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Repenser et redélimiter notre champ professionnel

Résumé : Un point de vue "absolu" prétendant décrire « l’essence » de la médecine chinoise n’a que peu de sens. On ne peut qu’adopter des points de vue relatifs adaptés à des objectifs qui sont 1) soit professionnels et disciplinaires (les disciplines médicales et les professionnels de santé d’un côté, les disciplines des sciences humaines et sociales de l’autre), 2) soit idéologiques (instrumentalisation de la médecine chinoise au profit d’intérêts extra-médicaux). En fonction des objectifs se construisent des images très différentes de la médecine chinoise. Les médecins ont donc à définir leur point de vue professionnel. Cet abord médical se doit 1) d’être dégagé des idéologies et 2) en cohérence avec le cadre de référence collectivement admis de la médecine. Mots clés : science- tradition- altérité- idéologie - champ professionnel- laïcité.

Summary: An "absolute" viewpoint claiming to describe the "essence" of Chinese Medicine is of little meaning. On Chinese Medicine we can only describe relative viewpoints tailored to objectives that are 1) professional and disciplinary (medical disciplines and healthcare professionals on one hand, disciplines of Humanities and Social Sciences of the other), 2) or ideological (instrumentalization of Chinese Medicine in favor of extra-medical interest). Depending on the objectives are built very different images of Chinese medicine. Physicians therefore have to define their professional perspective. This medical viewpoint must 1) be free from ideologies and 2) consistent with the collectively agreed framework of medicine. Keywords: science - tradition – otherness - ideology - professional field – secularism.

 

Acupuncteurs et médecins

En tant que médecin acupuncteur nous partageons deux caractéristiques :

"  d’une part nous avons un champ de travail commun : l'acupuncture et la médecine chinoise ;

"  et d'autre part nous sommes des médecins : nous avons reçus la même formation et le même diplôme, nous exerçons dans le système de soins français et dans ce cadre nous avons défendu collectivement le monopole médical sur l’acupuncture, nous sommes soumis aux règles légales et déontologiques de la médecine française [1].

Au cœur de notre activité professionnelle se pose donc obligatoirement, d'une façon ou d'une autre, la question de l'articulation entre médecine chinoise et médecine occidentale. Le paradoxe est que la nature et la façon dont s’opère cette relation ne sont jamais collectivement décrites ou formulées. Bien sûr individuellement chacun s’est construit un schéma fonctionnel, mais collectivement cela reste du domaine de l’implicite. Il en est ainsi parce que dès que la question est posée, et quelle que soit la façon dont elle est posée, nous butons inéluctablement sur des prises de position individuelles indépassables et incompatibles à propos de la relation de la médecine chinoise à la science : rapports logiques et naturels, ou rapports contraints et illégitimes. Notre discours collectif [2] est rendu incohérent parce que ce qui fonde notre activité professionnelle est collectivement occulté et reste indéfini.

Le compromis

Si les choses ne sont pas formulées, il y a néanmoins un apparent consensus tacite qui s’exprime notamment dans l’enseignement ou encore au sein des structures professionnelles de l’acupuncture. Ce consensus tacite distingue d’un côté une médecine chinoise avec ses « bases traditionnelles », et de l’autre une médecine occidentale avec entre les deux une zone de contact et de chevauchement, constituant les « bases modernes » comportant principalement un modèle interprétatif de type neurophysiologique, mais aussi l’évaluation (figure 1).

Figure 1. Le consensus tacite d’une médecine duelle. 

Mais ce modèle est fondamentalement un compromis. 

 -        Il ne nous dit rien sur l’amplitude attendue du chevauchement ni sur sa légitimité. Il peut tout aussi bien être interprété comme une avancée positive de la science ou au contraire perçu négativement comme une dénaturation, une réduction ou une occidentalisation de la tradition. C'estàdire qu’il élude en fait la question posée sur la relation de la médecine chinoise à la science.

-        Il n’explicite pas ce qui distingue réellement un énoncé A de la médecine chinoise d’un énoncé B de la médecine occidentale. Dire qu’A est « traditionnel » et B « scientifique » ne fait que repousser la question dans la mesure où le rapport du « traditionnel » au « scientifique » n’est pas lui-même défini.

-        Plus encore, ce modèle consacre une dualité médecine chinoise / médecine occidentale et ainsi l’existence de deux médecines. Mais apparait alors une contradiction avec la prétention à l’universalité de la médecine occidentale. En tant que médecin et acupuncteur nous sommes en porte-à-faux : comment concilier cette prétention de la médecine occidentale à constituer le « tout » (LA médecine) et l’affirmation qu’elle ne serait en fait qu’une « partie de ce tout » ? Comment tout à la fois poser le principe de l’unité de la médecine (« il n’y a qu’une médecine ») et décrire ensuite une médecine duelle ?

Cette contradiction a deux réponses habituelles dans le champ de l’acupuncture :

-        A la prétention universelle de la médecine occidentale (le savoir « scientifique ») est opposée une autre universalité, d’une autre nature, celle du savoir « traditionnel [3] ». Mais si ces savoirs sont réellement de nature différente quelle est l’utilité de notre formation médicale ? En quoi cela nous concerne-t-il en tant que médecins ? Est-ce simplement conciliable éthiquement avec notre métier et notre statut ?

-        Une autre réponse est d’évacuer simplement le corpus médical chinois et ne conserver que la zone supposée de chevauchement pour définir une « acupuncture médicale occidentale  [4] ». Mais alors, de quoi parle-t-on exactement ? Pourquoi conserver le terme « acupuncture » ?

Ces deux positions sont en fait des positions en miroir qui se nourrissent l’une de l’autre (c’est en cela que leur association paradoxale est possible) et fondées sur le même présupposé d’une altérité fondamentale et indépassable entre la médecine chinoise et la médecine occidentale : altérité magnifiée d’un côté, altérité déclassée de l’autre.

Cette altérité est reliée à un autre présupposé qui est le caractère absolu des savoirs, tant des savoirs « traditionnels » que des savoirs « scientifiques ». Se met ainsi en place au sein de notre domaine un double jeu mortifère autour de la question centrale de l’altérité avec une vision fantasmée de l’autre (la médecine chinoise) comme de soi (la médecine occidentale).

 

Nommer ce dont nous parlons

Le préalable à une articulation entre médecine occidentale et médecine chinoise est d’expliciter ces deux expressions, de définir ce dont nous parlons. Les dénominations sont en elles-mêmes problématiques : on parle couramment et indifféremment

-        d’un coté de « médecine occidentale », « médecine moderne » ou encore de « médecine scientifique »,

-        et de l’autre de « médecine chinoise » ou encore de « médecine traditionnelle chinoise » (MTC).

Ces termes sont équivoques car polysémiques.

« Tradition » peut se référer à quelque chose d’immuable, qui a toujours été mais tout aussi bien à quelque chose qui se transmet, se transforme et évolue de génération en génération en fonction des contextes. Selon le sens utilisé le rapport de proximité entre les deux médecines est modifié radicalement.

« Scientifique » aussi est polysémique : il peut désigner quelque chose qui est prouvé, démontré, (c’est la science faite, aboutie) mais il désigne aussi d’une façon plus générale la méthode, le processus du travail scientifique (la science en marche). Notre médecine est scientifique non pas parce que l’ensemble de ses énoncés sont prouvés et démontrés (la question majeure de l’évaluation des pratiques ne se poserait pas), mais simplement parce qu’elle se place dans le cadre et les règles du processus scientifique. « Scientifique » a ainsi au moins deux sens mais qui vont être utilisés de façon asymétrique : pour la médecine chinoise on parlera de « scientifique » dans le sens d’une exigence de preuve, mais pour la médecine occidentale simplement dans le sens d’une exigence de méthode. Cela se retrouve dans l’évaluation des thérapeutiques où pour l’acupuncture il est demandé le plus haut niveau de preuves (métaanalyses avec en plus mise en évidence d’un effet spécifique), là où pour les thérapeutiques de la médecine occidentale le simple consensus professionnel ou le simple essai contrôlé randomisé est déjà une preuve justifiant des recommandations [5]. L’ambigüité dans les dénominations construit une altérité et cette altérité est le prétexte à une inégalité.

« Occidental », « moderne », « scientifique » sont des qualificatifs géographiques, historiques ou méthodologiques appartenant à des registres différents utilisés comme s’ils étaient solidaires. Cette terminologie flottante et changeante construit une médecine chinoise antithèse de la médecine occidentale : d’ailleurs, non moderne et non scientifique. L’altérité est posée a priori dès les dénominations biaisant ainsi la question de la relation entre les deux médecines.

Observons également que les couples Orient / Occident, modernité / tradition, sciences / non sciences sont en eux-mêmes porteurs de vastes controverses dans le champ des sciences humaines et sociales. La médecine chinoise devient ainsi un enjeu qui dépasse largement le cadre médical et inversement le champ médical est contaminé, le plus souvent à l’insu des praticiens, par ces controverses.

Le présupposé de l’altérité de la médecine chinoise

Figure 2. Altérité ou universalité ? Le champ de travail de l’ethnologue est la confrontation de leur altérité, celui du pédiatre pose le principe premier de leur universalité, c'est-à-dire que le point de vue est contingent à l’objectif professionnel.

Sont-ils différents ou semblables (figure 2) ?

-        Leur altérité peut apparaître une évidence sur un plan ethnologique, anthropologique, historique, linguistique, social ou culturel.

-        Mais leur universalité sur bien d’autres plans est tout aussi évidente.

Ils sont tout à la fois singuliers et universels. C’estàdire que tout autre est semblable et tout semblable est autre. Pointer une similitude ou une altérité ce n’est que définir un point de vue, c’est une prise de position. On ne décrit pas une réalité absolue intrinsèque, mais simplement un point de vue relatif adapté à un objectif. Il en est de même pour la médecine chinoise. La nature de la médecine chinoise n’est pas d’être l’« autre médecine » par rapport à la médecine de l’Occident [6]. Cet essentialisme édicte une altérité et prétend y confiner la médecine chinoise. Ce qui est déterminant dans une description et une analyse de la médecine chinoise, c’est l’objectif poursuivi et le point de vue ainsi adopté. En fonction des objectifs assignés se construisent des images relatives très différentes modifiant fondamentalement le rapport de proximité entre les deux médecines. Ces objectifs descriptifs peuvent être idéologiques ou professionnels.

Points de vue idéologiques

Le point de vue idéologique sur la médecine chinoise est en France originel. La réception de l’acupuncture dans le milieu médical français des années 1930 est permise par le contexte du néohippocratisme [7] et d’un débat entre modernité et tradition. La guerre de 14-18 est perçue par beaucoup d’intellectuels comme annonciatrice d’un effondrement de la civilisation occidentale. La modernité et les Lumières sont désignées comme en étant la cause, justifiant un retour aux valeurs de la tradition. Le néohippocratisme est ainsi la version médicale du non-conformisme, réaction hostile à la science, au progrès et à la rationalité. En arrièreplan se situent des courants de pensée liés aux néo-spiritualités, à l’ésotérisme et l’occultisme avec la figure tutélaire de René Guénon [8].

Dès l’origine, médecine chinoise et acupuncture ont ainsi été instrumentalisées en France dans un combat idéologique de la tradition contre la modernité ; tradition, étant utilisé dans une assertion « guénonienne » très étroite avec des présupposés qui n’ont cours que dans le milieu des adeptes. Ce point de vue idéologique originel se prolonge fortement jusqu’à aujourd’hui dans notre champ professionnel (y compris et d’abord dans l’enseignement) sous de multiples formes plus ou moins dégradées, ouvertes ou masquées, consciemment ou à l’insu des acteurs.

Ce qui est réellement en question, ce n’est pas le rapport de la médecine chinoise à la science, mais bien un rapport individuel ou de groupe à la science, ce qui n’est pas du tout la même chose.

Points de vue professionnels

L’altérité peut être construite pour des objectifs idéologiques mais aussi pour des objectifs professionnels.

Les médecins et les professionnels de santé ne sont pas les seuls à avoir la médecine chinoise comme champ de travail possible. D’autres disciplines, notamment dans les sciences sociales et humaines s’y intéressent : sinologie, anthropologie, ethnologie, histoire des sciences, sociologie des sciences ... Chacune de ces disciplines définit son propre regard sur la médecine chinoise, avec ses objectifs, ses questionnements, ses outils et ses méthodes qui ne sont pas interchangeables. Le point de vue des sciences humaines est celui de la culture : elles tendent tout naturellement à décrire une médecine chinoise enchâssée dans la pensée et la civilisation chinoise, donc à pointer les différences avec l’Occident et sa médecine et ainsi contribuer à construire une altérité. Ce point de vue culturaliste est d’autant plus fort que les sciences humaines sont largement traversées depuis les années 80 par les questions du relativisme culturel et cognitif [9].

Le point de vue de la médecine est celui de la nature. Le médecin est soumis à la contrainte universelle du corps humain et de sa pathologie, il est face à un patient là et aujourd’hui, le sinologue, lui, est face à un texte élaboré dans un tout autre contexte de temps et de lieu. Le sinologue n’a pas à se préoccuper de la pertinence d’un énoncé de la médecine chinoise, alors que cette question est éthiquement centrale pour le médecin. Le travail du médecin est ainsi inversé par rapport à celui du sinologue : il doit mettre de côté la langue, la culture ou la société d’origine d’un énoncé pour juger de sa valeur universelle selon les règles et objectifs de sa discipline. La valeur d’un énoncé médical n’est pas liée à une authenticité historique mais à sa pertinence indépendamment des contingences de lieu, d’époque ou de culture. Objectifs et questions posés par les différentes disciplines sont simplement de natures différentes et relèvent de champs différents.

Les points de vue professionnels sur la médecine chinoise (sciences humaines / médecine) n’expriment rien d’autre que la distinction classique entre nature et culture. Dire que nature et culture sont complémentaires ou que sinologue et médecin sont complémentaires sont des truismes qui éludent ce qui relève effectivement de la responsabilité professionnelle des uns et des autres. Le préalable à l’interdisciplinarité est une conscience claire du périmètre, des objectifs et des méthodes de chacune des disciplines.

A côté des médecins il existe également d’autres praticiens utilisant la médecine chinoise : les praticiens « non- médecins » (c’est-à-dire sans formation médicale « occidentale »). Pour des raisons compréhensibles d’intérêt professionnel ils tendent tout naturellement à dissocier médecine chinoise et médecine occidentale : il s’agit pour eux d’entamer le monopole médical là où il est établi (France) ou encore se prémunir des exigences et des contraintes de la médecine en tant que pratique scientifique dont ils n’ont pas acquis la compétence. Les non-médecins occidentaux contribuent ainsi très fortement à la construction d’une altérité. Ce constat est notable chez les « leaders » formés en Chine dans les institutions médicales chinoises. Si les contenus médicaux de leurs traités sont globalement concordants avec les publications chinoises équivalentes, on observe de façon systématique l’affirmation d’une altérité irréductible avec la médecine occidentale [10], alors que ce présupposé n’est jamais formulé dans les traités chinois sources. C’est-à-dire que si les énoncés sont similaires, il leur est donné un sens épistémologiquement différent, et cette distorsion est lourde de conséquences d’un point de vue heuristique.

Définir d’où nous parlons : le point de vue médical

Il y a des points de vue idéologiques et des points de vue professionnels sur la médecine chinoise et le discours est contingent du point de vue adopté. Il n’y a pas lieu de porter un jugement de valeur, l’essentiel est simplement de définir le point de vue à partir duquel les médecins s’expriment collectivement. Notre point de vue professionnel se doit 1) d’être dégagé des idéologies [11] et 2) en cohérence avec le cadre de référence collectivement admis de la médecine. Les médecins font partie d’une communauté professionnelle savante dans laquelle ils ont été formés. Ils partagent un ensemble de savoirs théoriques, de pratiques, de savoir-faire, d’outils, de méthodes, de normes et de règles de fonctionnement élaborées et discutées collectivement au cours du temps. Ce cadre de référence professionnel est considéré comme le plus efficace et fécond pour atteindre les objectifs assignés à la médecine : la prévention et le traitement des maladies, la description de l’organisation et du fonctionnement du corps humain. C’est en cela et par rapport à ces objectifs qu’être médecin est un atout puissant pour valoriser la médecine chinoise.

On peut très bien considérer le savoir scientifique comme un savoir parmi d’autres et la science comme une idéologie parmi d’autres [12], mais cela ne modifie en rien la question : il faut simplement définir d’où nous parlons collectivement. Soit nous parlons d’un point de vue interne à la science, soit d’un point de vue externe. L’entre-deux, pas plus que le passage à volonté d’un point de vue à un autre ne saurait exister car l’efficacité propre de la science réside justement dans un ensemble de règles auxquelles on ne peut déroger selon ses convenances ou intérêts. Un point de vue médical place la médecine chinoise au sein de la médecine et de la science.

La médecine chinoise comme discipline médicale

L’altérité ne va nullement de soi et est intenable professionnellement. Elle n’est énoncée comme postulat idéologique que pour rendre, à un moment donné, illégitime la science dans le champ de la médecine chinoise. Inversons le problème : là où la science devient réellement illégitime s’arrête notre champ de compétence.

Dans l’ensemble du champ médical, la médecine chinoise se présente de fait comme une discipline médicale : « c’est la partie de la médecine qui a pour objet l’étude, l’application et le développement des savoirs et pratiques originaires du monde chinois [13] ». Ceci a pour implication que les énoncés de la médecine chinoise ont a priori le même statut épistémologique que l’ensemble des énoncés médicaux [14] et que ce faisant ils ont à être étudiés avec les mêmes méthodes et les mêmes règles, et discutés loyalement au sein de la communauté médicale. La médecine chinoise est une discipline médicale dont il faut définir le périmètre, la méthode et les contenus.

