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Jean, F. Borsarello

 

Pionnier de l’Acupuncture, le Dr Jean, F. Borsarello a rejoint en cette fin d’année 2007 le panthéon des grands noms des acupuncteurs français au sein du Dao.

 

« Le principe qui peut être énoncé, n’est pas celui qui fut toujours. L’être

qui peut être nommé, n’est pas celui qui fut de tout temps. Avant les temps, fut

un être ineffable, innommable.

Alors qu’il était encore innommable, il conçut le ciel et la terre. Après

qu’il fut ainsi devenu nommable, il donna naissance à tous les êtres.

Ces deux actes n’en sont qu’un, sous deux dénominations différentes.

L’acte générateur unique, c’est le mystère de l’origine. Mystère des mystères.

Porte par laquelle ont débouché sur la scène de l’univers, toutes les

merveilles qui le remplissent.

La connaissance que l’homme a du principe universel, dépend de l’état de

son esprit. L’esprit habituellement libre de passions, connaît sa mystérieuse

essence. L’esprit habituellement passionné, ne connaîtra que ses effets.»

 

Lao-Tzeu - Livre I - Chapitre 1 par Léon Wieger S.J 

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Acupuncture à l’île de la Réunion

Le cirque de Mafate

Ce panorama du cirque accidenté de Mafate est une invitation à la randonnée jusqu’au sommet du Grand Bénare à 2896m d’altitude. Peut-être cela peut-il vous inciter à vous demander comment se soigne-t-on dans ces minuscules cases isolées dont le toit blanc brille çà et là, et, plus spécifiquement quelles sont les particularités des consultations d’acupuncture sur l’île de La Réunion. Vous lirez de ce fait, avec attention l’étude anthropologique de Laurent Secherre, Fatmah Timol et coll. qui répondent tout à fait à ces questions. Et pourquoi ne pas prolonger l’été, en vous évadant en Chine, plus précisément à Kunming dans le Yunnan où Gilles Andrès, Président de l’AFA, nous fait part de l’ouverture du « Musée de la Médecine Chinoise en Occident » dont l’inauguration a été réalisée par Patrick Sautreuil, Président de l’ASMAF. On peut s’étonner avec lui, que le développement en France de l’acupuncture obstétricale fasse l’objet en Chine d’une grande réserve. Et pourtant, leur réticence ne manquerait pas d’être levée en voyant la qualité des essais cliniques réalisés par les sages-femmes acupunctrices en fin d’étude de DIU d’acupuncture obstétricale [1,2] et que vous pouvez encore lire dans cette parution.

Vous pouvez aussi découvrir le reportage des médecins acupuncteurs de l'ASOFORMEC en visite à l’hôpital populaire de Tunxi. Ils ont été les vedettes de la télévision locale mais aussi de deux quotidiens régionaux tout en apprenant l’intérêt de la moxibustion chinoise, différente à bien des égards de la japonaise (lisez, pour vous en faire une idée, la recension de l’ouvrage de Felip Caudet Piñana : « une introduction à la moxibustion japonaise »). Voyagez et instruisez vous encore en découvrant tous les autres articles de ce numéro estival. Bref l’été se poursuit ...

 1. Stéphan JM. DIU d’Acupuncture Obstétricale : tableaux d’une exposition. Acuterme, zhubin et mise en route du travail dans les ruptures prématurées des membranes. Acupuncture & Moxibustion. 2013;12(1):69-72.

2. Stéphan JM. DIU d’Acupuncture Obstétricale : tableaux d’une exposition. Sanyinjiao et périnée, zhubin et neiting dans le syndrome de Lacomme, sphygmologie quantitative. Acupuncture & Moxibustion. 2013;12(2):147-151.

 

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Yanagiya Sorei et la Keiraku chiryo

Yanagiya Sorei (1906-1959), photographié devant un temple japonais en 1948 est le fondateur de l’école Keiraku chiryo, encore dénommée thérapie méridienne japonaise. Il s’agit d’un mouvement de «retour aux Classiques » par la pratique clinique moderne [1]. La thérapie méridienne qu’il a créée et développée au Japon à la fin des années 1920, s'appuie sur le Huangdi neijing (dont vous découvrez dans ce numéro le Lingshu 1.1 traduit et analysé par Ernesto Nastari-Micheli, ainsi que la recension de son ouvrage) mais surtout sur le Nanjing, le Classique des difficultés. Elle a pour but de diagnostiquer une atteinte des Cinq Phases (Terre, Métal, Eau, Bois et Feu) grâce à la sphygmologie et le diagnostic abdominal (hara). La palpation des pouls au niveau des six loges du poignet correspondant aux douze méridiens principaux est essentielle au diagnostic. L'objectif est la régulation du qi dans le Méridien atteint.

