTerreMétalEauBois
dispersionTerreMétalEauBoisFeu
fils
tonificationBoisFeuTerreMétalEau
 mère

 Ainsi donc, en application de cette règle, on peut affirmer que l’éner­gie dans les méridiens atteint son flux (Zhu) maximum pendant une durée d’une heure chinoise au cours de laquelle le fait de piquer le point fils va entraîner un effet dispersant (Xie). De la même façon, piquer le point mère durant la période de reflux (Liu) va provoquer un effet de stimulation, de tonification (Po) (12). 

 Branche Dispersion Tonification
Méridiensterrestreheuresfilsheuresmère
Poumonyin3- 5 h.5P5- 7h.9P
Gros intestinMao5- 7h.2GI7- 9h.11 GI
EstomacChen7- 9h.45E9-11 h.41E
Rate PancréasSi9-11 h.5RP11-13 h.2 RP
CoeurWu11-13 h.7C13-15 h.9 C
IntestingrêleWei13-15 h.8IG15-17h.3 IG
VessieShen15-17h.65V17-19h.67 V
ReinYou17-19h.IR19-21 h.7 R
Maître du CœurXu19-21 h.7MC21-23 h.9 MC
Triple foyerHai21-23 h.10 TR21- 1 h.3 TR
V. biliaireZi23- 1 h.38VB1- 3 h.43 VB
FoieChou1- 3 h.2F3- 5 h.8 F

 En conclusion, on constate que la théorie des Zi Wu Liu Zhu qui repose sur l’utilisation des branches terrestres, va engendrer deux règles essentielles: la règle midi-minuit et celle des « marées des méridiens « .

C’est celle-ci, appelée également règle , » entraver-écouler » par Faubert (8), qui sera appliquée dans notre traitement informatique.

 II) La théorie des points saisonniers

C’est une autre utilisation de la règle Mère-Fils. Cette théorie permet ainsi de déterminer des points de tonification et de dispersion en fonction de la saison.

En effet, les points de tonification et de dispersion habituellement utilisés ne le sont qu’en fonction de leur mouvement et sont en relation directe avec le point racine (Penn). De ce fait, ces points ne sont réellement efficaces que dans leur mouvement. La méthode permettant de les trouver ne se préoccupe pas de la saison.

Intérêt donc de la théorie des points saisonniers qui montre que l’acti­vité énergétique des points varie selon la saison au cours de laquelle le patient est traité (4).

Ainsi prenons l’exemple d’une plénitude de cœur (mouvement feu) à traiter en hiver (mouvement eau). Il faut disperser le Fils. Le Fils de l’élément eau est l’élément bois. D’où le point dispersant du cœur en hiver est le point Ting soit le 9 C.

De la même façon, un vide de Poumon vu en été (mouvement feu) sera traité en tonifiant cette fois la Mère, c’est-à-dire le bois. Piquer donc le point Ting du poumon: Il P, point tonifiant saisonnier.

Voir le schéma n° 1 et le tableau n° 2 qui récapitule la règle Mère-Fils.

En procédant de la même manière pour tous les méridiens nous allons

donc obtenir les points saisonniers suivant les tableaux suivants. 

Organestingiongiukingho
Foie1F2F3F4F8F
Cœur9C8C7C4C3C
Maître du cœur9MC8MC7MC5MC3MC
Rate-Pancréas1RP2RP3RP5RP9RP
Poumon11 P10P9P8P5P
Rein1R2R3R7R10R
tonificationété5e saisonautomnehiverprintemps
Dispersionhiverprintempsété5e saisonautomne
Viscèrestingiongiukingho
Vésicule  Biliaire44VB43VB41VB38VB34VB
Intestin  Grêle1IG2IG3IG5IG8IG
Triple Foyer1TR2TR3TR6TR10TR
Estomac45EME43E41E36E
Gros  Intestin1 GI2GI3GI5GI11 GI
Vessie67V66V65V60V40V
Tonificationhiverprintempsété5e saisonautomne
Dispersion5e saisonautomnehiverprintempsété 

III) Les Jing Jin

          Encore appelés méridiens tendino-musculaires, les Jing Jin représen­tent une notion diversement interprétée par les auteurs occidentaux.

Notons d’ailleurs que les Jing Jin ne sont pas utilisés en Chine, ni en Extrême-Orient. C’est une notion théorique apportée par Nguyen Van Nghi (36).

  Revenons donc aux textes de base; le chapitre 13 du Ling Shu. La traduction du titre par Chamfrault est: « Les méridiens et les muscles  » ; par Schnorrenberger: « Les méridiens et les tendons »; et pour Milsky et Andrès : « Les tendons des méridiens » (traduction du titre du chapitre 6 du Zhen Jiu Jia Yi Jing qui reprend le chapitre 13 du Ling Shu).

Selon Lara, l’idéogramme « Tsing Tsing » représente la notion de muscle traversé par un méridien (22), Pour Lafont, Giraud et Taillandier, le concept de méridien tendino-musculaire est impropre car il sous-entend un système de méridiens identique au système des méridiens principaux. Ils préfèrent parler de « Zone tendino-musculaire des méridiens « , En effet, ils considèrent que le méridien tendino-musculaire (M.T,M,) correspond aux muscles squelettiques placés sous la dépendance des méridiens principaux (20, 33).

Pareillement, Auteroche et Navailh précisent que les M.T,M. repré­sentent les muscles répartis le long des méridiens. « Leur fonction est de relier le squelette, de maintenir la cohésion de l’ensemble du corps et de commander le mouvement des articulations « . Pour eux, il n’existe que trois catégories de méridiens: les principaux (jing Mai), les méridiens extraor­dinaires (Qi Jing Mai) et enfin les méridiens distincts (jing Bie). Les Jing Jin ne sont donc pas des méridiens (2).

Milsky et Andrès décrivent également les trajets des Jing Jin en par­lant des tendons des méridiens: « quand le tendon de Taiyang de Pied est malade, on souffre de tiraillements et de douleurs au petit orteil et au talon, de spasmes et de contractions… » (16).

