La Dharti Mata à Kirtipur au Népal

Au sein du sanctuaire Bagh Bhairava à Kirtipur dans la vallée de Katmandou au Népal, l’accomplissement de la puja, offrande rituelle des Népalais aux divinités est un acte quotidien et habituel. Ainsi devant cette statuette de la Dharti Mata, Déesse Mère, Déesse de la fertilité hindoue, les femmes apportent sur un plateau leurs offrandes contenant grains de riz, pétales de fleurs, poudre rouge. Les mains jointes devant leur poitrine, elles oignent ensuite la statuette qui disparait derrière la mince couche de pâte vermillon faite de ces fleurs mélangées avec de l'eau ou de l'huile de moutarde. Elles font brûler l’encens, se marquent sur le front de la tika, un point rouge symbolisant l'œil de la sagesse et quittent le sanctuaire en faisant sonner les cloches accrochées au pourtour de l’enceinte sacrée, comme pour attirer la déesse honorée. Dans l'hindouisme, à l’origine, la Mère de toute la création est appelée « Gayatri ». L'un des textes sacrés dit : « Le Gayatri est Brahma, Gayatri est Vishnou, Gayatri est Shiva, le Gayatri est Védas ». Gayatri en vint plus tard à être personnifié comme une déesse. Le Rigvedanomme la puissance féminine Mahimata, terme traduit par « Terre Mère ». Mais de nos jours, la Déesse Mère Devi a de multiples formes, multiples divinités indiennes considérées comme des facettes de la mère universelle. Devi, la Femme Divine est conçue comme précédant tous les dieux dont la Trimūrti (Brahmâ, Vishnou et Shiva) dont on observe ici les trois sculptures entourant Dharti Mata, comme veillant à la naissance de l’enfant expulsé de la matrice et logé entre ses deux jambes [1]. Les Népalaises ne manquent pas de venir prier Dharti Mata, l’implorant pour être plus fertile ou les soulager de problèmes inhérents à la grossesse, comme par exemple les douleurs lombo-pelviennes de la grossesse que Nicolian et al. traitent par acupuncture et dont vous lirez dans ce numéro les résultats de l’étude préliminaire.

Jean-Marc Stéphan



1. Jain PC. Conception and Evolution of The Mother Goddess in IndiaExoticIndiaArt. 2004. Available from: URL: http://www.exoticindia.fr/article/mother.

 

Astarté, écume de mer de la fertilité



Ces figurines en terre cuite dont l’une a le visage en forme d’oiseau représentent la déesse Astarté, divinité constamment associée à Baal. Elle est l’élément féminin du couple suprême qu'elle forme avec lui, le dieu sémitique, cananéen, puis phénicien. Baal est un élément théonymique générique d'un dieu, qui lorsqu’il est accompagné d'un qualificatif ou adjonctif, donne l’aspect adoré. Ainsi, on aura Baal Shamen, dieu du ciel ; Baal Bek, le Baal solaire ; le dieu sémite Belzébuth ; Baal Hammon, le dieu des Carthaginois. En fait, Baal est devenu l'appellation punique de nombreux dieux d'origine sémite dont le culte a été célébré depuis le IIIe millénaire avant notre ère. Le temple de Baal (ou Bêl) le plus tristement célèbre est celui de Palmyre en Syrie qui a été inscrit au patrimoine mondial par l'Unesco en 1980, mais détruit à l'explosif le 30 août 2015 par l'État islamique [[1]]. Et ici, ces figurines datées de l’âge de bronze de -1600 à -1050 ans avant notre ère ont été retrouvées sur l’île de Chypre, l’île d’Aphrodite, qui était sous domination phénicienne vers -1200 ans avant notre ère. Astarté est une déesse connue dans tout le Proche-Orient, de l'âge du bronze à l'Antiquité et est l'équivalent de la déesse mésopotamienne Ishtar (vénérée autant chez les Assyriens que les Babyloniens), Tanit  pour Carthage, Sidon et Tyr et toute la Phénicie. Plus tard, elle a été assimilée à Aphrodite en Grèce, Vénus à Rome. On retrouve d’ailleurs dans le culte d'Aphrodite, née de l’écume de mer à Petra tou Romiou non loin de Paphos en Chypre (voir photo),
 les principaux traits de celui d'Astarté [[2]]. Astarté est liée à la fécondité et à la fertilité tout comme Artémis (Diane pour les Romains) le sera ultérieurement mais en tant que déesse de la fécondité, de la chasse, de l’enfantement, des jeunes filles [[3]] alors qu’Aphrodite sera davantage consacrée à l’amour, la beauté et à la sexualité. Fertilité qui est grandement augmentée dans les fécondations in vitro car l’acupuncture augmente le pourcentage de grossesse clinique. Fertilité qui fait l’objet de nombreux travaux en acupuncture puisque cent-cinq essais contrôlés randomisés sont parus depuis vingt ans. Et qui dit fertilité dit enfant.. à lire donc l’enquête de Séverine Roos-Bernard sur l’acupuncture en pédiatrie, tout comme la recension consacrée au shonishin, l’acupuncture japonaise pédiatrique qui permet de soigner les enfants sans aiguilles. A connaître car c’est un merveilleux champ d’activité qui peut s’ouvrir à vous, de la même manière que l’hypnose associée à l’acupuncture fera des merveilles en gynéco-obstétrique ou en anesthésie.