La sphygmologie du Keirakuchiryo est comme pour celle de George Soulié de Morant décrite plus tardivement dans ses ouvrages [2,3], un élément central du diagnostic, « base unique de la thérapeutique [4]» qui a pour but fondamental de rééquilibrer les pouls. La puncture superficielle des points recherchés par une palpation soigneuse et précise avec des aiguilles guidées très fines permet ensuite le traitement du déséquilibre de la « racine » qui doit précéder le traitement de la « brindille » symptomatique. On doit même en cours et fin de séance objectiver le changement dans la palpation du pouls ou dans le hara. Il faut noter que l’examen de la langue ne fait pas partie des éléments de diagnostic, comme dans la médecine chinoise et que la palpation à la recherche du point d’acupuncture revêt une importance considérable, car celui-ci peut avoir une situation variable [5]. La technique des quatre aiguilles autorise la régulation « énergétique » par l'utilisation du cycle de domination (ke) et celui d’engendrement (sheng), en fonction de la règle Mère-Fils selon la 69ème difficulté du Nanjing. Soit on tonifie, soit on disperse un élément selon la Loi des Cinq Eléments [6,7]. Une autre possibilité de traitement est juste d’utiliser le point Source du Méridien en déficience. Après l’insertion de l’aiguille, l’acupuncteur vérifie le pouls pour observer un éventuel changement positif. Si la réponse est inadéquate, on puncture le point de tonification ou on revient à la technique des quatre aiguilles.

Il est indéniable comme le fait remarquer Johan Nguyen [3] et dont vous lirez la recension de son ouvrage en fin de revue, qu’il existe de nombreuses similitudes entre l’acuponcture française de Soulié de Morant et l’acupuncture japonaise du Keiraku chiryo. D’ailleurs, il est à noter que Yanagiya Sorei fut reçu en France par le Dr André Duron, membre de l’Association Scientifique des Médecins Acupuncteurs de France (ASMAF), émanation des élèves de Soulié de Morant. Il a observé de ce fait la pratique européenne de l’acupuncture et écrivait d’ailleurs : « En Europe, j’ai remarqué une tendance à vouloir voir dans l’acupuncture et la moxibustion quelque chose de mystique. Mais en réalité elles n’ont aucun rapport avec un mysticisme. L’aspect parfois mystérieux de ces disciplines vient de ce que l’être «  vivant » qu’est l’homme auquel elles sont appliquées, est encore loin d’être dépourvu de tout mystère. Ainsi ces disciplines elles-mêmes qui n’ont rien de mystérieux en leur essence peuvent et doivent être l’objet d’études proprement scientifiques.»[5]. Tout un programme qui peut expliquer notre dualité et penser que la Tradition permet à la Modernité de se construire !

 

Jean-Marc Stéphan


1. Stéphan JM. Abrégé de l’histoire de la médecine chinoise. Acupuncture & Moxibustion. 2011;10(2):138-146.

2Soulié de Morant G. Précis de la vraie acuponcture chinoise. 1ère éd. Mercure de France; 1934.

3Soulié de Morant G. L’Acuponcture Chinoise. Tomes I et II. 1ère éd. Mercure de France; 1939-1941.

4. Nguyen J. La réception de l'acupuncture en France - Une biographie revisitée de George Soulié de Morant (1878-1955). Paris: L'Harmattan; 2012.

5Yanagiya Sorei, trad. Mori A. Les points de puncture dans la médecine chinoise, leur nombre et leurs fonctions. Bulletin de la Société d'acupuncture; 1956;21:18-20.

6. Stéphan JM. Traitement informatique de la théorie des Zi Wu Liu Zhu associée à celle des points saisonniers. Application aux techniques thérapeutiques des Jing Jin, des Jing Bie et à la méthode de Yanagiya Soreï. Méridiens. 1991;93,15-63.

7Duron A. Essai sur l’utilisation pratique des points des 5 éléments selon l’ouvrage de Maître Honma. Bulletin de la Société d'Acupuncture. 1961.42:21-54.