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Pourquoi y-a-t-il encore une médecine traditionnelle chinoise et plus de physique traditionnelle chinoise ?

 

Il s’est construit en France le mythe d’une médecine chinoise qui serait une sorte d’antithèse de la médecine occidentale. Ce mythe s’est largement implanté ensuite dans le monde occidental. La conséquence principale est une disjonction avec la science et la fabrication d’un discours fondé sur le présupposé d’une altérité fondamentale, la médecine chinoise étant irrémédiablement ancrée dans l’écriture, la langue et la pensée chinoise. Cette culturisation et déscientifisation ouvre largement la voie à une emprise ésotérique[1]. Un glissement de sens est opéré entre la « médecine traditionnelle chinoise » (MTC) et les « médecines traditionnelles », puis vers les « sciences traditionnelles ». Le glissement se fait sur le terme « tradition » qui dans les trois expressions a des sens différents. Dans MTC, « tradition » est utilisé dans un sens neutre de simple continuité historique[2], dans « médecines traditionnelles » il implique une césure avec la modernité occidentale[3] et dans « sciences traditionnelles » il fait directement référence aux sciences ésotériques et occultes comme l'astrologie, l'alchimie ou encore la magie[4]. Ces « sciences traditionnelles », image inversée de la science moderne n’ont en tant que telles aucune réalité historique ou philologique en Chine comme en Occident[5]. La médecine chinoise est ainsi amalgamée dans une construction ésotérique occidentale.

 La tradition scientifique chinoise

 Il est très largement établi que la Chine ancienne a produit un important corpus scientifique dans tous les domaines (mathématique, astronomie, physique, chimie, botanique, médecine…) qui avait globalement atteint un niveau plus élevé que l'Occident[6]. Ce n'est qu'à partir des 17e – 18e siècles, moment où se produit en Europe la révolution scientifique, que dans les différentes disciplines l'Occident rattrape et dépasse la Chine[7]. Une « société traditionnelle » comme celle de la Chine ancienne a donc produit sur la nature, tout comme l'Occident, un important corpus savant de données empiriques[8] très éloigné de ce qui est décrit comme étant les « sciences traditionnelles » ésotériques. Le savant chinois, comme le savant occidental, observe, questionne, décrit, classe, analyse, dénombre, calcule, pèse, mesure, énonce, rectifie, critique, théorise, expérimente, débat, découvre, invente …  Une même rationalité est à l'œuvre[9].

On peut alors se poser la question de savoir pourquoi, dans l'ensemble des sciences chinoises, la médecine est la seule pour laquelle est affirmée une différence de nature, une altérité ou une incommensurabilité[10] par rapport à son équivalent occidental ? Il n’y a pas un astronome, un physicien ou un botaniste qui se réclamerait d’une astronomie, d’une physique ou d’une botanique chinoise traditionnelle inscrite dans la culture, la langue et la pensée chinoise et d’une altérité irréductible par rapport à leurs équivalents modernes, il n’y a plus que des médecins.

Les énoncés astronomiques, physiques ou botaniques traditionnels chinois ont simplement été incorporés dans la science universelle ou ont été éliminés au profit d'autres plus pertinents. C’est ce que Joseph Needham exprime par sa célèbre métaphore de la rivière de la science chinoise se jetant dans l’océan de la science moderne[11]. Historiquement, Needham décrit ainsi pour chaque discipline un point de dépassement, moment où l’Europe dépasse la Chine et un point de fusion moment où les versions chinoises et européenne d’une discipline ne font plus qu’une[12] (Figure 1). Si le point de fusion a été très rapidement atteint, en quelques décennies, pour les sciences fondamentales[13], il est plus tardif pour la botanique et, à l’évidence, n’a pas encore été atteint en médecine. C’est ce qui donne cette illusion d’altérité et d’incommensurabilité dans laquelle va se nicher l’ésotérisme.

Notons que la fusion des mathématiques, physique et astronomie se fait indépendamment de la pression impérialiste occidentale qui, bien sûr, n’existait pas à ce moment et qu’elle est menée par les savants chinois eux-mêmes. Karine Chemla observe ainsi que pour les mathématiques « il y a bien synthèse en Chine dès ce début de XVIème siècle, mais c'est le fait des Chinois »[14]. Loin de se sentir non concernée par les sciences occidentales ou de se réfugier derrière une altérité fondamentale, une communauté savante chinoise procède à une analyse critique et rationnelle pour progressivement aboutir à une fusion. Le même processus est enclenché par les médecins chinois dès la rencontre sur le terrain avec la médecine occidentale au XIXe siècle, constituant l’École de convergence sino-occidentale (Zhongxi huitong pai). À l’opposé d’être une soumission à l’Occident ou une réponse à une injonction politique du régime maoïste, la « scientifisation » de la médecine chinoise est un processus rationnel interne mené par une communauté savante tournée vers la réalisation de ses objectifs professionnels[15]

La particularité de la médecine

 Comme l'observe Needham, qui était biologiste, si la fusion n'a pas encore eu lieu en médecine c'est du fait de l'extrême complexité des phénomènes du vivant[16]. La fusion entre sciences chinoises et sciences occidentales s’effectue lorsqu’un consensus peut être établi au sein de la communauté savante. Cela a à voir avec la notion de preuve, et si la preuve est relativement facile à concevoir et à élaborer en astronomie ou en physique dans la précision de la prévision d’un phénomène, c’est autrement plus complexe en médecine. La médecine expérimentale ne s’établit que dans la deuxième moitié du XIXe siècle (Claude Bernard 1865). Les outils des neurosciences, essentiels dans la compréhension de l'acupuncture, tout comme les modalités de preuve en thérapeutique avec l’Evidence-Based Medicine n'apparaissent que dans le dernier quart du XXe siècle. Ces décennies marquent le passage d’une science jusque-là essentiellement spéculative quant à une analyse des phénomènes induits par l'acupuncture à une science véritablement expérimentale. Notons que c'est aussi le moment où s’affirme très ouvertement en France une acupuncture ésotérique antimoderne[17].

 La résurgence d’un ancien débat interne à la médecine occidentale

 En 1865, dans son « Introduction à l'étude de la médecine expérimentale », Claude Bernard s'interroge sur le fait que la méthode expérimentale soit développée dans toutes les sciences de la nature et non à ce moment-là en médecine et en biologie. Claude Bernard évoque pour ce retard, tout comme Needham pour la médecine chinoise, l'extrême complexité des phénomènes du vivant et le fait que d'un point de vue expérimental, la médecine est fortement dépendante des progrès des disciplines fondamentales. Mais Claude Bernard avance aussi le fait que la médecine concerne l’homme et ses croyances avec des implications idéologique et religieuses qui interfèrent fortement et parasitent le savoir scientifique. La biologie, la science de la vie, se trouve sur un terrain déjà occupé par la pensée religieuse et métaphysique qui oppose une forte résistance à la mise en question de ses dogmes. La médecine chinoise est en fait confrontée au même débat que la médecine européenne au XIXe siècle, celui de l’introduction de la méthode expérimentale telle qu’elle a été formulée dans les autres sciences. Ce sont les mêmes forces qui, à l'époque, s'y opposaient au nom d’un point de vue métaphysique sur la vie et l'homme qui, en Occident, se réinvestissent dans la médecine chinoise sous le couvert d'une altérité irréductible de la tradition.

 

 

 

Dr Johan Nguyen

192 chemin des cèdres

83130 La Garde

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Figure 1. « Schéma montrant les rôles respectifs de l'Europe et de la Chine dans le développement de la science œcuménique » (Needham J. Dialogue des civilisations Chine-Occident. Pour une histoire œcuménique des sciences. Paris: Éditions la Découverte. 1991. Page 293). Les point de dépassement (T) sont les moments où pour chaque discipline l’Europe dépasse la Chine et les points de fusion (F) les moments où les contenus des disciplines dans leur version chinoise et européenne d’une discipline ne font plus qu’un.  À partir de 1610 l’astronomie occidentale dépasse l’astronomie chinoise, la fusion se réalise en 1640, soit un écart de 30 ans entre dépassement et fusion.  On peut discuter les dates ou les notions elles-mêmes, mais il reste l’évidence centrale d’une convergence et d’une fusion des sciences occidentales et chinoises.

 

 

 

 

[1]. Nguyen J. Rompre avec le discours ésotérique dans notre champ professionnel : un impératif éthique. Acupuncture & Moxibustion. 2017;16(1-2):67-78.

[2]. Le terme couramment admis de « médecine traditionnelle chinoise » apparait pour la première fois en anglais dans un article du Chinese Medical Journal de 1955 pour désigner le corpus de savoirs et de pratiques de la médecine chinoise alors en cours d'institutionnalisation (Fu Lien-Chang. Why our western-trained doctors should learn traditional Chinese medicine. 1955;73(5):363-7). L'historien chinois Ma Kan-Wen est considéré comme le créateur de l’expression (Jewell JA, Hillier S. Kan-Wen Ma. BMJ. 2017. 356:j810). Le sens donné à « traditionnelle » est très éloigné d’un sens ésotérique.

[3]. Les « médecines traditionnelles » font référence à un point de vue anthropologique, ethnologique et sociologique et non à un questionnement médical et scientifique.

[4]. Faivre A. L'ésotérisme. Paris: PUF. 2007. Pages 98-101.

[5]. La discussion est classique par exemple dans l’évolution de l’alchimie vers la chimie. La chimie n’est pas l’antithèse, l’image en miroir de l’alchimie, elle en est le produit (Joly B. La frontière des sciences. Les Nouvelles d'Archimède. 2008;47:6-7).

[6]. L’œuvre de Joseph Needham, Science and Civilisation in China (1952-2003) est bien sûr centrale dans la mise en évidence de ce corpus scientifique.

[7]. Ce qui conduit à la « Grande question » de Joseph Needham : alors que les sciences chinoises étaient plus développées que leurs équivalents européens à l’époque médiévale, pourquoi la science moderne a-t-elle émergé en Occident et non en Chine ?

[8]. Dans le sens de « fondées sur l’expérience ».

[9]. « Le point de vue adopté ici suppose, cela va de soi, l’égalité de tous les hommes pour l’investigation des phénomènes naturels, la maitrise par tous d’un langage universel qui participe de l’œcuménisme de la science moderne et la reconnaissance que les sciences de l’Antiquité et du Moyen Age (malgré des traits culturels évidents) étaient concernées par le même monde physique que le nôtre, et, par conséquent peuvent être incluses dans la même philosophie naturelle œcuméniques. Needham J. Dialogue des civilisations Chine-Occident. Pour une histoire œcuménique des sciences. Paris: Éditions la Découverte. 1991. Page 296.

[10]. L’incommensurabilité est le fait pour deux réalités d'être sans rapport entre elles, d'être de nature différente. En épistémologie, le terme d'incommensurabilité est utilisé pour décrire le statut de deux paradigmes appliqués à une même science et dont la comparaison est impossible en raison de différences fondamentales dans leurs structures et les schèmes de pensée qu'ils introduisent.

[11]. « Par quelle métaphore décrire la manière dont les sciences médiévales de l'Occident et de l'Orient ont été subsumées en science moderne ? L'image qui vient naturellement à l'esprit de ceux qui travaillent dans ce champ est celle des fleuves et de la mer. Selon une vieille expression chinoise, « les fleuves font la cour à la mer », et l'on peut effectivement considérer les courants scientifiques anciens des diverses civilisations comme des fleuves se jetant dans l'océan de la science moderne. Celle-ci s'est constituée grâce aux apports de tous les peuples de l'Ancien Monde, a été sans cesse irriguée par eux, qu'il s'agisse de l'Antiquité grecque ou romaine, du monde arabe, ou des cultures de la Chine et de l'Inde ». Needham J. Ibid.  Traduit de Clerks and Craftsmen 1970.

[12]. Ce qu’il appelle la science œcuménique, science universelle.

[13]. « La fusion des mathématiques, de l'astronomie et de la physique d'Occident et d'Orient s'est opérée très vite après la rencontre des deux cultures. Dès 1644, à la fin de la dynastie Ming, on ne distinguait plus de différence sensible entre Chine et Europe dans ces domaines ; la coalescence était parfaite ». Needham J. Ibid.  Page 294.

[14]. Chemla K. Que signifie l'expression de "mathématiques européennes" vue de Chine ? in L'Europe mathématique, Goldstein C, Gray J Et Ritter J. Paris: Éditions de la Maison de l'homme. 1996:219-45.  

[15].  Anne Fagot-Largeault note que « l’émergence d’une médecine scientifique est un processus inhérent au développement de la médecine elle-même » (Fagot-Largeault A. L’émergence de la médecine scientifique. Paris: Éditions Matériologiques. 2012).  Il n’y a pas lieu de considérer que la médecine chinoise serait, on ne sait trop pourquoi, exclue du processus.

[16]. « On pourrait être tenté d’en déduire de tout cela et d’une façon tout à fait empirique une « loi d’oecuménogénèse » [d'universalité] établissant que, plus une science a pour objet la vie, plus la complexité des phénomènes auxquels elle s’intéresse est grande, plus l’intervalle entre le point de dépassement et de fusion est important Needham J. Ibid. page 294.

[17].  Nguyen J. 2017 ibid.

The birth of acupuncture in America. The White Crane’s gift

 

 

The birth of Acupuncture in America

The White Crane's Gift

ROSENBLATT Steven, KIRTS Keith

Bloomington : Balboa Press, 2016

-160 p.; 22,9 cm x 15,2 cm.  Relié, Illustrations.