 » Les méridiens ont sous leur influence les muscles qui se trouvent sur leur trajet et envoient des ramifications aux muscles environnants » (Ling Shu). La traduction de Chamfrault est donc à cet égard très explicite. Il ne parle absolument pas d’un nouveau réseau de méridiens. Et pourtant Chamfrault, dans son tome VI, reprend avec Nguyen Van Nghi ce système des méridiens tendino-musculaires et y développe une théorie énergétique intéressant la circulation de l’ énergie Wei, les attaques par les énergies perverses Xie et le traitement des M.T.M. (6). D’autres auteurs (Faubert, Guillaume, Ming Wong, Lebarbier, etc.) utilisent également ce système des M.T.M. selon la conception de Cham­frault et Nguyen Van Nghi (8, 13,27,23,30).

 Il convient donc actuellement d’harmoniser les dénominations. L’usage restera sans doute, et on continuera longtemps à parler des M.T.M. Cependant, il serait judicieux de parler plutôt de « Jing Jin « , de « Muscles des Méridiens  » ou de  » Zone tendino-musculaire des méridiens  » plutôt que de « Méridiens tendino-musculaires ».

Quoiqu’il en soit, la connaissance des Jing Jin débouche sur une utilisa­tion thérapeutique. Selon Nguyen Van Nghi : « En cas d’atteinte par l’éner­gie perverse, celle-ci emprunte les capillaires pour atteindre les méridiens tendino-musculaires. Lorsque l’énergie Dé (défensive) n’est pas assez puis­sante, c’est-à-dire lorsqu’elle se trouve en état de vide, l’énergie perverse pénètre dans les méridiens principaux et gagne les organes » (36, 6).

        Ainsi les énergies perverses (Xie), (le vent, le froid, l’humidité, la chaleur) pénètrent tout d’abord dans les Jing Jin et vont occasionner un état de plénitude énergétique alors que le méridien principal se trouve en état de vide.

Ensuite le Xie, dans un second temps et après avoir séjourné dans le Jing Jin, passe dans le méridien principal en y provoquant la plénitude tout en laissant le Jing Jin en vide.

 » Tous les méridiens ont des vaisseaux secondaires qui les relient à l’épiderme. Quand on est atteint par l’énergie perverse, celle-ci passe d’abord dans les vaisseaux secondaires pour pénétrer ensuite dans les méri­diens, les organes, ou pour séjourner dans les muscles et les os… Quand les vaisseaux secondaires sont en plénitude et le méridien en vide, il faut faire des moxas au Inn (au méridien) et puncturer le Yang (aux vaisseaux secondaires). Quand le méridien est en plénitude et les vaisseaux secon­daires en vide, il faut puncturer le Inn (le méridien) et faire des moxas au Yang… (Su Wen chapitre LVI, « l’épiderme ») (5).

Le problème est que Nguyen Van Nghi a interprété le terme « vais­seau secondaire » par méridien tendino-musculaire dans son ouvrage  » Pathogénie et Pathologie énergétique en médecine chinoise « . Or il s’avère que les vaisseaux secondaires sont en fait les vaisseau Luo (Luo Mai). A noter tout de même que Nguyen Van Nghi en 1986 dans la Revue Fran­çaise de Médecine Traditionnelle Chinoise reprend la traduction du Su Wen et retraduit le terme par Luo Mai (38).

De ce fait, qu’en est-il du traitement de Chamfrault et de Nguyen Van Nghi? En cas de plénitude du M.T.M., on devait disperser l’énergie per­verse au niveau des points douloureux du M.T.M. et tonifier le méridien principal. En cas de vide du M.T.M., c’est l’inverse: moxer les points douloureux (points Ashi) du M.T.M. et disperser le méridien principal.

        Et bien, à notre avis, il semblerait que l’erreur de traduction ne modifie pas réellement le traitement des Jing Jin.

En effet, on peut considérer que les énergies perverses attaquent l’épi­derme, la chair et les muscles, protégés par l’ énergie Wei, énergie de défense.

« Le Wei est l’ardeur des aliments, il est d’une nature trop fluide pour être contenu dans les vaisseaux, aussi circule-t-il dans la peau et entre les fibres de la chair… » (Su Wen chapitre43: les « Bi ») (18).

            « Quand l’énergie perverse attaque l’épiderme, le malade ressent des frissons, les pores de sa peau s’ouvrent. Quand elle atteint les vaisseaux secondaires, ceux-ci se mettent en plénitude et la couleur de l’épiderme change, Cette énergie perverse peut se localiser dans les muscles et dans les os, Si l’énergie perverse est de nature Inn, il y a spasmes aux muscles et douleurs aux os ; si elle est de nature Yang, les muscles sont relâchés et la chair est comme fondue (atrophiée), Ce n’est qu’au moment où les énergies long et  sont affaiblies que l’énergie perverse peut atteindre les entrailles ou les organes « . (Su Wen, chapitre 56 : « l’épiderme « ) (5).

De ces citations, on peut en déduire que tout d’abord l’énergie Wei circule bien dans les zones tendino-musculaires et les territoires cutanés (Pi Bu). Par ailleurs, le Xie peut attaquer les Pi Bu et en même temps le muscle, les os… De ce fait, cela entraînera une plénitude de l’épiderme et du muscle sous-jacent, associée à un vide du méridien intéressé.

Puis, on peut très bien concevoir qu’avec le temps, l’affaiblissement de l’énergie Wei provoque un passage du Xie dans le méridien principal y occasionnant une plénitude associée à un vide du territoire cutané et de la zone tendino-musculaire, ceci se faisant, bien-sûr, par l’intermédiaire des fameux vaisseaux secondaires, les Luo Mai.

« L’énergie perverse pénètre en premier lieu dans les méridiens tendino-musculaires qui sont les plus superficiels des méridiens. Elle gagne ensuite des points Ting, qui sont des points de Grande Réunion des Éner­gies Inn et Yang (Nei King) sur les méridiens Principaux. Elle passe ensuite aux points lu qui correspondent à l’énergie extérieure. C’est à ces points lu que l’on peut toucher l’Énergie perverse… » (6).

         Ainsi donc, de nombreux auteurs préconisent de puncturer les points Ting et Idans toutes les atteintes par le Xie.

         Notons que le point Ting est le point de départ de l’énergie Wei dans les Jing Jin. C’est aussi un « carrefour de l’énergie » Yin et Yang (35),

Le point lu est le  » point d’embarquement de l’Énergie perverse  » (6) et doit être utilisé dans les maladies des articulations, des os et des muscles (35),

          » Quand un Muscle ou un Os est atteint par l’Énergie perverse, on dit que l’affection se trouve dans le Yang de Inn. Il faut puncturer les points King et les points lu des méridiens Yang ou Inn « .