 

 

Jean-Marc Stéphan



[1]. Unesco. Le site de Palmyre. [Consulté le 28/12/2016]. Available from URL : http://whc.unesco.org/fr/list/23 .

[2]. Brooklyn Museum New York. Astarte. Astarte. [Consulté le 28/12/2016]. Available from URL : https://www.brooklynmuseum.org/eascfa/dinner_party/heritage_floor/astarte

[3]. Stéphan JM. Artémis, Chasseresse et Déesse de la Fécondité. Acupuncture & Moxibustion. 2014;13(2):80.

Le Père Claude Larre

Le père Larre

Le Père Claude Larre, sj (1919-2001) était un homme et un sinologue remarquable. Il était l’héritier d’une longue tradition dans la Compagnie de Jésus. Matteo Ricci, jésuite italien, en 1601, avait ouvert la première mission catholique dans l’Empire Céleste, sous le règne de Wan-li. Claude Larre a été un des derniers jésuites à quitter la Chine révolutionnaire de Mao Zedong en 1952, l’année de son ordination à Shanghai. Fondateur de l’Institut Ricci de Paris en 1971, il a apporté une contribution déterminante à la réalisation des dictionnaires Ricci : le Dictionnaire français de la langue chinoise en 1976, le Dictionnaire Ricci des caractères chinois (13390 caractères singuliers, 3 volumes, en 1999) et le Grand Dictionnaire Ricci de la Langue Chinoise (300 000 expressions, 7 volumes, en 2001, une véritable encyclopédie), parus chez Desclée de Brouwer (DDB). Cette œuvre monumentale est le fruit d’un travail collectif sur plus de 50 ans : de nombreux érudits sinologues dont Yves Raguin, sj (à l’origine également des projets), Jean Lefeuvre, sj (spécialiste international des inscriptions archaïques), Élisabeth Rochat de la Vallée (qui publie dans ce même numéro une partie du futur Dictionnaire des Termes Médicaux Chinois, déclinaison spécialisée des grands dictionnaires) et bien d’autres… Co-fondateur de l’École Européenne d’Acupuncture en 1976 (avec le Dr Jean Schatz et Élisabeth Rochat de la Vallée, auteurs ensemble d’«Aperçus de la Médecine Chinoise Traditionnelle »), il a contribué à initier de nombreux praticiens aux subtilités de la médecine chinoise et de l’acupuncture. L’intelligence teintée d’humour, la clarté des textes et des enseignements, ont marqué toute une génération. Ses traductions du Dao De Jing (Tao Te King), Éditions DDB et « Les Chinois, Esprit et comportement des Chinois comme ils se révèlent par leurs livres et dans leur vie, des origines à la fin de la dynastie Ming (1644) » aux Éditions Lidis, en sont deux beaux exemples.

Dr Patrick Sautreuil

Bibliographie du Père Claude Larre concernant la Médecine Chinoise

Aperçus de médecine chinoise traditionnelle, J. Schatz, C. Larre, E. Rochat de la Vallée, réédition. Guy Trédaniel Éditeur, juin 2006.

La vie, la médecine et la sagesse, réédition de "Suwen les 11 premiers chapitres", C. Larre, E. Rochat de la Vallée, Cerf 2005.

Les mouvements du cœur, psychologie des Chinois, Lingshu, ch. 8, C. Larre, E. Rochat de la Vallée, réédition DDB 2006

Les énergies du corps, J. Schatz, C. Larre, E. Rochat de la Vallée, Ed. So-Wen  (épuisé)

La Voie du Ciel - la médecine chinoise traditionnelle, C. Larre, DDB 1987

Les Chinois Esprit et comportement des Chinois comme ils le révèlent par leurs livres et dans leur vie, des origines à la fin de la dynastie Ming (1644), C. Larre,  Éditions Lidis, Paris, 1981-1982

© Acupuncture & Moxibustion 6(1) janvier-mars 2007