ISBN : 978-1-50436-431-7 : 12,99 $

 

En Europe, l’acupuncture était déjà connue depuis les échanges commerciaux et culturels de Marco Polo (1254-1323) et de son père Niccolò [[1]]. En France, Georges Soulié de Morant l’a réintroduite avec la parution de l’une de ses œuvres majeures en 1934 [[2]]. Aux États-Unis, on s’imaginait que la plupart des acupuncteurs américains avaient découvert l’acupuncture en 1971, suite à l’article écrit par  le journaliste James Reston du New York Times relatant la prise en charge acupuncturale de son appendicectomie alors qu’il suivait le Président Nixon lors de son déplacement en Chine [[3]]. Bien avant cela, l’acupuncture était déjà pratiquée. En effet, la médecine chinoise était arrivée aux États-Unis par l'intermédiaire de ses médecins qui y avaient immigré dès les années 1800 [[4]]. Puis, de nombreux pionniers ont œuvré [[5],[6],[7],[8],[9]] pour défendre l’acupuncture jusqu’à sa reconnaissance officielle par le premier état américain, le Nevada en 1972 [[10]].

L’acupuncture a fleuri surtout en Californie en 1968 dans le Chinatown de Los Angelès, quand de jeunes étudiants de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA), dont  Steven Rosenblatt, sa future épouse Kathleen Ferrick, Bill Prensky, etc.., au décours de leçons de Tai Chi avec Marschall Ho’o, rencontrèrent un acupuncteur chinois Ju Gim Shek, qu’ils dénommaient le Dr Kim (figure 1). Ils décidèrent de suivre ses cours. Ju Gim Shek était un médecin chinois immigré aux États-Unis afin de fuir la révolution maoïste, d’où le titre de l’ouvrage : le cadeau de la Grue Blanche, car il s’agit du symbole du médecin dans la Chine taoïste.

Figure 1. Ju Gim Shek et un moine (photo issue de [11]).

 

En effet, Rosenblatt et Prensky, alors diplômés du département de psychologie de l’UCLA et étudiant la chimie cérébrale et les mécanismes de la douleur étaient attirés par cette médecine orientale. En 1972, ils fondaient avec Ju Gim Shek, de son vrai nom 赵金石 (Zhao Jin Shi) [[11],[12]] et David Bresler, un autre diplômé de l’UCLA, l’Association Nationale de l’Acupuncture (ANA). Toujours en 1972, en compagnie du Dr Kim, Rosenblatt, ainsi que son épouse partaient à la rencontre du Dr. Tin Yau So (苏天佑) pour parfaire leurs connaissances de la médecine chinoise pendant un an [11,[13]] (figure 2). C’est toujours à cette même époque d’ailleurs, que l’intervention de l’ANA et en particulier celle de Rosenblatt ont permis la reconnaissance de l’acupuncture dans le Nevada [10,11], puis le début de la reconnaissance officielle partout dans le pays.

Dans leur ouvrage consacré à l’un des pionniers essentiels de la médecine chinoise américaine, Steven Rosenblatt et Keith Kirts vont faire parler Ju Gim Shek, sur le format simple des questions et réponses, à la façon du Maître Céleste Qi Bo répondant à l’Empereur Jaune Huang Di dans le Huangdi neijing (黄帝内經). Ses réflexions sont formulées sous forme d’un journal daté de l’automne 1968 à l’automne 1975 qui décrit différents thèmes. Ainsi dans une première partie on trouve : l’Énergie à la naissance, les Énergies, les techniques de Gua Sha (刮痧 : technique de grattage ou effleurage de la peau) et de moxibustion, les niveaux et causes des maladies, les points d’acupuncture d’urgence (exemple le malaise vagal, piquer le VG28 yinjiao), etc. Dans une seconde partie, il aborde la pratique avec les techniques de diagnostic comme la sphygmologie, le traitement par homéopathie, la diététique, la phytothérapie comme l’aloe vera, qu’il utilisait dans les coupures et les brûlures ou l’hydrastis canadensis (Hydraste du Canada), antibiotique naturel, mais aussi les massages de points de premiers secours comme le VB20 (fengchi) en cas de céphalées, V60 (kunlun) pour n’importe quelle douleur corporelle ou le F3 (taichong) du côté de la survenue d’une crampe musculaire.

Bref, voici un ouvrage joliment illustré par une couverture de Kathleen Rosenblatt, qui peut plaire essentiellement aux anglophones s’intéressant à ce qu’on peut considérer comme l’histoire du printemps acupunctural américain.

 

Figure 2. Photo issue de [13].De gauche à droite : Steven Rosenblatt, Dr So et personne non identifiée en 1973.

 

Dr Jean-Marc Stéphan

Directeur d’Acupuncture & Moxibustion

Coordinateur du DIU d’acupuncture obstétricale à la faculté de médecine Lille 2

Chargé d’enseignement à la faculté de médecine de Rouen

Membre du Collège Français d’Acupuncture et de Médecine Traditionnelle Chinoise

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Conflit d’intérêts : aucun

 


[1]. Stéphan JM. Recension : « Needles, herbs, Gods, and Ghosts. China, Healing, and the West to 1848 » de Linda L.Barnes. Acupuncture & Moxibustion. 2007;6(1):90.

[2].Soulié de Morant G. Précis de la vraie acuponcture chinoise. 1re éd. Paris: Mercure de France; 1934.

[3]. James Reston, « Now, About My Operation in Peking ». New York Times, 26 /07/1971. [Consulté le 06 mai 2017], Disponible à l’URL : http://graphics8.nytimes.com/packages/pdf/health/1971acupuncture.pdf

[4]. Barlow J, Richardson C.  China Doctor of John Day. 1re éd. Portland (OR): Binfords & Mort ; 1979.

[5] . Fan AY. The first acupuncture center in the United States: an interview with Dr. Yao Wu Lee, Washington Acupuncture Center [J] J Chin Integr Med, 2012, 10(5) : 481–492.

[6]. Fan AY, Fan Z. Dr. Ralph Coan: a hero in establishing acupuncture as a profession in the United States[J] J Integr Med, 2013, 11(1) : 39–44.

[7]. Fan AY, Fan ZY. The beginning of acupuncture in Washington, D.C. and Maryland: an interview with Dr. Yeh-chong Chan[J] J Integr Med, 2013, 11(3) : 220–228.

[8]. Fan AY. Dialogue with Dr. Lixing Lao: from a factory electrician to an international scholar of Chinese medicine[J] J Integr Med, 2013, 11(4) : 278–284.

[9]. Fan AY, Fan Z. Dr. Miriam Lee: a heroine for the start of acupuncture as a profession in the State of California[J] J Integr Med, 2014, 12(3) : 182–186.

[10]. Fan AY. Nevada: the first state that fully legalized acupuncture and Chinese medicine in the Unites States — In memory of Arthur Steinberg, Yee Kung Lok and Jim Joyce who made it happen. J Integr Med. 2015; 13(2): 72–79.

[11]. Fan AY. The legendary life of Dr. Gim Shek Ju, the founding father of the education of acupuncture and Chinese medicine in the United States. J Integr Med. 2016 May;14(3):159-64.

[12] . Fan AY. The earliest acupuncture school of the United States incubated in a Tai Chi Center in Los Angeles. J Integr Med. 2014; 12(6): 524–528.

[13]. Dunas F. Steven Rosenblatt: Birthing a cross-cultural acupuncture profession (part I). Acupuncture Today. 2014; 15(4). [Consulté le 07 mai 2017]. Disponible à l’URL : http://www.acupuncturetoday.com/mpacms/at/article.php?id=32872.

Traitement par acupuncture de ménométrorragies liées à des myomes. A propos d’un cas clinique

Maryam Bellis-Chahim

Traitement par acupuncture de ménométrorragies liées à des myomes. A propos d’un cas clinique

Résumé : Le myome utérin est une pathologie féminine très fréquente responsable de ménométrorragies et d’algies pelviennes. Les causes classiques peuvent être génétiques et hormonales essentiellement. La thérapeutique occidentale va de l’abstention thérapeutique à l’hystérectomie en passant par les traitements médicamenteux, la myomectomie et l’embolisation artérielle. L’acupuncture est une alternative pour les patients. Les causes du myome en acupuncture peuvent être multiples : une tension émotionnelle causant une Stagnation du qi responsable d’une Chaleur du Sang ou d’une Stagnation du Sang ; le surmenage et les excès sexuels causant  un Vide du Foie et un vide du yin des Reins entrainant une Chaleur-Vide perturbant le Sang ; un surmenage physique et les maladies chroniques affaiblissement la Rate ; l’accouchement. Après étude d’un cas clinique, il semblerait que l’acupuncture soit utile et semblerait efficace dans les méno-métrorragies. Elle pourrait même être tentée en première intention.  Mots-clés : acupuncture – gynécologie – myome utérin.

Summary: Uterine myoma is a very frequent feminine pathology responsible for menometrorrhagia and pelvic pain. Occidental therapy could be therapeutic abstention, drug therapy, myomectomy, arterial embolization or hysterectomy. Acupuncture is an option for patients. There are several causes of myoma: emotional tension causing a qi stagnation responsible for Blood warmth or Blood stagnation; overwork and sexual excess causing Lever and Kidney yin emptiness responsible for Warmth-Emptiness perturbing the Blood; physical overwork and chronic disease causing Spleen Weakness; child delivery. After studying a clinical case, it would seem that acupuncture is useful and would seem effective in menorrhagia. It could even be tried as a first intention. Keywords: acupuncture – gynecology – uterine myoma.

Introduction

Le myome utérin est la pathologie féminine la plus fréquente qui concerne 20% des femmes de plus de 35 ans. Il est responsable de ménométrorragies et d’algies pelviennes, et représente la première cause d'hystérectomie en France. C’est une tumeur bénigne bien limitée, encapsulée, vascularisée, développée à partir du muscle utérin et constituée de tissu musculaire lisse utérin et tissu fibreux. Sur le plan histologique, ce sont des léiomyomes. Macroscopiquement, un fibrome est une masse dure plus ou moins arrondie de volume variable (d’un grain du riz à une tête de nouveau né). Les localisations possibles sont intra-murales, sous-muqueux, intra-cavitaires et sous-séreux. Ils sont souvent multiples. La confirmation diagnostique se fait principalement par une échographie pelvienne [1].

Étiopathogénie occidentale

Différents facteurs sont impliqués [2-8] 

- Des facteurs génétiques peuvent être en cause comme la mutation ou réarrangement du bras long du chromosome 7, la duplication région q13-15 du chromosome 12, q23-24 du chromosome 14 ou les réarrangements impliquant le chromosome 6 p21 et le chromosome 10 q22.

- Les facteurs hormonaux jouent également un rôle avec l’action favorisante des œstrogènes. Il n’y pas de fibrome avant puberté. Leur volume augmente à la grossesse, à la péri-ménopause et en cas de traitement oestrogénique. Il y a une régression de leur volume après la ménopause. Il est important de noter qu’il existe presque constamment une hyperplasie endométriale associée, qui est responsable de troubles hémorragiques. La progestérone inhibe la mort cellulaire programmée (rôle trophique). La prolactine a une activité mitotique au niveau de la cellule du myome et sur les cellules myométriales normales.

- Les facteurs de croissances régulés par les stéroïdes.

Les traitements occidentaux qui peuvent être proposés

- Une abstention si asymptomatique.

- Un traitement médical par progestatifs, agonistes des LHRH, antifibrinolytiques, AINS, modulateurs sélectifs des récepteurs de la progestérone ou danazol selon la symptomatologie.

- Un traitement chirurgical par myomectomie, hystérectomie totale ou embolisation selon les indications.

Étiopathogénie acupuncturale 

Les quatre causes principales sont [9] :

- Les tensions émotionnelles causant une stagnation du qi pouvant se transformer en Feu qui affecte le Foie, organe qui stocke le Sang, pouvant donner une Chaleur du Sang. La Chaleur agite le Sang qui sort alors des vaisseaux. Cette Stagnation du qi peut aussi causer des Stases du Sang qui empêche que le Sang neuf prenne sa place. Il doit alors s’écouler.

- Le surmenage et les excès sexuels qui affaiblissent le Foie et le yin des Reins qui sur une durée importante peut entrainer une Chaleur-Vide, perturber le Sang et amener le Sang à sortir des vaisseaux. Ce Vide yin peut aussi provoquer lui-même des saignements importants (sans Chaleur-Vide) car ce yin des Reins ne retient pas le Sang.

- Le surmenage physique et les maladies chroniques qui affaiblissent la Rate qui ne contrôle plus le Sang qui s’écoule alors.

- L’accouchement.

Cas clinique

- Madame P., 46 ans, présentait, lors de sa première visite en novembre 2014 des ménométrorragies causées par des fibromes et asthénie depuis 4 mois (figure 1). Elle est mariée, 3 enfants de 14, 11 et 8 ans. Elle avait subi une myomectomie utérine partielle de la partie bombante d’un myome sous muqueux d’environ de 2 cm. Un antécédent de myome chez la mère et la sœur a été retrouvé.

 


Figure 1. Les multiples myofibromes observés en octobre 2013 ayant nécessité une myomectomie partielle.

 

- Ces troubles ont commencé en juillet 2014 sans amélioration malgré l’introduction depuis juillet 2014 par son gynécologue de l’acide tranexamique (spotoff®) à la demande dans le but de réguler les hémorragies, d’une hormonothérapie par l’acétate de nomégestrol (lutényl®) 10 à raison d’un comprimé les vingt derniers jours du cycle avec arrêt pendant sept jours et d’une supplémentation ferrique. Nous lui avons alors demandé d’arrêter les deux premiers traitements suscités et nous lui prescrit des compléments alimentaires composés de sélénium, vitamines C et E en débutant l’acupuncture à raison d’une séance par semaine sauf durant les vacances scolaires.

- Il s’agissait d’un excès de yin du bas avec un dysfonctionnement Foie-Rate en excès de yin. Nous avons donc tonifié le yang une fois par semaine jusqu’au mois de mars 2015 avec zusanli 36E, yanglingquan 34VB, shenmai 62V, zulinqi 41VB en tonification. Nous avons également tonifié le Feu de la Rate (car la Rate ne se laisse pas disperser en ce qui concerne le yin) en poncturant le yangfu 38VB en tonification. Nous avons aussi dispersé le Foie pour diminuer le saignement en poncturant ganshu 18V en dispersion et en dispersant son point saisonnier. Comme elle était par moment frileuse, nous avons poncturé sporadiquement le hegu 4GI pour tonifier le yang du haut [10].

