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Armoise et médecine chinoise

 


 

La médecine chinoise comporte cinq disciplines : l’acupuncture et moxibustion 针灸 (zhenjiu), la pharmacopée, les massages tuina, la diététique et les exercices énergétiques (taijiquan et qigong). Au Karolinska Institutet à Stockholm, le 7 décembre 2015, le prix Nobel de médecine a été remis à la pharmacologue chinoise Tu Youyou qui a mis à l’honneur la médecine traditionnelle chinoise et les Classiques médicaux dont elle s'est inspirée, en particulier le Zhou Hou Bei Ji Fang, le « Manuel de Prescriptions des Urgences » écrit par Ge Hong (284-346). C’est le développement pharmaceutique de la substance antipaludique l’artémisinine, extraite de l’armoise annuelle (artemisia annua L.) qui est surtout  célébré par le Nobel [1,2]. Surplombant en contrebas un immeuble rouge en forme de pagode dans le Yunnan au sud-ouest de la Chine, la grande plante herbacée aux tiges élancées de couleur rouge-violacée est l’artemisia vulgaris, une autre armoise utilisée dans la moxibustion, tout comme l’artemisia absinthum de la même famille des Astéracées le sera dans la fabrication de l’absinthe, Muse au yeux verts des poètes comme Rimbaud, Baudelaire, Verlaine et tant d’autres artistes. Ce numéro sera l’occasion de parler de la pharmacopée chinoise dont Marc Fréard étudie deux formules banxia xiexin tang et zhishi xiaopi wan au travers des Classiques comme le Shanghanlun, le Jingui yaolüe fanglun et le Lanshi micang. Je vous laisse aussi découvrir que malgré ses bienfaits thérapeutiques démontrés par IRMf, la moxibustion peut être source d’effets indésirables pour chaque praticien. Découvrez aussi l’intérêt de l’électroacupuncure dans l’anxiété, la constipation chronique et surtout dans les céphalées primaires par l’article de physiopathologie acupunturale d’Olivier Cuignet. Grande première, l’analyse épigénétique réalisée par Ariane Giacobino, Marc Petitpierre et Hong Guang Dong montre que l’une des actions de l’acupuncture pourrait être une régulation de l’activité des gènes, entraînant ainsi dans le cas particulier du stress une augmentation de la production du BDNF (Brain Derived Neurotrophic factor). Fabienne Taugwalder observe que l’acupuncture doit jouer un rôle de premier plan dans la préparation à la naissance des femmes désirant accoucher par voie basse après un premier accouchement par césarienne. Découvrez aussi les études traditionnelles  de médecine chinoise de Robert Hawawini, Henning Strom, Henri Truong Tan Trungsr sans oublier le reportage de Patrick Sautreuil sur la relation entre mathématiques et médecine chinoise.

 Jean-Marc Stéphan

 1. Tu Y. Discovery of Artemisinin - A gift from Traditional Chinese Medicine to the World. Available from: URL: http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/medicine/laureates/2015/tu-lecture-slides.pdf.

2. Tu Y. The discovery of artemisinin (qinghaosu) and gifts from Chinese medicine. Nature Medicine. 2011;17:1217-1220.

 

 

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George Soulié de Morant (1878-1955)

       

 

George Soulié de Morant (1878-1955) est de nouveau à l’honneur dans notre revue. Nous présentons un extrait de son manuscrit initial, rédigé dans les années 20-30 en anglais, une de ses deux langues maternelles. Celui-ci porte sur les enfants. C’est un recueil de points d’acupuncture proposés en réponses à différents symptômes spécifiques aux enfants.

Ce manuscrit est également un brouillon marqué de nombreuses ratures, ajouts, corrections. Le lecteur curieux pourra le comparer au chapitre correspondant dans son œuvre finale « Acuponcture Chinoise » parue en 1957 (dernier chapitre, XVII, du Tome V, « Les maladies et leurs traitements », pages 986 – 989), et constater de nombreuses similitudes. Il note dans le liminaire du tome I, page 22, « Les bébés donnent de meilleurs résultats que les adultes. »

