Couverture 12-2

Sphygmologie chinoise

La sphygmologie est un élément essentiel du diagnostic chinois basé sur l’interrogatoire, l’analyse des symptômes et l’apparence de la langue entrant dans le cadre clinique qui définit la différenciation des syndromes (bianzheng) de la médecine chinoise. Elle prend son essor dans le Huangdi neijing avec la première description des trois emplacements à chaque poignet et les qualités spécifiques du pouls en fonction de la saison. le Nanjing qui explique la sphygmologie dans les vingt-deux premières difficultés expose une correspondance anatomique différente de celle du Huangdi neijing. A partir de là, deux courants de localisation des loges vont faire école alors que depuis le Maijing 脈經 «Classique des Pouls» écrit par Wang Shuhe 王叔和 au IIIe siècle, la description des vingt-huit pouls pathologiques est devenue consensuelle.

Vous lirez dans cet exemplaire de nombreux articles qui font de la sphygmologie chinoise un axe primordial de diagnostic pour une thérapie de qualité. Commencez peut-être par la recencion du livre d’Eric Marié concernant l’histoire de la sphygmologie des origines au XVIIIe, ainsi que celle d’Augusta Giraud-Sobral qui utilise davantage la sphygmologie dite quantitative. Vous n’oublierez pas d’en voir leur application dans un cas clinique de lombalgie et de Vide de Sang chez une femme enceinte ou dans une étude clinique diagnostique réalisée en maternité à Lille sans oublier celle des pouls qualitatifs dans la maladie de Parkinson. Grâce au travail de recherche de Marc Piquemal et Rodolfo Castellani sur l’analyse spectrale de la sphygmologie des artères radiales par tonométrie d’aplanation, on pourra ainsi se faire une opinion sur l’importance des données actuelles dans la compréhension de la palpation des pouls avec ses douze abords des artères radiales.

 

Couverture 11-2

L’acupuncture au Vietnam, d’Halong à Cholon

 

Qu’il est loin le temps où le DLasserre décrivait avec étonnement les acupuncteurs de Cholon, autrefois ville jumelle de Saïgon et maintenant partie des 5ème et 6ème arrondissements de Hô-Chi-Minh-Ville. Avec des aiguilles transmises de père en fils, ces acupuncteurs chinois assis sur les talons à la mode asiatique, traitaient leurs patients installés de la même façon ou sur un petit tabouret, au coin d’un brasero sur lequel reposait une marmite remplie d’eau [1]. Pourtant en flanant dans le quartier chinois de Cholon qui en 1864 abritait six-mille Chinois, on découvre encore des scènes similaires où les Hoa (Vietnamiens d’origine chinoise) prospèrent le long des rues bordées de petits commerces et d’artisans. On y trouve ainsi à toute heure du jour et de la nuit un choix incroyable de marchandises y compris des produits de médecine chinoise. On peut même manger des en-cas dans les petites gargotes ornées de minuscules tabourets rouges en plein milieu de la rue, où les serveuses attendent patiemment le client. Négoce, mais aussi religion sont au centre de la vie spirituelle comme en témoignent les très nombreuses pagodes chinoises. Ainsi celle de Pho Mieu est un sanctuaire, situé au 710 de la rue Nguyên-Trai, dédié à la déesse Tien Hau pour qui on brûle les bâtonnets d’encens.

A ce jour, l’acupuncture s’est éloignée de la rue et a été intégrée dans les hôpitaux que ce soit au Nord à Hanoï, non loin de la fameuse baie d’Halong ou de celle d’Along terrestre de Tam Coc [2], soit au Sud à Hô-Chi-Minh-Ville dans l’hôpital polyvalent «Nguyên Tri-Phuong» dans le quartier de Cholon. Le Dr Tuy-Nga Brignol nous décrit bien dans son reportage les applications des traitements d’électroacupuncture souvent invasifs dans un service de Médecine Traditionnelle et de Réadaptation. Le point commun à ces deux centres séparés par la route de près de 1800 km est que les protocoles ont été élaborés par le Pr Nguyên Tai-Thu, sommité de l’acupuncture. Déjà en 1982, il nous apprenait dans son « Histoire de l’acupuncture vietnamienne » [3] que le Vietnam est un des pays d’Asie où apparut précocément la pratique de l’acupuncture, dès la période Hong-Bang (2879-258 AEC), qui se rapproche de l’une des périodes du néolithique dont nous parle Pierre Dinouart-Jatteau dans son article.  

 

Jean-Marc Stéphan

Références



1. Lasserre. L’acupuncture à Cholon. Bulletin de la Société d'Acupuncture. 1957;23:19-21. 

2. Moal P. Acupuncture à Hanoï. Proceedings of the 13ème Congrès national d'Acupuncture de la FA.FOR.MEC : le Mouvement; 27 et 28 Novembre 2009; Lille, France; 2009. Available from: URL: http://www.acupuncture-medicale.org/faformec%20lille.

3. Nguyen Tai Thu. Histoire de l’acupuncture vietnamienne. Méridiens. 1982;59-60:83-90. 

 

 

Couverture 8-3

Qifu (氣府), la résidence du qi

En 1830, Wang Qingren (1768-1831) publie le "Yi Lin Gai Cuo", 醫林改錯 ("Erreurs Corrigées en Médecine")Ce livre figure parmi les  classiques de la MTC [1], mais il occupe une place particulière dans la mesure où il exprime une claire rupture avec les données classiques anciennes. Wang Qingren s'efforce de corriger ce qui lui apparaît comme des erreurs des anciens sur la base de ses nombreuses observations de cadavres sur plusieurs dizaines d'années. Wang Qingren est-il encore un médecin traditionnel ou déjà un médecin moderne combinant les données "traditionnelles" et "occidentales" ? Un des aspects les plus remarquables du "Yi Lin Gai Cuo", sont les figures anatomiques [2]. En couverture de ce numéro d'Acupuncture & Moxibustion est reproduit ce que Wang Qingren a dénommé qifu  (氣府), "Résidence du qi", représentant en fait le grand épiploon (omentum). Le texte du dessin dit: "Ci xi xiaochang, wai you qifu baozhi " : "Ceci est en relation avec l'intestin grêle, en dehors il y a la Résidence du qi qui l'enveloppe". Wang Qingren a le regard de l’anatomiste, mais logiquement son regard est relié à la conception traditionnelle du corps humain et de son fonctionnement. En langage populaire, qifu est dénommé jiguanyou (雞冠), en référence à la plante amarante crête-de-coq ou passe-velours (Celosia cristata). L’amarante crête-de-coq a une inflorescence en crête, étalée en éventail, plus ou moins plissée. Le montage photo au dessus du dessin de Wang Qingren illustre bien l’analogie morphologique observée par les chinois entre la plante et l’omentum.

Pierre Dinouart-Jatteau et  Johan Nguyen

Références

1. Gourion A et Roy JY. Principaux auteurs et ouvrages de la médecine traditionnelle de l'antiquité à nos jours. Revue Française de MTC. 1998;128:123-42.

2. Dinouart-Jatteau P, Nguyen J. La question de l'anatomie en Chine : regards croisés de Wang Qingren et John Dudgeon. Acupuncture & Moxibustion.2009;8(3):138-145.