« Quand une entraille est atteinte par l’Énergie perverse, on dit que l’affection est dans le Yang de Inn. Il faut puncturer les points Ho des Méridiens Yang  » (6).

Les points King ont un rôle considérable dans le traitement des affec­tions liées au Xie. Chamfrault insiste sur leurs rôles de débarquement de l’énergie perverse (6).  » C’est le point de concentration et d’arrêt de l’éner­gie » pour Nguyen Tai Thu (35).

«  Le point King attire l’Énergie perverse vers le passage dans un méridien principal dont le point Iu, de son côté, assure la dispersion » (6).

Enfin les points Ho sont les points d’entrée et de sortie de l’Énergie. Ils permettent de relier l’Intérieur à l’Extérieur.

Selon la loi des 5 éléments, le point Ho va correspondre à l’humidité pour les méridiens Yang. Le puncturer permettra d’évacuer cette énergie perverse, tout comme le point Iu le fera pour les méridiens Yin.

Par ailleurs, n’oublions pas que pour les méridiens Yang, les points Iu sont des points ,  « vent » qui permettent de chasser l’humidité en utilisant le cycle de domination (Ko).

        Pour être complet dans le traitement des Jing Jin, il nous faut parler de leurs zones d’union.

        En effet, les Jing Jin sont reliés par trois, selon leur nature et leur topographie.

        Ainsi la réunion des trois Jing Jin des méridiens Yang des membres inférieurs est située au niveau de l’os malaire, au point 18 IG.­

        La réunion des trois Jing Jin des méridiens Yang des membres supé­rieurs est le 13 VB.

Le 3 VC est la réunion des Jing Jin des méridiens Yin des membres inférieurs. Enfin, le 22 VB est celui des trois Yin des membres supérieurs.

Le Ling Shu (2) ne parle pas de ces zones d’union. On peut alors se référer au Zhen Jiu Jia Yi Jing de Huangfu Mi : « Le tendon du Taiyang de pied commence au petit orteil… et descend se nouer à la pommette…  » ; « Le tendon du Shaoyang de pied commence sur le quatrième orteil… et monte se nouer à la pommette…  » ;  » Le tendon du Yang Ming du pied commence au troisième orteil… arrive au creux sus claviculaire et s’y noue, monte au cou et des deux côtés de la bouche, s’unit aux pommettes… » (16).

On remarque qu’à chaque Jing Jin d’un méridien Yang du membre inférieur, correspond une intersection commune avec les deux autres Jing Jin de la même catégorie; dans le cas présent, la pommette avec le point 18IG.

        Notons également que les textes vont notifier une intersection à tous les autres zones tendino-musculaires.

L’intérêt de puncturer les points de réunion est de stopper l’énergie perverse et de l’empêcher de gagner les deux autres zones tendino-­musculaires couplées.

        En conclusion, le traitement des Jing Jin peut se résumer par les tableaux ci-dessous:

Plénitude de la zone tendino-Musculaire
1) piquer le point de tonification du méridien principal.
2) piquer le point Ting.
3) piquer le point lu.
4) piquer – le point King si le Jing Jin est de nature Yin,
– le point Ho si le Jing Jin est de nature Yang.
5) piquer le point de réunion des Jing Jin.
6) disperser les points «  » Ahshi ‘ » de la zone douloureuse.
 
Vide de la zone tendino-musculaire
1) piquer le point de dispersion du méridien principal.
2) piquer le point Ting.
3) piquer le point lu.
4) piquer – le point King si le Jing Jin est de nature Yin,
– le point Ho si le Jing Jin est de nature Yang.
5) piquer le point de réunion.
6) moxer les points « ‘ Ahshi » de la zone douloureuse.

IV) Les Jing Bie

Les 12 Jing Bie, encore dénommés méridiens distincts partent des 12 méridiens principaux au niveau d’une grosse articulation et offrent une liaison avec la profondeur, entraille ou organe.

Ils assurent donc une liaison surface-intérieur (Biao/Li) et sont décrits par couple.

Le chapitre XI : « Les méridiens et les vaisseaux secondaires  » du Ling Shu ainsi que le chapitre LXIII; « piqûres fausses  » du Su Wen leur sont entièrement consacrés et décrivent les trajets superficiels et profonds ainsi que leurs symptomatologies et leurs traitements (5, 18).

On pourra ainsi constater que quatre méridiens distincts ont des tra­jets superficiels très courts; les Jing Bie d’Intestin grêle, de Coeur, de Maître du coeur et de Poumons.

« Le méridien de Chéou Taé Inn (poumons) -Son vaisseau annexe part du point Iuann lé 22 VB et rentre dans les poumons à ce point. Des poumons, il s’intègre dans le méridien de Taé Yang, remonte à la clavicule, suit la gorge et se relie à Yang Ming » (Ling Shu) (5).

De ce fait, on ne connaît pas de symptomatologie propre pour ces quatre méridiens distincts à trajet essentiellement interne. Les symptômes sont ceux des méridiens principaux.

Par contre, les huit autres ont des manifestations pathologiques intermittentes, unilatérales à type de syndrome douloureux associé à des signes d’atteinte de l’organe ou de l’entraille correspondant.

« Quant le Xie est installé parmi les viscères, une douleur suit le trajet du vaisseau de celui qui est atteint. Si le mal est épisodique, on fait la piqûre Miu (sur le point Jing) au-dessus de l’angle du pied ou de la main corres­pondant au vaisseau du viscère malade». (Su Wen, chapitre 63 : « de la piqûre Miu »). (18).

Le traitement des Jing Bie peut faire l’objet d’une controverse.

          En effet, d’après Chamfrault et Nguyen Van Nghi, le terme « vaisseau secondaire » doit être traduit par « Méridien distinct » (6). Ainsi la citation précédente issue cette fois-ci du tome VI devient: « , Si l’énergie perverse se loge dans un des cinq organes, la douleur peut suivre le trajet du méridien principal ou du vaisseau secondaire (méridien distinct). Il faut bien recon­naître le caractère intermittent de la maladie et savoir employer le procédé du traitement à l’opposé » (6).