- En avril 2015, les méno-métrorragies ont nettement diminué (la quantification restait difficile). La patiente a pu retrouver une activité professionnelle et personnelle acceptable mais avec persistance d’une gêne quotidienne durant les menstruations. Les séances avaient été espacées à 2 fois par mois.

En juin 2015, Bien qu’elle ne présente pas de douleur particulière, elle présentait des transpirations avec une envie de courir après manger toujours associés à des fibromes, des pertes sanguinolentes avec du sang coagulé : ceci laissait paraitre un trouble du renmai. Elle présentait les mains glacées et craignait le froid ce qui ressemblait à une atteinte du shaoyin. Devant cette association, nous avons poncturé zhongwan 12 VC, fuai 16Rte, ainsi que dadun 2Rte, point ying, et taibai 3Rte, point shu, du méridien de la Rate en continuant les autres points poncturés au début [11].  

- Elle présentait une dyspnée d’effort lié à une anémie par carence martiale que nous avons supplémentée.

Une normalisation avait été constatée dès juillet 2015. Nous l’avons revu en septembre 2015 puis tous les mois juste avant ses menstruations.

- En décembre 2015, une échographie de contrôle montrait qu’il y avait une légère augmentation de volume des fibromes mais surtout un assèchement des adénomyomes, principaux responsables des ménorragies (figure 2).


Figure 2. Atteinte toujours polyfibromateuse le 19/12/2015. Malgré l'amendement des signes cliniques, on note une légère augmentation volumétrique de la plupart des entités myomateuses connues, et quelques myomes supplémentaires comme le myome principal fundique postérieur paramédian droit, interstitiel à dôme sous muqueux (classe 2, mesurant à présent 43 x 37 mm, au lieu de 33 mm), et le myome corporéal postérieur gauche (classe 2, mesure 30 mm au lieu de 22). Par contre, on note des lésions d’adénomyose interne connues en voie d’assèchement.

 

- Une récidive importante est survenue fin décembre 2015. La poursuite des séances tous les mois a permis que tout rentre dans l’ordre.

- Nous noterons que la durée des cycles menstruels s’est allongée, en passant de 25 jours à 28 jours.

Conclusion 

Voici un cas montrant l’utilité de l’acupuncture en cas de ménométrorragies rebelles aux traitements par hormonothérapie. De plus, cette guérison a pu être objectivée, d’une part par la clinique mais aussi par l’échographie montrant un assèchement des adénomyomes responsables de l’hémorragie.

Dr Maryam Bellis-Chahim

 

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Conflit d’intérêts : aucun 

Références

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2. Fernandez H, Gervaise A, de Tayrac R. Fibromes utérins: EMC 2002.

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9. Macioccia G. La pratique de la médecine chinoise. 1e édition. Bruxelles: Satas; 1997.

10. Borsarello J-F. Aide-mémoire d’un acupuncteur traditionnel. Masson,Collection Abrégé: Issy-les-moulineaux; 2007.

11. Chamfrault A, Nguyen Van Nghi. L’énergétique humaine en médecine chinoise, tome 6: Chamfrault: Angoulème; 1969.

 

 

Observations cliniques complexes en acupuncture

Robert Hawawini

Observations cliniques complexes en acupuncture

Résumé : La présence clinique d’un patient nous éloigne parfois fortement des cadres théoriques simples décrits dans les livres. C’est qu’une maladie (bing) est un assemblage complexe de syndromes (zheng) multiples et parfois contradictoires, constamment en mouvement et en transformation, qui ne peut être décrit dans aucun ouvrage. Pourtant, nous devons assimiler tous les syndromes pour savoir aller au-delà d’eux, afin d’arriver à l’un (yi), le fondamental (ben) qui donne la clé du diagnostic et du traitement. C’est ce que nous allons présenter dans trois observations associant la complexité des manifestations au choix de la priorité de traitement qu’il a fallu décider. Mots clés : acupuncture – observations cliniques – syndromes (zheng) – maladie (bing).

 

Summary: The clinic with a patient sometimes keeps us highly simple theoretical frameworks described in the books. It is an illness (bing) is a complex assemblage of multiple syndromes (zheng), and sometimes contradictory, constantly moving and processing, which can not be described in any work. Yet we must assimilate all the syndromes to know to go beyond them, to arrive at a (yi), the fundamental (ben) which gives the key to diagnosis and treatment. This is what we will present in three cases involving the complexity of events to choose the priority treatment that had to decide. Keywords: acupuncture - clinical observations - syndromes (zheng) - illness (bing).

Introduction

La présence clinique d’un patient nous éloigne parfois fortement des cadres théoriques simples décrits dans les livres. C’est qu’une maladie (bing) est un assemblage complexe de syndromes (zheng) multiples et parfois contradictoires, constamment en mouvement et en transformation, qui ne peut être décrit dans aucun ouvrage. Pourtant, nous devons assimiler tous les syndromes pour savoir aller au-delà d’eux, afin d’arriver à l’un (yi), le fondamental (ben) qui donne la clé du diagnostic et du traitement, en suivant Laozi dans le traité du Daodejing : « Le dao engendre l’Un. Un engendre Deux. Deux engrendrent Trois. Trois, les dix mille êtres. » Passer des dix milles êtres, la multitude des signes et symptômes, à l’Un, le fondement (ben) de la maladie, est l’unique garant d’un résultat positif et stable à long terme. Cela ne se fait pas en un seul jour… ni parfois en une seule séance. Dans l’état d’ignorance du constant débutant qui nous anime, nous considérons que c’est le travail de toute une vie. Nous présentons ici trois observations qui nous ont donné du « fil à retordre », autant dans l’établissement du diagnostic fondamental (ben) que dans le choix de la priorité de traitement.

Première observation : asthme

Physiologie et physiopathologie générale de l’asthme         

- En MC, l’asthme est xiaochuanxiao est le sifflement et chuan la dyspnée. Xiao authentifie la présence de Mucosités (tan).

-Le Poumon stocke et diffuse le qi, qu’il abaisse. La Rate transforme-transporte (yunhua) l’acquis du Ciel postérieur (houtian), comprenant le qi, le xue et Liquides organiques (jinye) ; abaisse l’impur (zhuo) dans les Orifices du bas (xiaqiao) et élève le pur (qing) dans les Orifices du haut (shangqiao); coopère avec l’inné des Reins. Le Foie assure la libre circulation (shuxie) du qixue. Les Reins thésaurisent le jingyin et le jingyang inné du Ciel antérieur (xiantian) et coopèrent avec la Rate. Le Cœur est le maître des émotions (zhi) et sentiments (qing).

- La Source des Mucosités-Glaires (tanyin) est la Rate dont le Vide de qi et/ou de yang altère sa fonction de transformation-transport (yunhua), ce qui ne permet plus l’élimination de l’Humidité qui stagne et se transforme en tanyin. L’accumulation de Mucosités dans le Poumon est consécutive à son qi insuffisant qui ne permet plus sa diffusion. Au lieu de monter le pur dans le Réchauffeur supérieur, la Rate ascensionne l’impur des tan qui s’accumulent dans le Poumon à cause de son Vide de qi. L’asthme a donc pour fondement (ben) un Vide de qi du Poumon. En ce qui concerne les tanyin, comme on ne peut séparer le déséquilibre du Poumon de celui de la Rate, on ne peut le faire non plus entre l’acquis de la Rate et l’inné des Reins. Poumon, Rate et Reins sont donc étroitement liés dans la physiopathologie de l’asthme. Des formes Plénitudes externes dues à l’Humidité-Froid ou l’Humidité-Chaleur, en passant dans la forme intermédiaire, jusqu’à la forme extrêmement Vide des Reins qui ne reçoivent pas le qi et responsables de l’asthme à dyspnée continue, les trois zang cités sont constamment engagés.

- En pratique clinique, nous constatons que les choses sont plus compliquées car l’aggravation et/ou le déclenchement des crises par les facteurs émotionnels démontrent que le Foie est impliqué ; d’une part, en dysharmonie Foie et Rate ; d’autre part, en contre-attaque du Foie sur le Poumon.

- Quand au Cœur, non seulement il est cause de l’état de mal asthmatique avec les Reins mais, de plus, il est forcément impliqué dans les déséquilibres émotionnels avec les autres zang. C’est ce dernier aspect que nous allons considérer ici.

- Finalement, tout ceci ne fait que démontrer la complexité physiopathologique de l’asthme qui implique l’ensemble des zang à des degrés divers.

Description                                                        

Il y a deux ans, un homme de 47 ans a fait un accident vasculaire cérébral qui a entièrement régressé. Il souffre d’un asthme ancien, bien équilibré par la Ventolline, qui se manifeste par des crises diurnes, subaiguës, aggravées à l’effort, empêchant de le poursuivre convenablement, avec essoufflement. Le temps froid et humide et les troubles émotionnelsdéclenchent et aggravent aussi l’asthme qui se manifeste par une dyspnée asthmatiforme avec sifflement et expectoration de glaires blanches. Ses autres symptômes sont : agitation mentale marquée, rires excessifs, anxiété et angoisse, rumination et obsessions, hyperémotivité, sommeil de courte durée, parfois oppression thoracique, alternance de l’humeur avec abattement et tristesse ou hyperactivité, s’énerve vite et devient irritable, moments de fatigue, selles molles, ballonnement, maintenant crainte du temps humide et froid avec sensation de lourdeur du corps, extrémités froides aggravées par le temps humide et froid, parfois pieds chauds et brûlants, ne supporte pas la chaleur. Le pouls droit est xian (tendu), hua (glissant) et ru (mou) sur la Barrière et le Pied ; chen (profond) et xi (fin), xian (tendu) et hua (glissant) sur le Pouce. Le pouls gauche esthua (glissant) et ru (mou) sur la Barrière, hua (glissant) sur le Pouce, un peu plus chen (profond) et xi (fin) sur le Pied. La langue est grosse jusque sur la zone antérieure et la pointe, pâle, humide, l’enduit est blanc-gris humide, il existe quelques points rouges sur la pointe et les bords et des taches mauves postérieures (veines sous-linguales gonflées). La carrure du patient est forte.

Diagnostic                                                         

- Le diagnostic de xiaochuan ne pose pas de problème car il est déjà fait par la médecine scientifique : dyspnée asthmatiforme avec sifflement, essoufflement, expectoration de glaires sont suffisamment parlants.

- Aggravation par le temps froid et humide, crainte de ce temps avec sensation de lourdeur du corps et extrémités froides, montrent que l’Humidité-Froid s’accumule dans la Rate.

- Moments de fatigue, selles molles et ballonnement sont en rapport avec le Vide de qi de Rate qui est la cause de l’Humidité-Froid et de la production de Mucosités blanches.Anxiété, rumination et obsessions sont des manifestations émotionnelles dues aussi au Vide de qi de Rate.

- Agitation mentale marquée, rires excessifs, anxiété et angoisse, hyperémotivité, sommeil de courte durée ; ces symptômes traduisent l’atteinte du Cœur en état de Chaleur dans ce contexte ; qui plus est, leur importance montre que des Mucosités stagnent dans le Cœur.

- Parfois oppression thoracique, alternance de l’humeur avec abattement et tristesse ou hyperactivité orientent sur la Stagnation du qi du Foie qui peut être la cause du déclenchement et de l’aggravation de l’asthme par les émotions.

- S’énerve vite et devient irritable peut traduire autant la Stagnation du qi du Foie que l’élévation du yang du Foie dans ce contexte de Chaleur. 

- La chaleur qui n’est pas supportée et l’intermittence des pieds chauds et brûlants sont dusau Vide de yin des Reins.

- Le pouls xian (tendu) montre la participation du Foie dans cet asthme, des Mucosités aussi ; hua (glissant) et ru (mou) sont signes d’Humidité et de Mucosités ; hua (glissant) sur le Pouce gauche est en rapport avec les Mucosités qui stagnent dans le Cœur ; un peu plus chen (profond) et xi (fin) sur le Pied gauche peut orienter sur le Vide de yin des Reins. Nous accordons une place particulière au pouls du Pouce droit car il traduit le mélange du Vide de qi et de la Plénitude des Mucosités dans le Poumon : chen (profond) et xi (fin), il s’agit du fondement (ben) de Vide ; xian (tendu) et hua (glissant), il s’agit de l’apparence (biao) de Plénitude.

- La langue grosse et humide jusque sur la zone antérieure et la pointe est en rapport avec la stagnation d’Humidité et l’accumulation de Mucosités dans les Trois Réchauffeurs, incluant donc le Poumon et le Cœur ; pâle, il s’agit du Vide de qi de Rate ; l’enduit blanc-gris humide signe l’Humidité-Froid et les Mucosités ; les points rouges sur la pointe sont dus à la Chaleur du Cœur et,sur les bords, à l’élévation du yang du Foie ; les taches mauves postérieures sont associées à la Stase de Sang.

- Au total, l’ensemble des zang est impliqué dans cet asthme dont la forme essentielle est une Plénitude : celle des manifestations, du pouls et de la carrure. Il s’agit de ce que le suwen appelle une « direction correcte » de bon pronostic. En état préalable de Vide de qi, le Poumon ne peut évacuer les tan, qi impur qu’il reçoit de la Rate ; elle-même envahie par l’Humidité-Mucosités-Froid consécutivement à son propre Vide. On ne peut affirmer que la Rate soit en Vide de yang, peut être d’une manière débutante pour les Reins. Le Cœur reçoit aussi les Mucosités à cause de l’importance des troubles émotionnels et de la pointe gonflée. La Chaleur du Cœur associée au Vide de yin des Reins oriente vers un Cœur et Reins n’ont pas d’échanges, auquel participe l’élévation du yang du Foie. Quant à la Stagnation du qi du Foie, elle s’est transformée en Stase de Sang, ce qui explique pourquoi la langue a des taches mauves. Cette Stagnation gène la fonction de transformation-transport de la Rate, ce qui aggrave d’autant la stagnation d’Humidité et l’accumulation des Mucosités. Si la Rate reste bien la source production de l’Humidité et des Mucosités, elle dépend aussi du Foie pour monter le pur et mobiliser Humidité et Mucosités. On peut dès lors qualifier cette observation de forme complexe.