Son périmètre ne peut être contenu que dans le périmètre général de la médecine : 1) la prévention et le traitement des maladies et 2) la description de l’organisation et le fonctionnement du corps humain. Ce périmètre rend hors champ toutes les questions, par exemple, de cosmologie, cosmogonie ou métaphysique. Cela ne veut pas dire que ces questions soient sans intérêt, cela veut dire qu’elles ne relèvent pas de notre compétence professionnelle.

La méthode ne peut être que la méthode scientifique à laquelle nous avons été formés. C’est-à-dire un mode rationnel de questionnement et d’exploration de la nature et des réponses qui sont collectivement discutées selon des règles collectivement acceptées. La médecine chinoise pose deux grandes questions : 1) ses pratiques sontelles efficaces ? et 2) ses savoirs sontils pertinents ? Ces questions ne sont pas une brimade que l’on ferait subir à la médecine chinoise, ce sont des questions que la médecine se pose pour chacun de ses énoncés et c’est justement là le moteur de ses progrès.

Les contenus sont des pratiques (des thérapeutiques) et des savoirs (des théories). Mais pratiques et savoirs posent des problèmes différents qui doivent être dissociés. L’évaluation des thérapeutiques est depuis les années 80-90 techniquement bien codifiée. Ce processus est bien enclenché pour l’acupuncture avec une masse très importante de données et un champ de validation de plus en plus étendu. Observons que sans les aspects thérapeutiques la question des théories ne se poserait tout simplement pas. Il faut alors considérer la médecine chinoise comme une discipline thérapeutique qui mobilise des savoirs opératoires particuliers.

Les théories de la médecine chinoise

Les théories de la médecine chinoise peuvent être abordées à partir de trois aspects : 1) leur domaine d’application, 2) leur statut épistémologique, 3) leur spécificité.

Domaine d’application :

Nous parlons des théories médicales chinoises, leur champ d’application et de validité est celui de la médecine. Ce n’est pas parce qu’une théorie a éventuellement d’autres applications possibles dans d’autres champs que cela nous concerne professionnellement. « Yinyang » et « wuxing » par exemple ont uniquement à être discutés dans le contexte médical en tant que système de classification et d’organisation d’objets et de phénomènes relatifs au corps humain. La conséquence est importante : on n’a pas à démontrer la réalité d’un système de classification, on a simplement à démontrer sa pertinence et sa pertinence, si elle existe, n’est pas absolue et générale, mais relative, ne s’appliquant qu’à des aspects particuliers.

Statut épistémologique.

Une théorie scientifique n’est pas le reflet absolu de la réalité, mais une approximation qui tend au fil du temps à devenir de plus en plus précise ou au contraire, à un moment donné, être supplantée par une autre plus pertinente à décrire le réel. Une théorie est conservée tant qu’elle garde un certain intérêt notamment opératoire ou heuristique. Les méridiens existentils ? Le qi existeil ? Il est naïf de poser la question ainsi. La question appropriée est de quoi sontils l’approximation ? En l’état actuel ces approximations sous-tendent un grand nombre de pratiques. Elles ont au moins une pertinence opératoire qui demande à être interrogée.

Spécificité

On qualifie souvent nos savoirs de « spécifiques ». Mais ce n’est pas parce qu’ils sont spécifiques qu’ils sont d’une autre nature que ceux de la médecine occidentale. Toute discipline médicale possède ses propres savoirs qui sont d’abord mis en discussion en son sein. La psychiatrie, la chirurgie ou tout autre discipline développent des savoirs, des savoirfaire, des classifications cliniques ou autres qui ne vont pas de soi à l’extérieur et qui n’ont en l’état qu’une pertinence opérationnelle. Ce sont des savoirs disciplinaires qui ont à être analysés avec les mêmes méthodes et les mêmes règles.

Conclusions

Tous les concepts médicaux chinois peuvent être placés, mobilisés et discutés dans le champ rationnel de la médecine, c'est-à-dire dans notre cadre professionnel. Il n’y a pas lieu de les subordonner à des principes métaphysiques ou de les surinterpréter dans un univers symbolique. La médecine chinoise décrit des phénomènes et des objets (anatomiques, physiologiques, cliniques ou thérapeutiques) accessibles à l’expérience et à l’expérimentation et donc à la réfutation. C’est en cela que la médecine chinoise est de nature scientifique et ce que l’on appelle « scientifisation » n’est rien d’autre que le processus normal du travail scientifique à l’intérieur d’une discipline des sciences de la nature. On évoque souvent à propos de cette « scientifisation » l’idée d’une réduction ou d’une perte. Cette « perte » correspond simplement à la séparation du champ de la science de celui de la religion. Cette séparation a été un enjeu historique majeur dans l’histoire des sciences en Chine comme en Occident. D’un point de vue interne à la science, il s’agit d’un acquis fondamental qui ne saurait être remis en cause sans une remise en cause de la science elle-même.

C’est justement cette séparation qui est très fortement contestée dans notre champ professionnel. Un amalgame est fait et une confusion entretenue entre la « médecine traditionnelle chinoise » qui désigne le corpus de savoirs et de pratiques élaboré et discuté au fil des siècles par une communauté médicale savante et ce qui est appelé par les adeptes « les sciences traditionnelles » qui correspondent en fait aux sciences ésotériques et occultes sous leurs différents aspects, principalement guénonien.

Cet amalgame et cette instrumentalisation de la médecine chinoise à des fins idéologiques posent à notre profession un sérieux problème éthique : il faut repenser et redélimiter notre champ professionnel.

 

Dr Johan Nguyen

Groupe d’Études et de Recherches en Acupuncture

27 boulevard d’Athènes, 13001 Marseille

( 04.96.17.00.30

* : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

 Remerciements : Je remercie les Drs Claude Pernice, Martin Schvartzapel et Olivier Goret pour leurs observations critiques lors de la rédaction de cet article.

 Conflit d'intérêts : aucun.

 

Notes

 [1] Article 32 du code de déontologie médicale (article R.4127-32 du Code de Santé Publique) : l’engagement à assurer des soins « fondés sur les données acquises de la science ». Article 8 (article R.4127-8 du CSP) : « Dans les limites fixées par la loi et compte tenu des données acquises de la science, le médecin est libre de ses prescriptions ».

[2] Discours externe vis-à-vis des médias ou des institutions (Ministère de la Santé, Sécurité sociale, Ordre, Académie de Médecine, HAS, INSERM, syndicats professionnels) et discours interne (structure et contenu de l’enseignement du DIU puis de la capacité).

[3] Dans un article d’Acupuncture & Moxibustion, Jean-Marc Kespi intitule un paragraphe « Un autre mode de connaissance » où cette distinction est explicite : « Les mérites et bienfaits de la science contemporaine nous sont connus ; mais elle n’est ni seule ni première et coexiste nécessairement, en yin yang, avec une autre science, traditionnelle, différente mais pour le moins tout aussi valide, en fait pour moi plus essentielle » (L’acupuncture, visionnaire, empirique ou expérimentale. Acupuncture & Moxibustion. 2014;13(3) :195-201).

[4] Adrian White décrit une « acupuncture médicale occidentale » définie comme l’ « approche de l'acupuncture qui interprète les phénomènes observés d'après les connaissances actuelles sur les structures et les fonctions du corps, et qui intègre l'acupuncture à la médecine occidentale » opposée à une « acupuncture traditionnelle chinoise » définie comme une approche datant du milieu du XXème siècle « incluant plusieurs modèles différents de l'acupuncture qui se sont développés dans diverses régions de Chine et à différentes périodes historiques » (White A et al. Précis d’acupuncture médicale occidentale. Issy-Les-Moulineaux: Elsevier Masson. 2011. Traduction française de Jean-Marc Stéphan). On arrive à une curiosité scientifique où les recherches cliniques et expérimentales questionnent l’ « acupuncture traditionnelle chinoise », mais où les réponses sont affectées à une autre entité. La démonstration de la non-scientificité de l’ « acupuncture traditionnelle chinoise » est faite par confiscation et détournement des preuves.

 [5] Les exemples sont nombreux dans les diverses recommandations de l’ANAES puis de la Haute Autorité de Santé quant à une différence de niveau de preuve demandé pour des recommandations entre l’acupuncture et les thérapeutiques (particulièrement non-médicamenteuses) du champ conventionnel.

[6] Pas plus que d’être « alternative », « complémentaire « ou « parallèle ».

[7] Voir Nguyen J. Carrefour de Cos et le néohippocratisme in La réception de l’acupuncture en France. Paris : L’Harmattan. 2012.

[8] Guénon se situe dans la continuité du courant ésotérique « pérennialiste » fondé sur l’existence d’une tradition primordiale éternelle et universelle. Il publie « Orient et Occident » en 1924 et « La Crise du monde moderne » en 1927. Ces deux livres définissent le cadre conceptuel dans lequel l’acupuncture va s’insérer (l’article princeps de Soulié de Morant et Ferreyrolles est publié en 1929). Les traditions orientales deviennent la voie d’accès, la voie de retour à la tradition primordiale que la Modernité et les Lumières ont fait disparaitre en Occident. Il est mis en avant une opposition entre sciences sacrées (la tradition), connaissance d’ordre supérieur, énonçant la vérité, synthétique, globale et intuitive, et sciences profanes (la science moderne), connaissances d’ordre inférieur, se dispersant dans la multiplicité, l’hypothèse et le relatif. Il s’agit donc de deux modes de connaissance avec leur validité propre mais validités hiérarchisées avec un déclassement de la science (voir note 3).

[9] « Le relativisme cognitif assure que la connaissance est le produit d’une construction et qu’elle ne saurait pour cette raison être tenue pour objective. Le relativisme culturel assure que les normes et les valeurs sont propres à chaque « culture » ou « sous-culture » et qu’elles ne peuvent par suite être considérées comme fondées objectivement » (Boudon R Les sciences sociales et les deux relativismes. Revue Européenne des sciences sociales. 2003 XLI(126) : 17-33. Ces relativismes tendent à un déclassement du savoir scientifique, à présenter la science comme une ethnoscience européenne. Le sinologue allemand Manfred Porkert déclare en 1977 la médecine chinoise comme une « science à part entière », sous-entendu une science d’une autre nature mais de valeur équivalente (Chinese Medicine: a science in its own right. Eastern Horizon. 1977. 2:12-18).

[10] Par exemple Éric Marié : « La médecine chinoise est constituée d’un ensemble de théories et de pratiques sous-tendues par un système cognitif et par une dialectique spécifiques qui sont fort éloignées de ceux de la médecine occidentale » (La médecine chinoise mutations et enjeux d’un système traditionnel confronté à la modernité. Monde Chinois. 2005. 5 :104) ou encore Marc Sapriel et Patrick Stoltz : « Elle [la MTC] ne peut être comprise par le lecteur occidental que s'il admet sans a priori l'altérité fondamentale de la médecine chinoise et de la médecine occidentale moderne ». (Une introduction à la médecine traditionnelle chinoise. Le corps théorique.  Paris: Springer. 2006).

[11] La pratique de la médecine ne saurait être subordonnée à l’adhésion à des principes religieux ou métaphysiques. De même les croyances ou opinions dans ces domaines relèvent de la sphère privée et sont à exclure de notre espace professionnel collectif nécessairement laïque.

[12] Voir note 9 sur le relativisme cognitif et culturel.

[13] Définition adoptée par le Collège Français d’Acupuncture et Médecine Traditionnelle Chinoise.

[14] La formulation des énoncés de la médecine chinoise n’infère pas que leur statut épistémologique soit différent de ceux de la médecine occidentale. La Chine est largement reconnue pour avoir produit au cours de son histoire de très nombreuses connaissances scientifiques dans toutes les disciplines.

Hyperactivité et troubles de la concentration : de la théorie à la pratique

Pascal Clément

Résumé : L'enfant dit hyperactif est un enfant qui souffre d'un « trouble déficit de l'attention / hyperactivité » (TDAH), syndrome clinique qui associe trouble attentionnel, impulsivité et hyperactivité motrice. Ce trouble est hétérogène dans son expression et son étiologie, mais son retentissement scolaire et psychosocial peut être invalidant. Le trouble ne disparaît pas à l'adolescence et se poursuit à l'âge adulte, nécessitant ainsi un accompagnement prolongé. Son traitement est multimodal. Il repose sur la mise en place de mesures psychoéducatives, ré-éducatives et médicamenteuses. Dans ce contexte, nous nous appliquerons à présenter la lecture que fait la médecine traditionnelle chinoise (MTC) du TDAH et la place qu'elle peut trouver dans la prise en charge globale des patients, en particulier au travers des apports pratiques de l'acupuncture. Mots-clés : TDAH – hyperactivité – attention – enfants - acupuncture.

Summary: The so-called hyperactive child is a child who suffers from "Attention Deficit Hyperactivity Disorder" (ADHD), a clinical syndrome which associates difficulty staying focused and paying attention, impulsivity and motor hyperactivity. This disorder is heterogeneous in its expression and its etiology, but its repercussions at school and psychosocial impacts can be invalidating. The disorder does not disappear in adolescence and continues through adulthood, requiring an extended support. Therapy  includes a combination of treatments. It is based on various types of psychotherapy, education or training, and medication. In this context, we present the Traditional Chinese Medicine (TCM) view about ADHD and the TCM place in the global care of patients, in particular through the practical contributions of acupuncture. Keywords : ADHD – hyperactivity – attention - childs disease - acupuncture.

  

Définition et approche clinique

 

La notion d'hyperactivité de l'enfant n'est pas récente. Les conceptions théoriques opposent encore les partisans de l'hyperactivité « symptôme », ou « instabilité psychomotrice » et ceux qui défendent la notion d'un « syndrome » nommé, selon la classification américaine DSM « trouble déficit de l'attention / hyperactivité » (TDAH, ou ADHD en anglais), et selon la classification de l'OMS (CIM10) « syndrome hyperkinétique ».

La prévalence est estimée entre 3 % et 5 % de la population d'âge scolaire, avec une prédominance masculine mais il est probable que la prévalence soit sous-estimée chez les filles.

La forme du garçon d'âge scolaire est le tableau le plus caractéristique et c'est généralement lors de la scolarisation à l'école élémentaire que la situation apparaît la plus gênante. L'enfant souffre de difficultés précoces et durables dans trois domaines :

-      l'inattention (incluant l'éveil, la vigilance, la distractivité, l'attention soutenue),

-      l'impulsivité (motrice, verbale et mentale),

-      l'hyperactivité.

Ces manifestations sont inappropriées dans leur intensité, compte tenu de l'âge et du niveau de développement de l'enfant, et surviennent dans différentes situations qui nécessitent de l'attention, un contrôle de l'impulsivité et une restriction des mouvements. D'autres symptômes sont fréquemment associés, telle que la désobéissance et la difficulté à respecter les lois, la fluctuation du rendement avec une grande variabilité des résultats, l'autoritarisme et l'entêtement, la versatilité. C'est à partir de l'ensemble de ces symptômes que le diagnostic positif peut être posé. Il s'agit probablement d'un des diagnostics les plus difficiles à établir en psychiatrie et neuropsychiatrie [1].

 Histoire naturelle

 La symptomatologie a la particularité de se modifier dans son expression et son intensité en fonction de différents paramètres. En effet, l'enfant hyperactif n'a pas le même comportement dans toutes les situations et des fluctuations importantes peuvent au contraire être observées.

L'enfant est souvent plus obéissant et moins agité avec son père qu'avec sa mère (plus d'autorité chez le père versus plus d'affect chez la mère mais celle-ci est aussi le plus souvent en première ligne pour les événements de la vie familiale, les rendez-vous chez le médecin, les courses au supermarché, les tâches scolaires, etc. et assume globalement plus d'heures de présence auprès de l’enfant...).

Les enfants TDAH souffrent plus souvent de troubles d'acquisition de la coordination motrice, en particulier dans les tâches de motricité fine. Cela peut constituer une aide au diagnostic.

L'insertion sociale est difficile avec des perturbations des relations avec leurs pairs ce qui entraîne facilement des exclusions par les autres dans les jeux et les activités de groupe et augmente les difficultés à communiquer et à faire comprendre leurs intentions et leurs sentiments.

 

Étiologies et données d'imagerie

 

Elles sont multiples, impliquant des mécanismes :

-        génétiques (les formes familiales sont fréquentes),

-        neurobiologiques (liées à un problème de recapture de la dopamine par les synapses)

-        environnementaux (substances utilisées pendant la grossesse, problèmes obstétricaux ou périnataux, contextes sociaux, familiaux et psychologiques).

En imagerie structurale, les études morphométriques montrent des atteintes plus étendues que ce qui était attendu. Des diminutions du volume du cerveau (lobes, noyau caudé) et du cervelet ont été décrites. En comparaison avec des sujets contrôles, un retard de maturation corticale existe chez ces enfants, particulièrement dans le cortex préfrontal. Ce délai de maturation apparaît significatif.

En imagerie fonctionnelle, les travaux ont surtout étudié les tâches cognitives liées au contrôle de l'attention, à la mémoire de travail et à l'inhibition de réponse. Les sujets atteints de TDAH montrent des dysfonctionnements frontaux pour les tâches impliquant une inhibition de la réponse et temporo-pariétaux pour celles impliquant l'attention. On ne peut néanmoins pas se prononcer sur l'aspect primaire ou secondaire des anomalies décrites [1].

 

Évaluation et diagnostic

 

Le diagnostic est clinique et repose sur l'analyse de l'histoire des troubles, l'analyse sémiologique, l'étude des comorbidités et de l'environnement familial.

L'évaluation clinique sera complétée par des évaluations cognitives (neuropsychologues) et l’évaluation de l'efficience intellectuelle afin de vérifier le niveau normal de celle-ci mais aussi repérer une précocité associée ou au contraire une insuffisance qui a son propre retentissement sur les capacités attentionnelles d'un enfant.

Différents tests et échelles d'évaluations (échelles de Conners, Attention deficit and hyperactivity disorder rating scale) peuvent étayer le diagnostic mais ne remplacent pas le diagnostic clinique. Elles peuvent néanmoins aider à suivre l'évolution de la symptomatologie sous traitement.