Selon le Zhen Jiu Jia Yijing de Huangfu Mi, chapitre: « La piqûre Miu » traduit par Milsky et Andrès (17), les vaisseaux secondaires représen­tent les vaisseaux Luo (Luo Mai). Même chose pour Husson qui appelle les vaisseaux secondaires,  » vaisseaux de liaison  » ou  » grandes liaisons  » selon le cas (18).

Ainsi donc le traitement de la piqûre Miu que Chamfrault et Nguyen Van Nghi appliquaient pour les Jing Bie serait en fait un des traitements des vaisseaux Luo.

         On peut alors se poser la question de savoir s’il n’y a pas incohérence dans la traduction des termes Luo et Bie.

Effectivement Auteroche et Navailh appellent les grosses ramifica­tions  » Bie Luo  » alors que les petites ramifications sont nommées  » Fu Luo  » et « Sun Luo « , tout en les différenciant des Jing Bie (2).

Le Zhen Jiu Jia Yi Jing, chapitre 1 du tome 2, reprenant intégralement le chapitre 10 du Ling Shu va décrire tous les vaisseaux Luo et ceux-ci seront dénommés Luo Bie (15). Ce chapitre décrit également le trajet des méri­diens distincts et les appellent « Bie » !!! Une note mettra toutefois le lecteur en garde contre les confusions.

Un autre auteur Ming Wong, dans sa traduction du chapitre 10 du Ling Shu fera d’ailleurs l’amalgamme en parlant de : Vaisseau secondaire Luo ou  » méridien distinct « . Dans le texte, il traduira d’autre part le terme  » vaisseau secondaire  » de Chamfrault par  » embranchement distinct « . Dans le chapitre Il du Ling Shu, Ming Wong reprend le terme « méridien distinct », en parlant cette fois-ci des Jing Bie (27).

        Comme nous le constatons, rien n’est simple et les termes varient beaucoup selon les auteurs.

        Giraud et Lafont, pour leur part, considèrent que l’utilisation thérapeu­tique de la piqûre à l’opposé concerne les affections d’origine externe locali­sées en Biao, c’est-à-dire dans les  » grandes liaisons « , sans atteinte du méri­dien principal (11,21).

Il semble donc que les Vaisseaux secondaires sont réellement des vaisseaux Luo. De ce fait, le traitement des Jing Bie par la piqûre Miu préconisée par Chamfrault et Nguyen Van Nghi est-il erroné? Ne s’agit-il pas uniquement d’un traitement des vaisseaux Luo ?

Oui et non, serait-on tenté de répondre. Ainsi Kespi prétend que les Jing Bie n’ont ni symptomatologie, ni traitement (19). Cependant les méri­diens distincts ne sont-ils pas couplés en Biao/Li? N’assurent-ils pas une régularisation entre le méridien principal et la profondeur? Or notons que les vaisseaux Luo ont également des connexions viscérales (Lo longitudi­nal), et des connexions avec le méridien couplé (Lo transversal).

« Les Jing Bie relient les organes et les textures du corps, au sens histologique, que n’atteignent pas les trajets des Jing Mai. Ils complètent l’action des Jing Luo, ils renforcent et harmonisent dans l’intervalle médian des méridiens ce système de liaison et de libre communication entre inté­rieur et extérieur… » (29).

D’autre part la symptomatologie des vaisseaux Luo décrite dans le chapitre X du Ling Shu est différente de celle du chapitre 63 du Su Wen; tout en ayant malgré tout quelques similitudes, qui s’expliquent par leur même action physiologique:

 Chapitre X Ling ShuChapitre LXIII Su Wen
Méridiens(Chamfrault, Milsky & Andrès)(Chamfrault, Milsky & Andrès)
Poumonplénitude: paume des mains 
 très chaude 
 vide: bâillement, toux, 
 pollakiurie 
 traitement: 7 P 
Cœurplénitude: gêne au 
 diaphragme 
 vide: ne peut pas parler 
 traitement: 5 C 
Maître du cœurplénitude: chaleur au cœur 
 vide: raideur du cou 
 traitement: 6 MC 
 Chapitre X Ling ShuChapitre LXIII Su Wen
Méridiens(Chamfrault, Milsky & Andrès)(Chamfrault, Milsky & Andrès)
Intestin grêle     plénitude : gêne aux articulations du coude et de l’épaule
vide : boutons au niveau de la peau
traitement: 7 IG
  
  
  
  
  
  
Gros intestinplénitude : odontalgie, douleurs aux gencives,
surdité vide : sensation de froid aux gencives et aux dents
traitement: 6 GI     
– dyspnée, côtés gonflés,
 douleur à la poitrine
 traitement: 1 GI + Il P côté
 opposé 
 – surdité par intermittence,
 acouphènes 
 traitement: 1 GI côté opposé
 9 MC côté opposé
 – odontalgie 
 traitement: à l’opposé
Triple réchauffeurplénitude : contracture du coude
vide : articulation du coude relâchée
traitement: 5 TR   
angine, langue rentrée,
 révulsée, bouche sèche,
 malaise au cœur, douleur à la
 partie externe du bras
 empêchant la main d’être
 portée à la tête.
 traitement: 9 MC + 1 TR
 côté opposé 
Vessieplénitude : nez bouché, douleurs à la tête et au dos
vide : épistaxis
traitement: 58 V
– douleurs aux épaules, au cou,
 à la tête, spasmes musculaires
 au dos et aux côtés du corps.
 traitement: 67 V côté opposé
Vésicule Biliaireplénitude: jambes glacées vide : jambes paralysées, le malade ne peut pas marcher
traitement: 37 VB
– douleurs aux côtés du
 thorax, difficulté à respirer,
 toux, transpiration.
 traitement: 44 VB côté
  opposé 
  – douleurs à l’articulation de la
  hanche 
  traitement: 30 VB
 Chapitre X Ling ShuChapitre LXIII Su Wen
Méridiens(Chamfrault, Milsky & Andrès)(Chamfrault, Milsky & Andrès)
Estomacperturbation énergétique : angine, le malade devient muet
plénitude : folie
vide : articulations des jambes relâchées ou décharnées
traitement: 40 E
épistaxis, rhinorrhée, froid aux
 dents du maxillaire supérieur
 traitement : 45 E + 44 E côté
 opposé
  
  
  