Premier traitement et évolution

Introduction            

Une situation complexe dece type nécessite de « ratisser large », c'est-à-dire de traiter tous les syndromes sans tenir compte du nombre d’aiguilles. La seule préoccupation est de soulager le patient. Il faut donc : régulariser le qi du Poumon, mobiliser le qi et le sang, clarifier la Chaleur du Cœur et du Foie, chasser les Mucosités du Cœur et les transformer, renforcer le qi et le yang de la Rate pour l’aider à éliminer l’Humidité et transformer les Mucosités, renforcer le yang inné des Reins pour soutenir celui de la Rate, nourrir le yin. Les fonctions des points sont censées être connues.

Points et associations de points

- La manipulation est une harmonisation du premier groupe de points, une dispersion des deuxièmes et troisièmes groupes et de fenglong 40E, une harmonisation avec réchauffement des quatrièmes et cinquièmes groupes, une tonification du sixième groupe.

- Feishu 13V, zhongfu 1P, tanzhong 17RM, taiyuan 9P : régularisent le qi du Poumon pour l’aider à pourvoir à sa fonction d’abaissementafin de chasser l’impur des Mucosités et traiter la dyspnée.

- Geshu 17V, hegu 4GI, taichong 3F : mobilisent la Stagnation du qi du Foie et la Stase de Sang, ce qui libère la fonction de transformation-transport de la Rate ; l’aide à chasser l’Humidité, transformer les Mucosités, ascentionner le pur et calmer les sentiments pathologiques.

- Jianshi 5MC, shenmen 7C, shenting 24DM : chassent les Mucosités du Cœur, clarifient sa Chaleur, calment l’Esprit et apaisent les émotions.

- Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

- Pishu 20V, zusanli 36E à gauche, yinlingquan 9Rte à droite, zhongwan 12RM : renforcent le qi et le yangacquis de la Rate pour l’aider à chasser l’Humidité-Froid et transformer les Mucosités. L’harmonisation tient compte du fait que l’Humidité-Froid est une Plénitude associée à un Vide de qi.

- Guanyuan 4RM, qihai 6RM : renforcent le yang inné des Reins ce qui soutient celui de la Rate.

- Taixi 3R, zhaohai 6R : nourrissent l’Eau yin des Reins, ce qui rétablit l’échange avec le Feu du Cœur.  En période de chaleur des pieds nous piquons les deux points, sinon, taixi 3R seul.

Évolution

Le patient a été suivi toutes les deux semaines sur plus d’un an, ce qui, en termes de fréquence, est insuffisant. L’amélioration a signifié, soit la réduction significative des crises d’asthme ne nécessitant pas la prise de médicament, soit leur cessation pendant une période et, en tous les cas, une tolérance à l’effort qui devient possible sans traitement médicamenteux. Les périodes de réduction de l’asthme sans cessation coïncident clairement avec le regain de temps humide et froid, région dans laquelle nous exerçons. Mais une fréquence aussi espacée ne permet pas une guérison à long terme ni, au moins, une cessation totale des crises entre deux séances.

Deuxième traitement et évolution

Introduction

Cette histoire clinique se déroule en deux temps car, soudainement, lors d’un choc émotionnel important entraînant ruminations et obsessions, le patient récidive et le traitement précédent ne donne plus aucun résultat. Cette évolution nous conforte dans l’idée que le facteur psychique est important dans cet asthme et qu’il nécessite d’être pris isolément en compte. La règle à appliquer en cas d’épisode aigu survenant sur une maladie chronique est de traiter cet épisode prioritairement, qu’il soit d’origine externe ou interne, physique ou psychique, comme c’est le cas ici. Nous nous adressons alors à la formule du choc psychologique aigu, décrite dans plusieurs de nos ouvrages. Dans ce cas, on considère qu’il faut traiter prioritairement le yi (intention, pensée), Esprit Viscéral(shenzang) de la Rate qui représente le Centre (zhong), ce qui régule tous les autres shen pour calmer l’Esprit. Cette façon d’agir permet de mobiliser les images mentales fixées, causes de souffrance. On raisonne comme si la Rate était en Vide. Cette indication peut s'élargir encore au traitement symptomatique de la rumination mentale.

Formule                      

- La manipulation est une harmonisation.

-Shaofu 8C et dadu 2Rte à gauche, yinbai 1Rte et dadun 1F à droite : technique dite des 4 aiguilles[1] utilisant les points principaux (ben), agissant comme s'ils tonifiaient la Rate, ce qui calme le yi. Shaofu 8C est le point ben-Feu du Cœur qu'il tonifie ; dadu 2Rte est le point rong-Feu, mère de la Terre, tonifiant annuel, qui transfère l'Énergie de la mère, le Cœur, à son fils, la Rate ; dadun 1F est le point ben-Bois du Foie qui le disperse afin de l'empêcher d'attaquer la Rate ; yinbai 1Rte est le point jing-Bois de la Rate qui la protège de l'attaque du Bois du Foie. Bien qu'il y ait tonification et dispersion, dans ce cas, il suffit d'harmoniser tous les points ; ceux qui sont censés tonifier, à gauche, et ceux qui sont censés disperser, à droite.

-Shenmen 7C, shenting 24DM et/ou renzhong 26DM : calment l'Esprit. Le traitement du shen doit systématiquement être associé à celui d’un shenzang.

- Zusanli 36E à gauche et zhongwan 12RM : harmonisent laRate et l'Estomac, ce qui ramène au Centre, régularise les mouvements verticaux de montée du pur et de descente de l'impur, et calme l'Esprit.On se sert de la fonction de « fermeture » de l’Estomac du yangming, riche en Sang et en qi. En renforçant le qixue, on ferme le corps à l’influence néfaste des pervers externes et des sentiments internes, ce qui favorise l’ancrage des shenzang.

- Fenglong 40E à droite : transforme les Mucosités.

- Geshu 17V : régularise le Sang ce qui favorise l’ancrage des benshen.

- Ganshu 18V : mobilise la Stagnation du qi du Foie.

Évolution

Utiliséesur quelques séances, cette formule a la double utilité de calmer les ruminations et obsessions, et de stopper les crises d’asthme, ce qui montre encore une fois l’importance des troubles émotionnels dans cette affection. Mais à un moment ou un autre, le traitement de fond doit être repris en alternance. Le patient est maintenu ainsi depuis plusieurs années.

Deuxième observation : lombarthrose et neuropathie périphérique

Physiopathologie du syndrome rhumatismal (bizheng) et du syndrome de paralysie (weizheng)

- La force et le mouvement harmonieux du qixue, l’équilibre du yin-yang, la solidité des zangfu, toutes ces qualités font la santé et la longévité de l’homme.

- Le bizheng est consécutif à une attaque par le Vent (douleur erratique), le Froid (douleur aiguë) et l’Humidité (douleur sourde et fixe) avec prédominance de l’un d’entre eux. Au début, il s’agit des formes Plénitudes externes qui stationnent dans les méridiens où le zhengqi lutte contre le xieqi. Ensuite, quand le qixue s’affaiblit, les pervers entrent en profondeur pour former les formes internes Vides des Viscères (zang) : Vide de yang (Reins), Vide de yin (Foie et Reins), Vide de Sang (Rate). Cependant, le Froid, le Vide de yang du dumai et des Reins plus exactement, reste le fondement (ben) du bizheng. En cas d’atteinte interne, Vent, Froid et Humidité s’additionnent aux Vides des zang.

- Le weizheng est originellement une maladie de Chaleur, même si le Froid peut être présent. Normalement, le yangming produit le qixue avec la Rate et régit les quatre membres. Quand la Rate est Vide, quand l’Estomac est en excès de Chaleur, le ying (nutritif) yinest insuffisamment produit et le wei(défensif) yang devient en excès. Les quatre membres ne sont plus alimentés correctement, le yang prédomine, ce qui consume les tissus et conduit à la paralysie. Il existe un wiezheng par zang décrit dans le suwen, 44.

- La hernie hiatale est assimilée à une obstruction du thorax (xiongbi) dont le mécanisme principal est l’association de deux Plénitudes, la Stase de Sang et l’obstruction des Mucosités, associées à deux Vides, de qi et de yang ; le Vide de yin étant souvent présent. Le xiongbi est lié à un défaut de propulsion du Sang dans le thorax et se traite toujours au Cœur, à son Enveloppe et aux zangfu digestifs.

Description

Une femme de 72 ans, obèse, consulte pour une lombarthrose importante depuis des années. La douleur lombaire est en barre, entre L2 et L4, plus ou moins toujours présente, aggravée à la station debout, en se relevant et à la marche, pas la nuit ni au repos ; elle irradie sur les deux fesses et sur le côté de la cuisse gauche. Il existe aussi une neuropathie périphérique des deux membres inférieurs, depuis un an, axée surtout sur les troubles sensoriels subjectifs : paresthésies, sensation de pieds en chaussettes et froids quand il fait froid, serrement des jambes et des pieds, douleur sous les pieds. Il n’y a ni amyotrophie ni hyposensibilité ni de perte de force musculaire. Les autres symptômes sont : abattement, tristesse, digestion lente, selles molles, bouche et gorge sèche avec soif, froid et crainte du froid, asthénie avec essoufflement important d’effort. Dans les antécédents, on note une maladie de Hashimoto, il y a 20 à 25 ans, nécessitant la prise de 125 mg de Lévothyrox ; une cervicarthrose aggravée par le froid. Le pouls est xian (tendu), ru (mou), chen (profond) et xi (fin) aux Pieds. La langue est grosse, rose-rouge, avec un enduit blanc épais et des taches mauves postérieures.

Diagnostic

- D’emblée, l’arthrose cervicale et lombaire évoque un syndrome rhumatismal (bizheng) dont le fondement est un Froid-Vide.

- Abattement et tristesse montrent la Stagnation du qi du Foie.

- Digestion lente et selles molles sont en faveur d’un Vide de qi de Rate.

- Bouche et gorge sèche avec soif, froid et crainte du froid, lombalgie, extrémités froides, tous ces symptômes signent les Vides de yin et de yang des Reins.

- L’asthénie avec essoufflement important d’effort oriente sur le Vide de qi de Rate et de yang des Reins.

- L’obésité favorise la présence de Mucosités.

- Les signes neuropathiques sont en faveur d’un syndrome de paralysie (weizheng) débutant, puisqu’il n’y a ni amyotrophie ni hyposensibilité ni perte de force musculaire. Le bizheng peut évoluer vers un weizheng comme c’est le cas ici.

- Le pouls xian (tendu) montre la participation du Foie et la présence du Vent, composante du bizheng ; ru (mou), il signe l’Humidité favorisée par le Vide de qi de Rate ; chen (profond) et xi (fin) aux Pieds, est significatif des Vides de yin et de yang des Reins. Le pouls ru (mou) de l’Humidité associée au Vide de qi de Rate et au Vide de yang des Reins, oriente fortement sur l’Humidité-Froid qui entrave la Rate.

- La langue grosse signifie l’Humidité et les Mucosités ; rose-rouge, la Chaleur, que peut expliquer le weizheng débutant ; l’enduit blanc épais est signe de Froid important ; les taches mauves postérieures orientent sur la Stase de Sang.

- Au total, il s’agit d’un bizheng essentiellement lombaire évoluant en weizheng. Il y a donc Vent-Froid-Humidté avec Vides de yin et de yang des Reins. Le Vide de yang des Reins associé ici à l’Humidité-Froid de la Rate, caractérise le bizhengdont le fondement est le Froid, tandis que le Vide de yin des Reins évolue vers le weizheng qui est une maladie de Chaleur.

Premier traitement et évolution

Le traitement donne la priorité au bizheng qui est apparu en premier, il tient compte de tous les syndromes.

- La manipulation est une dispersion du premier groupe de points et de fenglong 40E, une harmonisation avec réchauffement des deuxièmes, troisièmes, quatrièmes et cinquièmes groupes et de fengfu 16DM, une tonification de taixi 3R.

-Geshu 17V, ganshu 18V : mobilisent la Stagnation de qi et la Stase de Sang, et chassent le Vent.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, yaoyangguan 3DM : tonifient le yang inné des Reins, ce qui soutient l’acquis de la Rate.

-Dachangshu 25V, ciliao 32V : complètent les points précédents pour réchauffer la zone lombo-sacrée.

- Pishu 20V, zusanli 36E : tonifient le yang acquis de la Rate pour l’aider à chasser l’Humidité-Froid et transformer les Mucosités.

-Yanglingquan 34VB, xuanzhong 39VB : ces deux points hui renforcent les tendons, les muscles et la moelle, ce qui complète les actions précédentes.

Fengfu 16DM : action locale sur la zone cervicale.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Taixi 3R : tonifie l’Essence des Reins et nourrit le yin.

Après huit séances à raison de deux séances par semaine pendant deux semaines, puis une séance par semaine, la douleur lombaire a complètement régressé, la cervicalgie aussi, de même que la sensation de froid et les troubles sensoriels. Néanmoins, le serrement des jambes survient encore d’une manière intermittente toute une journée. Pensant à une Stase de Sang résiduelle, nous remplaçons taixi 3R par les points suivants en harmonisation : xuehai 10Rte, sanyinjiao 6Rte, weizhong 40V, chengshan 57V.  Mais aucune amélioration n’est obtenue.

Second traitement et évolution

En discutant, la patiente signale que l’essoufflement d’effort est toujours présent et qu’il est du à une importante hernie hiatale refoulant les poumons, survenue avant la lombarthrose. C’est alors que nous pensons à traiter prioritairement la hernie hiatale, en tant que xiongbi, pour faire régresser le serrement des jambes et l’essoufflement. Normalement et puisque la hernie a débuté avant l’arthrose, ce que nous ne savions pas, nous aurions du traiter celle-là prioritairement.

