Brugmansia, datura et récepteurs muscariniques

A plus de 1600 m d’altitude dans les Cameron Highlands en Malaisie, les brugmansias se dressent au milieu des plantations de thé. Ce sont des arbustes, longtemps confondus avec les daturas car comme eux possèdent des fleurs ayant la forme de trompettes (d'où son autre nom de trompette des anges ou trompette du jugement). La principale distinction entre les deux genres vient du fait que les brugmansias sont des arbustes aux fleurs tombantes, en clochettes, alors que la plupart des daturas sont des plantes herbacées avec des fleurs érigées. Les deux plantes sont cependant très voisines et sont autant toxiques l’une que l’autre. En Chine, du Xe au XVIIe siècle, le datura stramonium (曼陀罗属 man tuo luo shu), que l’on trouve également dans nos régions, était utilisé dans un mélange de vin et de cannabis préconisé comme anesthésique ou bronchodilatateur [[1],[2]].

Plus riches en alcaloïdes que les daturas (en scopolamine et en atropine notamment), les brugmansias sont responsables de graves intoxications pouvant engendrer un syndrome anticholinergique induit par les alcaloïdes du système nerveux central, caractérisé par fièvre, délire, hallucinations, pouvant aller jusque la paralysie flasque, les convulsions et le décès [[3],[4]]. En effet, les alcaloïdes contenus dans la plante (notamment la scopolamine) provoquent une inhibition compétitive post-synaptique des récepteurs cholinergiques muscariniques. Les propriétés psychotropes de ces plantes sont connues depuis longtemps et utilisées par certaines ethnies d'Amérique à des fins médicinales ou lors de rituels initiatiques ou chamaniques car entraînant des hallucinations délirantes. L’atropine, la scopolamine et l’hyosciamine induisent un état de conscience confusionnel assimilé à une phase de début de psychose aigüe où surviennent des hallucinations véritables. Les usagers consomment ces plantes pour vivre une expérience introspective avec la sensation de rêve éveillé et d’avoir de puissantes hallucinations auditives, visuelles, tactiles, etc. Par ailleurs, cela engendre une insensibilité à la douleur. Ainsi la scopolamine est utilisée dans le traitement symptomatique des manifestations douloureuses aiguës liées aux troubles fonctionnels du tube digestif et des voies biliaires mais aussi dans les manifestations douloureuses aiguës en gynécologie. Ce numéro d’Acupuncture & Moxibustion se consacre justement pour une grande part aux algies : céphalée, douleurs post-zostériennes, douleurs réfractaires, algies postopératoires du premier jour, douleurs allodyniques d’amputation des membres et électroacupuncture dans les algies obstétricales. On pourra ainsi découvrir ou redécouvrir comment l’acupuncture ou l’électroacupuncture peut, comme le brugmansia, intervenir entre autres sur ces récepteurs cholinergiques muscariniques.                                                                                                  

 

[1]. Flora of China. [Consulté le 12/06/2016]. Available from URL: http://foc.eflora.cn/content.aspx?TaxonId=200020520.

[2].  Richard D, Senon JL, Valleur M. Dictionnaire des drogues et des dépendances, Larousse,‎ 2009.

[3]. Isbister GK, Oakley P, Dawson AH, Whyte IM. Presumed Angel's trumpet (Brugmansia) poisoning: clinical effects and epidemiology. Emerg Med (Fremantle). 2003;15(4):376-82.

[4]. Kim Y, Kim J, Kim OJ, Kim WC. Intoxication by angel's trumpet: case report and literature review. BMC Res Notes. 2014;7:553.