Rate Pancréasperturbation de l’énergie : troubles intestinaux comme dans le choléra
plénitude : douleurs dans les intestins, douleurs dans tout le corps (grand Lo)
vide : gonflement intestinal,
articulations relâchées (grand Lo)
traitement: 4 RP ou 21 RP(grand Lo)
douleurs à la région rénale,
 irradiant au bas ventre et aux
 côtés du corps empêchant de
 se renverser en arrière.
 traitement: 2 VG ou 34 V
  
  
  
  
  
  
Reinsperturbation de l’énergie : malaise à la poitrine
plénitude: ne peut aller à la selle, ni uriner
vide: douleurs dans la région rénale
traitement: 4 R
– douleurs au cœur,
 gonflement à la poitrine et
 aux côtés.
 traitement: 2 R
 – angine avec gêne pour
 avaler, se met en colère sans
 raison
  traitement: 1 R des 2 côtés
Foieperturbation de l’énergie : scrotum brutalement enflé
plénitude : allongement du scrotum et verge
vide : démangeaisons au scrotum
traitement: 5 F
douleur brutale aux parties
 génitales ou hernie
 traitement: 1 F côté opposé
  
  
  
  
  pour tous les méridiens ayant
  symptomatologie
  Douleur intermittente suivant
  le trajet du «  » Vaisseau
  secondaire » ou du méridien.
  traitement: point Ting côté
  opposé + point Ashi.

 A la lecture du tableau, on constate que la symptomatologie décrite dans le Su Wen est suffisamment différente de celle du Ling Shu pour considérer que la piqûre Miu peut éventuellement s’appliquer aux Jing Bie, ou du moins, s’appliquer à ces maladies irrégulières (Ji Bing) maladies douloureuses unilatérales, d’origine externe, et sans atteinte du méridien proprement dit.

        Ne peut-on donc alors penser que les Ji Bing sont la traduction clinique de la symptomatologie des Jing Bie?

Bref,  » vaisseau secondaire » peut être synonyme de  » grande liaison « , de « Luo Mai « , mais aussi dans le cas du chapitre 63 du Su W en, de « Jing Bie ».

Le rôle des Jing Bie, chargés également d’énergie Wei, énergie de défense, est de permettre au même titre que les Jing Jin de lutter contre les énergies perverses. Mais à la différence des Jing Jin, qui ont un trajet superficiel, les méridiens distincts pénètrent dans les entrailles ou les organes.

Comme les Jing Jin, les méridiens distincts commencent donc aux extrémités ou plutôt au niveau des grosses articulations (genou, hanche, épaule), circulent dans la profondeur, et se terminent tous à la tête, dans les méridiens Yang. De là, existent des branches secondaires qui se croisent au sommet du crâne au point 20 VG (Baihui), encore appelé « Cent réunions « .

L’étude des trajets des Jing Bie permet de déduire les zones de réunion qui unissent un méridien distinct Yang à un méridien distinct Yin, mais aussi à un ou deux méridiens principaux Yang. On aura ainsi deux zones d’union, jonctions inférieures et supérieures:

 JonctionJonction
Jing Bieinférieuresupérieure
Rein – Vessie40V10V
Foie – Vésicule Biliaire2RM1VB
Estomac – Rate Pancréas30E1E
Intestin grêle – Coeur1C1V
Triple Réchauffeur – Maître Coeur 16TR
Gros intestin – Poumon 18GI

 Il est donc intéressant de constater que tous les méridiens Yin ou Yang se terminent, selon Chamfrault, au niveau de la tête ou du cou, et que d’autre part, le 20 VG est le point de passage obligé de la circulation des méridiens Yang de droite vers les méridiens Yang de gauche, et vice-versa (6).

Le blocage de l’énergie perverse peut se réaliser aussi au niveau des zones de jonction et du point « Cent réunions « . Et si le Xie n’est pas chassé d’un méridien distinct, il passera automatiquement dans l’autre opposé.

D’où la technique du traitement à l’opposé qui utilise les deux points Ting du couple gauche de Jing Bie, si l’atteinte est à droite. Piquer les points Ting à l’opposé permet d’une part, de rétablir l’équilibre des deux parties du corps droite et gauche, par la circulation organes­entrailles; d’autre part, d’attirer l’ énergie Wei dans le méridien distinct perturbé, afin de combattre le Xie situé en profondeur.

        Il faudra rajouter les points lu à piquer de chaque côté (voir explication au chapitre précédent).

En outre les points de tonification du méridien principal et de son méridien couplé seront piqués du côté atteint. En effet, le Jing Bie étant en excès, le méridien principal se retrouve en déficit énergétique.

        Enfin, ne pas oublier de disperser l’énergie perverse superficielle aux points Ahshi.

        En conclusion, voici le tableau récapitulatif du traitement des Jing Bie. 

Traitement d’une attaque de Xie dans les Jing Bie
1) piquer les deux points Ting du couple Yin- Yang du côté opposé au
Jing Bie atteint.
2) piquer bilatéralement les points lu du couple des Jing Bie Yin et
Yang.
3) piquer le point de tonification du Jing Bie atteint ainsi que celui du
méridien couplé.
4) disperser les points « Ahshi » au niveau de la zone douloureuse.
5) piquer les points de jonction.
6) piquer le point « cent réunions » : 20 VG (Baihui)

 V) La méthode de Yanagiya Soreï

Appelée aussi technique des 4 aiguilles, la méthode de Yanagiya Soreï autorise une régulation énergétique par l’utilisation du cycle de destruction et celui de génération, en fonction de la règle Mère-Fils.

       Cette méthode conçue par le moine Sa-Am-Do-In au XVIe siècle fut révélée en Occident par Yanagiya (25).

       Elle permet soit de tonifier, soit de disperser un élément selon la loi des 5 éléments (voir chapitre 1 et 2).

Ainsi tonifier un mouvement en vide revient à :

-tonifier le point Penn de la Mère.

-tonifier le point Shu antique correspondant à la Mère sur le mouvement en déficit.

       -disperser le point Penn du mouvement dominateur dans le cycle de destruction, c’est-à-dire la Grand-Mère.

       -disperser le point Shu antique correspondant à la Grand-Mère sur le mouvement en vide.

       De la même façon, la plénitude d’un mouvement sera dispersée en suivant la procédure suivante :

       -tonifier le point Penn du mouvement dominateur dans le cycle de destruction (Ko), c’est-à-dire la Grand-Mère.