- La manipulation est une dispersion des trois premiers groupes de points, de fenglong 40E et baihui 20DM ; une harmonisation avec réchauffement des quatrièmes et cinquièmes groupes ; une tonification de sanyinjiao 6Rte.

-Xinshu 15V, jueyinshu 14V, juque14RM, tanzhong 17RM : la puncturebeishu-mu du Cœur et de son Enveloppe, les régularise pour mobiliser la Stase de Sang du thorax.

-Neiguan 6MC, taichong 3F : ouvrent la poitrine pour compléter le traitement du xiongbi et mobilisent la Stagnation du qi du Foie.

-Geshu 17V, xuehai 10Rte : mobilisent la Stase de Sang.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, guanyuan 4RM, qihai 6RM : tonifient le yang inné des Reins et soutiennent l’acquis.

-Zusanli 36E, zhongwan 12RM : tonifient le qi et le yang acquis de Rate afin de nourrir l’inné et d’aider la Rate à chasser l’Humidité et transformer les Mucosités.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Baihui 20DM : calme l’Esprit.

-Sanyinjiao 6Rte : nourrit le yin des Reins et tonifie le qi de la Rate pour compléter les actions précédentes.

Après six séances à une semaine d’intervalle, l’essoufflement d’effort a bien diminué, ce que nous attribuons à la descente de la hernie hiatale et bien que cet aspect demande à être vérifié par une fibroscopie. Cependant, aucune amélioration n’est obtenue pour le serrement des jambes. Nous avons suivi cette patiente toutes les deux semaines pendant une longue période, puis, elle décida que l’amélioration lui suffisait comme ça. Nous n’avons pas eu de ses nouvelles à long terme.

Troisième observation : rhumatisme (bizheng) lombaire dû au Vent, au Froid et à l’Humidité.

Physiopathologie du bizheng (syndrome rhumatismal)

- Le bizheng est du à l’attaque des pervers externes du Vent (feng), du Froid (han) et de l’Humidité (shi) avec prédominance de l’un ou de deux d’entre eux.

- Normalement le weiyangdéfensif circule à l’extérieur des méridiens et le yingyin nutritif, à l’intérieur. Suite à l’attaque des pervers externes, le wei rentre dans les méridiens avec le fenghanshi, tandis que le ying en sort, ce qui est considéré comme un contre-courant (qini) et une atteinte du Sang puisque, par analogie au yin, c’est l’intérieur des méridiens. Ceci justifie que le bi soit considéré comme une obstruction du Sang dont le principal symptôme est la douleur.

- Quelle que soit l’atteinte du bizheng, superficielle des méridiens, profonde des zang ou après transformation en Chaleur, le Froid reste le fondement du bi, notamment le Vide de yang du dumai et des Reins.

Description

Un homme de 50 ans a fait un infarctus du myocarde pour lequel il a ensuite été posé un stent. Depuis quelques mois, le patient a une apnée du sommeil appareillée. Il consulte pour une lombalgie survenant sur une lombarthrose avec des becs de perroquet. Le principal climat aggravant est l’Humidité-Froid, la station debout prolongée et certains efforts de mouvement réveillent encore la douleur. Ses autres symptômes sont : anxiété, angoisse, inquiétude, rumination, troubles du sommeil avec réveils nocturnes, perte de mémoire, moments d’abattement dépressif favorisés par l’exacerbation de la douleur, soupirs, digestion lente et difficile avec selles molles, ballonnement, crainte du froid et particulièrement du temps humide et froid, extrémités froides, raclement de la gorge. Le pouls est xian (tendu), ru (mou), chen (profond) et xi (fin) sur les Pieds. La langue est grosse, humide, pâle, avec un mince enduit blanc sur la racine, une pointe rouge et des taches mauves postérieures.

Diagnostic

- Le diagnostic de douleur survenant sur un bizheng de l’Humidité-Froid est facile à faire d’autant plus que le diagnostic radiologique a été fait par la médecine occidentale. Comme il y a des becs de perroquets, la présence de Mucosités-Glaires est certifiée, ce qui est aussi confirmé par l’athérosclérose coronaire, l’apnée du sommeil et le raclement de la gorge.

- Anxiété, angoisse, inquiétude, rumination, troubles du sommeil avec réveils nocturnes, perte de mémoire ; tous ces symptômes peuvent être associés au Cœur, en Vide de yin dans ce contexte.

- Angoisse, moments d’abattement dépressif favorisés par l’exacerbation de la douleur et soupirs sont dus à la Stagnation du qi du Foie.

- Rumination, digestion lente et difficile avec selles molles et ballonnement, ces symptômes proviennent d’un Vide de qi de Rate.

- Crainte du froid et particulièrement du temps humide et froid, et extrémités froides, ces manifestations montrent le Vide de yang des Reins associé à l’Humidité-Froid qui entrave la Rate.

- Le pouls xian (tendu) confirme la présence du Vent et de la Stase de Sang que l’on retrouve sur la face postérieure de la langue.

- La langue grosse et humide avec un mince enduit blanc, le pouls chen (profond) et ru (mou) ; ces arguments sont en faveur de l’Humidité-Froid de la Rate. Malgré la présence de Mucosités, nous n’avons pas retrouvé de pouls hua (glissant).

- La langue pâle, l’enduit blanc, le poulschen (profond) et xi (fin) sur les Pieds ; ces signes orientent sur le Vide de yang des Reins associé.

- Le pointe de la langue rouge montre la Chaleur-Vide du Cœur, bien que n’ayons pas retrouvé des symptômes de Vide de yin des Reins avec Cœur et Reins n’ont pas d’échange.

- Au total, il s’agit bien d’un bizheng du au Vent, au Froid et à l’Humidité avec prédominance des deux derniers. Les becs de perroquet et l’antécédent d’infarctus confirment la présence de Mucosités ; il peut donc s’agir d’un gubi ou rhumatisme des os dû principalement à l’Humidité-Mucosités-Froid.

Premier traitement et évolution

Le premier traitement a considéré le bizheng : chasser le Vent, réchauffer le Froid, éliminer l’Humidité, transformer les Glaires, mobiliser le Sang et nourrir l’Essence. Le Cœur a été négligé.

- La manipulation est une dispersion du premier groupe de points et de fenglong 40E ; une harmonisation avec réchauffement des deuxièmes, troisièmes, quatrièmes groupes de points et de yanglingquan 34VB ; une tonification de taixi 3R.

-Geshu 17V, ganshu 18V : chassent le Vent et mobilisent le Sang.

-Zusanli 36E, pishu 20V : renforcent le qi et le yangacquis de la Rate pour l’aider à chasser l’Humidité-Froid et transformer les Mucosités.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, yaoyangguan 3DM : tonifient le yanginné des Reins, ce qui soutient le yangacquis de la Rate, renfoce le dumai et traite localement la lombalgie en chassant l’Humidité-Froid.

-Dachangshu 25V, ciliao 32V : traitent localement la douleur en favorisant l’élimination de l’Humidité-Froid.

- Yanglingquan 34VB : réunion des tendons et des muscles (jinhui) qu’il réchauffe pour favoriser l’élimination de l’Humidité-Froid.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Taixi 3R : nourrit le yin des Reins et renforce l’Essence, ce qui soutient le yang.

Le patient a bénéficié de quelques séances à une semaine d’intervalle puis toutes les deux semaines pendant tout un printemps. Après une amélioration de quelques mois, une récidive survient le mois de septembre suivant et le même traitement appliqué devient inefficace.

Second traitement et évolution

Devant l’antécédent d’infarctus du myocarde et bien que le patient ne souffre d’aucune douleur thoracique, il est évoqué la présence d’un xiongbi demandant un traitement prioritaire. En effet, selon le suwen, 65 et le lingshu, 25, nous devons tenir compte de la maladie apparue en premier ainsi que du premier déséquilibre du yin-yang et du qixue qui influence tous ceux apparus ensuite. Rappelons que les deux mécanismes fondamentaux du xiongbi sont la Stase de Sang et l’obstruction par les Mucosités, sous-tendues par le Vide de qi et de yang. Ceci implique les zang thoraciques comprenant le Cœur et son Enveloppe, et abdominaux, impliquant la Rate, les Reins et le Foie. Si suffisamment de qixue est bloqué au thorax, il ne peut pas être mobilisé ailleurs.

- La manipulation est une dispersion de tous les points jusqu’au fenglong 40E, une harmonisation et un réchauffement des points agissant sur la Rate et les Reins, une tonification de sanyinjiao 6Rte.

-Jueyinshu 14Vet tanzhong 17RM, xinshu 15V et juque14RM : les deux beishu-mu du Cœur et de son Enveloppe, régularisent le qi, le xue, le yin et le yang, ce qui aide à la mobilisation des stases.

- Neiguan 6MC, taichong 3F : ouvrent le thorax, mobilisent la Stagnation du qi du Foie et clarifient sa Chaleur.

-Geshu 17V : mobilise la Stase de Sang.

-Fenglong 40E : transforme les Mucosités.

-Shenshu 23V, mingmen 4DM, guanyuan 4RM, qihai 6RM, zusanli 36E : tonifient le yang de la Rate et des Reins, c'est-à-dire l’acquis et l’inné, ce qui permet à la Rate de chasser l’Humidité et de transformer les Mucosités, et aux Reins de soutenir la Rate et de renforcer le dumai.

- Sanyinjiao 6Rte : tonifie le qi de la Rate, nourrit le jing et le yin des Reins.

Le patient a été soigné toutes les deux à trois semaines en période hivernale. Cette fois-ci le résultat est rapide, tant sur la douleur que sur l’état général, avec maintien du résultat plusieurs mois après la fin du traitement. Notons encore qu’une douleur de l’épaule droite a essayé d’être traitée localement sans résultat ; elle a cédé par le traitement du xiongbi !

Conclusion

Nous ne pouvons nier l’intérêt intellectuel qu’une telle démarche diagnostique et thérapeutique anime et comment justifie-t-elle notre désir de toujours pousser plus loin notre compréhension des mécanismes physopathologiques de la médecine chinoise. Cependant, nous passons cet intérêt après celui du patient, conscient que le soulagement de sa souffrance est la finalité de notre lien avec lui.

 Dr Robert Hawawini 

Conflit d’intérêts : aucun

  



[1] Rapporté par Borsarello Jean-François, Duron André, Faubert André, Laville-Méry Charles.

Précis d’acupuncture en obstétrique

Précis d’acupuncture en obstétrique

ROQUERE Hélène et LAFONT Jean-Louis

Montpellier : Sauramps Médical, 2016.

-451 p. ; 24 cm x 17,5 cm. Broché, illustrations, biblio.

 ISBN 979-1030300444 : 59€

 

 Personnalités éminentes de l’Association Française pour l’Étude et la Recherche en Acupuncture (AFERA), Hélène Roquère et Jean-Louis Lafont nous livrent dans cet ouvrage la synthèse de leurs expériences, somme des activités professionnelles en tant que médecin acupuncteur spécialisé en obstétrique ou enseignant ou ex-enseignant au sein du diplôme interuniversitaire (DIU) d’acupuncture obstétricale de Nîmes-Montpellier. Ainsi au cours du congrès de l’AFERA 2014, Hélène Roquère présentait de façon très didactique la dynamique de l’accouchement ; de même, Jean-Louis Lafont insistait sur les points de traitement de l’infertilité chez la femme, en particulier sur la stimulation, lors de la première partie du cycle menstruel, du point FO11 yinlian 陰廉 [1]. Ce point mentionné pour la première fois dans le Zhenjiu jiayijing (針灸甲乙經, L’ABC d'Acupuncture et de Moxibustion) écrit par Huang Fumi en 259 de notre ère a la stérilité pour seule indication. En effet, il permet de faire circuler le qi du Foie et d’en mobiliser le Sang.

Hélène Roquère et Jean-Louis Lafont abordent donc dans leur livre la surveillance de la grossesse, la pathologie de la grossesse (vomissements, insomnie, anémie, dépression, menaces d’accouchement prématuré, syndrome du canal carpien, prurit gravidique, etc.), l’accouchement (présentations dystociques, versions, inductions du travail, etc.), mais aussi toutes les pathologies du post-partum (rétention des lochies, incontinence urinaire, hémorroïdes, douleurs du périnée, endométrite, constipation, etc.). Un chapitre complet est consacré à l’allaitement avec l’hypogalactie, les crevasses, l’engorgement, les abcès... et un autre à l’infertilité.  Pour la thérapeutique, les auteurs ont insisté sur la différenciation des syndromes (bianzheng), classés selon plusieurs modalités : suivant les huit principes (yin yang, froid chaleur, biao li, xu shi), suivant les méridiens et les luo, les substances vitales (affections du qixue - vide, stagnation de Sang, les glaires, etc.), et enfin suivant les zang fu insuffisance ou excès (exemple : Vide de Sang du Foie ou Vide de qi du Poumon et du Rein). Bref un ouvrage assez complet qui malheureusement fait l’impasse sur la médecine fondée sur le niveau de preuve. Aucun essai comparatif randomisé n’est cité alors que deux-cent-trente-sept ECR et méta-analyses sont référencés à ce jour sur la base de donnée américaine Medline Pubmed [2] et que l’évaluation de l’acupuncture en obstétrique avance à grands pas [3]. De même, les auteurs ont essayé de clarifier la notion de points interdits à partir des Classiques Chinois (Compendium d'Acupuncture et Moxibustion » Zhenjiu dacheng, le « Classique illustré des points d’acupuncture de l’homme de bronze » Tongren shuxue zhenjiu tujing, etc.). Mais sans doute la revue systématique de Carr (823 femmes bénéficiant de 4549 à 7234 traitements d'acupuncture sur un ou plusieurs points interdits) [4] et la grande étude observationnelle allemande (n=5885 femmes avec acupuncture sur les points interdits à tous les stades de la grossesse) sont bien plus parlantes. Les taux de fausse couche, de rupture prématurée des membranes, de travail prématuré ou menace de travail prématuré sont comparables à ceux des femmes enceintes non traitées et/ou compatibles avec l’incidence prévue [5].

