Dragon et tuile vernissée de la Cité Interdite

Cette tuile vernissée, abandonnée parce qu’elle était ébréchée, provient d’un chantier de réfection de la toiture la Cité Interdite à Pékin, il y a une quinzaine d’années. Le dragon qu’elle représente est au cœur de la mythologie chinoise (mais appartient aussi à un grand nombre de civilisations : celte, grecque, scandinave … par exemple, Siegfried (St Georges) terrassant le dragon. Mais, comparé à celui de la mythologie européenne, ce dragon est pacifique, figurant la force vitale, la création de la nature et la puissance du Ciel. Depuis les Han, il est à la fois le symbole de l’empereur ou du fils du ciel [1].

En comparant la graphie ancienne et complexe  (long, Ricci 7477) à  graphie actuelle, on mesure l’ampleur de la simplification de l’écriture chinoise de l’ère communiste.En Chine, le dragon, « animal fabuleux, génie des eaux et de la pluie », associé au cinquième rameau terrestre (chen), symbolise le yang ( / ) par rapport au yin ( ), le souffle qi ( /) par rapport à l’essence jing (), l’esprit shen () par rapport au corps shen () [2]. Il est aussi le Cinquième animal du zodiaque chinois. Il a un corps de serpent, des écailles et une queue de poisson, des serres d’aigle et des yeux de démon. Celui représenté ici a cinq griffes, signifiant un dragon yang.

Connaissez-vous la légende suivante [3] ? Un peintre dessine sur un mur des dragons sans représenter leurs yeux. Des spectateurs expriment leur étonnement au peintre qui explique que s’il peint les yeux, ils vont s’envoler. Les spectateurs rient devant l’impossibilité pour une peinture de s’envoler. Le peintre obtempère et peint les yeux du premier dragon … qui s’envole.

Patrick Sautreuil

1.  Eberhard W. Dictionnaire de symboles chinois. Paris: Seghers; 1984: 113.
2. Dictionnaire Ricci, Volume IV, Desclée de Brouwer, Paris-Taipei, 2001, page 241 
3. Bellassen J., Zhang P. Perfectionnement à la Langue et à l’Écriture Chinoise, La Compagnie, 1991