  

Formes cliniques et variations selon le stade de développement [1]

 

On décrit trois formes cliniques (en fonction de l'intensité respective des trois ensembles symptomatiques)

-      forme mixte, la plus fréquente

-      forme à hyperactivité / impulsivité prédominante

-      forme attentionnelle avec peu ou pas d'hyperactivité motrice : enfant plus en retrait socialement avec moins de problèmes de conduite.

 

Hyperactivité chez le jeune enfant et l'enfant d'âge préscolaire 

Parfois repérable dès les premiers mois de vie. En raison de leur activité motrice excessive et de leurs difficultés à appréhender le danger, ils sont particulièrement exposés aux risques d'accidents domestiques. Ceux qui ont, outre les caractéristiques de l'hyperactivité, un comportement agressif et négatif ont le plus de risques de présenter des troubles persistants. Néanmoins l’influence des facteurs environnementaux est telle que rien n'est joué avant 5 ans.

 

Hyperactivité chez l'adolescent 

La persistance du trouble à l’adolescence est possible et réalise un tableau identique à celui de l'enfance. Néanmoins, l'hyperactivité diminue mais l'impulsivité et l'inattention demeurent stables, interférant avec les résultats scolaires et conduisant à des infractions aux règles familiales, scolaires ou sociales. Les difficultés d'adaptation dans le domaine scolaire, éducatif et interpersonnel sont importantes et contribuent à détériorer la relation parents/enfant et à aggraver la mésestime de soi de l'adolescent. On observe alors souvent des conduites à risque à la recherche de sensations et de nouveauté pouvant déboucher sur des conduites addictives ou des choix de vie marginaux.

 

Variations selon le sexe

Peu de différences sont mises en évidence dans le comportement des filles et des garçons hyperactifs. Ainsi les comportements semblent similaires chez les 6/11 ans en ce qui concerne l'impulsivité et l'inattention. Néanmoins, à symptomatologie équivalente, les consultations en pédopsychiatrie se font plus souvent pour les garçons que pour les filles.

 

Formes associées à d'autres comportements perturbateurs

On observe fréquemment un trouble oppositionnel avec provocation et un trouble des conduites qui sont directement influencés par l'environnement familial avec un risque d'évolution vers une personnalité antisociale et des abus de substances.

Les troubles de l'apprentissage doivent être systématiquement recherchés.

Les troubles anxio-dépressifs peuvent précéder, accompagner ou encore être la conséquence du TDAH par le biais de la mésestime de soi et du rejet des autres.

 

Autres comorbidités

Les tics chroniques, le syndrome de Gilles de la Tourette, l'énurésie et encoprésie.

Les troubles du sommeil sont fréquents.

 

Diagnostics différentiels

 

Le diagnostic est difficile en préscolaire et il n'est pas aisé de distinguer un TDAH d'un comportement turbulent chez un enfant vivant dans un environnement désorganisé.

Une symptomatologie de type trouble attentionnel avec impulsivité et hyperactivité peut s'observer chez les enfants souffrant de troubles envahissants du développement - TED (autisme) ou de retard mental. Il s'agit là de symptômes associés, mais il ne s'agit pas du TDAH « syndrome », qui exclut l'existence d'un autre trouble mental en diagnostic principal [1].

De même, il n'est pas toujours facile de faire la différence entre TDAH avec comorbidité associée et une autre pathologie psychiatrique avec trouble attentionnel associé...

L'épilepsie peut entraîner aussi des troubles attentionnels et comportementaux de même que certains médicaments (corticoïdes, bronchodilatateurs...).

  

Approche thérapeutique

 

Multidisciplinaire

Il est nécessaire d'associer différentes approches thérapeutiques chez l'enfant lui-même, mais aussi d'inclure des moyens d'actions au niveau de la famille et de l'école.

Le traitement pour un enfant donné doit être individualisé avec au minimum une guidance psychoéducative de l'enfant et de sa famille, et des aménagements scolaires.

Ensuite seulement, et selon les cas, on y associe une approche psychothérapeutique, une rééducation, un traitement médicamenteux.

 

Médicaments

Ils ne peuvent en aucun cas se substituer aux mesures éducatives indispensables et aux autres approches thérapeutiques rééducatives ou psychothérapeutiques.

Le méthylphénidate (Ritaline*, Concerta*, Quasym*) est un stimulant du système nerveux central qui augmenterait la concentration de la dopamine et de la noradrénaline dans la fente synaptique. L'efficacité clinique ne paraît pas corrélée aux taux plasmatiques, très variables d'un enfant à l'autre pour une même dose et donc sans intérêt pour la conduite pratique du traitement. Il s'agit d'un médicament qui figure dans le groupe des stupéfiants et qui a l'autorisation de mise sur le marché (AMM) en France sous le libellé « troubles déficitaire de l'attention avec hyperactivité chez l'enfant de plus de 6 ans sans limite supérieure d'âge ». Les effets spécifiques sont documentés (chez les répondeurs) dans les trois domaines : moteurs, sociaux et cognitifs. Les effets indésirables sont réputés peu importants et le médicament est souvent bien supporté néanmoins. La revue Prescrire [2,3] précise que le méthylphénidate n'est à utiliser que chez les enfants très gênés par un syndrome d'hyperactivité avec déficit de l'attention (et non pas pour des enfants simplement turbulents), en dernier recours en raison de la nature amphétaminique de cette molécule qui a une efficacité symptomatique à court terme (dans 75 % des cas) et beaucoup d'effets indésirables (allant jusqu'à la mort subite). De plus, la durée du traitement ne peut être annoncée au départ mais on estime qu'il est inutile de le poursuivre plus d'un mois en l'absence d'amélioration. Le retentissement sur la croissance a été évoqué mais semble lié eu TDAH lui même et non au traitement.

La supplémentation en fer semble être un appoint intéressant chez les enfants présentant un taux abaissé de ferritine.

 

L'alimentation

L'influence de l'alimentation a été confirmée par l'étude INCA en 2011 [4] où une restriction alimentaire majeure pendant 5 semaines semble améliorer 60 % du groupe d'enfants (4 à 8 ans) concernés, mais cela est inapplicable voire dangereux pour une utilisation prolongée. D'une manière générale, on conseille d'éviter le plus possible les aliments trop sucrés, le café, les colorants alimentaires et autres stimulants.

Une hypothèse a été émise quant à un rôle des colorants alimentaires dans l'exacerbation de comportements d'hyperactivité chez les enfants. Une étude clinique comparative en double aveugle, versus placebo, selon une méthodologie croisée, chez 297 enfants représentatifs de la population générale, a montré des scores d'hyperactivité supérieurs dans les périodes de prise de colorants alimentaires (sous forme de boissons à base de jus de fruits contenant ou non les addictifs). Une méta-analyse de 15 essais cliniques en double aveugle, qui ont évalué des colorants alimentaires chez des enfants déjà considérés comme hyperactifs, a montré une augmentation de leur hyperactivité. En pratique, même si le mécanisme de ce phénomène n'est pas élucidé, ces données incitent à éviter d'exposer les enfants aux colorants alimentaires [1].

La L-tyrosine, acide aminé précurseur du neurotransmetteur dopamine est présente en grande quantité dans la chair blanche, comme le poulet et le poisson et l'on peut encourager leur consommation.

 

Psychothérapies

Cognitivo-comportementales ou psychodynamiques, nous ne les décrirons pas ici.

 

Rééducations

En orthophonie liées aux troubles d'apprentissage et en psychomotricité pour traiter les troubles de la coordination.

 

Liens avec l'école

Sensibiliser les enseignants aux difficultés spécifiques aux troubles attentionnels et prévoir des aménagements tels que projet personnalisé de scolarisation avec le médecin scolaire voire reconnaissance du handicap auprès de la maison départementale des personnes handicapées.

  

L'hyperactivité en médecine chinoise

 

Il n'y a pas vraiment de termes en MTC pour traduire le TDAH et tout au plus peut-il être évoqué dans les textes classiques [5] :

« Un yang puissant renforce les jambes, permettant d'aller au plus haut ; un yang excessif conduit à un discours délirant, ou l'on maudit et sermonne l'entourage sans distinction ». (Questions simples, Huangdi Neijing, Suwen) ;

« Les enfants caractérisés par l'exubérance de Sang et de qi seraient inquiet et agités ». (Essais sur la pathogenèse et les manifestations de diverses maladies, Zhubingyuanhoulun ; 610) ;

« Silence puis logorrhée sans raison ou encore activités excessives désordonnés et sans jugement ». (Prescriptions valant milles pièces d'or, Qian Jin Fang, 652) ;

« L’enfant distrait qui commence toujours brillamment sa scolarité mais ne termine jamais, parlant toujours correctement mais oubliant sans arrêt ce dont il parle ». (La réalisation de la longévité en gardant la Source, Shoushibaoyuan, 1616)

 

Physiopathologie

 

L'hyperkinésie infantile se caractérise par une hyperactivité qui empêche l'enfant de se concentrer et de rester tranquille pendant une période de temps à laquelle on s'attendrait pour un enfant de cet âge. En raisonnant selon la MTC, elle peut être due à un trouble des fonctions du Cœur et du Foie. Le Cœur contrôle l'Esprit (shen) et les sentiments. Lorsque le yin du Cœur est insuffisant, la Feu, par insuffisance, flambe alors vers le haut. Le Cœur perd alors sa capacité à contrôler l'Esprit, l'agitation s'installe. Le Foie a pour fonction d'harmoniser et de régulariser la circulation du qi et du Sang. La nature du Foie appartient au Bois. Le Vent est la première caractéristique de la saison du printemps, qui appartient également au Bois. La nature du Vent est d'être en mouvement. Une insuffisance du yin du Foie provoque la transformation du yang du Foie en Vent interne, qui à son tour déclenche l'hyperactivité [6,7].

Les enfants ont également des organes délicats qui restent très fragiles aux agressions, alimentaires en particulier. Une consommation excessive de produits laitiers, aliments gras, graisses animales, sucre, fragilisent la Rate et conduisent à la formation de Glaires. Les Glaires peuvent obstruer l'Esprit. Elles constituent un facteur pathogène « lourd » et alors qu'au niveau physique elles provoquent une impression de lourdeur du corps, au niveau psychique et émotionnel, elles « pèsent » aussi sur la personne et aggravent les états dépressifs et la mésestime de soi. A un certain degré, les Glaires obstruant l'esprit peuvent engendrer de la confusion mentale qui peut aggraver l'apathie ou l'excitation, engendrant alors une agitation, une conduite maniaque, une insomnie lorsqu'elles s'associent avec de la Chaleur [8].

Une fois formées, les Glaires suivent le Sang et peuvent aggraver une insuffisance ou une stase de Sang de par la relation d'échange mutuel entre les Liquides Organiques et le Sang.

On lit dans les questions simples du Huangdi Neijing, Suwen « ce n'est que lorsque le yin est en paix et le yang rassemblé que l'Esprit et l'Essence sont en harmonie » or, l’Essence (jing) est considérée comme l'origine et la base du shen, le shen d'un être nouvellement conçu provient donc du jing prénatal de son père et de sa mère. Après la naissance, le jing prénatal est mis en réserve dans le Rein et assure la base du shen. Si l'on considère les organes touchés, le premier à l'être est le Rein, puisqu'il ne peut enraciner le jing adéquatement. Ainsi, la fonction de loger le zhi est affectée. Comme le jing est faible (hérédité, problème de la mère à la grossesse, qualité du jing du père), cela affecte le yin du Rein, qui ira de son côté troubler le yin du Foie (flottement du hun). Le Foie ne peut retenir le yang, qui monte à la tête et va aussi affecter le Cœur et le shen. Le yang du Foie en excès peut aussi aller agresser la Rate et sa fonction d'enraciner le yi, d’où les symptômes de manque de concentration et de difficultés d'apprentissage. De plus, si le jing est faible, le po décline (Poumon), le qi de disperse, et le hun flotte [9].

Enfin, si l'hyperactivité se manifeste dès la naissance, il est indispensable de rechercher également un mécanisme traumatique psychique lors de la grossesse de la mère. Cet aspect implique les merveilleux vaisseaux (yinweimai et yangqiaomai) [10]. 

 

Tableaux cliniques

 

On peut individualiser quatre tableaux cliniques [5,6,9], correspondants aux trois formes cliniques occidentales :

-      Chaleur dans le Cœur et le Foie : forme hyperactif/impulsif

-      Glaires Chaleur : forme hyperactif/impulsif

-      Vide du Cœur et de la Rate : forme attentionnelle prédominante

-     Vide du Foie et de la Rate : forme mixte

Le Vide des Reins constitutionnel pourra être envisagé dans les formes du jeune enfant préscolaire ou dans les formes vues tardivement.

Si la maladie est située dans le Cœur, les symptômes comprennent l'inattention, l'instabilité émotionnelle, rêverie, et dysphorie.

Si la maladie se trouve dans le Foie, les symptômes comprennent l'impulsivité, l'hyperkinésie, l'irritabilité et le manque de maîtrise de soi.

Si la maladie est située dans la Rate, les symptômes comprennent l'inattention et une mauvaise mémoire.

Si la maladie est située dans le Rein, les symptômes comprennent de mauvais résultats scolaires et de la mémoire, une énurésie, des douleurs, une petite taille et la faiblesse des genoux.

 

Les syndromes de plénitude se trouvent toujours à un stade précoce du TDAH, dominé par la Chaleur dans le Cœur et le Foie, les troubles internes de Glaires-Chaleur.

Les syndromes de vide se trouvent toujours dans la phase tardive du TDAH, dominés par le vide de yin de Foie et des Reins et le vide de Cœur et de la Rate.

Un TDAH ancien devra faire évoquer un vide profond et constitutionnel.

S'il y a un vide de yin, les symptômes comprennent l'inattention, la mauvaise maîtrise de soi, la labilité émotionnelle et la distraction. S'il y a un excès de yang, les symptômes comprennent
l'hyperactivité, la logorrhée, l'impulsivité et l'obstination, l'irritabilité.

  

Principes thérapeutiques et exemples de points [5,6,9]

 

-      Chaleur dans le Cœur et le Foie : clarifier le Cœur et apaiser le Foie, stabiliser l’Esprit. Shenmen (C7), taichong (F3), fengchi (VB20), xinshu (VE15), ganshu (VE18), shenshu (VE23), sishencong (EX-HN 1).

-      Glaires-Chaleur : disperser la Chaleur, apaiser le Cœur et dissoudre les Glaires. Dazhui (VG14), neiguan (MC6), fenglong (ES40).

-      Vide du Cœur et de la Rate : Nourrir le Cœur et Tonifier la Rate. Fengfu (VG16), fengchi (VB20), shangxing (VG23), jianshi (MC5), zusanli (ES36), taichong (F3), qihai (VC6), geshu (VE17).

-      Vide du Foie et de la Rate : Tonifier le Foie et Renforcer la rate. Shenmen (C7), shenting (VG24), baihui (VG20), houxi (IG3), zusanli (ES36), pishu (VE20), ganshu (VE18), taichong (F3).

Le cas échéant, soutenir yinweimai (zhubin RE9, neiguan MC6), yangqiaomai (fengfu VG16, shenmai VE62), et le vide de Rein (shenshu VE23, taixi RE3, jingmen VB25, guanyuan RM4).

En prévention, l'attention sera portée sur l'alimentation, en particulier pour modérer une consommation excessive de produits laitiers, aliments gras, graisses animales, sucre, et dans les cas intriqués qui ne sont pas rares, il faudra interroger les parents pour repérer les causes essentielles et traiter. En effet, l'acupuncture doit être utilisée en combinaison avec d'autres traitements, ce qui rejoint l'approche multimodale de la médecine occidentale.

 

Mise en pratique des théories 

 

Revue de la littérature

 

En 2011, Lee et coll. [11] publient une revue systématique de la littérature comprenant 114 études d'acupuncture, électroacupuncture (EA) et auriculothérapie associées au TDAH. Seules trois études répondent aux critères d'inclusion :

-     Une étude montre que l'électroacupuncture (EA) + traitement comportemental est supérieure à EA factice + traitement comportemental [12].

-  Deux études rapportent un bénéfice significatif de l'acupuncture ou l'acupuncture auriculaire par rapport aux traitements médicamenteux conventionnels [11,13].

Ces résultats encourageant corroborent notre expérience de terrain. Les auteurs concluent néanmoins que les preuves sont insuffisantes pour l'efficacité de l'acupuncture en tant que traitement symptomatique.

Dans le même temps, la revue Cochrane publie également ses conclusions en excluant l'EA et l'auriculothérapie mais ne retient aucune étude d'acupuncture, celle publiée par l'équipe de Lee étant biaisée par le fait que l'acupuncture n'est pas comparée au traitement de référence (méthylphénidate) mais à une autre molécule [14].

Ainsi, compte tenu du manque d'essais disponible, il n'est pas possible de tirer de conclusions concernant l'efficacité et l'innocuité de l'acupuncture dans le TDAH de l'enfant et de l'adolescent.

 

Discussion et relations avec la médecine occidentale

 

La composante génétique ou environnementale du TDAH trouve un écho en MTC avec les déficiences constitutionnelles du jing et l'implication des Merveilleux Vaisseaux.

La supplémentation en fer pouvant être un appoint intéressant chez les enfants présentant un taux abaissé de ferritine, peut correspondre aux interrelations permanentes entre Liquides Organiques et Sang.

 

Les expériences de restrictions alimentaires majeures, améliorant la symptomatologie, peuvent renvoyer aux conseils diététiques destinés à éviter la formation de Glaires.

Enfin, à partir d'études d'imagerie, il existe des preuves solides que l'acupuncture a un effet considérable sur le système limbique, site de projection dopaminergique qui participe au contrôle des processus motivationnels et de récompense... Les études à ce sujet semblent montrer qu'il s'agit plutôt d'un effet général de l'acupuncture plus que spécifique, qui ne dépend pas forcement du site de l'aiguille mais plutôt d'une combinaison de facteurs incluant le stimulus et à un certains degré les convictions et les attentes du patient... Cela peut expliquer les difficultés à reproduire et mesurer dans des études standardisées les effets positifs que nous constatons dans nos cabinets [15,16].