On regrettera aussi que le chapitre accouchement soit très succinct et n’aborde pas l’analgésie lors du travail alors que l’acupuncture et/ou l’électroacupuncture durant l’accouchement peuvent être raisonnablement indiquées avec un grade B (présomption scientifique) selon le niveau des recommandations de la Haute Autorité de Santé Française [6].

Quoi qu’il en soit, Hélène Roquère et Jean-Louis Lafont nous montrent de façon didactique et de manière très structurée la richesse de l’acupuncture et toutes ses possibilités thérapeutiques. Ce livre se doit de faire partie de la bibliothèque idéale de tout étudiant de DIU d’acupuncture obstétricale ou de tout médecin s’intéressant à l’obstétrique.

Dr Jean-Marc Stéphan

Directeur de la revue « Acupuncture & Moxibustion »

Coordinateur du DIU d’acupuncture obstétricale à la Faculté de Médecine de Lille 2

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Conflit d’intérêts : aucun

 Références

 [1]. Covin J. Le XXIIIe Congrès d’acupuncture de l’AFERA. Acupuncture & Moxibustion. 2014;13(2):144-145.

[2]. Pubmed Medline. [Consulté le 16 juin 2016]. Available from http : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed

[3]. Stéphan JM. Obstétrique et acupuncture factuelle. Quel niveau de preuve en 2015 ? Acupuncture & Moxibustion. 2015;14(4):285-291.

[4]. Carr DJ. The safety of obstetric acupuncture: forbidden points revisited. Acupunct Med. 2015 Oct;33(5):413-9.

[5]. Romer A, Zieger W, Melchert F [Prohibition of acupuncture points during pregnancy—an outdated tradition or objective evidence?]. Deutsche Zeitschrift Für Akupunktur 2013;56:10–13.

[6]. Stéphan JM. L'acupuncture autour de la naissance : analgésie durant l'accouchement. Acupuncture & Moxibustion. 2010;9(1):28-33. 

Etat de l’évaluation de l’acupuncture en rhumatologie en 2015

Evaluation de l’acupuncture

 

 

 

 Objectifs

 Nous proposons dans cet article une actualisation de notre précédent travail concernant un état de lieux de l'évaluation de l'acupuncture dans le domaine de la rhumatologie [Goret 2007]. Il s'agit d'identifier dans la littérature médicale l'ensemble des revues structurées comportant les quatre critères suivants :

1.      recherche bibliographique explicite ;

2.      évaluation de la qualité méthodologique des essais inclus ;

3.      inclusion et analyse distincte des essais contrôlés randomisés (ECR) ;

4.      terme “acupuncture” ou équivalent dans le titre de la publication, ou apparaissant explicitement dans les conclusions.

Une revue structurée est une revue de la littérature qui annonce clairement ses objectifs, outils ou méthodes et qui procède selon une méthodologie explicite et reproductible. Il en existe deux types : la synthèse méthodique et la méta-analyse (qui comporte l’analyse quantitative statistique des données des essais inclus). Les revues structurées constituent le plus haut niveau de preuve pour une thérapeutique donnée [Gerlier 2004].

 

Résultats

 Au 1er janvier 2016 nous avons répertorié un total de 73 publications dans le domaine de la rhumatologie.  Les revues sont décrites en détail dans le tableau IV classé par pathologies. Il est rapporté pour chacune de ces revues le support de publication et son impact factor, les comparaisons effectuées et le nombre d'ECR par comparaison, l'échelle utilisée pour l'évaluation de la qualité méthodologique des essais et le pourcentage d'essais de haute qualité, les conclusions formulées par les auteurs. Nous avons choisi d'utiliser un système de cotation à 4 niveaux de ces conclusions afin de pouvoir rendre compte plus facilement de l'état de l'évaluation dans les différentes pathologies (tableau I). Ces cotations figurent ainsi dans le tableau de synthèse (tableau II) et à la suite des conclusions des auteurs dans le tableau descriptif (tableau IV).

 Tableau I. Cotation des conclusions des auteurs des revues méthodiques. 

☆☆☆

Recommandation de l'acupuncture dans l'indication, effet spécifique mis en évidence

☆☆

Données et conclusions en faveur d'une recommandation de l'acupuncture dans l'indication

Données positives mais quantitativement ou qualitativement insuffisantes

Absence de données ou données négatives ou données contradictoires

 

Tableau II. Tableau de synthèse.

 

Pathologie

Auteurs

Nbre

ECR

Nbre

patients

Conclusions

Douleurs

musculo-squelettiques

Law 2015 (laser-acupuncture)

49

2360

☆☆

Lee 2008 (venin d'abeille)

11

877

☆☆☆

Tough 2008 (trigger points)

7

564

Fibromyalgie

Yang 2014

9

523

☆☆

Cao 2013

16

1081

☆☆

Deare 2013

9

395

Wang 2011

6

323

☆☆

Cao 2010

20

1015

☆☆

Langhorst 2010

7

385

Mayhew 2006

5

316

Ø

Sim 2002

1

70

Berman 1999

3

149

Arthrose

Manyanga 2014

12

1963

☆☆

Manheimer 2010

16

3498

☆☆

Kwon 2006

18

1981

☆☆☆

Ernst 1997

13

497

☆☆

Polyarthrite rhumatoïde

Sun 2014 (moxibustion)

8

494

Choi 2011 (moxibustion)

4

347

Lee 2008

8

1002

Ø

Casimoro 2002

2

84

Ø

Arthropathie goutteuse

Lee 2013

10

852

☆☆

Epicondylalgie

Tang 2015 (fonction articulaire)

4

309

Ø

Gadeau 2014

19

1190

☆☆☆

Chang 2014

9

527

☆☆

Buchbinder 2007

5

nd

Bisset 2005

4

148

☆☆☆

Trinh 2004

6

282

☆☆

Green 2002

4

239

Ø

Epaule douloureuse

Dong 2015 (impingement syndrome)

2

516

☆☆

Wang 2015

9

 

☆☆

Vickers 2012

4

564

☆☆

Green 2005

8

525

Grant 2004

1

52

☆☆

Michener 2004

2

73

Johansson 2002 (syndrome sous-acromial)

1

52

☆☆

Epaule gelée

Peng 2007

6

608

☆☆

Cervicalgies et lombalgies

Smith 2000

13

537

Ø

Cervicalgies

Yuan 2015

23

1717

☆☆

Kan 2013 (aiguille scalpel)

13

1419

☆☆

Graham 2013

12

1157

☆☆

Moon 2013 (whisplash syndrome)

6

348

☆☆

Vickers 2012

5

3488

☆☆☆

Wang 2011 (acupuncture abdominale)

8

909

non interprétable

Fu 2009

14

4249

☆☆

Trinh 2007

10

661

Kjellman 1999

4

130

Ø

White 1999

14

722

Ø

Lombalgies 

Yuan 2015

42

7488

☆☆☆

Hu 2014

56

6616

☆☆

Xu 2013

13

2678

☆☆

Lam 2013

25

6078

☆☆☆

Vickers 2012

10

4932

☆☆☆

Hutchinson 2012

7

5609

☆☆

Yuan 2008

22

6359

☆☆

Manheimer 2005

33

2310

☆☆☆

Furlan 2005

35

2861

☆☆☆

Ernst 2002

12

629

☆☆

Strauss 1999

4

nd

Ø

Van Tulder 1999

11

544

Ernst 1998

12

629

☆☆

Lombalgies aigues

Lee 2013

11

4249

☆☆

Hernie discale lombaire

Li 2015 (aiguilles chaudes)

15

1146

☆☆

Luo 2005

10

1265

☆☆

Sciatique

Ji 2015

12

1842

☆☆

Qin 2015

11

962

☆☆

Luijsterburg 2007

1

30

Coxarthrose

Kwon 2006

3

144

Genou douloureux

Hou 2015

12

2535

☆☆

Corbett 2013

22

2167

☆☆☆

Cao 2012

14

3835

☆☆☆

Vickers 2012

9

2713

☆☆☆

Manheimer 2010

13

3360

☆☆☆

Manheimer 2007

9

2821

☆☆☆

White 2007

13

2362

☆☆☆

Bjordal 2007

7

933

☆☆

Kwon 2006

14

1735

☆☆☆

Fernandez 2002

4

230

Ezzo 2001

7

393

☆☆

Entorse de la cheville

Park 2013

17

1820

Talalgie

Clark 2012

5

249

☆☆

Haut du formulaire

 

Commentaires

73 publications sont répertoriées soit 43 supplémentaires par rapport à 2007. Ces publications concernent 17 pathologies contre 10 en 2007, soit 7 pathologies nouvelles : douleurs musculo-squelettiques, arthropathie goutteuse, épaule gelée, lombalgie aiguë, hernie discale lombaire, talalgie et entorse de la cheville. Les revues de Vickers 2012 et de Kwon 2006 portent sur plusieurs pathologies (cervicalgies- épaule douloureuse – cervicalgies – lombalgies - genou douloureux pour Vickers 2012 et arthrose – coxarthrose - gonarthrose pour Kwon 2006) mais dont les données sont analysées de façon distincte. Inversement la revue de Smith 2000 porte sur un ensemble cervicalgies- lombalgies dont les données ne peuvent être dissociées. 

En comptabilisant pour chaque pathologie le nombre d'ECR inclus dans la synthèse la plus complète, les données 2015 sont basées sur un total de 252 ECR contre 104 en 2007.  Le nombre d'ECR recensés dans notre base de données Acudoc2 (www.acudoc2.com) dans le domaine de la rhumatologie était 1691 en 2015 et de 981 en 2007.  C'est-à-dire que les revues structurées n'analysent que 15 % des données disponibles. Cela est lié à plusieurs facteurs :

- le champ des pathologies couvert par les ECR est naturellement plus large que celui des revues ;

- la non-inclusion pour des raisons pratiques des essais en langues asiatiques ;

- l'exclusion dans beaucoup de revues de la comparaison de deux techniques d'acupuncture (acupuncture versus acupuncture, voir tableau IV, colonne "comparaisons"). Cette exclusion que l'on n'observe pas dans l'évaluation des médicaments (par exemple comparaison de deux AINS) est un biais significatif dans l'approche de l'évaluation de l'acupuncture [Nguyen 2015].

Le pourcentage d'essais de haute qualité inclus a baissé (46% contre 69%). Cette baisse s'explique par l'apparition de revues structurées réalisées par des équipes chinoises qui incluent des essais chinois plus ou moins anciens et de moindre qualité méthodologique. Comme nous l'avons vu, ces essais n'étaient que rarement pris en compte avant 2007 car d'accès plus difficile.  

Sur l'ensemble des données récentes, on peut faire état de conclusions concordantes (au moins deux revues récentes de moins de 5 ans) favorables à l'acupuncture (☆☆) dans la fibromyalgie, l'arthrose, l'épicondylite, l'épaule douloureuse, les cervicalgies, les lombalgies et sciatiques, le genou douloureux.  Un effet spécifique versus acupuncture factice (☆☆☆) est mis en évidence dans des revues concordantes (au moins deux revues récentes de moins de 5 ans) dans l'épicondylalgie, les lombalgies et le genou douloureux.

Ces données sont pour le moins équivalentes sinon supérieures à nombre de thérapeutiques usuelles dans le champ conventionnel de la rhumatologie. Elles ne sont pourtant pas prises en compte dans les recommandations des sociétés savantes correspondantes.  C'est ainsi que dans le traitement du genou douloureux alors que l'acupuncture dispose d'un ensemble solide de données mettant en évidence une efficacité spécifique, l'OARSI (Osteoarthitis Research Society International) conclut à une efficacité "incertaine" et exclut l'acupuncture de ses recommandations [Mcalindon 2014].  On observe la même distorsion et inégalité dans l'analyse des données par rapport aux autres thérapeutiques dans les recommandations relatives à la prise en charge de la migraine de la SFEMC (Société française d’étude des migraines et des céphalées [Lanteri-Minet 2013]. Ce problème se retrouve sur un plan plus général dans le rapport de l'INSERM sur l’"Évaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture" [Barry 2014]. Cela doit amener les médecins acupuncteurs à une réflexion sur les raisons tant internes qu'externes de cet état de fait et sur les réponses à apporter [Nguyen 2015].  

Par rapport à 2007, nous observons l'apparition de revues structurées portant spécifiquement sur des techniques particulières d'acupuncture (acupuncture étant considéré comme le terme générique) : évaluation de la moxibustion [Coi 2011, Sun 2014, Gadeau 2014], des aiguilles chaudes [Li 2015], de la laser-acupuncture [Chang 2014, Law 2015], de l’acupuncture abdominale [Wang YW 2015], des points ashi ou des triggers points [Tough 2008, Wang KF 2015], de l'aiguille-scalpel [Kan 2013] ou encore de la chimiopuncture au venin d’abeille [Lee MS 2008].

 Tableau III. Evolution des données : tableau de synthèse comparatif des revues méthodiques  incluses par rapport à 2007.

 

 

2007

2015

Nombre de revues méthodiques

30

73

Nombre de pathologies

10

17

Nombre d’ECR

104

252

Pourcentage ECR haute qualité

69%

46%

Impact Factor moyen

3,49

2,92

Pourcentage de revues cotées ☆☆☆

20%

21%

Pourcentage de revues cotées ☆☆

37%

48%

Pourcentage de revues cotées

13%

18%

Pourcentage de revues cotées

30%

13%

Nombre de pathologies avec au moins deux  revues cotées  à ☆☆☆ ou ☆☆

5

10

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

           

 

 

 

 Dr Olivier Goret,

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  Dr Johan Nguyen. 

* : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 Lire aussi les notes complémentaires du TABLEAU IV

 

Acupuncture Traditionnelle Chinoise et mathématiques : la voie hambourgeoise

Hambourg et Médecine Traditionnelle Chinoise

Sven Schroeder est neurologue et acupuncteur. Il dirige le Hansemerkur Centrum de Médecine Traditionnelle Chinoise qui propose des soins de médecine complémentaire et alternative au sein du Centre Médical Universitaire de Hamburg-Eppendorf (Allemagne). Le service bénéficie du soutien financier d'une assurance de santé dont il porte le nom (Hansemerkur Versicherungsgruppe), sponsor n'intervenant pas dans le fonctionnement médical.

