Medline Méridiens

Dépression chez le rat : effet de l’acupuncture au point baihui (20VG) ou au point yintang (Ex-HN3)

Une étude antérieure sur des modèles de rats en état dépressif a montré que l’action simultanée de l’acupuncture aux points baihui (20VG) et yintang (Ex-HN3) améliore l’état de dépression à un niveau similaire à celui obtenu par pharmacothérapie. Dans cette présente publication, la même équipe japonaise a réalisé une étude pour voir si l’utilisation simultanée de l’acupuncture à ces deux points est nécessaire pour atténuer l’état dépressif.


 

Voir en ligne : Takagi K, Tanahashi N, Amagasu N, Mizuno K, Kawanokuchi J, Yi G, Ishida T. Effect of Manual Acupuncture Stimulation at "Bai-Hui" (GV 20) or "Yintáng" (Ex-HN3) on Depressed Rats. Acupunct Meridian Stud. 2017 Jan ;10(1):26-32.

Afin d’évaluer l’effet de l’acupuncture sur les symptômes dépressifs, ils ont utilisé un modèle de rat dont la dépression a été induite suite au stress par immersion dans l’eau. Les 35 rats Wister âgés de quatre semaines ont été répartis en sept groupes différents comportant cinq rats par groupe. Les dix rats du groupe contrôle (rats non déprimés car non soumis au test de stress par immersion) sont répartis en deux groupes : groupe 1 non soumis à l’immobilisation, groupe 2 soumis à l’immobilisation dans un sac en plastique troué permettant la respiration. Les 25 rats « en légère dépression » suite à l’immersion dans l’eau sont répartis en cinq groupes : groupe 3 (soumis à l’immobilisation), 4 (non soumis à l’immobilisation), 5 (puncture du point Ex-HN3, 6 (puncture du point 20VG) et 7 (traité par un antidépresseur, l’imipramine). L’acupuncture a été pratiquée pendant 20 minutes/séance, 5 jours/semaine pendant 3 semaines. La dépression ainsi que l’anxiété (en tant que symptôme couramment associé à la dépression) ont été évaluées par des mesures comportementales. Les résultats ont montré que le stress lié à l’immersion dans l’eau, utilisé pour créer des rats modèles de dépression, n’entraîne pas d’anxiété. Par contre, le stress induit par l’immobilisation a provoqué l’anxiété. Par ailleurs, contrairement à l’efficacité de l’action simultanée des deux points 20VG et Ex-HN3 sur la dépression, l’acupuncture isolée du point 20VG ou du point Ex-HN3 n’a amélioré ni la dépression ni l’anxiété chez les rats. Ces résultats sur des animaux modèles de dépression et d’anxiété sont à prendre en compte dans les futures études de recherche préclinique.

Stimulation du point 34VB gauche et droit : une étude par imagerie chez des volontaires sains

Les effets modulateurs sur le cerveau de la stimulation par acupuncture du côté droit ou gauche d’un même point d’acupuncture ont fait l’objet de controverses. Afin de clarifier cette question méthodologique, des chercheurs coréens et hollandais ont réalisé une étude pour comparer les réponses liées au taux d’oxygène sanguin suite à une stimulation par acupuncture au point yanglingquan droit et gauche (34VB).


Activation du cerveau pendant la stimulation de l'acupuncture sur le 34VB droit ou gauche (test d'un échantillon t-test avec niveau de cluster corrigé p<0,005). Les barres montrent la valeur.

 

Voir en ligne : Yeo S, van den Noort M, Bosch P, Lim S. Ipsilateral Putamen and Insula Activation by Both Left and Right GB34 Acupuncture Stimulation : An fMRI Study on Healthy Participants. Evid Based Complement Alternat Med. 2016 ;2016:4173185. doi : 10.1155/2016/4173185.

Vingt-deux sujets sains, tous droitiers (onze hommes et onze femmes) âgés de 25 à 66 ans ont été puncturés au point 34VB du côté droit et gauche. Aucun des participants ne présente d’antécédent de maladies chroniques, d’allergies, de troubles neurologiques ou psychologiques. L’aiguille est insérée à environ 1 cm de profondeur, laissée en place pendant 1 minute avant d’être stimulée (rotation bidirectionnelle) pendant une minute. Puis elle est laissée encore au repos pendant une minute sans aucune stimulation. Pour l’acupuncture simulée, une aiguille mousse est utilisée pour toucher la peau au point 34VB sans insertion de l’aiguille.