 

Conclusion

 

La médecine traditionnelle chinoise nous permet d'appréhender ce trouble complexe, au diagnostic difficile, avec un point de vue nouveau, complémentaire et prometteur, que ce soit dans l'approche diagnostique nécessairement globale et qui constitue déjà l'essence de notre pratique, que dans la stratégie thérapeutique proposée, incluant conseils nutritionnels et acupuncture et s'intégrant particulièrement bien à la prise en charge multimodale recommandée en médecine occidentale. Plus que jamais, le raisonnement rigoureux du médecin et l'analyse des données de la littérature scientifique doivent nous conduire, à mettre en pratique nos théories et les confronter à nos pairs, médecins occidentaux ou acupuncteurs, en soignant nos études pour le souci commun que nous avons de la santé de nos patients et aboutir à une véritable pratique médicale intégrative.

 


 

Références

 1. Le Heuzey M.-F. Trouble déficit de l’attention/hyperactivité chez l’enfant. In : EMC Traité de Médecine Akos. Paris: Elsevier Masson SAS ; 2012. 8-0870.

2. Colorants alimentaires et symptômes d’hyperactivité chez des enfants. La revue Prescrire. 2009 ; 338(29) :433.

3. Hyperactivité avec déficit de l'attention : gare au dérapage (suite). La revue Prescrire. 2004 ; 249(24).

4. Pelsser LM, Buitelaar JK. Effects of a restricted elimination diet on the behaviour of children with attention-deficit hyperactivity disorder (INCA study): a randomised controlled trial. Lancet 2011;377: 494-503.

5. Ni X, Zhang-James Y, Han X, Lei S, Sun J, Zhou R. Traditional Chinese medicine in the treatment of ADHD: a review. Child Adolesc Psychiatr Clin N Am. 2014 Oct;23(4):853-81.

6. Chen Jirui, Nissi Wang. Acupuncture : observations cliniques en chine. Paris : SATAS;1992.

7. Dinouart-Jatteau P. Maladies courantes de l'enfance. EMN. Paris. IC-19, 1992, 26p.

8. Maciocia Giovanni. Les principes fondamentaux de la médecine chinoise. 2e ed. Paris: Elsevier Masson ; 2005.

9. Boisvert MP. Evaluation énergétique du TDHD et ses méthodes de traitement. Canada: Collège de Rosemont ; 2009.

10. Desoutter B. Trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention. Actes du 9e Congrès de la Faformec; 18-19 novembre 2005; Lyon, France. 2005.

11. Lee MS. Acupuncture for treating attention deficit hyperactivity disorder: A systematic review and meta-analysis in Chinese Journal of Integrative Medicine. 2011;17(4 ) : 257-260.

12. Li SS, Yu B, Yan B, Kang L, Jiang SH, Li W, et al. Randomized- controlled study of treating attention deficit hyperactivity disorder of preschool children with combined electro-acupuncture and behavior therapy. Chin Archi Tradit Chin Med (Chin) 2009;27:1215–1218.

13. Liu M. Clinical observation of auricular pressing therapy for 40 patients with attention deficit hyperactivity disorder. Zhejiang J

Tradit Chin Med (Chin) 2007;42:533.

14. Li. Acupuncture pour le traitement du trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH) chez l'enfant et l'adolescent. Revue Cochrane en ligne. 2011.

15. White A, Cummings M, Filshie J, Stéphan JM. Précis d'acupuncture médicale occidentale. 1e ed. Paris: Elsevier Masson; 2011.

 16. Clément P. Hyperactivité et troubles de la concentration : de la théorie à la pratique. Actes du 18e congrès de la Faformec; 28 et 29 Novembre 2014; Tarbes, France. 2014.

Effets de l’acupuncture dans le traitement des rhinites allergiques persistantes : un essai contrôlé randomisé

  Choi S-M, Park J-E, Li S-S, Jung H, Zi M, Kim T-H, Jung S, Kim A, Shin M, Sul J-U, Hong Z, Jiping Z, Lee S, Liyun H, Kang K, Baoyan L. A multicenter, randomized, controlled trial testing the effects of acupuncture on allergic rhinitis. Allergy 2013;68:365–374.

 

Résumé

 

Question

Évaluer l'efficacité et l'innocuité de l’acupuncture dans le traitement de la rhinite allergique persistante.

 

Plan expérimental

Essai comparatif randomisé multicentrique en double insu (patients et évaluateur en aveugle).

-        groupe AA (n=97 ; âge moyen : 38,97 +/- 11,33) : traitement par acupuncture active

-        groupe AS (n=94 ; âge moyen : 37,04 +/- 12,23) : traitement par acupuncture simulée, placebo

-        groupe témoin (n=47 ; âge moyen : 38,07 +/- 12,40) : aucun traitement (groupe de la liste d’attente).

 

Cadre

Deux centres en Corée (Séoul et Daejeon) et deux centres en Chine (Beijing) ont participé à l'étude.

 

Patients

238 patients ont été répartis en trois groupes selon une randomisation en bloc de 5 et un ratio d’allocation de 2:2:1.

Inclusion : patients âgés de plus de 18 ans souffrant de rhinite allergique (RA) persistante de grade modéré à sévère selon les critères ARIA (rhinite allergique et son impact sur l’asthme). Les symptômes doivent avoir persisté pendant plus de 4 jours/semaine, pendant plus de quatre semaines consécutives, et comporter au moins un des signes associés suivants : obstruction nasale, rhinorrhée, éternuements et démangeaisons nasales. Tous les participants inclus ont présenté au moins un résultat positif au prick-test.

Exclusion : graves problèmes de santé (HTA, diabète mal contrôlés, tumeur maligne, dyslipidémie sévère, dysfonction rénale ou hépatique, anémie, maladies infectieuses ou systémiques), malformations nasales congénitales, kyste dermoïde nasal, masses médianes nasales, sinusite, asthme, antécédents de chirurgie du nez, traitement de la RA par médecines alternatives dans les 6 mois précédents, ou par voie systémique par corticoïdes, antihistaminiques ou décongestionnants 6 mois avant l'inclusion.

 

Intervention

Groupes AA et AS : 12 séances d’acupuncture au total (3 séances/semaine pendant 4 semaines).

Points utilisés pour le groupe AA : 10 points d'acupuncture (bilatéral : 4GI, 20GI, 2E et 36E ; unilatéral : EX-1 et 23VG). Chaque aiguille est manipulée jusqu’à obtention du deqi.

Groupe AS : acupuncture placebo sans aucune manipulation. Les aiguilles sont insérées aux points situés à 1-1,5 cm des vrais points d’acupuncture, avec une profondeur de 3-5 mm afin d’éviter le deqi. Ensuite, le praticien tourne l'aiguille juste une fois pour maintenir le patient en aveugle.

Groupe témoin : aucun traitement d’acupuncture.

Durée de l’étude : 9 semaines (1 semaine d'observation de base suivie de 4 semaines de traitement par acupuncture, puis 4 semaines de suivi).

 

Critères d’évaluation

Critère principal : variation moyenne du score total hebdomadaire des symptômes nasaux.

Critères secondaires : scores des symptômes non nasaux et qualité de vie liée à la rhinite.

 

Résultats

Une amélioration significative dans les scores (nasaux comme non nasaux) par rapport aux scores de référence au moment de l’inclusion a été observée dans les deux groupes traités par acupuncture active comme simulée, à la fin des séances d’acupuncture et de la période de suivi. Mais l’acupuncture active a montré de meilleurs résultats que ceux de l’acupuncture simulée.

 

Conclusion

Les symptômes de rhinite allergique ont diminué de manière significative après traitement par acupuncture active ou par acupuncture simulée. D’après cette étude, l'acupuncture est efficace dans le traitement de la rhinite allergique.

   

 Commentaire

 Score de Jadad

On peut l’évaluer à 5 ce qui signifie une étude d’excellente qualité méthodologique (tableau I).

Les participants ont été répartis de façon aléatoire à l'un des trois groupes : acupuncture active (AA), acupuncture simulée (AS), ou liste d'attente. La randomisation a été effectuée par un statisticien qui a utilisé une liste informatisée selon un ratio : 2:1 (bloc de 5). Une enveloppe scellée a été utilisée pour répartir les participants dans les différents groupes de chaque centre, et l’acupuncteur effectue les interventions en fonction de cette affectation. Les investigateurs (y compris les coordinateurs des centres) et le statisticien qui fait l'analyse sont en aveugle. Seul le praticien qui effectue l'acupuncture n’est pas en insu.

 

Tableau I. Évaluation de la qualité méthodologique selon le questionnaire de Jadad.

Score de Jadad :

1. Randomisation citée, décrite et appropriée : 2 points

2. Insu-patient prouvé par un questionnaire mettant en évidence l'impossibilité de savoir dans quel groupe d'acupuncture le patient se situe. Validité du questionnaire par un test statistique mettant en exergue aucune différence significative entre les deux groupes d’acupuncture actif et placebo (p=0,4999) : 1 point

3. Insu-évaluateur. Les investigateurs et les évaluateurs, différents du thérapeute non en insu, ignorent à quel groupe appartient les patients dont ils recueillent les informations : 1 point

4. Sorties d’essais bien analysées avec les raisons : sur les 238 patients inclus, 8 sorties (dont 5 n’ayant pas déclaré au moment de l’inclusion qu’ils ont pris des traitements non autorisés par le protocole) et 3 sorties supplémentaires (abandon avant la 1e évaluation) : 1 point

Score 5/5, c'est-à-dire étude d’excellente qualité.

 

La rhinite allergique (RA) peut être classée comme rhinite allergique saisonnière (RAS) ou rhinite allergique persistante (RAP). La classification de RA et son impact sur l'asthme (ARIA) sépare ces diagnostics fondés sur la durée et la gravité des symptômes [1]. Cette étude est la première étude multicentrique en acupuncture à évaluer l'efficacité de l'acupuncture pour la RAP. Malgré les différences dans la durée et les symptômes des cas de RA, des essais précédents ont évalué l'effet de l’acupuncture sans tenir compte des différences entre RAS et RAP [2,3]. Par ailleurs, d'autres études ont comparé l'efficacité de l'acupuncture sans groupe contrôle traité par acupuncture simulée [4] et la taille réduite de l’échantillon des études portant sur la RAP n’a pas permis de tirer des conclusions [5,6].

Cette étude multicentrique, randomisée, contrôlée de Choi et al. avec acupuncture simulée a permis une évaluation non biaisée de l'efficacité de l'acupuncture dans la RAP. Le groupe traité par acupuncture simulée a présenté une réduction significative des symptômes de RA par rapport aux valeurs initiales, même lorsque l'acupuncture a été appliquée sans stimulation manuelle à des points qui ne correspondent pas à des points d’acupuncture. Cette amélioration peut être due soit à l'effet de l'acupuncture simulée, soit à l’effet placebo. Toutefois, étant donné que l’aveugle a été maintenu pour les participants, et que la différence de l’efficacité de l’acupuncture active et de l'acupuncture simulée était plus importante après quatre semaines de suivi qu’au moment de l’arrêt des séances d’acupuncture, on peut penser que l'effet du traitement était réel. En théorie, l’effet placebo n’aurait plus existé dès l’arrêt des séances d’acupuncture. L’acupuncture simulée a été rapportée comme pouvant provoquer une réponse physiologique et avoir un effet thérapeutique. Cet effet pourrait conduire à un résultat faussement négatif pour évaluer l'effet de l'acupuncture dans les essais cliniques [7,8]. Dans cette étude, le traitement de l'acupuncture simulée comporte plusieurs facteurs qui pourraient provoquer une réponse physiologique, tels que la ponction minimale, les points choisis, et la pression sur la peau. En outre, l'effet de l'acupuncture simulée pourrait être causé par des effets non spécifiques de la procédure, incluant le contact avec les médecins, les attentes des patients et l'effet Hawthorne (motivation des participants). Ces facteurs pourraient positivement affecter les symptômes des participants. Ainsi, d'autres études sont nécessaires pour mieux comprendre les facteurs responsables de ces résultats positifs.

Par ailleurs, dans cette étude, l'efficacité de l’acupuncture active sur les symptômes nasaux et non nasaux est supérieure à celle observée dans les deux autres groupes après quatre semaines de traitement. Ainsi, il apparaît que le traitement par acupuncture doit être effectué pendant au moins quatre semaines dans le but d'améliorer les symptômes de la RAP. Cependant, des essais plus rigoureux sont nécessaires pour déterminer la durée d'un traitement approprié pour une efficacité optimale de l'acupuncture.

Enfin, la constatation que l'effet de l'acupuncture sur la RAP a persisté pendant plus de quatre semaines après la dernière séance d'acupuncture est importante pour les cliniciens dans la détermination de la fréquence optimale de séances d'acupuncture dans le traitement de la RAP. Parallèlement, ces données sont utiles pour déterminer la période de sevrage thérapeutique (wash out) en acupuncture dans les essais cliniques. Des études supplémentaires avec des plus longues périodes de suivi sont également nécessaires pour évaluer la durée des effets d’un traitement par acupuncture.


Dr  Tuy Nga Brignol

Références

1.        Bousquet J, Khaltaev N, Cruz AA, Denburg J, Fokkens WJ, Togias A et al. Allergic Rhinitis and its Impact on Asthma (ARIA) 2008 update (in collaboration with the World Health Organization, GA(2)LEN and AllerGen). Allergy 2008;63(Suppl. 86):8–160.

2.        Brinkhaus B, Witt CM, Jena S, Liecker B, Wegscheider K, Willich SN. Acupuncture in patients with allergic rhinitis: a pragmatic randomized trial. Ann Allergy Asthma Immunol 2008;101:535–543.

3.        Magnusson AL, Svensson RE, Leirvik C, Gunnarsson RK. The effect of acupuncture on allergic rhinitis: a randomized controlled clinical trial. Am J Chin Med 2004;32:105–115.

4.        Lau BH, Wong DS, Slater JM. Effect of acupuncture on allergic rhinitis: clinical and laboratory evaluations. Am J Chin Med (Gard City N Y) 1975;3:263–270.

5.        Xue CC, An X, Cheung TP, Da Costa C, Lenon GB, Thien FC et al. Acupuncture for persistent allergic rhinitis: a randomised, sham-controlled trial. Med J Aust 2007;187:337–341.

6.        Ng DK, Chow PY, Ming SP, Hong SH, Lau S, Tse D et al. A double-blind, randomized, placebo-controlled trial of acupuncture for the treatment of childhood persistent allergic rhinitis. Pediatrics 2004;114:1242–1247.

7.        Lundeberg T, Lund I, Sing A, Naslund J. Is placebo acupuncture what it is intended to be? Evid Based Complement Alternat Med 2011;2011:932407.

 8.        Chae Y, Kim S-Y, Lee H, Park H-J. Is minimal acupuncture an adequate control in clinical trials? Journal of Meridian & Acupoint 2008;25:71–85.

Collège Français d’Acupuncture : un document d’information à l’usage des patients traités par acupuncture

Afin d’aider le médecin acupuncteur dans son devoir d’information, le Collège Français d’Acupuncture et de Médecine Traditionnelle Chinoise (CFA-MTC) a élaboré, en avril 2014, un document écrit d’information à l’intention des patients traités par acupuncture. Ce document est disponible en version imprimable sur les sites du Collège Français d’Acupuncture : www.cfa-mtc-org et de la Fédération des Acupuncteurs pour leur Formation Médicale Continue : www.acupuncture-medic.com

 La consultation d'acupuncture

 L’acupuncture est une discipline thérapeutique issue de la tradition médicale chinoise, consistant en une stimulation de « points d’acupuncture ». Son application repose à des degrés divers sur des concepts médicaux spécifiques à la médecine chinoise. Les points sont définis par leurs dénominations, localisations, fonctions, indications et leurs modalités d'utilisation.

Au cours d’une même consultation, votre médecin acupuncteur établit le diagnostic de votre pathologie selon les critères de la médecine occidentale et ceux de l’acupuncture, vérifie que l’acupuncture constitue bien un moyen de traitement adapté compatible avec l’ensemble des pathologies et traitements en cours et effectue son propre traitement.

 

 Comment se déroule la séance d'acupuncture ?

 Vous pouvez venir consulter un médecin acupuncteur directement ou adressé par un médecin.

Votre médecin acupuncteur établit un diagnostic médical à partir d’un interrogatoire et d'un examen clinique avec souvent l’examen de la langue et la prise des pouls. A chaque consultation, le diagnostic est réévalué pour ajuster la prise de décision thérapeutique.

La consultation est suivie d'une séance d'acupuncture : un ensemble de points d’acupuncture est stimulé par différents moyens qui peuvent être associés (aiguilles et moxibustion).

L’aiguille stérile et à usage unique est insérée en traversant la peau et laissée en place pendant une durée variable. L’insertion de l’aiguille peut provoquer une sensation ressentie comme parfois douloureuse et passagère. L'aiguille ou le point d'acupuncture peuvent être chauffés (moxibustion, par bâtonnet d’armoise ou autre stimulation thermique).

Les points d’acupuncture peuvent être aussi stimulés par électro-acupuncture ou encore par laser.

Tout le matériel utilisé répond aux normes d’hygiène et de stérilisation en vigueur. Comme tout matériel à usage unique, à la fin de la séance, les aiguilles sont recueillies dans des collecteurs spécifiques, qui sont ensuite ramassés et traités conformément à la réglementation.

La désinfection cutanée est recommandée chez le patient immunodéprimé, en cas d’infections cutanées, chez le diabétique ou en cas de pathologie cardiaque valvulaire. Le rythme et la fréquence des séances dépendent de l’indication et de la réponse thérapeutique.