Cet établissement, pour l’instant unique en Allemagne, est consacré aux soins, à l'enseignement et à la recherche en médecine traditionnelle chinoise.

L’idée initiale de ce centre revient à un ancien maire de Shanghai, ville jumelée avec Hambourg.

Sven Schroeder était l’invité du Dr Fernando Salgado, coordonnateur du master d’acupuncture médicale de Santiago de Compostela (Saint Jacques de Compostelle) en Galice, au nord-ouest de l’Espagne et du centre Xiyun (西 , à l’Ouest des Nuages) de la même ville.

Sven Schroeder a donné sur deux jours une longue conférence sur sa conception de l’acupuncture et a réalisé des démonstrations sur des patients [1,2].

Niveaux d’Énergie, méridiens et analyse mathématique

La première partie de l'exposé portait sur les références des livres classiques et une analyse mathématique des rapports entre les méridiens (figure 1).


Figure 1. Sven Schroeder expliquant son analyse mathématique des niveaux d’énergie. Après la division, selon la tradition, du niveau yang et yin en trois niveaux, il s’agit de la combinaison taiyang-shaoyin, yangming-taiyin, shaoyang-jueyin

Les classiques consultés pour bâtir les raisonnements mathématiques sont Huangdi neijingsuwen, nanjing, shanghanlun, zhenjiudacheng, yixuerumen, zhenjiujiayijing et quelques autres moins connus. La compréhension de la  physiopathologie organise la recherche des points à puncturer : équilibre yin/yang, succession des méridiens selon l'ordre de « l'horloge chinoise », méridiens couplés, règle Midi-Minuit ...

 

Chaque méridien est fonctionnellement lié à sept autres. La figure ci-dessous montre ces combinaisons pour le méridien du Poumon (Lung, Lu, figure 2).


Figure 2 (extraite de [1]). Représentation des liens du méridien Poumon (LU- Lung) avec 7 des 11 autres méridiens selon les règles classiques de l'acupuncture traditionnelle (LI, Large Intestine-Gros Intestin ; ST Stomach-Estomac ; SP, Spleen-Rate ; HT Heart-Cœur ; SI, Small Intestine-Intestin Grêle ; BL, Bladder-Vessie ; KI, Kidney-Rein ; PC, Pericardium-Maîre du Cœur ; TE, Triple Energiser -Triple Réchauffeur ; GB, Gall Bladder-Vésicule Biliaire ; LR, Liver-Foie). Ce schéma présente également l’ordre successif des méridiens selon l’ « horloge chinoise ».

Toutes les combinaisons possibles sont analysées à l’aide de formules mathématiques telles que Cnk (C nombre des combinaisons de n objets à un moment k). Ensuite, après d’autres étapes (que le lecteur amateur de mathématiques pourra retrouver dans les articles en référence, disponibles in extenso), on aboutit à 60 possibilités de combinaisons de 4 méridiens puis seulement 15 après élimination des répétitions (Figure 3).


Figure 3. Assemblés par 4, les 12 méridiens offrent 15 possibilités (extrait de [1]). Identification des méridiens selon les deux premières lettres du nom anglais (cf ci-dessus).

Ensuite, des correspondances anatomiques – yin/yang, haut-bas, avant-arrière, gauche-droite sont utilisées pour construire le schéma thérapeutique (depuis des siècles par les différentes écoles chinoises et depuis quelques décennies par les acupuncteurs du monde entier (voir note 1). Elles sont également validées par l'expérience (des différentes écoles et de l’auteur). Exemple pour une douleur d’épaule, rechercher des points sur les méridiens du pied controlatéral puis ipsilatéral, cf exemple plus loin). Les points de commande des Merveilleux Vaisseaux sont également sollicités (figure 3, extraite de [1]).


Figure 4. Huit Points de commande des Merveilleux Vaisseaux : points maîtres et points couplés (dumai, houxi 3IG ; yangqiaomai, shenmai 62V ; yangweimai, waiguan 5TR ; daimai, zulinqi 41VB ; renmai, lieque 7P ; yinqiaomai, zhaohai 6R ; yinweimai, neiguan 6MC ; chongmai, gongsun 4Rte) (note 2).

Application

Après l’interrogatoire et la palpation de la région douloureuse (on demande au patient de désigner la région douloureuse d’un seul doigt pour le plus de précision possible), l'analyse clinique, comprend un examen de la langue et des pouls dont les informations sont intégrées à la démarche diagnostique. La thérapeutique, les points à piquer, sont recherchés le long de méridiens selon les règles indiquées plus haut (yin/yang ; haut/bas ; gauche /droite...) et aussi certaines habitudes liées à l’expérience. Elle s'organise, pour ce que nous avons vu, autour des méridiens tendino-musculaires (Sinew channels).

La puncture est plutôt originale. Après réflexions sur les différentes options, le praticien palpe avec un doigt un segment  de méridien à la recherche de points sensibles. Les points ainsi repérés sont ensuite explorés de façon millimétrique avec un palpeur à la recherche de points ashi très réactifs. Trois points successifs distants de 1 cm environ sont alors puncturés à une profondeur de 0,5cun en moyenne. La recherche du deqi est systématique et également minutieuse. Chaque étape comprend encore une évaluation de la douleur résiduelle, plutôt originale : initialement évaluée de façon numérique à base 10 (la classique échelle numérique), l’évolution sous traitement est ensuite évaluée en prenant la douleur initiale comme référence ayant une valeur 100. Puis étape après étape (toutes les dix minutes environ), avec adaptation des points puncturés, une réévaluation en pourcentage de la douleur résiduelle est effectuée (en demandant au patient de mobiliser activement l’articulation douloureuse).

En pratique

Exemple : femme de 62 ans, droitière, fibromyalgique (diagnostic il y a 5 ans), douleur antérieure du moignon de l'épaule droite (diagnostic échographique de tendinite – du tendon du long biceps ?) sur le trajet du méridien de Poumon. Premier point piqué xuanzhong 39VB gauche plus un point au-dessus et un point au-dessous repérés au palpeur (avec systématiquement recherche du deqi). Amélioration de 50% de la douleur spontanée aux mouvements actifs de l’épaule, mais pas de changement à la douleur locale provoquée par la palpation directe. Ensuite, puncture de points du méridien du Foie à droite au niveau du cou de pied) avec amélioration de la douleur et possibilité de mettre la main dans le dos.

Après 20 mn, la patiente n'a plus de douleur spontanée, ni au mouvement ni non plus à la palpation.

Deux autres personnes ont fait l’objet d’une démonstration équivalente de cette acupuncture dynamique.

Conclusion

Cette proposition de soin ne manque pas d’intérêt : la démarche diagnostique s’appuie sur la tradition chinoise, elle comprend une analyse occidentale (ici mathématique), mais aussi et surtout, une pratique basée sur la clinique ainsi que celle d’une application des aiguilles en fonction d’une palpation rigoureuse. Avec en plus, la recherche systématique du deqi qui reste, à notre avis, le meilleur lien entre Tradition Classique et acupuncture moderne occidentale.

 

Dr Patrick Sautreuil

ASMAF-EFA (Association Scientifique des Médecins Acupuncteurs de France- Ecole Française d’Acupuncture)

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Conflit d’intérêts : aucun

Notes

1. Trois références pour ces traitements modernes utilisant des références classiques :

Effective Points Therapy of Acupuncture, Mao Qunhui, Guo Xiaozong, Languages Press Foreing Languages Press, 1998 ; Tung’s acupuncture-Elucidation of Tung’s extra points, Wei-Chieh Young, Jinzhang Dong, Taipei, Chih-Yuan Book Store, 2005 ; Dr Tan’s strategy of twelve magical points, Tan R., Printing San Diego, California, USA 2002

2. La première mention des huit points maîtres des vaisseaux extraordinaires date de 1439 dans Zhen Jiu Da Quan (Collection complète d’Acupuncture et Moxibustion) de Xu Feng (Cf article de Sven Schroeder [1])

Références

1. An Acupuncture Research Protocol Developed from Historical Writings by Mathematical Reflections: A Rational Individualized Acupoint Selection Method for Immediate Pain Relief, Sven Schreder and Al, Evid Based-Complement Alternat Med, Volume 2013, 256754

2. Mathematical reflections on acupoint combinations in the Traditional Meridian systems, Sven Schroeder and Al, Evid Based-Complement Alternat Med, Volume 2012, Article ID 268237 

 

Spécificité des points d’acupuncture utilisés dans la dysménorrhée primaire


Brèves d’acupuncture

 

Tuy Nga Brignol, Jean-Marc Stéphan

Spécificité des points d’acupuncture utilisés dans la dysménorrhée primaire

Pourcentage d’utilisation des dix combinaisons de points les plus usités. La combinaison la plus courante est le VC4 et RA6 (60,97% ) ou RA6 et VC6 (28,6%), RA6 et VE32 (27,4%) etc.

 L'acupuncture fournit une analgésie efficace dans la dysménorrhée primaire. Une étude basée sur l'exploration de données de la littérature a permis de sélectionner les points les plus généralement utilisés dans les essais cliniques avec ou sans randomisation, avec ou sans groupe témoin, publiés en anglais ou en chinois de janvier 1978 à avril 2014. Cette étude a pour intérêt d’examiner les principes de sélection des points d'acupuncture et leurs caractéristiques. 67,24% des points d'acupuncture utilisés étaient des points d'acupuncture spécifiques selon les théories de différenciation des syndromes, points de croisement, points shu antiques, points yuan et points shu et mu. Il en résulte donc une spécificité des points les plus fréquemment travaillés : sanyinjiao (RA6), guanyuan (VC4), qihai (VC6), diji (RA8), ciliao (VE32), etc.

Les méridiens les plus souvent utilisés étaient renmai (Vaisseau Conception), zutaiyin (Rate-Pancréas) et zutaiyang (Vessie). Les points des membres inférieurs ont été les plus fréquemment puncturés. En conclusion, l’'exploration de données est une approche possible afin d'identifier les caractéristiques de la sélection des points d'acupuncture. Cette  étude indique ainsi que les protocoles d’acupuncture moderne du traitement de la dysménorrhée primaire sont basés sur une sélection des points d'acupuncture spécifiques mettant en pratique les théories de la médecine traditionnelle chinoise.

 Yu S, Yang J, Yang M, Gao Y, Chen J, Ren Y, Zhang L, Chen L, Liang F, Hu Y. Application of acupoints and meridians for the treatment of primary dysmenorrhea : a data mining-based literature study. Evid Based Complement Alternat Med. 2015;2015:752194. doi : 10.1155/2015/752194. Epub 2015 Feb 24. Review.

 

La stimulation du hegu objective l’effet spécifique de l’acupuncture selon la technique de la piqûre à l’opposé 

 


La spécificité des points d’acupuncture est l’un des concepts clés de la théorie de l’acupuncture traditionnelle. La question est de savoir s’il existe des preuves scientifiques suffisantes pour prouver ou réfuter cette spécificité. Un aspect important de cette spécificité est la latéralité du point. Les données sont particulièrement rares concernant la latéralité des points homologues d’un même méridien, situés sur les côtés opposés du corps. Cependant, dans le but de traiter une maladie particulière, rien ne permet de dire si l’on doit choisir le point latéralisé à droite plutôt que celui de gauche (par exemple 4GI droit ou gauche). Selon l’acupuncture expérimentale, la stimulation de points d’acupuncture spécifiques en vue d’une analgésie acupuncturale va favoriser la libération de substances analgésiques dans le système nerveux central tels que des peptides opioïdes etc., ce qui signifie que les points d’acupuncture bilatéraux auraient le même effet. D’autre part, selon le chapitre 63 du Suwen, décrivant la piqûre miu, il est dit que « si une maladie est liée au côté gauche, le point de traitement est du côté droit, et vice versa », ce qui souligne que la stimulation des points d’acupuncture d’un côté latéral spécifique pourrait conduire à des avantages thérapeutiques dans les conditions spécifiques. Bref, ceci est à la base du concept de l’acupuncture controlatérale et permettrait d’affirmer la latéralité spécifique du point d’acupuncture. Il a déjà été constaté que la stimulation ipsilatérale de hegu (4GI) engendre une augmentation de la vascularisation dans le hegu controlatéral (4GI). En outre, l’augmentation de la vascularisation a été asymétrique, ce qui suggère que 4GI possède une latéralité de la distribution de sang. Une autre étude a objectivé que la stimulation du 6MC (neiguan) diffère selon que l’on puncture à droite ou à gauche, d’où également un effet latéralisé sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Le but de cette étude est d’explorer si la stimulation de 4GI du côté droit peut entraîner un effet différent par rapport à celle du côté gauche sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Afin d’exclure le biais lié au sexe, vingt-huit jeunes femmes volontaires en bonne santé ont été recrutées et réparties au hasard dans le groupe I (n = 14 ; âge moyen : 26,14 ± 1,19) et le groupe II (n = 14 ; âge moyen : 25,93 ± 1,39) selon l’ordre d’inscription au moment du recrutement. Dans le groupe I, 4GI du côté gauche a été stimulé lors de la première séance et 4GI du côté droit a été stimulé lors de la deuxième séance, en laissant au moins huit jours entre les deux séances. Dans le groupe II, 4GI du côté droit a été stimulé en premier puis le côté gauche a été stimulé plus tard. L’aiguille, insérée dans une profondeur de 15 mm, a été tournée lentement toutes les 5 minutes au cours des 30 minutes de la séance d’acupuncture, afin de maintenir la sensation d’endolorissement et d’engourdissement liée au deqi. L’ECG a été enregistré et la variabilité de la fréquence cardiaque a été analysée. Les résultats montrent qu’il n’y avait pas de différence significative de variabilité de la fréquence cardiaque entre les groupes I et II (aussi bien dans le domaine temporel que dans le domaine fréquentiel) lorsque la latéralité du point 4GI est explorée. Cette absence de latéralité du point 4GI sur la variabilité de la fréquence cardiaque est inattendue quand on la compare au point 6MC qui possède la latéralité. En effet, une étude approfondie antérieure a indiqué que l’acupuncture de 6MC produit une action différente sur la variabilité de la fréquence cardiaque en fonction de la latéralité droite ou gauche. D’après les auteurs, une explication possible pourrait être donnée en se basant sur la théorie traditionnelle de l’acupuncture : 6MC est un des points d’acupuncture spécifiques cardiovasculaires le plus couramment utilisé dans les textes classiques. Alors que 4GI appartient au méridien Gros Intestin qui n’a pas pour fonction de moduler la fonction cardiovasculaire.