       -tonifier le point Shu antique correspondant à la Grand-Mère sur le mouvement en excès.

-disperser le point Penn du fils.

-disperser le point Shu antique correspondant au Fils sur le mouvement en plénitude.

       Le tableau suivant nous donne la liste complète des points utilisés grâce à la méthode de Yanagiya Soreï :

Méridiensen videen plénitude
 tonifierdispersertonifierdisperser
Foie10 R 8 F8P 4F8P 4F8C 2F
Vésicule-Biliaire66V 43VB1 GI 44VB1 GI 44 VB5 GI 38 VB
Coeur1F 9C10R 3C10R 3 C3RP 7C
Intestin grèle41VB 3IG66V 2 IG66V 2 IG36E 8IG
Maître du coeur1 F  9 MC10R 3MC10R 3MC3RP 7MC
Triple réchauffeur41VB 3TR66V 2TR66V 2TR36E l0TR
Rate-Pancréas8C2RP1F 1RP1F 1RP8P 5RP
Estomac5 IG 41 E41VB 43E41VB 43E1 GI 45 E
Poumon3RP 9P8C 10P8C 10P10R 5P
Gros intestin36E 1l GI5 IG 5 GI5 IG 5 GI66V 2GI
Rein8P 7R3RP 3R3RP 3R1F 1R
Vessie1 GI 67V36E 40V36E 40V41VB 65V

VI) Le logiciel

Le logiciel est écrit en Turbo Basic Borland. Celui-ci est un compilateur puissant qui permet d’obtenir un logiciel directement exécutable et très rapide sans utiliser l’interpréteur Basic. De ce fait, après la compilation du programme source, il suffit de taper le nom du logiciel, en l’occurrence «  » ZIWU.EXE « , et l’exécution est immédiate.

Vous pouvez le télécharger immédiatement

VII) Analyse et commentaires

      -heures

        Il s’agit tout d’abord de sélectionner l’heure d’été ou d’hiver. L’heure d’été est en avance de deux heures par rapport à l’heure solaire; l’heure d’hiver l’est d’une seule.

Or toutes les heures correspondant aux branches terrestres sont indi­quées en heures solaires et non occidentales. Il convient donc d’effectuer la sélection afin que l’ordinateur en fasse la correction.

-Saison

        Le logiciel recherche automatiquement l’heure et la date du jour. Ne pas oublier donc, chez les ordinateurs dont l’horloge n’est pas sauvegardée à la fin de la session, de notifier la date et l’heure à chaque mise sous tension.

Puis la saison sera indiquée au milieu de la première ligne.

Selon le calendrier, le printemps débute le 21 mars, l’été le 21 juin, l’automne le 23 septembre et l’hiver le 22 décembre.

Or la médecine traditionnelle chinoise décrit 5 saisons, ou du moins, 4 saisons et une 5e saison complémentaire.

Dans le Su Wen chapitre 29 « du Tai Yin et du Yang Ming « , Huang Di demande: « Pourquoi la Rate n’a-t-elle pas la souveraineté d’une sai­son? « . Qi Bo répond:  » La Rate est Terre, elle gouverne le Centre. En toute saison elle est « ‘ soutien de famille  » pour les 4 autres viscères qui lui délè­guent chacun 18 jours de commandement. Elle n’a donc pas de saison propre… » (18).

Il apparaÎt donc que la cinquième saison est constituée de 4 périodes intermédiaires de 18 jours se situant entre les quatre saisons, centrées sur les équinoxes et les solsticesEt pourtant le chapitre 9 du Su W en nous donne une autre interprétation.

« Le printemps prévaut sur « ‘l’été de croissance » (Zhang Xia -6e mois), celui-ci prévaut sur l’hiver, l’hiver sur l’été, l’été sur l’automne et l’automne sur le printemps. Tel est le cycle des prédominances des saisons conformément aux 5 éléments donc chacun commande un viscère » (18).

Notons que le sixième mois du calendrier chinois correspond à la période du 7 juillet au 7 août. Ainsi la cinquième saison semble être à ce niveau qu’une seule période se situant entre l’été et l’automne, bref la fin de l’été, ou le fameux « été indien » pour les Nord-Américains.

         Une étude faite par Choisnel et Dinouart a permis d’avancer des arguments solides en faveur de la seconde hypothèse (7).

Ainsi selon eux la cinquième saison, associée à l’humidité, coïncidant avec le maximum du contenu en vapeur d’eau de l’atmosphère se situe au mois d’août. Par ailleurs, est préconisée l’idée de centrer les saisons hiver et été sur les solstices, et non de les y faire débuter. D’autre part, il faut tenir compte de « l’inertie thermique de l’atmosphère » qui entraîne un décalage de 3 semaines par rapport au début de la saison du calendrier astronomique.

En conclusion, les saisons météorologiques peuvent se définir de la façon suivante:

-printemps: du 1er mars au 31 mai

 -été: du 1er juin au 31 juillet

-5e saison: du 1er août au 31 août

 -automne: du 1er septembre au 30 novembre

 -hiver: du 1er décembre à la fin février.

Le logiciel a donc été conçu sur ces bases

 -Thérapeutique

Après avoir choisi le méridien à soigner, il vous faudra sélectionner la technique de traitement, soit par les Jing Jin, les Jing Bie ou la méthode de Yanagiya Soreï.

On vous demandera ensuite s’il y a une atteinte en vide, en plénitude, ou une atteinte droite, gauche. A partir de là, la thérapeutique complète vous sera proposée.

En fait l’ordinateur aura calculé, puis comparé de nombreux paramètres en fonction de la technique employée.

 * Yanagiya Soreï

Dans la méthode de Yanagiya Soreï, les 4 points tonifiants et disper­sants seront comparés aux points de tonification et de dispersion saisonniers.

        Si le point tonifiant ou dispersant est identique au point saisonnier, le programme le notifiera en marquant  » tonification ou dispersion maximale « .

        Par contre, si le point tonifiant se retrouve être un point saisonnier dispersant, et vice-versa, sera alors noté:  » Action nulle « ‘. En effet un point ne peut être à la fois tonifiant et dispersant.

        Le programme aura alors à cœur de déterminer un point de remplacement.

        Puis après cette première phase, les 4 points de Yanagiya seront comparés à nouveau avec les 2 points horaires, actifs à l’heure de la consultation.