L'acupuncture : pour quelles indications ?

 Un certain nombre d’indications sont validées par la Haute Autorité de Santé (HAS) : par exemple, les douleurs, les nausées et vomissements postopératoires, induits par la chimiothérapie, pendant la grossesse, les conduites addictives, les troubles anxio-dépressifs, l'énurésie, la récupération après accident vasculaire cérébral, la paralysie faciale.

Les indications et bénéfices de l’acupuncture sont nombreux et variés. Pour votre traitement, votre médecin vous indiquera les indications préférentielles mises à jour par le Collège Français d’Acupuncture.

 Quels sont les incidents possibles pendant une séance d'acupuncture ?

 Les événements indésirables fréquents pouvant survenir à la suite d’une séance d’acupuncture sont le plus souvent bénins : saignements et hématomes au point de puncture, sensation de malaise, altération de la vigilance, étourdissement, sensation de fatigue ou aggravation des symptômes qui ont motivé la consultation pendant 24 à 48 H après la séance. La moxibustion peut être source de brûlures.

 Comment éviter les complications éventuelles ?

La formation correcte du professionnel médical est le garant de votre sécurité : sa qualité de médecin évitera de prendre en charge par acupuncture une pathologie qui doit être traitée d’une manière autre, ce qui nécessite une formation au diagnostic occidental et le respect des règles professionnelles.

Les risques de transmission de maladies infectieuses sont évités par l’utilisation de matériel stérile à usage unique et la désinfection des mains et de la peau selon les circonstances.

Prévenez votre médecin acupuncteur si vous ressentez une sensation d’inconfort, de froid ou une gêne pour respirer au cours de la séance. Il est formé pour prendre en charge ce type de situation.

 Quelques conseils pour une bonne séance d'acupuncture

 Vous êtes en position allongée ou assise : évitez de manipuler vous-même les aiguilles, de vous lever ou de faire des gestes brusques.

Il est conseillé de ne pas faire d’effort violent après la séance. Signalez vos antécédents notables, vos maladies, vos traitements en cours, l'existence de prothèse, de pace-maker ou de défibrillateur cardiaque implantable.

Vous pourrez ressentir les effets bénéfiques de la séance immédiatement ou de façon décalée. Plusieurs séances seront souvent nécessaires pour un effet bénéfique durable selon les indications.

 

Cette fiche d’information ne peut sans doute pas répondre à toutes vos interrogations. N’hésitez pas à poser au médecin acupuncteur toutes les questions qui vous viennent à l’esprit.

 Promoteurs 

Collège Français d’Acupuncture : www.cfa-mtc-org.

Fédération des Acupuncteurs pour leur Formation Médicale Continue: www.acupuncture-medic.com

 Patrick Baudin, Sylvie Bidon, Dominique Célerier-Fouconnier, Gilles Cury, Dominique Fouet, Alain Huchet, Marc Martin, Florence Phan-Choffrut, Alain Schmidt, Nicole Thurière et Henri Truong Tan Trung.

 

 

Le XXIIIe Congrès d’acupuncture de l’AFERA

Le XXIIIe Congrès d’acupuncture de l’AFERA s’est déroulé à Nîmes les 21 & 22 mars 2014 sur le thème « La femme dans tous ses états ».

Devant une nombreuse assistance (190 inscriptions dont 80 sages-femmes), les orateurs ont fait partager leur expérience avec des communications pédagogiques et pratiques qui se sont succédé en un rythme bien dosé permettant un échange dynamique et fructueux (figure 1). 

 

Figure 1. L’amphithéatre du congrès de l’AFERA.

Le Docteur Fabrice Jordan débute ces journées en présentant une analyse des troubles de la Femme au cours de deux périodes de sa vie : au moment d’avoir des enfants et au temps de la ménopause.

Puis, le Docteur Sonia Barrucand illustre les variations émotionnelles de la femme en tant que manifestations du trouble du yin [] qui aboutit à une dé-structuration et à une dé-régularisation de celui-ci. Il faut alors harmoniser le yin [] en douceur : peu de points, séances régulières toutes les quatre semaines ; le Docteur Barrucand met en avant l’utilisation des points PO7 lieque ,RA10 xuehai(il « cajole le yin [] » !) et ES36 zusanli dans ces indications.

Le Docteur Jean-Pierre Giraud fait alors part de son expérience de la prise en charge des bouffées de chaleur de la ménopause ; il pose à l’assistance une question restée jusqu’à maintenant sans réponse : « Dans un certain nombre de cas observés, comment peut-on expliquer que la chaleur diffuse, à partir de la tête, vers le bas du corps ? ».

 

Le Docteur Edith Aussedat nous parle ensuite avec passion de la femme du signe astrologique (typologique) du Cheval (figure 2).   

 

Figure 2. Le Docteur Edith Aussedat en compagnie du Dr Taillandier.

 

Passionné lui aussi, par l’étude de la langue, le Docteur Bernard Verdoux présente une étude comparative de la sémiologie de la langue selon le sexe à partir de photographies de langues de 50 femmes et de 50 hommes choisis de façon aléatoire dans une population commune : les processus de Chaleur et les atteintes du Sang semblent plus fréquents chez la femme ; les processus de Froid et les atteintes des Liquides Organiques semblent plus fréquents chez l’homme.

Le Docteur Karine Aleido Remillet nous fait ensuite pénétrer dans le monde des migraines cataméniales où la dépression corticale envahissante, support de l’aura migraineuse évoluant sur le cortex occipital, évoque dans nos esprits la notion de Vent feng [] (figure 3).

Figure 3. Le Dr Aleido Remillet et l'aura migraineuse.

 

Monsieur Georges-Emmanuel Roth, sage-femme, présente les premiers résultats d’une étude sur l’incidence sur l’issue obstétricale de la pose d’un cathéter de péridurale au point DM4 mingmen   [], dans le Pôle de Gynécologie-Obstétrique les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg.

Le Docteur Bernard Desoutter nous parle ensuite du daimai [] et la femme ; puis le Docteur Philippe Pion précise l’intérêt de tonifier et mobiliser le qi [] pendant la grossesse.

Madame Catherine Laureaux Mérieux, sage-femme, présente alors son expérience de la moxibustion du point FO9 yinbao [] afin d’améliorer le bien-être du fœtus pendant la grossesse (troubles de la croissance) et au cours du travail (altération du rythme cardiaque notée au monitoring).

Le Docteur Hélène Roquere présente de façon très didactique la dynamique de l’accouchement ; elle rappelle qu’il y a une augmentation globaledu yin [] et du yang [] au cours de la grossesse et que l’étude de la température rectale est importante à étudier chez la femme enceinte, la chute de température étant essentielle pour initier la délivrance.

Puis le Docteur Jean-Baptiste Thouroude évoque, avec tact et humour, les troubles du désir chez la femme ; il insiste sur la prise en charge, en parallèle, du compagnon de celle-ci et, notamment, sur la prise en charge du futur père (figure 4).

 

 

Figure 4. Le Dr Jean-Baptiste Thouroude au micro avec à sa droite le Dr Lafont et à sa gauche le Dr Desoutter.

 

Pour terminer ces deux journées fort riches en informations et en partage, le Docteur Jean-Louis Lafont présente de manière claire et pratique les points de traitement de l’infertilité chez la femme, tout en insistant sur la stimulation, lors de la première partie du cycle menstruel, du point FO11 yinlian   [] dans cette indication.

Un rendez-vous est pris pour le XXIVe Congrès d’acupuncture de l’AFERA en 2015, année qui verra l’AFERA souffler ses quarante bougies !

 

Dr Jacques Covin

Président ASOFORMEC

' : 17270 Montguyon

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Conflit d’intérêts : aucun

 

 

 

 

Dyspepsie fonctionnelle : efficacité de l’acupuncture comme thérapie complémentaire


Dyspepsie fonctionnelle : efficacité de l’acupuncture comme thérapie complémentaire

     Dans un essai clinique contrôlé randomisé, trente patients âgés de 18 à 60 ans et souffrant de dyspepsie fonctionnelle selon les critères de Rome III ont été répartis en deux groupes. Les personnes infectées par Helicobacter pylori sont exclues de l’étude. Le 1er groupe (GI) est soumis pendant quatre semaines à un traitement médicamenteux associé à un traitement par acupuncture spécifique. Le groupe contrôle (GII) est soumis pendant quatre semaines à un traitement pharmacologique et acupuncture non spécifique. Comme traitement médicamenteux, les patients reçoivent domperidone en cas de dyspepsie fonctionnelle de type inconfort post-prandial ou omeprazole en cas de dyspepsie fonctionnelle de type douleur épigastrique. Le traitement par acupuncture comporte au total douze séances, au rythme de trois séances/semaine. Chaque séance dure 40 minutes. Les points utilisés dans le groupe GI sont : 6MC, 4GI, 12 VC, 36 E, 3P, 44E. Pour GII, les points utilisés sont situés sur les mêmes méridiens mais décalés : 5MC, 3GI, 11VC, 35E, 2P, 43E. Les symptômes gastro-intestinaux, l’anxiété et la qualité de vie ont été évalués à la fin du traitement et trois mois après.
Après quatre semaines de traitement, les symptômes gastro-intestinaux sont améliorés dans les deux groupes : (55 ± 12 vs 29 ± 8,8) pour GI et (50,5 ± 10,2 vs 10,5 ± 46) pour GII. La qualité de vie était significativement meilleure dans le groupe I que dans le groupe II (93,4 ± 7,3 vs 102,4 ± 5,1). L’anxiété et la dépression étaient significativement plus faibles dans le groupe I que dans le groupe II. Trois mois après le traitement, les symptômes gastro-intestinaux sont restés meilleurs dans le groupe I, lorsqu'on les compare aux valeurs avant traitement.
Chez les patients atteints de dyspepsie fonctionnelle, l’acupuncture comme traitement d’appoint au traitement médicamenteux conventionnel donne de meilleurs résultats que le traitement médicamenteux conventionnel sans acupuncture. D'autres études avec davantage de patients sont nécessaires pour confirmer ces résultats.

Lima FA , Ferreira LE , Pace FH. Acupuncture effectiveness as a complementary therapy in functional dyspepsia patients. Arq Gastroenterol . 2013 juil.-sept ; 50 (3) :202-7 . doi: 10.1590/S0004-28032013000200036.


L’électroacupuncture soulage les douleurs postopératoires de la chirurgie inguinale

     La douleur postopératoire est l’un des problèmes les plus fréquents et gênants que l’on retrouve dans les services de chirurgie. Le but de cette étude est d’évaluer l’efficacité de l’électroacupuncture sur le contrôle de la douleur postopératoire après une chirurgie inguinale. Méthodes : Quatre-vingt-dix patients de sexe masculin, devant bénéficier de chirurgie inguinale, ont été inclus et répartis au hasard en deux groupes : électroacupuncture et témoin.
L’électroacupuncture (2 Hz à 2-5mA réalisée 30 mn avant l’intervention et également à 1 et 2 h après, à raison de 20 mn à chaque session) a été appliquée sur GI4 et ES36 et deux autres aiguilles sur les bords de la cicatrice. On plaça dans le groupe témoin les mêmes électrodes sur les mêmes points mais sans stimulation électrique. La douleur postopératoire a été quantifiée par un observateur en aveugle dans les deux groupes à l’aide d’une échelle visuelle analogique (EVA). Résultats : l’intensité de la douleur et l’utilisation d’analgésiques étaient significativement plus élevées dans le groupe témoin (p<0,05). Dans le groupe électroacupuncture, les scores de la douleur à l’EVA étaient significativement plus faibles que le groupe témoin à 30 mn, 1 et 2 h en postopératoire. Les vertiges liés aux effets secondaires dus aux opioïdes sont réduits de façon statistiquement significative dans le groupe électroacupuncture versus groupe témoin (P<0,05). En conclusion, l’électroacupuncture peut réduire la prise d’analgésiques chez des patients après une chirurgie inguinale, par contrôle de la douleur postopératoire.
Taghavi R, Tabasi KT, Mogharabian N, Asadpour A, Golchian A, Mohamadi S, Kabiri AA. The effect of acupuncture on relieving pain after inguinal surgeries. Korean J Pain. 2013;26(1):46-50.


La moxibustion améliore l’efficacité de l’acupuncture dans l’insomnie

 

Nuit profonde : la galaxie d'Andromède.   

Dans un essai contrôlé randomisé, cent-vingt patients sont répartis de façon aléatoire en deux groupes. Agés entre 18 et 65 ans, ils souffrent d’insomnie de plus de six mois. Les patients insomniaques en relation avec des maladies somatiques ou mentales, ainsi que ceux ayant utilisé de façon prolongée des tranquillisants ou d'autres médicaments sont exclus de l’étude. Les soixante patients du groupe expérimental sont traités une fois par jour, dans l’après-midi, pendant 15 jours, par acupuncture et moxibustion. Les points puncturés ont été : baihui (20VG), sishencong (EX -HN 1), shenmai (62V) et zhaohai (6Rn). La moxibustion est effectuée pendant 40 minutes aux deux points 20VG et EX –HN1. Les aiguilles sont manipulées une fois toutes les 10 minutes. Les patients du groupe contrôle (n=60) sont soignés uniquement par acupuncture, une fois par jour dans l’après-midi, pendant 15 jours. Les points utilisés ont été shenmen (7C), neiguan (6MC) et sanyinjiao (6Rt).
L’index de qualité du sommeil de Pittsburgh (PSQI) est utilisé pour comparer l'amélioration du sommeil entre les deux groupes. L’évaluation est faite avant l’inclusion, puis une semaine, et deux semaines après le traitement.
Les scores de PSQI ont diminué pour les deux groupes. Par rapport au groupe témoin, le taux d’efficacité dans le groupe expérimental est meilleur (87,7 %  vs  76,3 %). Cette réduction est plus importante dans le groupe expérimental concernant les critères : qualité du sommeil, temps d'endormissement et vigilance diurne (P < 0,05).


Gao X, Xu C, Wang P, Ren S, Zhou Y, Yang X, Gao L. Curative effect of acupuncture and moxibustion on insomnia: a randomized clinical trial. J Tradit Chin Med. 2013 Aug;33(4):428-32.


Rhinite allergique : les effets anti-inflammatoires de l’acupuncture sont mieux connus

 Les molécules intervenant dans les mécanismes physiopathologiques de la rhinite allergique.  CGRP: calcitonin gene-related peptide, SP: substance P, VIP: vasoactive intestinal peptide, NKA : neurokinine A, NGF : nerve growth factor, TNF- α : tumour necrosis factor alpha, IL-1: interleukine 1, IL-4: interleukine 4, IL-6: interleukine 6, IL-10: interleukine 10.      

 La Littérature Classique indique que l’acupuncture a été utilisée depuis des millénaires pour traiter de nombreuses affections inflammatoires, y compris la rhinite allergique. Des recherches récentes ont objectivé que certains des mécanismes qui sous-tendent l’activité anti-inflammatoire passent par une médiation des voies sympathiques et parasympathiques. L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien a également été impliqué dans la médiation des effets anti-œdémateux de l’acupuncture, mais pas dans l’action antalgique au cours de l’inflammation. Les autres effets anti-inflammatoires décrits de l’acupuncture incluent une action antihistaminique et une régulation négative des cytokines pro-inflammatoires (comme le TNF-α, IL-1 β, IL-6 et IL-10), des neuropeptides pro-inflammatoires (comme la SP, CGRP, VIP), et des neurotrophines (telles que le NGF et le BDNF) qui peuvent améliorer et prolonger la réponse inflammatoire. L’acupuncture a montré aussi qu’elle pouvait réprimer l’expression de la COX-1, COX-2 et iNOS au cours de l’inflammation induite expérimentalement. Une régulation négative (down-régulation) de l’expression et de la sensibilité des transient receptor potential vanilloide 1 (TRPV1) après l’acupuncture a été également rapportée. En résumé, l’acupuncture peut exercer des effets anti-inflammatoires à travers un réseau complexe d’actions neuro-endocrino-immunologiques. Beaucoup de ces effets anti-inflammatoires de l’acupuncture sont en rapport direct avec la rhinite allergique, mais d’autres recherches sont nécessaires pour élucider précisément comment les mécanismes immunitaires pourraient être modulés par acupuncture dans la rhinite allergique.
McDonald JL, Cripps AW, Smith PK, Smith CA, Xue CC, Golianu B. The anti-inflammatory effects of acupuncture and their relevance to allergic rhinitis: a narrative review and proposed model. Evid Based Complement Alternat Med. 2013 ;2013:591796.

 

 Effet de l’acupuncture dans la fluorose squelettique


 Radiographie de l'avant-bras chez un patient atteint de fluorose squelettique montrant une augmentation de la densité osseuse et des calcifications entre le radius et le cubitus (iconographie issue d’un document de la FAO : Latham MC. La nutrition dans les pays en développement. 2001. Available from : URL http://www.fao.org/DoCreP/004/W0073F/w0073f22.htm.    