 

L’acupuncture au Vietnam, d’Halong à Cholon

 

Qu’il est loin le temps où le DLasserre décrivait avec étonnement les acupuncteurs de Cholon, autrefois ville jumelle de Saïgon et maintenant partie des 5ème et 6ème arrondissements de Hô-Chi-Minh-Ville. Avec des aiguilles transmises de père en fils, ces acupuncteurs chinois assis sur les talons à la mode asiatique, traitaient leurs patients installés de la même façon ou sur un petit tabouret, au coin d’un brasero sur lequel reposait une marmite remplie d’eau [1]. Pourtant en flanant dans le quartier chinois de Cholon qui en 1864 abritait six-mille Chinois, on découvre encore des scènes similaires où les Hoa (Vietnamiens d’origine chinoise) prospèrent le long des rues bordées de petits commerces et d’artisans. On y trouve ainsi à toute heure du jour et de la nuit un choix incroyable de marchandises y compris des produits de médecine chinoise. On peut même manger des en-cas dans les petites gargotes ornées de minuscules tabourets rouges en plein milieu de la rue, où les serveuses attendent patiemment le client. Négoce, mais aussi religion sont au centre de la vie spirituelle comme en témoignent les très nombreuses pagodes chinoises. Ainsi celle de Pho Mieu est un sanctuaire, situé au 710 de la rue Nguyên-Trai, dédié à la déesse Tien Hau pour qui on brûle les bâtonnets d’encens.

A ce jour, l’acupuncture s’est éloignée de la rue et a été intégrée dans les hôpitaux que ce soit au Nord à Hanoï, non loin de la fameuse baie d’Halong ou de celle d’Along terrestre de Tam Coc [2], soit au Sud à Hô-Chi-Minh-Ville dans l’hôpital polyvalent «Nguyên Tri-Phuong» dans le quartier de Cholon. Le Dr Tuy-Nga Brignol nous décrit bien dans son reportage les applications des traitements d’électroacupuncture souvent invasifs dans un service de Médecine Traditionnelle et de Réadaptation. Le point commun à ces deux centres séparés par la route de près de 1800 km est que les protocoles ont été élaborés par le Pr Nguyên Tai-Thu, sommité de l’acupuncture. Déjà en 1982, il nous apprenait dans son « Histoire de l’acupuncture vietnamienne » [3] que le Vietnam est un des pays d’Asie où apparut précocément la pratique de l’acupuncture, dès la période Hong-Bang (2879-258 AEC), qui se rapproche de l’une des périodes du néolithique dont nous parle Pierre Dinouart-Jatteau dans son article.  

 

Jean-Marc Stéphan

Références



1. Lasserre. L’acupuncture à Cholon. Bulletin de la Société d'Acupuncture. 1957;23:19-21. 

2. Moal P. Acupuncture à Hanoï. Proceedings of the 13ème Congrès national d'Acupuncture de la FA.FOR.MEC : le Mouvement; 27 et 28 Novembre 2009; Lille, France; 2009. Available from: URL: http://www.acupuncture-medicale.org/faformec%20lille.

3. Nguyen Tai Thu. Histoire de l’acupuncture vietnamienne. Méridiens. 1982;59-60:83-90. 

 

 

Acupuncture expérimentale et isoformes de l'oxyde nitrique synthase

  

En 2006, on objectivait sur un modèle de hamster hypertendu que l'électroacupuncture (EA) au point ES36 (30mn par jour pendant cinq jours) réduisait l'hypertension artérielle par activation des mécanismes de la réaction de biosynthèse du monoxyde d'azote (NO) sous dépendance des NO synthases. Il était montré que l'EA augmentait la concentration périartériolaire de NO. Chez le hamster, l'HTA réduit l'oxyde nitrique synthase endothéliale (eNOS3) et l'oxyde nitrique synthase neuronale (nNOS1), réduction inhibée donc par l'EA au 36E [1]. Sur cette image, vous pouvez justement observer la structure de l'oxyde nitrique synthase endothéliale (NOS3) humaine avec un substrat d'arginine.

 

Jean-Marc Stéphan

Référence

1. Kim DD, Pica AM, Duran RG, Duran WN. Acupuncture reduces experimental renovascular hypertension through mechanisms involving nitric oxide synthases. Microcirculation. 2006 Oct-Nov;13(7):577-85.