Les résultats par imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) montrent que l’acupuncture du côté gauche du point 34VB a induit des réponses neuronales au niveau du putamen gauche, du corps caudé, de l’insula, du gyrus post-central, du claustrum (ou avant-mur), des thalamus droit et gauche, du gyrus frontal moyen droit, de l’hypothalamus et du noyau sous-thalamique. L’acupuncture du côté droit du point 34VB a induit des réponses neuronales au niveau du gyrus frontal droit moyen, du lobule pariétal inférieur, du thalamus, du putamen, du globus pallidus (ou pallidum) latéral, du globus pallidus médian et de l’insula. Fait intéressant, le putamen et l’insula ont été activés de façon homolatérale lorsque le point 34VB du côté droit ou gauche est traité par acupuncture. Par conséquent, le putamen et l’insula semblent être les « régions clés » du 34VB.

On note que le putamen est une partie du striatum, structure nerveuse regroupant le noyau caudé, le fundus et le putamen qui reçoit des afférences à éléments dopaminergiques venant de la substantia nigra pars compacta. Cela permet en conjonction avec les autres structures de contrôler les différents types de compétences motrices, telles que l’apprentissage moteur, la performance et les tâches motrices, la préparation des activités motrices et d’agir sur les amplitudes et les séquences du mouvement. L’action du 34VB a été rapportée dans de nombreuses études contrôlées randomisées pour améliorer la performance des patients atteints de la maladie de Parkinson. Bref, ces résultats semblent soutenir l’hypothèse selon laquelle la stimulation du 34VB peut contrôler la fonction motrice par activation du striatum. Ces données montrent donc qu’il existe des zones cibles affectées par l’acupuncture au point 34VB. Il s’agit de la première étude d’imagerie par IRMf comparant l’action de l’acupuncture pratiquée au point 34VB du côté droit ou gauche. Ces résultats préliminaires, bien que nécessitant d’être approfondis, fournissent aussi des preuves sur la différence des effets modulateurs de l’acupuncture au niveau du cerveau selon le côté droit ou gauche.

Les dispositifs d’acupuncture placebo sont-ils vraiment factices ?

Bien que l’utilisation de l’acupuncture soit reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé, son efficacité dans la plupart des pathologies courantes est encore en cours d’évaluation au travers des essais comparatifs randomisés (ECR). Afin d’obtenir une évaluation significative de son efficacité, un contrôle placebo crédible doit être établi. Il existe d’ailleurs plusieurs dispositifs non-pénétrants permettant l’acupuncture placebo dans les ECR, comme les aiguilles Streitberger, Park et Takakura. Mais, leur aptitude en tant que véritable aiguille placebo inerte doit être rigoureusement déterminée. Des recherches bibliographiques ont été conduites sur deux bases de données de langue chinoise et quatre anglaises, de leur création à juillet 2014. Ont été inclus les ECR en langue anglaise ou chinoise traitant par acupuncture diverses pathologies et utilisant un des dispositifs mentionnés ci-dessus dans le groupe intervention témoin. Trente-six études ont été incluses dans l’analyse qualitative tandis que quatorze l’étaient dans la méta-analyse. Sur la base de la méta-analyse, ni le périphérique Streitberger ni le périphérique Park ne semblent être un contrôle inerte adéquat pour les ECR d’acupuncture. En ce qui concerne l’aiguille Takakura qui est le dispositif le plus récent, aucune étude n’a pu être incluse dans la méta-analyse pour en permettre la comparaison. Les auteurs rapportent que les rapports de crédibilité sur la mise en insu pour les trois dispositifs placebo étaient la plupart du temps passés avec succès chez les participants mis en aveugle, les patients ne pouvant savoir s’ils étaient randomisés dans le groupe acupuncture véritable ou placebo. Cependant, lorsque l’on compare les indices de mise en aveugle, une seule étude ayant utilisé les aiguilles Park, a été notée pour avoir une méthodologie idéale de mise en insu. À ce jour, l’aiguille Takakura est le seul dispositif qui semble permettre au praticien d’être mis en condition de mise en aveugle et offre davantage de promesses d’être un contrôle placebo approprié. Il y a des limites donc avec chacun des dispositifs placebo et des études de qualité méthodologique plus rigoureuses sont nécessaires pour évaluer davantage les effets et la crédibilité de la mise en insu.