La fluorose est due à une prise excessive de fluor, dans l'eau potable fluorée par exemple. Un niveau modéré d'exposition chronique (supérieur à 1,5 mg/l d'eau) est assez courant. Une ingestion à long terme de grandes quantités peut mener à des problèmes squelettiques potentiellement graves (fluorose squelettique). Les premiers symptômes d'une fluorose squelettique incluent une rigidité et une douleur dans les articulations. Dans les cas graves, la structure de l'os peut changer et les ligaments peuvent se calcifier, avec un affaiblissement des muscles et des douleurs.
Pour évaluer l'effet de l'acupuncture sur la fluorose squelettique endémique (FSE), quatre-vingt-dix-neuf sujets (âgés de 30 à 75 ans) souffrant de FSE sont inclus dans un essai contrôlé randomisé. Ils sont répartis de façon aléatoire en deux groupes : un groupe de traitement par acupuncture et électroacupuncture (n=68, dont 27 hommes et 42 femmes) et un groupe témoin (n=31, dont 12 hommes et 19 femmes).
Le traitement par acupuncture est basé sur les principes de MTC : favoriser la circulation du Sang pour éliminer la stase du Sang, dissiper le Vent et éliminer l'Humidité, ainsi que soulager la douleur par des points locaux. Le traitement est réalisé au rythme d’une séance tous les deux jours, par cycle de un mois. Le traitement total comporte deux cycles. Chaque séance dure 30 minutes. Les points de base utilisés sont les suivants : 17 VG, 17V, 11GI, 4GI, 12Rt, 10Rt, 6Rt, 40E. Des points locaux sont ajoutés en cas de douleur (épaule : 15GI ; coude : 5P ; poignet : 4TR ; cou : 10V ; taille : 3VG ; hanche : 30VB ou 29VB ; genou : 35E, cheville : 41E ; points ashi. L’électroacupuncture est appliquée aux points 11GI, 4GI en unilatéral du même côté, et aux points locaux des deux côtés. Les aiguilles non associées à l’électroacupuncture sont manipulées manuellement (enfoncer ; soulever et rotation) pendant 1 minute toutes les 15 minutes. Le groupe contrôle est traité par Caltrate® et vitamine D en comprimés. Le fluorure urinaire, la calcémie, le taux de phosphate sérique ainsi que la douleur  ont été évalués avant et après traitement.
Les résultats ont montré que chez les patients atteints de FSE, l’acupuncture, comme les médicaments, peut soulager avec efficacité la douleur (avec meilleur effet de l'acupuncture ; P <0,05). L’acupuncture peut aussi réduire le taux sérique de calcium et de phosphate. Mais l'effet de l'acupuncture est supérieur car le taux de fluorure urinaire est augmenté après un traitement par acupuncture alors qu’il reste inchangé après la prise de médicaments.


Jincao Z, Zhongchao W, Zhongjie C, Xiaoguang Z, Jing H, Yue J, Guiran L, Li P. Clinical Effect of Acupuncture on Endemic Skeletal Fluorosis: A Randomized Controlled Trial. Evid Based Complement Alternat Med. 2013;2013:839132. doi: 10.1155/2013/839132. Epub 2013 Nov 17.

 

Assistance médicale à la procréation par acupuncture : consensus vers un nouveau protocole


     Quinze acupuncteurs ayant une vaste expérience de l’acupuncture dans l’assistance médicale à la procréation (AMP) ont défini un protocole d’acupuncture avec un consensus d’accord à 80%. Ce consensus propose des orientations pour des recherches cliniques plus poussées. Le protocole de traitement comprend l’utilisation de l’acupuncture en médecine traditionnelle chinoise avec utilisation d’acupuncture manuelle. Le premier traitement est administré entre les 6e et 8e jour de l’AMP, deux autres séances seront administrées le jour du transfert d’embryon avec puncture des points 8Rt (diji), 10Rt (xuehai), 3F (taichong), 29E (guilai), 4VC (guanyuan) et après le transfert : 20VG (baihui), 3R (taixi), 36E (zusanli), 6Rt (sanyinjiao) et 6MC (neiguan). On utilisera aussi le point d’auriculothérapie : shenmen et enfin zigong.

 


Smith CA, Grant S, Lyttleton J, Cochrane S. Development of an acupuncture treatment protocol by consensus for women undergoing Assisted Reproductive Technology (ART) treatment. BMC Complement Altern Med. 2012 Jul 7;12(1):88.


 


 

 

 

Van Gogh : revue de littérature de ses diverses pathologies et essai d’analyse du déséquilibre énergétique à travers ses peintures

 Résumé : Après une revue de la littérature sur les divers diagnostics selon la médecine allopathique attribués à Van Gogh, une analyse de ses peintures est réalisée selon une grille de lecture basée sur la correspondance entre les couleurs, les Cinq Eléments, les Cinq Emotions et les Sept Sentiments. Une corrélation a pu être établie entre les diverses pathologies dont souffrait le célèbre artiste selon le diagnostic occidental et les déséquilibres énergétiques révélés par les couleurs de ses œuvres, vus sous l’angle de la différenciation des syndromes bianzheng). La prédominance de jaune, de vert et de bleu dans l’ensemble de ses peintures pourrait être attribuée à ses troubles traduits en termes de déséquilibres énergétiques selon la médecine chinoise. Mots-clés : Cinq Eléments - couleurs - déséquilibre énergétique - bianzheng - Van Gogh

Summary: After a review of the literature on various diagnoses according to allopathic medicine, an analysis of Van Gogh’s paintings is performed, on the basis of correspondence between colors and the Five Elements, the Five Emotions et the Seven Feelings. A correlation hasbeenestablished between the diverse diseases of the famous artist, according to Western diagnosis, and energy imbalances revealed by the color of his paintings, from the perspective of pathophysiological syndromes (bianzheng). The predominance of yellow, green and blue in his artwork may be attributed to his disorders, in terms of energy imbalances according to Chinese medicine. Keywords: Five Elements - colors - energy imbalance biangzheng - Van Gogh

   

Introduction

 Hésitant un temps entre vocation artistique et vocation religieuse, Vincent Van Gogh choisit de se consacrer à la peinture. Tout le monde s'accorde à voir en Van Gogh le mythe absolu du génie, du fou, du miséreux, artiste méconnu et condamné au malheur. Sa carrière n'a duré qu'à peine dix ans, et il se serait suicidé [1] en laissant derrière lui une œuvre considérable. Malgré de graves troubles neuropsychologiques, Van Gogh ne s’est quasiment jamais arrêté de peindre. En dix ans, il a réalisé près de neuf-cents tableaux et un millier de dessins.

Son style très coloré présente une vitalité et une tension particulière qui n’ont pas fini de marquer les esprits. Il applique les couleurs par touches de pinceaux, sans mélanger sur la palette. Sous le soleil de Provence, son style de peinture se modifie. Ses toiles sont plus colorées. Il peint par larges touches courbes et utilise abondamment les couleurs jaune, vert et bleu.

La relation entre les trois disciplines, science, médecine et art, a longtemps été un domaine d’exploration fascinant avec leurs contrastes étonnants et leurs frontières mal délimitées. La confrontation des problèmes médicaux chez les artistes (beaux-arts, musique, etc.) a toujours fait couler beaucoup d’encre. On peut pratiquement dire qu’aucune personnalité n’a été autant diagnostiquée à titre posthume que Vincent van Gogh.

Cet article ne vise ni à ajouter une nouvelle maladie à la longue liste déjà établie à ce jour, ni à argumenter sur le «bon diagnostic». Il se propose, à partir des couleurs utilisées par Van Gogh, de faire une « lecture énergétique » basée sur la correspondance entre les couleurs et les Cinq Eléments, les Cinq Emotions et les Sept Sentiments. Un déséquilibre énergétique, dans le cadre de la différenciation des syndromes (bianzheng) selon la médecine traditionnelle chinoise, peut-il influencer sur le choix des couleurs dans toute création artistique ? 

 

Multiplicité de pathologies et de diagnostics en médecine allopathique

 

Vincent Van Gogh (1853-1890) donnait dans son art une essence profonde de la vie, et de façon unique. Plus de cent-cinquante psychiatres et médecins de différentes spécialités ont tenté d'identifier «la maladie» de l’artiste et de multiples diagnostics ont été proposés.

Cependant, comment les troubles neurologiques dont il souffrait ont-ils pu influencer son art ? Ceci n’est pas encore clair. La combinaison de sa personnalité excentrique, irascible, ses humeurs instables et sa créativité prolifique rendent la compréhension de sa pathologie très complexe. Cela pose un grand défi à ceux qui essaient d’analyser les relations existant entre «l'esprit artistique», le cerveau et la maladie. En fait, la plupart des diagnostics proposés pour Van Gogh au cours du siècle dernier ne sont pas basés sur des preuves médicales, mais sont seulement en partie vérifiables à partir d’analyses de ses tableaux et des données biographiques.

D’après une récente publication [2] datant de 2013, une analyse de la maladie de Van Gogh a été réalisée à la lumière de sa correspondance, dont la qualité littéraire est largement reconnue. L’auteur s’est basé sur les antécédents médicaux de l’artiste à travers les nombreuses citations dans ses lettres, pour voir comment Vincent a exprimé ses plaintes, ses émotions liées à sa maladie. Les symptômes sont devenus plus précis après décembre 1888. Au début, Van Gogh avait beaucoup hésité à parler de sa maladie, mais peu à peu, il décrivait dans ses lettres ses expériences tout au long de ses psychoses cycloïdes. Selon l’auteur, il existe des signes de synesthésie, de prosopagnosie et d’agnosie spatiale. L'affinité de Van Gogh pour la poésie, déjà au début de sa vingtaine, rend plausible l'hypothèse d'une excitation du lobe temporal par des décharges épileptiques, ce qui pourrait expliquer en partie le fonctionnement complexe de son esprit créatif et torturé par la souffrance. L’auteur a tenté de placer les diagnostics effectivement réalisés au cours de la vie de l’artiste dans leur contexte historique et culturel. Il est évident que ceux qui établissent un diagnostic et ceux qui le reçoivent sont impliqués dans le même contexte culturel, en tenant pour acquis les modes médicales de leur temps, y compris les biais incorporés. Par ailleurs, à partir des archives de la faculté de médecine de Montpellier et de la correspondance de Van Gogh, le Pr François-Bernard Michel [3] a reconstitué les relations de l’artiste avec ses trois psychiatres (les Drs Jean-Félix Rey, Théophile Peyron et Paul Gachet), de 1888 à son suicide en 1890. Il a montré comment tous les trois ont raté la prise en charge du génie, ne laissant à Van Gogh aucun espoir de guérison.

Il existe une certaine tendance de la part des médecins et des groupes de patients à mouler « la maladie » de Van Gogh dans un schéma propre à leur spécialité ou à leur maladie [4].

Parmi les diagnostics énoncés dans plus d’une douzaine d’articles retrouvés dans Pubmed (dont la 1ère date de 1981 et les derniers en 2013), on peut citer : glaucome, xanthopsie induite par la digitaline, dyschromatopsie acquise, maladie de Ménière, épilepsie du lobe temporal, trouble bipolaire, saturnisme, intoxication à la thuyone, saturnisme, psychose cycloïde (voir tableau I). Chacune de ces maladies pourrait être responsable des troubles neuropsychologiques qui auraient été aggravés par la malnutrition, le surmenage, l'insomnie et un penchant pour l'alcool, en particulier pour l’absinthe.

 Tableau I. Symptômes/pathologies dont souffrait Van Gogh (PubMed).

 

Symptômes

Références

Institution/Pays

Halos colorés attribués au glaucome

[5] Lanthony P, Bull Soc Ophtalmol Fr.

Service de Physiologie – CNO des XV-XX Paris France

Xanthopsie et cataracte

[6] Arnold WN, Loftus LS. Eye (Lond).

Department of Biochemistry and Molecular Biology, University of Kansas Medical Center, Kansas City 66103.USA

Xanthopsie due à intoxication digitalique

[7] Lee TC. Jama.

[8] Elliott DB, Skaff A. Ophthalmic Physiol Opt.

 

 

[9] Lanthony P. J. Fr Ophtalmol.

 

USA

Centre for Sight Enhancement, School of Optometry, University of Waterloo, Ontario, Canada

 

Service de Physiologie – CNO des XV-XX Paris France

Dyschromatopsie acquise

[10] Hart WM Jr. Surv Ophthalmol.

Department of Ophthalmology, Washington University School of Medicine, St. Louis, Missouri, USA

Maladie de Ménière (épilepsie controversée) : vertiges et étourdissements épisodiques, déséquilibre physique, symptômes auditifs, acouphènes ainsi que réaction présumée psychologique, secondaire à sa symptomatologie physique

 

[11] Arenberg IK et al. Jama.

[12] Arenberg IK et al, Acta Otolaryngol Suppl.

International Meniere's Disease Research Institute, Colorado Neurologic Institute, Englewood 80110. USA

Epilepsie

Remarque : Epilepsie : Diagnostic rédigé par le Dr Peyron, médecin à l'asile de Saint Rémy (France), dans lequel le 9 mai 1889, Van Gogh s'est volontairement engagé à l'asile pour épileptiques et déments

 

[13] Meissner WW. Bull Menninger Clin.

 

 

[14] ter Borg M, Trenité DK. Epilepsy Behav.

Boston Psychoanalytic Institute, Boston College, MA. USA

 

Epilepsy Institute of the Netherlands Sein, Pays-Bas

Trouble bipolaire,

symptômes maniaco-dépressifs ou cyclothymiques

[15] Janka Z. Orv Hetil.

Pszichiátriai Klinika. Hongrie

Psychopathologie due à une intoxication chronique au plomb (saturnisme) : débilitation débutante, stomatite avec perte de dents, douleurs abdominales récurrentes, anémie (avec un « teint de plomb"), neuropathie radiale, encéphalopathie saturnine avec crises d'épilepsie, altérations progressives du caractère et périodes de délire, de trouble mental

[16] González Luque FJ, Montejo González ALActas Luso Esp Neurol Psiquiatr Cienc Afines.

 

Espagne

Saturnisme

[17] Weissman E. J Med Biogr.

 

Department of Internal Medicine, University of Virginia, USA

 

Frontière entre psychose et épilepsie

[18] Lemke S, Lemke C. Nervenarzt.

 

Klinik für Psychiatrie und Neurologie Hans Berger, Friedrich-Schiller-Universität Jena. Allemagne

Epilepsie du lobe temporal avec des oscillations maniaques, humeur dépressive aggravée par l'absinthe, le brandy, la nicotine et de la térébenthine.

 

[19] Morrant JC. Can J Psychiatry.

Shaughnessy Hospital, Vancouver

Canada

Dépendance à l’absinthe (thuyone) : hallucinations, convulsions, sensations de désinhibition

[20] Arnold WN. Jama.

Department of Biochemistry, University of Kansas Medical Center, Kansas City 66103. USA

Psychose cycloïde

[2]Voskuil PH. Front Neurol Neurosci.

 

Hans Berger Clinic for Epilepsy, Oosterhout, Pays-Bas

  Le trouble bipolaire selon les critères DSM-IV

 D’après l’analyse de deux neurologues [21] en 2005, Bogousslavsky J (Neurologie, INSERM Unit 549) et Boller F (Neurologie et Psychiatrie, CHUV Centre Paul Broca, Lausanne, Suisse), il est fortement probable que Van Gogh souffrait de trouble bipolaire ayant causé sa mort par suicide selon les critères DSM-IV. Bien qu'aucun diagnostic définitif n’ait pu être déterminé, les deux auteurs se sont basés sur des preuves extrapolées à partir des échanges de courrier du célèbre artiste. En 2005, les deux neurologues ont rapporté les faits suivants.

Entre février 1886 et octobre 1888, lorsque Van Gogh vivait à Paris, ses lettres ont révélé tous les symptômes de la maladie bipolaire même s’il est difficile à reconstruire la durée exacte de la dépression et des phases maniaques.

Avant 1886, Van Gogh a présenté des épisodes dépressifs majeurs et mineurs alternant avec des phases hypomaniaques ou maniaques, souvent avec des cycles rapides. Les deux épisodes de dépression ont été suivis par des périodes prolongées d'énergie et d'enthousiasme, d'abord comme un évangéliste, puis en tant qu'artiste.

Un épisode dépressif de longue durée a eu lieu à Londres, après une déception amoureuse, quand il a été expulsé de l'église, et au moment de sa séparation d'avec Sien, une prostituée et son fils. Un épisode d’hypomanie durable ou des phases maniaques ont coïncidé avec ses débuts comme évangéliste, ainsi qu’à ses débuts d’artiste.

Au cours des années passées à Paris (1886-1888), il a abusé de l'alcool, consommé beaucoup d'absinthe. L'anxiété, l'irritabilité, l'hostilité, l'excentricité et divers symptômes somatiques se sont manifestés. A Arles (1888), il a connu l'angoisse, la mélancolie, le remords, l'insomnie et l'épuisement physique, à l’origine de son comportement insalubre. La veille de Noël en 1888, au cours de ce qui a été le premier épisode de sa crise psychotique (dont il est resté amnésique), il a coupé une partie de son oreille gauche. En mai 1889, après deux brèves crises psychotiques, il s’est volontairement inscrit à l'asile de Saint-Rémy. A Saint-Rémy, au cours de l'année suivante, il a vécu des épisodes dépressifs sévères et trois crises psychotiques, dont au moins deux étaient concomitantes avec ses visites temporaires à Arles. La dernière de ces crises, caractérisée par des délires religieux et paranoïaques, ainsi que des hallucinations auditives, a persisté pendant trois mois (février-avril 1890) et a laissé quelques souvenirs très vifs. Quittant l'asile en mai 1890 comme étant guéri, il s'installe à Auvers-sur-Oise. Là se sont manifestés des cycles rapides de symptômes maniaques et dépressifs. Le 27 Juillet, il se serait tiré une balle dans la poitrine et il est mort deux jours plus tard.

  La xanthopsie de Van Gogh

 Certaines hypothèses médicales ont laissé entendre que le goût de Van Gogh pour l'utilisation de la couleur jaune pourrait être lié à son addiction à l'absinthe. En effet, cet alcool contient la thuyone, substance neurotoxique qui, à fortes doses, peut causer la xanthopsie, un trouble de la vision amenant à voir les objets en jaune. Toutefois, une étude a mis en évidence qu'une consommation d'absinthe aurait entraîné le buveur dans l'inconscience en raison de la teneur en alcool avant qu’il ait pu ingérer suffisamment de thuyone pour souffrir de xanthopsie.

Une autre hypothèse suggère que le Dr Gachet aurait prescrit de la digitaline à Van Gogh pour traiter l'épilepsie, substance qui pourrait entraîner une vision teintée de jaune et des changements dans la perception de la couleur d'ensemble [5,9]. Cependant, il n'existe aucune preuve directe que Van Gogh ait consommé de la digitaline, même si Van Gogh a peint la toile «Portrait du Dr Gachet avec branche de digitale».