 

Guangjun W, Yuying T, Shuyong J, Wenting Z, Weibo Z. Bilateral hegu acupoints have the same effect on the heart rate variability of the healthy subjects. Evid Based Complement Alternat Med. 2014;2014:106940. doi: 10.1155/2014/106940.

  

Restructuration du réseau cérébral moteur dans le traitement de l’AVC par acupuncture

 


IRMf avant et après deux semaines d'acupuncture – L’analyse de la fraction anisotropique (FA) montre la récupération. La FA mesure le degré d'organisation des faisceaux de substance blanche. C’est un des index qui peuvent être calculés. La FA évalue le degré avec lequel les molécules d'eau diffusent dans une seule direction.

Différentes interventions thérapeutiques peuvent induire un remodelage de l'architecture du réseau du système nerveux moteur après accident vasculaire cérébral (AVC). Il a été prouvé que l'acupuncture peut avoir une efficacité prometteuse dans la récupération motrice suite à un AVC. Cependant, il est difficile de savoir si la réorganisation motrice du réseau cérébral grâce à l’acupuncture est corrélée avec la durée d’installation de l'AVC et à la gravité du déficit initial.

Une étude a été réalisée chez neuf patients (7 hommes et 2 femmes ; âge moyen : 57,7 +/- 9.92 ans)  pour déterminer par IRM fonctionnelle (IRMf) la relation entre l'organisation motrice du cerveau après un traitement par acupuncture et les changements de l’ultrastructure de la substance blanche. Les critères de recrutement ont été : récupération stable de l’AVC ;  premier épisode d’AVC compris entre 2 et 12 semaines ; cognition suffisante pour exécuter des ordres simples (Score Mini-Mental State Examination MMSE> 21). Sont exclus de l’étude les patients avec : infarctus bilatéraux, AVC récurrents, antécédents d'alcool ou de drogue, antécédents d'épilepsie ou autre maladie neurologique ou troubles psychiatriques, déficits cognitifs graves, aphasie globale, et contre-indications à l’IRM. Les patients comme les sujets contrôles (appariés en âge et sexe) sont à dominance droite. Les huit sujets contrôles (6 hommes et 2 femmes ; âge moyen : 51,6 + 4,8 ans) ont un examen neurologique normal. Ils n’ont pas d’antécédents d'épilepsie ou d'autres maladies neurologiques ou troubles psychiatriques.

Une aiguille a été insérée verticalement au point 34VB (jambe gauche) à une profondeur de 2-3 cm, et stimulée de façon équilibrée entre « stimulation et dispersion ». L’aiguille est tournée à droite puis à gauche pendant 1 min à une vitesse de 60 fois/min. La procédure a été réalisée par le même acupuncteur pour tous les participants. Deux séances à deux semaines d’intervalle ont été effectuées afin d’analyser la différence de réponse induite par l'acupuncture au niveau du cerveau en phase de récupération.

Les résultats ont montré que chez les patients AVC, l'acupuncture entraîne une réorganisation du réseau moteur après la survenue de l'AVC. L'acupuncture peut induire une augmentation de la connectivité fonctionnelle entre le cortex gauche primaire moteur (M1) et le droit M1, le cortex pré-moteur, l'aire motrice supplémentaire (AMS), le thalamus et le cervelet. Après deux semaines de récupération, la connectivité fonctionnelle accrue de la M1 gauche a été plus largement distribuée et située principalement dans l'insula, le cervelet, les ganglions de la base et l’AMS. Par ailleurs, il existe une relation négative significative entre la valeur FA* (fraction anisotropique) dans le M1 à gauche à la numérisation de base et le noeud central de cette région après traitement par acupuncture, à la fois au début et après deux semaines de récupération.

Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur la compréhension de la théorie de la réorganisation des troubles moteurs suite à des lésions cérébrales chez les patients victimes d'AVC.

 

Bai L, Tao Y, Wang D, Wang J, Sun C, Hao N, Chen S, Lao L. Acupuncture Induces Time-Dependent Remodelling Brain Network on the Stable Somatosensory First-Ever Stroke Patients: Combining Diffusion Tensor and Functional MR Imaging. Evid Based Complement Alternat Med. 2014;2014:740480. doi: 10.1155/2014/740480.

 

L’acupression au point 32V (ciliao) est efficace sur le degré d’anxiété et sur la délivrance chez les parturientes

 


Une doula est une femme aux côtés de la femme enceinte, à l’écoute de ses désirs, ses besoins. Elle propose un accompagnement dans la continuité, une relation de confiance, de complicité et d’intimité de femme à femme.

 

Un essai clinique randomisé de type pragmatique a été mené en Iran, dans la salle d’accouchement à l’Hôpital Shoushtari de l’Université de Chiraz des Sciences Médicales. Les 150 participantes ont été réparties de façon aléatoire en trois groupes (50 dans chaque groupe) en soins de soutien par une doula (groupe A), acupression (groupe B) et soins de routine pour le groupe contrôle (groupe C).

Les critères d’inclusion étaient : âge gestationnel de 37-41 semaines basé sur la date du dernier cycle menstruel ou de l’échographie des premier et deuxième trimestres ; première ou deuxième grossesse ; âgées entre 18 et 35 ans ; grossesse unique ; présentation de la tête ; absence d’anomalies chromosomiques ou d’anomalies fœtales évidentes ; absence de médication spéciale pendant la grossesse, et ayant au moins un niveau d’enseignement moyen. D’autre part, les critères d’exclusion de l’étude étaient : diabète maternel, restriction de croissance, incompatibilité de rhésus, antécédents de tabagisme, pré-éclampsie, oligohydramnios, placenta praevia, décollement placentaire, méconium épais, médicaments tels que scopolamine, ocytocine, atropine. Dans le groupe A, la doula* était à côté de la femme enceinte dès son entrée dans le département, pour la calmer, l’encourager et donner des conseils sur les positions appropriées en fonction des étapes de travail. Les positions ont été choisies de telle sorte qu’elles empêchent la fatigue et la monotonie. Dans le deuxième groupe (B), à 3 cm - 4 et 7 - 8 cm de dilatation, la mère a été placée dans une position correcte et l’acupression effectuée au point 32V (ciliao). La pression a été appliquée de façon continue et en douceur par les deux pouces pendant 20 minutes, au début des contractions puis arrêtée à la fin des contractions. Selon les résultats d’une analyse de variance, aucune différence significative n’a été observée entre les trois groupes avant intervention, en ce qui concernait l’état (P = 0,900) et l’anxiété-trait (P = 0,318). Après intervention, le score moyen de l’état d’anxiété du groupe de contrôle était respectivement de 27,5 et 26,0 points supérieur à celui des groupes A et B. Par ailleurs, le score moyen de l’anxiété-trait du groupe de contrôle était respectivement de 7,6 et 7,2 points plus élevé que celui des groupes A et B, et les différences étaient statistiquement significatives (P <0,001).

 

Akbarzadeh M, Masoudi Z, Zare N, Vaziri F. Comparison of the effects of doula supportive care and acupressure at the BL32 point on the mother's anxiety level and delivery outcome. Iran J Nurs Midwifery Res. 2015 Mar-Apr;20(2):239-46.

 

Dans le syndrome de l’oeil sec, l’acupuncture est plus efficace que les larmes artificielles

 


 


Comparaison entre acupuncture et larmes artificielles (AT) par le test de Schirmer (SIT). L’acupuncture est statistiquement plus efficace : la différence moyenne standardisée globales (SMD) = 1,47 ; IC95% : 0,58 -2,36 ; p=0,001 ; mais grande hétérogénéité  I2 = 94% (p < 0,00001).

L'efficacité de l'acupuncture chez les patients atteints du syndrome de l'œil sec reste controversée. Afin d’en déterminer une preuve d’efficacité, une méta-analyse a été réalisée avec une recherche dans les bases de données Pubmed, Ovid, la bibliothèque Cochrane, CNKI et Wanfang prenant en compte tous les essais cliniques jusqu’à la date du 1 octobre 2014. Les critères de jugement étaient le test de Schirmer (TS), l’évaluation de la coloration de la surface cornéenne à la fluorescéine (CFS) et le test de stabilité du film lacrymal (TBUT : tear break up time). Sept essais contrôlés randomisés (ECR) ont été inclus : 198 patients traités par acupuncture et 185 par larmes artificielles (exclusion : les ECR traitant du syndrome de Sjögren, les ECR dont les patients bénéficiaient d’un traitement par moxibustion ou non traités par larmes artificielles dans le groupe témoin). Les points généralement  utilisés étaient : 1VB, 5ES, yintang, 4GI, 3IG, 3F, 6R, 5TR, 14VB, 2V, 2ES, 2V, 20VG, taiyang, 1ES, 6RA, 40ES, 23VG, 20GI, 10RA, 36ES. Dans le groupe traité par acupuncture, la stabilité du film lacrymal était significativement plus longue que celle du groupe larmes artificielles après le traitement (p < 0,00001). Le TS était significativement plus élevé dans le groupe acupuncture versus groupe larmes artificielles après traitement (p = 0,001). Les CFS des patients dans le groupe acupuncture étaient aussi significativement améliorés par rapport à ceux du groupe larmes artificielles (p<0,0001). En conclusion, l’acupuncture est efficace chez les patients atteints de sécheresse oculaire, en partie mieux que le traitement de larmes artificielles. Toutefois, cette méta-analyse inclut des ECR de petites tailles, de faible qualité méthodologique et d’une durée de traitement courte. De ce fait, il est nécessaire de réaliser des essais contrôlés randomisés en double aveugle, de grande puissance avec une longue durée de traitement. De même, il existe une hétérogénéité importante nécessitant des méthodologies similaires.

 

Yang L, Yang Z, Yu H, Song H. Acupuncture therapy is more effective than artificial tears for dry eye syndrome: evidence based on a meta-analysis. Evid Based Complement Alternat Med. 2015;2015:143858. doi: 10.1155/2015/143858.

 

L’électroacupuncture est efficace dans le traitement de la dépression chez le rat modèle

 


Rat soumis à une natation dans l’eau glacée à 4°C

Afin d’explorer de nouvelles options de traitement non invasif pour la dépression, des chercheurs chinois ont mené une étude préclinique pour examiner les effets de l’acupuncture électrique (EA) chez l’animal-modèle de stress, le rat Sprague-Dawley. La dépression a été induite par un stress modéré imprévisible chronique (UCMS pour Unpredictable Chronic Mild Stress), combiné à l’isolement pendant 21 jours. Les rats ont été soumis chaque jour de façon aléatoire à des situations de stress telles que : privation de nourriture (24 h), privation d’eau (24 h), litière humide (24 h), natation dans l’eau glacée à 4°C (5 min), position agrafée par la queue (5 min), choc électrique à 100V (2 mA, 5 min), inversion du cycle lumière / obscurité (12 h).

Dix-huit rats Sprague-Dawley ont été répartis au hasard en trois groupes : groupe contrôle (ne recevant ni induction de stress UCMS et ni traitement par EA), groupe modèle (recevant UCMS mais sans être traité par EA), et groupe EA (recevant UCMS et traité par EA). Les rats du groupe traité ont reçu l’EA (1mA, 2 Hz pendant 20 minutes) une fois par jour pendant 21 jours. Deux points ont été sélectionnés : baihui (20VG) et yintang, selon les indications de la médecine traditionnelle chinoise pour traiter les maladies liées à l’esprit et au cerveau. Les effets de l’EA ont été évalués par le test de champ ouvert (permettant de mesurer une activité motrice de type anxiolytique), la consommation de sucre (pour mesurer un comportement de la dépression par l’évaluation de l’état hédonique ou capacité de procurer du plaisir), le poids corporel et le dosage de la galanine (GAL) dans l’hippocampe. Les rats ont été sacrifiés au 22è jour pour la détection de l’expression de la GAL ARNm dans l’hippocampe. Les résultats ont montré au 21e  jour une diminution de poids chez le groupe modèle par rapport au groupe contrôle, mais une augmentation significative du poids du groupe EA par rapport au groupe modèle. Ceci indique que les procédures de stress UCMS ont une influence négative sur le poids, mais qui a pu être neutralisée par l’EA. Concernant la consommation de sucre, les résultats ont montré que les rats des groupes modèle et EA ont perdu l’attirance pour le sucre après induction UCMS, mais l’EA a pu améliorer la situation. L’expression de la GAL ARNm du groupe modèle est significativement diminuée par rapport au groupe contrôle, tandis que celle du groupe EA est significativement supérieure à celle du groupe modèle. La GAL est un neuropeptide présent dans l’ensemble du système nerveux central, plus particulièrement dans l’hippocampe et l’hypothalamus. Elle participe à la régulation de nombreuses fonctions physiologiques au cours du processus de réaction au stress. D’après cette étude, l’EA permet de réduire de façon significative le déficit des activités comportementales induites par UCMS par un mécanisme de modulation positive de l’expression de la galanine dans l’hippocampe.

 

Mo Y, Yao H, Song H, Wang X, Chen W, Abulizi J, Xu A, Tang Y, Han X, Li Z. Alteration of behavioral changes and hippocampus galanin expression in chronic unpredictable mild stress-induced depression rats and effect of electroacupuncture treatment. Evid Based Complement Alternat Med. 2014;2014:179796. doi: 10.1155/2014/179796.