Rappelons que ce diplomate et homme de lettres, maîtrisant parfaitement la langue et l’étiquette chinoises, à la différence de la plupart des occidentaux séjournant alors en Chine, est à l’origine de l’implantation de l’Acupuncture en France et en Europe occidentale. Ne se limitant pas à une traduction linéaire, il a réalisé une remarquable association de citations ou d’extraits des textes chinois et japonais. Il y a intégré sa propre expérience, acquise en Chine au début du vingtième siècle, puis en France ultérieurement. Il réalisa une synthèse unique en son genre des savoirs dans ce domaine, donnant ligne par ligne ses références. Cet ouvrage qui n’avait pas d’équivalent en Asie était complété par un atlas où les points sont placés, non pas sur la peau comme dans les ouvrages asiatiques, mais sur un écorché, pour bien donner les références anatomiques, musculaires, tendineuses, osseuses et neuro-vasculaires.

G. Soulié de Morant voulait une acupuncture - moxibustion ni complémentaire ni alternative mais intégrée à la médecine scientifique contemporaine, à l’image de celle pratiquée dans les hôpitaux parisiens (Bichat, Léopold Bellan) par ceux qu’il avait initiés.

 

 

Patrick Sautreuil

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L’acupuncture au Vietnam, d’Halong à Cholon

 

Qu’il est loin le temps où le DLasserre décrivait avec étonnement les acupuncteurs de Cholon, autrefois ville jumelle de Saïgon et maintenant partie des 5ème et 6ème arrondissements de Hô-Chi-Minh-Ville. Avec des aiguilles transmises de père en fils, ces acupuncteurs chinois assis sur les talons à la mode asiatique, traitaient leurs patients installés de la même façon ou sur un petit tabouret, au coin d’un brasero sur lequel reposait une marmite remplie d’eau [1]. Pourtant en flanant dans le quartier chinois de Cholon qui en 1864 abritait six-mille Chinois, on découvre encore des scènes similaires où les Hoa (Vietnamiens d’origine chinoise) prospèrent le long des rues bordées de petits commerces et d’artisans. On y trouve ainsi à toute heure du jour et de la nuit un choix incroyable de marchandises y compris des produits de médecine chinoise. On peut même manger des en-cas dans les petites gargotes ornées de minuscules tabourets rouges en plein milieu de la rue, où les serveuses attendent patiemment le client. Négoce, mais aussi religion sont au centre de la vie spirituelle comme en témoignent les très nombreuses pagodes chinoises. Ainsi celle de Pho Mieu est un sanctuaire, situé au 710 de la rue Nguyên-Trai, dédié à la déesse Tien Hau pour qui on brûle les bâtonnets d’encens.

A ce jour, l’acupuncture s’est éloignée de la rue et a été intégrée dans les hôpitaux que ce soit au Nord à Hanoï, non loin de la fameuse baie d’Halong ou de celle d’Along terrestre de Tam Coc [2], soit au Sud à Hô-Chi-Minh-Ville dans l’hôpital polyvalent «Nguyên Tri-Phuong» dans le quartier de Cholon. Le Dr Tuy-Nga Brignol nous décrit bien dans son reportage les applications des traitements d’électroacupuncture souvent invasifs dans un service de Médecine Traditionnelle et de Réadaptation. Le point commun à ces deux centres séparés par la route de près de 1800 km est que les protocoles ont été élaborés par le Pr Nguyên Tai-Thu, sommité de l’acupuncture. Déjà en 1982, il nous apprenait dans son « Histoire de l’acupuncture vietnamienne » [3] que le Vietnam est un des pays d’Asie où apparut précocément la pratique de l’acupuncture, dès la période Hong-Bang (2879-258 AEC), qui se rapproche de l’une des périodes du néolithique dont nous parle Pierre Dinouart-Jatteau dans son article.  

 

Jean-Marc Stéphan

Références



1. Lasserre. L’acupuncture à Cholon. Bulletin de la Société d'Acupuncture. 1957;23:19-21. 

2. Moal P. Acupuncture à Hanoï. Proceedings of the 13ème Congrès national d'Acupuncture de la FA.FOR.MEC : le Mouvement; 27 et 28 Novembre 2009; Lille, France; 2009. Available from: URL: http://www.acupuncture-medicale.org/faformec%20lille.

3. Nguyen Tai Thu. Histoire de l’acupuncture vietnamienne. Méridiens. 1982;59-60:83-90.