Il ne semble donc pas exister d’explication médicale en médecine allopathique pouvant expliquer pourquoi Van Gogh avait une forte prédilection pour la couleur jaune dans ses peintures. D’après l’analyse d’Arnold WL [6], cette attirance par le jaune ne pourrait être expliquée que par une question de goût personnel, fondé sur une sensibilité personnelle. Dans quelle mesure le concept "Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas" est-il justifié ? Nos inclinations naturelles dictent nos goûts. Mais dans quelle mesure nos inclinations naturelles pour certaines couleurs seraient-elles le reflet de nos « équilibres/déséquilibres énergétiques » selon la théorie des Cinq Eléments à un temps t donné ?

 Relation entre médecine occidentale et médecine chinoise

 Les Cinq Emotions et les Sept Sentiments

 

Les Cinq Emotions sont réparties sur les Cinq Eléments et sont considérées comme physiologiques quand elles ne se manifestent pas de façon excessive, répétée ou permanente. Elles correspondent à un mode d’adaptation aux aléas de la vie.

Les Sept Sentiments représentent le caractère pathologique des émotions. Aux Cinq Emotions sont ajoutées la tristesse (bei) associée aux Poumons et la frayeur (jing) associée au Cœur et aux Reins.

« Par suite de la séparation avec les parents, de la désespérance, de l’accumulation des soucis et de la concentration, de la rancune d’une part ; du chagrin, de la crainte, de la joie et de la colère, d’autre part, les Organes deviennent alors en état de vide et le Sang et l’Energie quittent leur emplacement naturel » (Suwen, 77).

« Au niveau du Cœur demeure le shen. Les exagérations de la crainte, l’inquiétude, la méditation ou le souci atteignent facilement le shen » (Lingshu, 8).

« La tristesse, l’affliction, les soucis nuisent au Cœur » (Nanjing, 49e difficulté).

Les sentiments en excès lèsent la circulation du qi, ce qui va léser le qi, le Sang, le yin, le yang et les Liquides organiques.

Chaque sentiment peut dérégler son Organe respectif en engendrant et aggravant une maladie et réciproquement, la pathologie d’un Organe peut être révélée par un dérèglement des Sentiments. Chaque sentiment en excès peur se transformer en Feu.

 

Les fonctions des Organes

Les trois Organes les plus touchés par les Sentiments sont le Cœur, le Foie et la Rate, entraînant les syndromes suivants :

-        vide de qi et de Sang blessant la Rate pour le qi, le Cœur et le Foie pour le Sang ;

-        échange entravé entre Cœur (Feu) et Reins (Eau) : mouvements verticaux du Feu et de l’Eau de l’axe shaoyin perturbés ;

-        Foie et Rate en dissonance.

 La Rate 

L’excès de réflexion (soucis, rumination mentale) blesse la Rate et noue le qi. Les fonctions de l’harmonisation-transport du qi, du Sang et des Liquides organiques et de la montée-descente du pur et de l’impur sont entravées. L’Humidité n’est plus éliminée et se transforme en mucosités qui montent au Cœur.

 Le Foie

Le Foie assure la mise en mouvement. La colère, l’énervement, l’irritabilité entravent la libre circulation du qi, provoquant une stagnation du qi du Foie, mucosités impures comprises. D’autre part, le Bois du Foie attaque la Terre de la Rate.

 

Le Cœur

Comme le Cœur n’est plus nourri par le Sang, l’impur stagne, affaiblit le Cœur et le shen, et ferme les orifices, ce qui ralentit le psychisme et provoque les troubles mentaux.

Dans les conditions physiologiques normales, la joie détend et fait circuler le qi et le Sang, procurant une sensation de légèreté, de bien-être et de bonheur. Il s’agit de la joie interne, spontanée, inhérente à l’individu, à différencier avec la joie liée à une cause externe qui peut désorganiser la conscience.

 Dépression et troubles psychiques en médecine chinoise

 -        Les excès et déséquilibres alimentaires, les soucis et pensées obsédantes, le surmenage, entraînent un Vide de qi de Rate (jaune). Celle-ci ne peut plus fabriquer le qi à partir des aliments (yingqi) ni transformer le qi en Sang. La transformation et le transport ne sont plus correctement pourvus, l’Humidité n’est plus chassée et s’installe. A la longue, celle-ci se transforme en Mucosités impures qui montent au Cœur et obstruent ses Orifices.

Le yingqi n’étant plus produit, il ne peut nourrir le Cœur (rouge) qui est la demeure du shen.

Le shenming (clarté de l’Esprit) est affaibli, ce qui provoque les troubles psychiques et engendre la dépression.

-        La dépression et les facteurs émotionnels engendrent une stagnation du qi du Foie (vert) qui envahit la Rate (jaune). Les facteurs psychiques aggravent le Vide du Cœur, ce qui provoque les troubles mentaux.

-        Le refoulement des émotions, la parole non exprimée entraîne une stagnation du qi du Foie qui attaque la Rate par le cycle de soumission. Au cours du temps, cette stagnation de qi peut se transformer en stase de Sang.

-        A cause de la stagnation du qi du Foie, les Mucosités provenant de la Rate s’accumulent dans le Cœur. Le shen est déplacé de sa demeure provoquant les troubles psychiques et la dépression. Si la stagnation du qi du Foie se prolonge, elle se transforme en Feu du Foie. Quand le qi du Foie monte à contre-courant au Cœur, il blesse le Cœur et le shen. Lorsque la stagnation du qi et l’atteinte du Cœur se prolongent, la Rate est touchée, entraînant le Vide de Cœur et de Rate : la Rate ne produit pas le Sang pour nourrir le Cœur qui est la demeure du shen, d’autant plus que les facteurs psychiques aggravent son Vide, ce qui aggrave les troubles mentaux.

Les symptômes de ces déséquilibres sont d’apparition progressive : signes de ralentissement psychique : mutisme, visage inexpressif, regard fixe (cf. Autoportraits de Van Gogh), léthargie, dépression, introversion, confusion mentale, intellect affaibli.

 

Analyse des peintures de Van Gogh

 Méthodologie

 Dans cette étude, les peintures de Van Gogh sont analysées selon une grille de lecture basée sur :

La correspondance entre :

- les couleurs et les Cinq Eléments,

- les couleurs et les Cinq Organes,

- les couleurs et Cinq Emotions et les Sept Sentiments (tableau II),

- les symptômes/diagnostics de Van Gogh selon la médecine occidentale et la physiopathologie en médecine chinoise (tableau III).

Une théorie en chromothérapie selon laquelle nous sommes instinctivement attirés par les couleurs qui nous permettraient de corriger un déséquilibre d’énergie pouvant engendrer des problèmes physiques, mentaux ou émotionnels [22].

 Tableau II. Correspondance entre les couleurs, les Cinq Eléments, les Organes, les Cinq Emotions et les Sept Sentiments.

 

Couleur

Elément

Organe

Cinq Emotions et Sept Sentiments

Vert

Bois

Foie

Colère – Enervement – Irritabilité – Irascibilité – Courroux – Fureur

Rouge

Feu

Cœur

Joie - Frayeur

Jaune

Terre

Rate

Souci- Rumination mentale – Contrariété – Préoccupations - Appréhension

Blanc

Métal

Poumons

Chagrin –Tristesse – Affliction

Noir

(Bleu)

Eau

Reins

Inquiétude – Peur - Crainte – Frayeur - Effroi - Panique

 

 Tableau III. Correspondance des troubles de Van Gogh selon la médecine allopathique et la médecine chinoise.

 

Symptômes selon la médecine allopathique

Déséquilibre énergétique selon la médecine chinoise

Halos colorés attribués au glaucome

Xanthopsie et cataracte

Xanthopsie due à intoxication digitalique

Dyschromatopsie acquise

Foie : Atteinte de   l’organe sensoriel visuel

Maladie de Ménière : vertiges et étourdissements épisodiques, déséquilibre physique, symptômes auditifs, acouphènes

Rein : atteinte de l’organe sensoriel auditif

Epilepsie

 

Rein : Vide du qi 

Foie/Vésicule biliaire : chaleur humide

Foie : montée de yang

Trouble bipolaire, symptômes maniaco-dépressifs ou cyclothymiques,

Psychose cycloïde

Psychopathologie due à une intoxication chronique au plomb (crises d'épilepsie, altérations progressives du caractère, périodes de délire, troubles mentaux)

Dépendance à l’absinthe (thuyone) : hallucinations, convulsions, sensations de désinhibition

Rein - Cœur : atteinte de l’axe shaoyin 

  

Symptomatologie de Van Gogh selon la médecine chinoise

 Les signes de dépression, stress, insomnie de Van Gogh peuvent correspondre aux syndromes suivants :

-        syndrome de yin vide, Feu florissant,

-        syndrome Vide de Cœur et de Rate : correspondant au vide de Sang,

-        syndrome Stagnation du qi de Foie et accumulation de mucosités.

La stagnation de qi se transforme en Feu, donnant les signes de Feu : irritabilité, colère facile, acouphènes.

Le Vide de yin du Cœur, conséquence de la Chaleur du Foie et du non-échange avec l’Eau des Reins pourrait être à l’origine des insomnies.

Le qi du Foie blesse le Cœur-Esprit, entraînant des signes de Cœur et de shen blessés : colère, insomnies, confusion mentale, hallucinations, illusions sensorielles.

Van Gogh présentait aussi des signes de Vide de Sang à la tête (acouphènes, vertiges) et de Vide de Sang du Cœur (insomnies).

Le yin déficient et le Feu en plénitude peuvent expliquer sa dépression.

Par ailleurs, on peut aussi noter des signes de Chaleur-Vide :

-        du Cœur (vide de yin) : insomnie, agitation anxieuse

-        du Foie (élévation du yang) : colère, vertiges

-        des Reins (vide de yin) : vertiges

La stagnation de qi et l’accumulation de mucosités sont à l’origine de :

-        signes de mucosités du Cœur : agitation mentale, insomnie ou sommeil perturbé.

-        signes de stagnation de qi du Foie : dépression, abattement, alternance de l’humeur.

En conclusion, les symptômes de Van Gogh pourraient correspondre à l’atteinte de   :

-        Rate et Reins : vide de yin ;

-        Foie : vide de Sang et montée du yang ;

-        Cœur : Plénitude de Feu suite au vide du Rein yin.

 Les couleurs utilisées par Van Gogh

 On peut noter une prédominance de jaune et de bleu, et en proportions moindres du vert dans les peintures de Van Gogh.

-        Le vide du yin de Rate pourrait être à l’origine de son attirance pour la couleur jaune (ex. : Les tournesols ; Epis de blé).

 

Epis de blé (juin 1890)                                                                                                                               
Huile sur toile 64,5 x 48.5 cm

Rijksmuseum, Amsterdam

 

 

Vase avec quinze tournesols (Arles, août 1888).

National Gallery, Londres, Angleterre

 

 -        Le vide de Sang du Foie pourrait expliquer une certaine prédominance de vert dans ses oeuvres (ex : Les bords de l’Oise à Auvers).

 

 

Les bords de l'Oise à Auvers (juillet 1890)
Huile sur toile 73,3 x 93,7 cm.
Detroit, The Detroit Institute of Arts

 

-        Le bleu prédomine dans de nombreuses œuvres de Van Gogh (ex : La nuit étoilée ; Branches fleuries d’amandier ; Champ de blé sous un ciel orageux).

 

La nuit étoilée (Cyprès et village) / (juin 1889)
Huile sur toile, 73.7 x 92.1 cm
New York, MOMA

 

La couleur bleue n’existe pas dans le tableau classique de correspondances des couleurs avec les Cinq Eléments. Selon le Feng Shui, le bleu est assimilé à l’élément Eau, donc à l’organe Rein. Ce qui pourrait expliquer la prédominance du bleu par le vide du yin des Reins.

Mais si l’on rapproche le bleu du vert en se référant à une certaine similitude d’écriture en chinois, l’attirance par la couleur bleue chez Van Gogh pourrait alors être assimilée au vide de Sang du Foie. 

-        La plénitude de Feu de Cœur (suite au vide du Rein yin) pourrait être l’explication de la quasi-absence de couleur rouge dans ses œuvres (exception : La vigne rouge ; Le café de nuit, place Lamartine, Arles).

 La vigne rouge (novembre 1888)
Huile sur toile, 75 x 93 cm
Moscou, Musée Pouchkine


Le Café de nuit (septembre 1888)

70 x 89 cm

Yale University Art Gallery, New Haven, Connecticut, USA

 Tableau IV. Correspondance entre les couleurs des œuvres de Van Gogh et les Cinq Eléments/Organes

 

Couleurs prédominantes

Organes /Elément

Peintures

Marron

Rate/Terre

Les mangeurs de pommes de terre (avril 1885)

Jaune

Rate/Terre

Tournesols dans un vase (août 1888);

Jaune/Marron & Bleu

 

Le semeur au coucher du soleil (juin 1888) ; Moissons en Provence (juin 1888) ; Terrasse du café le soir (septembre 1888) ; Chambre de Vincent à Arles (octobre 1888) ; Souvenir du jardin à Etten (novembre 1888) ; Iris (mai 1889) ; Portrait du docteur Gachet (juin 1890)

Vert & Bleu

Foie/Bois & Reins/Eau

Les bords de l’Oise à Auvers (juillet 1890) ; Champ de blé sous un ciel orageux (juillet 1890)

Bleu/Noir

Reins/Eau

La nuit étoilée (juin 1889) ;

Autoportrait à l’oreille bandée (1889) ; Autoportrait à Saint-Rémy (septembre 1889) ; Le semeur (1889) ; Branches fleuries d’amandier (février 1890) ; Route avec un cyprès et une étoile (1890)

 


Le semeur au coucher du soleil (novembre 1888)
Huile sur jute sur toile, 73,5 x 93
Zurich, Fondation collection E. G. Bührle

 


Les mangeurs de pommes de terre (avril 1885)
Huile sur toile, 82 x 114 cm
Amsterdam, Musée Vincent Van Gogh

 

 Autoportrait à Saint Remy (septembre 1889)
Huile sur toile, 65 x 54 cm
Paris, Musée d'Orsay

 

 

Branches fleuries d'amandier (février 1890)
Huile sur toile, 73,5 x 92 cm
Rijksmuseum, Amsterdam

 

Portrait du docteur Gachet (juin 1890)
Huile sur toile, 66 x 57 cm
Collection privée (Christie's New York, 1990)

 

Iris (mai 1889)
huile sur toile, 71 x 93 cm
Malibu, Paul Getty Museum

 


Champ de blé sous un ciel orageux (juillet 1890)
Huile sur toile 50 x 100,5 cm.
Amsterdam, Rijksmuseum Vincent Van Gogh

 

 Conclusion

 Il existe une concordance entre les divers diagnostics allopathiques attribués à Van Gogh et les déséquilibres énergétiques vus sous l’angle de syndromes physiopathologiques en médecine traditionnelle chinoise. La prédominance de jaune, vert et bleu dans l’ensemble de ses peintures pourrait être attribuée à ses troubles traduits en termes de déséquilibres énergétiques selon la médecine chinoise (tableau IV).

 

 

Dr Tuy Nga Brignol

Rédactrice en chef d'Acupuncture & Moxibustion

Rédactrice en chef de la revue « Les cahiers de myologie »

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 Conflit d’intérêts : aucun

 Références

 1- Naifeh S, Gregory White Smith, « Van Gogh : The Life”. Random House (New York), 2011.

2- Voskuil PH.. Van Gogh's disease in the light of his correspondence. Front Neurol Neurosci. 2013;31:116-25.

3- Michel FB, « Van Gogh, psychologie d’un génie incompris », Ed Odile Jacob, 2013.

4- Voskuil P. Diagnosing Vincent van Gogh, an expedition from the sources to the present "mer à boire". Epillpsy Behav. 2013;28(2):177-80.

5- Lanthony P, [Van Gogh's xanthopsia], Bull Soc Ophtalmol Fr. 1989 Oct;89(10):1133-4. 

6- Arnold WN, Loftus LS, Xanthopsia and van Gogh's yellow palette, Eye (Lond). 1991;5 ( Pt 5):503-10.

7- Lee TC, Van Gogh's vision. Digitalis intoxication? JAMA. 1981;245(7):727-9.

8- Elliott DB, Skaff A, Vision of the famous: the artist's eye, Ophthalmic Physiol Opt. 1993;13(1):82-90.

9- Lanthony P.  [Dyschromatopsias and pictorial art]. J Fr Ophthalmol. 1991;14(8-9):510-20.

10- Hart WM Jr. Acquired dyschromatopsias. Surv Ophthalmol. 1987;32(1):10-31.

11- Arenberg IK, Countryman LF, Bernstein LH, Shambaugh GE Jr, Van Gogh had Menière's disease and not epilepsy. Jama. 1990;264(4):491-3. Comment in : Jama. 1991;265(6):722-4.

12- Arenberg IK, Countryman LL, Bernstein LH, Shambaugh GE Jr, Vincent's violent vertigo. An analysis of the original diagnosis of epilepsy vs. the current diagnosis of Meniére's disease, Acta Otolaryngol Suppl. 1991;485:84-103.

13- Meissner WW, The artist in the hospital: the van Gogh case, Bull Menninger Clin. 1994;58(3):283-306.

14- ter Borg M, Trenité DK. The cultural context of diagnosis: the case of Vincent van Gogh. Epilepsy Behav. 2012;25(3):431-9.

15- Janka Z, [Artistic creativity and bipolar mood disorder], Orv Hetil. 2004;145(33):1709-18.

16- González Luque FJ, Montejo González AL, [Implication of lead poisoning in psychopathology of Vincent van Gogh], Actas Luso Esp Neurol Psiquiatr Cienc Afines. 1997;25(5):309-26.

17- Weissman E, Vincent van Gogh (1853-90): the plumbic artist, J Med Biogr. 2008;16(2):109-17.

