Séville et le congrès FILASMA

 

 

Séville est une ville magnifique, dynamique et riche en monuments témoins d’un passé prestigieux : la Giralda, l’Alcazar, la cathédrale, la Torre Del Oro (tour de l’or)...

La photo en couverture est celle de la Plaza d’España, ensemble architectural grandiose construit pour l’Exposition Ibérico-Américaine de 1929. En forme d’hémicycle de 200 m de diamètre, elle s’ouvre, au-delà du Guadalquivir tout proche, vers l’Atlantique et les anciennes colonies espagnoles d’Amérique latine. Des arcades relient le palais central aux deux tours hautes de 80 m qui terminent chaque extrémité de l’édifice. La partie centrale de la plaza est occupée par des canaux et des fontaines.

Ce cliché a été choisi pour les documents FILASMA (Federación Ibero-latinoamericana de Sociedades Médicas de Acupuntura) et pour son VIIème congrès qui s’est déroulé en novembre 2010 à Séville dont nous donnons un compte-rendu dans ce numéro d’Acupuncture & Moxibustion.

 

Patrick Sautreuil

 

Le miroir du yin yang

Cette double spirale en argent est un bijou de l’ethnie dong (). Son nom est yang yin jing (  ), c’est à dire « miroir du Yin Yang ». Cette parure sert de contre-poids aux tabliers - brassières losangiques que portent les femmes de cette minorité du sud de la Chine. Les minorités chinoises ne sont cependant pas un miroir de la majorité han ().

Les peuples de la périphérie de cet immense pays cultivent souvent leurs différences. Pour les Mandchous () qui n’étaient pas des han) de la dynastie Qing (,1644-1911), les barbares crus étaient ceux qui résistaient à l’assimilation et les barbares cuits ceux qui l’acceptaient et s’intégraient. Par rapport à la médecine traditionnelle chinoise, phytothérapie et acupuncture, les médecins des minorités du sud-est du Guizhou sont-ils crus ou cuits? C’est le sujet d’un des articles de ce numéro d’Acupuncture & Moxibustion.

 

Dr Patrick Sautreuil

Photo : Pilar Margarit Bellver

© Acupuncture & Moxibustion 5(3) juin-septembre 2006

Yanagiya Sorei et la Keiraku chiryo

Yanagiya Sorei (1906-1959), photographié devant un temple japonais en 1948 est le fondateur de l’école Keiraku chiryo, encore dénommée thérapie méridienne japonaise. Il s’agit d’un mouvement de «retour aux Classiques » par la pratique clinique moderne [1]. La thérapie méridienne qu’il a créée et développée au Japon à la fin des années 1920, s'appuie sur le Huangdi neijing (dont vous découvrez dans ce numéro le Lingshu 1.1 traduit et analysé par Ernesto Nastari-Micheli, ainsi que la recension de son ouvrage) mais surtout sur le Nanjing, le Classique des difficultés. Elle a pour but de diagnostiquer une atteinte des Cinq Phases (Terre, Métal, Eau, Bois et Feu) grâce à la sphygmologie et le diagnostic abdominal (hara). La palpation des pouls au niveau des six loges du poignet correspondant aux douze méridiens principaux est essentielle au diagnostic. L'objectif est la régulation du qi dans le Méridien atteint.

La sphygmologie du Keirakuchiryo est comme pour celle de George Soulié de Morant décrite plus tardivement dans ses ouvrages [2,3], un élément central du diagnostic, « base unique de la thérapeutique [4]» qui a pour but fondamental de rééquilibrer les pouls. La puncture superficielle des points recherchés par une palpation soigneuse et précise avec des aiguilles guidées très fines permet ensuite le traitement du déséquilibre de la « racine » qui doit précéder le traitement de la « brindille » symptomatique. On doit même en cours et fin de séance objectiver le changement dans la palpation du pouls ou dans le hara. Il faut noter que l’examen de la langue ne fait pas partie des éléments de diagnostic, comme dans la médecine chinoise et que la palpation à la recherche du point d’acupuncture revêt une importance considérable, car celui-ci peut avoir une situation variable [5]. La technique des quatre aiguilles autorise la régulation « énergétique » par l'utilisation du cycle de domination (ke) et celui d’engendrement (sheng), en fonction de la règle Mère-Fils selon la 69ème difficulté du Nanjing. Soit on tonifie, soit on disperse un élément selon la Loi des Cinq Eléments [6,7]. Une autre possibilité de traitement est juste d’utiliser le point Source du Méridien en déficience. Après l’insertion de l’aiguille, l’acupuncteur vérifie le pouls pour observer un éventuel changement positif. Si la réponse est inadéquate, on puncture le point de tonification ou on revient à la technique des quatre aiguilles.

Il est indéniable comme le fait remarquer Johan Nguyen [3] et dont vous lirez la recension de son ouvrage en fin de revue, qu’il existe de nombreuses similitudes entre l’acuponcture française de Soulié de Morant et l’acupuncture japonaise du Keiraku chiryo. D’ailleurs, il est à noter que Yanagiya Sorei fut reçu en France par le Dr André Duron, membre de l’Association Scientifique des Médecins Acupuncteurs de France (ASMAF), émanation des élèves de Soulié de Morant. Il a observé de ce fait la pratique européenne de l’acupuncture et écrivait d’ailleurs : « En Europe, j’ai remarqué une tendance à vouloir voir dans l’acupuncture et la moxibustion quelque chose de mystique. Mais en réalité elles n’ont aucun rapport avec un mysticisme. L’aspect parfois mystérieux de ces disciplines vient de ce que l’être «  vivant » qu’est l’homme auquel elles sont appliquées, est encore loin d’être dépourvu de tout mystère. Ainsi ces disciplines elles-mêmes qui n’ont rien de mystérieux en leur essence peuvent et doivent être l’objet d’études proprement scientifiques.»[5]. Tout un programme qui peut expliquer notre dualité et penser que la Tradition permet à la Modernité de se construire !

 

Jean-Marc Stéphan


1. Stéphan JM. Abrégé de l’histoire de la médecine chinoise. Acupuncture & Moxibustion. 2011;10(2):138-146.

2Soulié de Morant G. Précis de la vraie acuponcture chinoise. 1ère éd. Mercure de France; 1934.

3Soulié de Morant G. L’Acuponcture Chinoise. Tomes I et II. 1ère éd. Mercure de France; 1939-1941.

4. Nguyen J. La réception de l'acupuncture en France - Une biographie revisitée de George Soulié de Morant (1878-1955). Paris: L'Harmattan; 2012.

5Yanagiya Sorei, trad. Mori A. Les points de puncture dans la médecine chinoise, leur nombre et leurs fonctions. Bulletin de la Société d'acupuncture; 1956;21:18-20.

6. Stéphan JM. Traitement informatique de la théorie des Zi Wu Liu Zhu associée à celle des points saisonniers. Application aux techniques thérapeutiques des Jing Jin, des Jing Bie et à la méthode de Yanagiya Soreï. Méridiens. 1991;93,15-63.

7Duron A. Essai sur l’utilisation pratique des points des 5 éléments selon l’ouvrage de Maître Honma. Bulletin de la Société d'Acupuncture. 1961.42:21-54.