S’il y a intersection entre un point horaire tonifiant et le point tonifiant de Yanagiya, alors apparaîtra en exergue la phrase « tonification horaire maximale « . Même principe pour le point dispersant.

* Jing Jin et Jing Bie

Lors d’un vide d’une zone tendino-musculaire, il s’agit de piquer le point de dispersion du méridien principal en excès. Le programme va rechercher le point saisonnier dispersant, puis les points horaires.

Plusieurs cas de figures vont se présenter:

1er cas: le point saisonnier est identique au point dispersant classique.

L’action est alors optimale.

         2e cas: le point saisonnier dispersant correspond au point de tonifica­tion de l’élément.

         De ce fait, l’action est nulle.

3e cas: le point saisonnier dispersant correspond au point horaire dispersant selon la théorie du Zi Wu Liu Shu. On aura alors une dispersion horaire maximale.

Dernier cas: le point saisonnier dispersant est égal au point horaire tonifiant. L’action sera nulle et un point de remplacement apparaîtra.

La même méthode sera appliquée à une plénitude de Jing Jin.

En cas d’atteinte des Jing Bie, l’algorithme sera identique mais appli­qué au couple des Jing Bie.

-points de remplacement

        Le problème du choix à remplacer les points de tonification ou de dispersion ayant une action nulle peut être résolu par les points Mu (Mo) et les points Beishu (Shu du dos).

Ne pas les remplacer revient à utiliser une autre méthode ou effectuer un traitement déséquilibré. La technique la plus judicieuse lors des atteintes internes ou profondes est l’application des points Shu-Mu. Or, n’oublions pas que le Xie en franchissant les barrières des Jing Jin et des Jing Bie entraîne une attaque du méridien principal puis de l’organe ou de l’entraille.

De ce fait, il est tout à fait concevable de tonifier le méridien principal, ou selon le cas, de le disperser, en puncturant l’un de ces points.

– les points Beishu ou points d’assentiment Shu

        Le chapitre LI du Ling Shu : « les points Iu d’organes » : « Si vous appuyez du doigt sur ces points, la douleur siégeant à l’organe correspon­dant est immédiatement soulagée. Il ne faut jamais puncturer ces points, qu’il y ait plénitude ou vide, il faut faire uniquement des moxas… il ne faut, en aucun cas, puncturer ces points, surtout Ka Iu 17 V, car on risque de

blesser l’organe qui lui correspond et l’on épuise l’énergie du malade » (5).

        La citation est donc formelle, les points Beishu ont une action disper­sante. Mais est-il cependant possible de les puncturer ?

        Reprenons alors le chapitre X du Su Wen : « Ce que commandent les cinq organes » : « Il y a douze points d’assentiment lu. Tous ces points correspondent à l’énergie de l’extérieur, et c’est à ces points que l’on trou­vera l’énergie perverse du dehors, d’où on pourra la chasser avec des aiguilles d’acupuncture » (5).

Pas de doute, les points Beishu sont des points « puncturables « , dis­persant l’énergie perverse. Notons d’ailleurs que c’est une des voies préfé­rentielles de pénétration du Xie.

A ce titre les points Beishu gèrent les rapports de l’organisme avec l’extérieur et permettent de traiter les états pathologiques de type plénitude (14).

Le tableau ci dessous les récapitule.

 Points BeishuPoint Mu
Méridiensassentimenthérauts
Foie18V14F
Vésicule-Biliaire19V24VB
Coeur15V14VC
Intestin Grêle27V4VC
Maitre du coeur14V17VC
Triple réchauffeur22V5VC
Rate Pancréas20V13 F
Estomac21V12VC
Poumon13V1P
Gros intestin25V25 E
Rein23V25VB
Vessie28V3VC


 – les points Mu ou points hérauts

Les points Mu, ou devrait-on dire plutôt point Mo, sont décrits partiel­lement dans au moins sept chapitres du Nei Jing. Tous situés sur le ventre ou le thorax, ils ont le sens de  » rassemblement « , mais également celui de  » tenture » (9).

Comme pour les points Beishu, ils sont à utiliser pour combattre les déséquilibres internes (entrailles-organes). Par ailleurs selon Soulié de Morant (31), les points Mu sont recommandés dans toutes les insuffisances d’énergie originelle. Faubert les compare à des robinets que l’on ouvre lorsque l’on veut renforcer un méridien carentiel (8). Luong a étudié la symptomatologie des points et en a conclu que l’atteinte de ces points donnait l’impression d’insuffisance, de blocage par non distribution du Qi. Le 17 VC (Shan Zhong) présente ainsi dans les indications: oppression, asthme bronchique; le 13 F (Zhangmen) : diarrhée, météorisme, douleurs de la région des côtes; le 14F (Qimen) : douleur de poitrine, pleurite, douleur des hypocondres; le 25 E (Tianshu) : paralysie des muscles abdo­minaux, gastro-entérite aiguë ou chronique… etc. (24).

On peut utiliser les points Mu non seulement pour traiter les affec­tions internes mais aussi les affections en surface en relation avec les organes ou les entrailles correspondants. Leur fonction est donc tonifiante.

Pour terminer, notons que pour Soulié de Morant le méridien Maître du Cœur ne possède pas de point héraut. Par contre existent un point Mu des organes sexuels le 15VC et celui des vaisseaux: le 6VC (31).

Cependant la plupart des auteurs considèrent le 17 VC, héraut du méridien Maître du Cœur.

En conclusion, les Beishu sont des points à utiliser en remplacement de ceux de dispersion car ils traitent des symptomatologies de type pléni­tude le plus souvent consécutives à une agression extérieure (Xie). Par contre, les points Mu remplaceront sans dommage les points de tonifica­tion du fait de leur action dans les tableaux d’insuffisance et de vide d’énergie.

 VIII) Conclusion

Au terme de ce travail, il est satisfaisant de constater le rendement remarquable du programme informatique dans la recherche des points ayant une efficacité optimale pour la tonification ou la dispersion.

Cependant, plusieurs problèmes sont apparus qui objectivent fort bien les ambiguïtés considérables de la Médecine Traditionnelle Chinoise. De nombreux ont été résolus. D’autres peuvent être encore source de polémique.

Ainsi le terme même de  » vaisseau secondaire » sera traduit par méri­dien tendino-musculaire dans certains chapitres du Su Wen ou du Ling Shu; ailleurs, le terme aura la signification de vaisseau Luo et enfin dans d’autres chapitres, il s’agira des Jing Bie.