18- Lemke S, Lemke C, [The psychiatric disease of Vincent van Gogh], Nervenarzt. 1993;64(9):594-8.

19- Morrant JC, The wing of madness: the illness of Vincent van Gogh, Can J Psychiatry. 1993;38(7):480-4.

20- Arnold WN, Vincent van Gogh and the thujone connection, JAMA. 1988;260(20):3042-4.

21- Carotaa A, Iariac G, Berneyb A, Bogousslavskya J, Understanding Van Gogh’s Night: Bipolar Disorder IN Neurological Disorders in Famous Artists. Bogousslavsky J, Boller F (eds): Front Neurol Neurosci. Basel, Karger, 2005, vol 19, pp 121–131

22- Norris S – Chromothérapie – Série Découverte et Initiation – 224 p – The Ivy Press Limited 2001.

 

Nos remerciements au Ciné-Club de Caen (Partie Beaux-Arts) pour l’iconographie.

Visitez leur site : http://www.cineclubdecaen.com/peinture/materiel/grandspeintres.htm

 

 Brignol TN. Van Gogh : revue de littérature de ses diverses pathologies et essai d’analyse du déséquilibre énergétique à travers ses peintures. Acupuncture & Moxibustion. 2013;12(3) 

 

L’entraînement de taijiqigong améliore la force musculaire de l’épaule et le bien-être fonctionnel dans les suites d’un cancer du sein

Evaluation de l’acupuncture

 Claude Pernice

Fong SSM. Shamay SMN. Luk WS. Shoulder Mobility, Muscular Strength, and Quality of Life in Breast Cancer Survivors with and without Tai Chi Qigong Training. Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine, Volume 2013, Article ID 787169, 7 pages

RÉSUMÉ

Objectifs

Les auteurs ont expérimenté l’intérêt de la pratique de taijiqigong sur la mobilité et la force musculaire de l’épaule et étudié la relation entre l’état fonctionnel de l’épaule et la qualité de vie dans les suites du traitement d’un cancer du sein.

Plan expérimental      

Il s’agit d’une étude rétrospective de cohorte, non randomisée. 23 patientes ayant eu une mastectomie pour cancer du sein sont divisées en deux groupes. Le premier (groupe actif, n=11) a suivi un entraînement régulier de taijiqigong. Le second (groupe contrôle, n=12) est un groupe sédentaire. Ces deux groupes sont comparés à un groupe de référence sain (groupe référence, n=16).

Cadre de l’étude          

Cet essai monocentrique a été effectué à Hong Kong dans des « classes de pratique du taijiqigong pour suites du cancer du sein » au Hong Kong Wushu and Art Service Centre.

Patientes

Composition des trois groupes

Les patientes sont âgées de 18 ans ou plus. Celles des deux premiers groupes ont eu une mastectomie avec ou sans traitement annexe de radiothérapie ou chimiothérapie. Ces traitements conventionnels sont achevés et ces patientes sont médicalement stabilisées. Le groupe de référence est composé de 16 femmes en bonne santé.

Critères d’exclusion

Les éléments d’exclusion sont la présence d’un antécédent neurologique ou musculosquelettique tel qu’une épaule gelée ou une luxation de l’épaule ; une récidive de cancer du sein ou un cancer d’autres organes ; avoir eu une résectomie de la tumeur au lieu de la mastectomie et être en cours de traitement anticancéreux (acupuncture, remèdes anti-cancéreux, radiothérapie ou chimiothérapie) ; et sur un plan plus général sont exclues les femmes enceintes, les fumeuses et les pratiquantes d’exercices physiques réguliers et celles qui ont un déficit psychologique ou cognitif et/ou un déficit neurologique connu des suites de traitements conventionnels.

Outre ces critères, pour appartenir au groupe de référence, les patientes ne doivent pas avoir eu d’antécédents de diagnostic de cancer, ne pas avoir eu de traitement anticancéreux et ne pas avoir d’expérience antérieure de taijiqigong.

 

Intervention

Pour être dans le groupe actif, les patientes doivent avoir pratiqué le taijiqigong interne 18 formes pendant plus de six mois consécutifs avec une séance d’une heure trois fois par semaine

Les groupes n’ont pas été randomisés. Les évaluations se sont déroulées dans le laboratoire de rééducation et d’entraînement sportif de l’université de Hong Kong.

Critères de jugement

Les mesures démographiques et de qualité de vie ont été effectuées par un chercheur assistant. Les mesures physiques, faites en aveugle par un rééducateur, portent sur la mobilité, la force musculaire isocinétique de l’épaule et la qualité de vie.

Mobilité

Les mesures sont faites avec un goniomètre universel sur le bras affecté ou le bras dominant dans les cas de mastectomie bilatérale ou de patientes saines. L’épaule affectée est appréciée dans son complexe scapulo-gléno-huméral, c’est-à-dire sans fixer la scapula car la flexion et l’abduction de l’épaule sont intriquées avec l’élévation et l’abduction de la ceinture scapulaire. La patiente est assise, les amplitudes des mobilisations actives en flexion et en abduction sont évaluées.  Les amplitudes actives sont seules mesurées car elles sont plus fonctionnelles que les amplitudes passives.

On mesure également la distance de la pointe des doigts à l’apophyse épineuse de la 7e cervicale lors de l’épreuve main derrière le dos (adduction et rotation médiale scapulaire, extension et rotation interne de l’épaule, flexion du coude, pronation de l'avant-bras, déviation radiale du poignet et extension des doigts). C’est un mouvement quotidien par exemple pour attacher le soutien-gorge.

Force musculaire

La force musculaire isocinétique de l’épaule est mesurée sur les muscles rotateurs interne et externe, avec un dynamomètre isocinétique.

Qualité de vie

La qualité de vie est évaluée avec le Functional Assessment of Cancer Therapy-Breast (FACT-B, version 4) qui rassemble 36 questions réparties en 5 rubriques : bien-être physique, bien-être familial et social, bien-être émotionnel, bien-être fonctionnel, ainsi que des questions spécifiques au cancer du sein.

Résultats

Les trois groupes sont cohérents par rapport aux variables démographiques et sont donc comparables. Les patientes ayant eu un cancer du sein avaient toutes eu une mastectomie et une radiothérapie. Elles étaient seulement 2 dans le groupe taijiqigong et 1 dans le groupe contrôle à avoir eu une chimiothérapie. La mastectomie datait en moyenne de 7 ans.

Les amplitudes de mobilité active dans la flexion, l’abduction et l’épreuve de main derrière le dos n’ont pas montré de différence significative entre les trois groupes.

Dans les couples maximaux isocinétiques des rotateurs internes et externes de l'épaule, les amplitudes sont comparables entre le groupe actif et le groupe référence tandis que le groupe contrôle a des amplitudes significativement moindres.

Pour la qualité de vie, le groupe taijiqigong a un score plus élevé sur l’échelle fonctionnelle et plus bas sur celle spécifique du cancer du sein. Par contre les résultats des rubriques de bien-être physique, familial/social et émotionnel n’ont pas révélé de différence significative entre les deux groupes actif et contrôle. Dans le groupe actif, le score sur l’échelle fonctionnelle est corrélé aux mesures des couples maximaux isocinétiques des rotateurs internes et externes de l'épaule. 

Discussion

Sur la mobilité

Il y a une contradiction entre les résultats de cette étude et celles effectuées précédemment. Les études précédentes dans les suites du cancer du sein [1-2] montraient une limitation des amplitudes de la flexion, de l’abduction et de la main derrière le dos. Ces études comparaient les amplitudes de mobilité du bras homolatéral avec celles du bras sain. Or la radiothérapie ou la chimiothérapie affecte les deux épaules et rend la comparaison bilatérale incertaine, les auteurs ont donc comparé les amplitudes du bras homolatéral à celles du groupe témoin. D’autres différences telles que les variations de durées post-opératoires, les tranches d'âge des participants, les traitements reçus et la longueur de la réadaptation peuvent également expliquer cette divergence.

 On ne peut donc conclure que le taijiqigong augmente la souplesse de l’épaule et cette affirmation devra être confirmée par des études prospectives.

Sur la force musculaire isocinétique

Les muscles rotateurs interne et externe sont également testés car ils stabilisent fonctionnellement l’articulation gléno-humérale, parce qu’ils perdent leur force physiopathologiquement lors de troubles de l’épaule et enfin parce qu’ils sont affectés lors de la mastectomie.

Le traumatisme chirurgical, ainsi que l'évitement de l'activité peuvent être les principales causes de la faiblesse musculaire de l’épaule. Ceci explique, conformément aux études précédentes [3], la différence de couples maximaux isocinétiques des rotateurs internes et externes de l'épaule entre les groupes témoins sain et cancer du sein. Le taijiqigong est un exercice adapté pour améliorer  la force musculaire de l'épaule et par là la qualité de vie dans les séquelles de cancer du sein [4].

Comment expliquer cette augmentation de la force des rotateurs de l’épaule, également observée dans l’étude de Mustian et coll., [5] alors même que le taijiqigong implique un travail minimal des muscles, met l’accent sur la relaxation et ne correspond pas aux critères de renforcement musculaire des directives de prescription de l’American College of Sports Medicine ? Nous postulons que c’est l’association du travail corporel et mental qui produit ce résultat. On sait en effet que le contrôle mental de contractions musculaires peut améliorer les signaux de sortie corticaux qui animent les « muscles exercés mentalement » à un niveau plus élevé d'activation et ainsi augmenter la force musculaire [6].

Par ailleurs, la réputation de faiblesse même de l’exercice de taijiqigong et l’entraînement des amplitudes de mouvement peuvent réduire l’atrophie musculaire, la fibrose cicatricielle et atténuer ainsi la perte significative de la force musculaire [7].

Sur la qualité de vie

L’amélioration du bien-être fonctionnel par le taijiqigong conforte les résultats de l’étude de Ol et coll. [8]. La corrélation que les auteurs ont trouvée entre l’amélioration de la force musculaire de la coiffe des rotateurs et celle de la rubrique bien-être fonctionnel du FACT-B complète leurs résultats et trouve son explication logique dans le fait que les rotateurs de la coiffe de l’épaule sont les principaux stabilisateurs dynamiques de l’articulation gléno-humérale lors de nombreuses activités quotidiennes. D’autres études [9-10] ont montré que, dans la population générale, la diminution de la force de la coiffe des rotateurs découle d’affections de l’épaule, d’incapacité fonctionnelle et de réduction de la qualité de vie.

Les auteurs ont mis en évidence que dans la rubrique des questions spécifiques au cancer du sein du FACT-B les scores étaient moins bons dans le groupe actif que dans le groupe contrôle. Ces résultats sont en contradiction avec celles de l’étude de Mustian et coll. [11] qui montraient une meilleure estime de soi et qualité de vie chez les pratiquants de taijiqigong dans des populations de suivi à long terme de cancer du sein. Mais les auteurs ne savent pas si ces résultats négatifs sont liés à l’inefficacité du taijiqigong ou au biais du recrutement de l’échantillonnage (auto recrutement d’une étude transversale). La randomisation d’études ultérieures pourra résoudre ce problème.

La non différence entre le groupe actif et le groupe témoin dans les rubriques de bien-être physique, social et familial, et émotionnel est en contradiction avec les résultats de Oh et coll. [8]. Cela peut être en rapport avec la petite taille de l’échantillon.

Toutes rubriques confondues, la qualité de vie du groupe actif est similaire au groupe témoin. La contradiction avec les résultats l’étude de Mustian et coll. [11] s’explique également par sa petite taille ainsi que par son caractère rétrospectif.

Conclusions

S’il n'y a aucune diminution évidente de la mobilité d'épaule, l'affaiblissement de la force musculaire des rotateurs de l'épaule est manifeste parmi les survivantes de cancer du sein. La formation de taijiqigong pourrait améliorer la force musculaire de l'épaule et, par conséquence, le bien-être fonctionnel des survivantes de cancer du sein. Le taijiqigong peut être considéré comme une intervention thérapeutique possible dans les suites à long terme du cancer du sein.

Commentaires

Il s’agit d’une étude de cohorte rétrospective, transversale et non randomisée avec des effectifs relativement faibles. L’amélioration de la force musculaire des muscles rotateurs de l’épaule dans une activité physique réputée modeste montre l’intérêt de la synchronisation du corps et du mental. Sa corrélation avec l’amélioration du bien-être fonctionnel souligne encore l’intérêt de cette mise en jeu psycho-corporelle.

  Dr Claude Pernice

Membre du GERA

Membre du CFA-MTC

 43 avenue Victor Hugo, 13100 Aix en Provence

': 04 42 26 55 05.

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 Conflit d’intérêts : aucun

Références

1. Na YM, Lee JS, Park JS, Kang SW, De Lee H, Koo JY. Early rehabilitation program in postmastectomy patients: a prospective clinical trial. Yonsei Medical Journal.  1999;40(1):1–8.

2. Sugden EM, Rezvani M, Harrison JM, Hughes LK. Shoulder movement after the treatment of early stage breast cancer. Clinical Oncology. 1998;10(3):173–81.

3. Harrington S, Padua D, Battaglini C et al. Comparison of shoulder flexibility, strength, and function between breast. cancer survivors and healthy participants. Journal of Cancer Survivorship. 2011;5(2):167–74.

4. Lash TL, Silliman RA. Long-term follow-up of upperbody function among breast cancer survivors. Breast Journal.  2002;8(1):28–33.

5. Mustian KM, Katula JA, Zhao H. A pilot study to assess the influence of Tai Chi Chuan on functional capacity among breast cancer survivors. Journal of Supportive Oncology. 2006;4(3):139–45,.

6. Ranganathan VK, Siemionow V, Liu JZ, Sahgal V, Yue GH. From mental power to muscle power—gaining strength by using the mind. Neuropsychologia. 2004:42(7);944–56.

7. Grefte S. Improving the regeneration of injured muscle [thesis]. The Netherlands: Radboud University Nijmegen Medical Center; 2011.

8. Oh B, Butow P, Mullan B et al. Impact of Medical Qigong on quality of life, fatigue, mood and inflammation in cancer

patients: a randomized controlled trial. Annals of Oncology. 2009;21(3):608–14.

9. Warner JJP, Micheli LJ, Arslanian LE, Kennedy J, Kennedy R. Patterns of flexibility, laxity, and strength in normal shoulders and shoulders with instability and impingement. American Journal of Sports Medicine. 1990;18(4):366–75.

10. MacDermid JC, Ramos J, Drosdowech D, Faber K, Patterson S. The impact of rotator cuff pathology on isometric and isokinetic strength, function, and quality of life. Journal of Shoulder and Elbow Surgery. 2004;13(6):593–8.

11. Mustian KM, Katula JA, Gill DL, Roscoe JA, Lang D, Murphy K. Tai Chi Chuan, health-related quality of life and self-esteem: a randomized trial with breast cancer survivors. Supportive Care in Cancer. 2004 ;12(12) :871–6.

12. Brady MJ, Cella DF, Mo F, Bonomi AE, Tulsky DS, Lloyd SR, Deasy S, Cobleigh M, Shiomoto G. Reliability and validity of the Functional Assessment of Cancer Therapy-Breast quality-of-life instrument. J Clin Oncol. 1997;15(3):974-86.

 

Description Taijiqigong 18 formes

1)      Ouverture (comme « ouverture du taiji »)

2)      Ouvrir largement la poitrine (les mains à la hauteur des épaules, devant puis vers le côté)

3)      Balancer les bras au-dessus de la tête en décrivant un arc de cercle (arc en ciel).

4)      Balancer les bras pour disperser les nuages (comme « croiser les mains »)

5)      Tourner les bras sur chaque côté (comme « reculer en repoussant le singe »)

6)      Nager sur le lac (comme la brasse papillon)

7)      Lancer une balle devant l’épaule (comme avec une chistera, dans le plan transversal)

8)      Tourner le corps et regarder la lune (comme précédent, plus loin en arrière et en haut)

9)      Tourner le corps et pousser des mains (pousser tirer dans les deux diagonales)

10)  Mouvoir les mains dans les nuages (comme le mouvement du même nom)

11)  Ramasser de l’eau dans la mer et regarder le ciel (comme « croiser les mains » en plus grand et avec les « jambes en arc »)

12)  Pousser en arrière et en avant comme une vague (jambes en arc, pousser en diagonale)

13)  La colombe bat des ailes (jambes en arc, mains à la hauteur des épaules)

14)  Tendre les bras et frapper (comme « donner un coup de poing »)

15)  L’oie sauvage vole dans les airs

16)  Faire tourner les bras comme un volant (grands cercles du haut du corps depuis la taille)

17)  Marquer le temps et faire rebondir la balle (un genou monte en même temps que le bras controlatéral)

18)  Appuyer avec les paumes pour revenir au calme (les mains montent et descendent ensemble du pubis-dantian à la fourchette sternale)

vidéo : http://www.taichi18.com/

texte pdf : http://www.midoriyamabudokai.com/Qi%20GONG%2018.pdf

 

 

Le Functional Assessment of Cancer Therapy-Breast [12]

Le FACT-B, version 4 rassemble 41 questions réparties en 5 rubriques : bien-être physique (7 questions), bien-être familial et social (7 questions), bien-être émotionnel (6 questions), bien-être fonctionnel (7 questions), enfin des questions spécifiques au cancer du sein (14 questions). C’est un auto-questionnaire où chaque question est cotée de 0 à 4.

Dans la rubrique améliorée par le taijiqigong, celle du bien-être fonctionnel, on trouve des questions sur l’état émotionnel (plaisir et satisfaction) et deux questions sur l’appréciation de l’effectuation de son travail (capacité et satisfaction).

Dans la rubrique paramètres additionnels, propre au cancer du sein, on distingue des questions sur les changements ou capacités physiques : douleurs, conséquences du cancer et données plus appréciatives telles que se sentir stressée, attirante sexuellement ou craindre le cancer pour ses proches.

 

http://www.facit.org/FACITOrg/Questionnaires