Il nous semble évident que les erreurs de traduction initiales peuvent engendrer une approche différente quant à la thérapeutique.

Pourtant tout cela ne doit pas nous détourner du but réel de l’acupunc­ture, à savoir soulager le patient. Et dans cet esprit, l’informatique est une aide précieuse, permettant à l’acupuncteur de se consacrer entièrement à son malade, car le libérant des difficiles contingences de raisonnement.


Bibliographie :

   1) Académie de Médecine Traditionnelle Chinoise (Pékin) : Précis d’acupuncture chinoise. Dangles, Saint-Jean-de-Braye, 1977.

2) Auteroche B., Navailh P. : Le diagnostic en médecine chinoise. Maloine, Paris, 1983.

3) Bargeton Y., De L’Homme G. : Dictionnaire d’expressions techniques en médecine traditionnelle chinoise, Institut de médecine chinoise de Gong dong. Rev. fr. d.acup.,       A.F.A., Paris, 1987, 50, 61-71.

4) Borsarello J. : Acupuncture. Masson, Paris, 1981.

5) Chamfrault A. : Traité de médecine chinoise: Les livres sacrés de médecine chinoise., tome 2, éd. Chamfrault, Angoulême, 1981.

6) Chamfrault A., Van Nghi N. : Traité de médecine chinoise: L’énergétique humaine en médecine chinoise. tome 6, éd. Chamfrault, Angoulême, 1981.

7) Choisnel E., Dinouart P. : A propos de la cinquième saison chinoise: Premiers éléments de réflexion. Méridiens, 1986, 73-74, 125-139.

8) Faubert A. : Traité didactique d’acupuncture traditionnelle. Trédaniel, Paris, 1977.

9) Franzini S. : Points Mu, points tenture. Rev. fr. d’acup., 1986,48,63-67.

10) Gaurier T. : Bioclimatopathologie en acupuncture. Méridiens, 1979, 1981, 45-46, 55-56,53-112,13-57.

Il) GiraudJ.-P., LafontJ.-L. : Principes de la piqûre à l’opposé. Méridiens, 1984,65-66, 89-103.

12) Gourion A. : Les rythmes bio-énergétiques. Mensuel du méridien acupuncteur, 1976­,1977, n° 40, 41, 42, p. 41-52, 52-65,67-78.

13) Guillaume G., Mach Chieu : Rhumatologie (2 volumes). La Tisserande, Paris, 1990.

14) GuilleminotJ.-C.: Étude des points Beishu et Mo (assentiments et Hérauts). Mémoire    D.I.U., Montpellier, 1988.

15) Huangfu Mi, Milsky C, Andres G. : Zhen jui jia yi jing, Les douze méridiens, Luo et branches distinctes. Rev. fr. d’acup., 1986,45,43-66; 46, 53-68; 47, 51-60.

16) Huangfu Mi, Milsky C, Andres G. : Zhen jui yi jing, Les tendons des méridiens. Rev.  fr. d’acup., 1987, 50, 45-60.

17) Huangfu Mi, Milsky C, Andres G. : Zhen jui jia yi jing, La piqûre Miu. Rev. fr. d’acup., 1990, 64, 49-60.

18) Husson A. : Huang Di Nei Jing Su Wen. éd. A.S.M.A.F., Paris, 1973.

19) Kespi N., KespiJ.-M. : Fondements de la physiologie traditionnelle chinoise. Encycl.   Méd. Nat., Paris, 1989, IA-4a, 1-29.

20) LafontJ.-L., GiraudJ.-P., Taillandier J. : Les muscles et les méridiens. Rev. fr. d’acup., 1986,46,17-31.

21) LafontJ.-L.: Pratique acupuncturale. Grands principes thérapeutiques. Encycl. Méd.Nat., Paris, 1989, IA-8a, 1-11.

22) Lara J. : Les problèmes musculaires traités dans le So-Ouenn. La rev. fr. de méd. trad. chin., 1987, 122, 154-163.

23) Lebarbier A. : Acupuncture pratique. Maisonneuve, Moulin-les-Metz, 1975.

24) Luong J.-C. : Les points Mu. Mémoire de l’A.F.A., Paris, 1989.

25) Mary M., Bibault F. : Technique de Yanagiya et théorie des points saisonniers, traitement informatique. Méridiens, 1983, 63-64, 79-92.

26) Mary M. : Points dits ..ouverts » et traitement informatique. Méridiens, 1988, 83, 45-59. 27) Ming Wong : Ling Shu, base de l’acupuncture traditionnelle chinoise. Masson, 1987. 28) Mrejen D. : L’acupuncture en rhumatologie, Techniques traditionnelles, Bases scientifiques. Maloine, Paris, 1982.

 29) Oury C. : Essai sur les Jing Bie. Rev. fr. acup., 1986,45,7-15.

30) Simatos, Salva M.-E. : Réflexions sur l’existence des méridiens tendino-musculaires,   contrepoint, Bulletin de la société d’acupuncture et de stimulothérapie de Toulouse.1987, 23, 22-27.

 31) Soulié de Morant G. : L’acupuncture chinoise. Maloine, Paris, 1972.

 32) Sun G. : Clinical and experimental studies in ziwu liushu needling method, com­munication. lIe congrès mondial d’acupuncture. Paris, 5 décembre 1990.

33) Taillandier J. : Les muscles et les méridiens, l’appareil locomoteur. A.F.E.R.A. Nîmes, 1989, 43-61.

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36) Van Nghi N. : Pathogénie et pathologie énergétique en médecine chinoise. Don Bosco, Marseille, 1971.

37) Van Nghi N., Fisch G., KaoJ. : An introduction to classical acupuncture, Amer.Jour. of clin. Med., 1973, 1, 75-83.

38) Van Nghi N. : Dissertation sur les sites et les voies énergétiques, discours sur les territoires cutanés; essai sur les Jingluo. La rev. fr. de méd. trad., 1986, 114, 17-20.

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Stéphan JM. Traitement informatique de la théorie des Zi Wu Liu Zhu associée à celle des points saisonniers. Application aux techniques thérapeutiques des Jing Jin, des Jing Bie et à la méthode de Yanagiya Soreï. Méridiens. 1991;93,15-63.