Acu. expérimentale

Des séances répétées d’acupuncture normalisent la connectivité dans les principales régions du cerveau liées à la douleur chronique

L'échelle KOOS est une échelle évaluant l'amélioration de la douleur, l'activité fonctionnelle dans la vie quotidienne, les sports et loisirs et la qualité de vie en rapport avec la gonalgies. Cette échelle a permis de mesurer l'évolution de cette échelle entre les groupes acupuncture véritable et placebo en pré et post-traitement d'acupuncture (a, b). Des corrélations statistiquement significatives de la douleur et des activités sportives en pré-acupuncture avec les connectivités PAG-Hpc et PAG-MFC observés chez tous les patients (c, d). Les valeurs de connectivité pour PAG-Hpc et PAG-MFC pour les groupes verum et placebo (sham) avant et après traitement acupuncture. Les barres représentent les erreurs standard (e, f). Les régions d'intérêt (ROI) de la connectivité du PAG avec Hpc et MFC réalisé par acupuncture Verum versus Sham et traitement post versus traitement pré-acupuncture (g). Toutes les valeurs de la connectivité ont été calculées en corrélation en fonction du temps entre les ROI du PAG et ceux du MFC et Hpc. Une diminution de la connectivité PAG-Hpc (observée dans le groupe verum versus sham) indiquerait une attention moindre à la douleur à l'anxiété et aux souvenirs nociceptifs ; une diminution de la PAG-MFC (observée dans le groupe sham versus groupe verum, entraînerait une connectivité positive dans le contraste verum > sham) indique éventuellement une plus grande attention à la douleur et une diminution de l'attente pour le soulagement du traitement répété de l'acupuncture.

Un essai clinique randomisé a été réalisé au sein du département de Psychiatrie de l’Hôpital général de Massachusetts (Harvard Medical School, Charlestown, USA) pour évaluer l’action de l’acupuncture en séances répétées dans la douleur chronique. La relation entre la connectivité dans les régions du cerveau liées à l’apprentissage de la douleur, à l’attention et la mémoire impliquées dans la chronicité de la douleur a été étudiée chez des patients souffrant d’arthrose chronique du genou.


Voir en ligne : Egorova N, Gollub RL, Kong J. Repeated verum but not placebo acupuncture normalizes connectivity in brain regions dysregulated in chronic pain. Neuroimage Clin. 2015 Sep 25 ;9:430-5. doi : 10.1016/j.nicl.2015.09.012. eCollection 2015.

Quarante-quatre patients atteints d’arthrose chronique du genou (19 femmes) ont été inclus dans l’étude. Les sujets dans cette étude avaient une douleur au genou soit unilatérale soit bilatérale. Ils ont été randomisés dans l’un des trois groupes : 1) traitement comportant six points d’acupuncture (35E, xiyan, 34VB, 9Rte, 39VB, 6Rte), 2) traitement comportant deux points d’acupuncture (35E, xiyan), ou 3) groupe contrôle par acupuncture simulée (six points d’acupuncture avec des aiguilles placebo de type Streitberger sur des non-points d’acupuncture). La répartition des caractéristiques de la douleur (douleur bilatérale / unilatérale, principalement dans genou droit / genou gauche) est équilibrée entre les groupes. Chaque participant a reçu un traitement par acupuncture sur le genou droit ou gauche (côté le plus douloureux). Le traitement et l’évaluation de la douleur sont uniquement concentrés sur un genou. Chaque sujet a reçu au total six séances d’acupuncture pendant un mois : deux fois par semaine pendant les deux premières semaines, et une fois par semaine pendant les deux dernières semaines. Les séances 1, 3 et 6 ont été réalisées avec le patient se trouvant dans une IRM de 3 Tesla. Les séances 2, 4 et 5 ont eu lieu dans une salle de test comportemental. Trois séances de balayage IRMf ont été réalisées pour chaque participant. Chaque session d’IRM comporte 6 minutes de balayage en état de repos, deux scans fonctionnels pendant la séance d’acupuncture (25 min), puis 6 minutes en état de repos.

Trente patientes (13 femmes, âgées de 57,5 ± 8,3 ans) sur les 44 patients inclus ont complété toutes les étapes expérimentales du protocole. On sait que le passage à la douleur chronique affecte spécifiquement la substance grise périaqueducale (PAG), le cortex frontal médial (MFC) et de l’hippocampe bilatérale (Hpc) et ses connectivités. Cette étude IRMf démontre que la connectivité PAG-MFC et PAG-Hpc chez les patients souffrant de douleur chronique due à l’arthrose du genou est directement en corrélation avec la gravité clinique et que l’amélioration induite par l’acupuncture véritable des scores de douleur (par rapport au placebo) est liée à la modulation de la connectivité PAG-MFC et PAG-Hpc. En effet, les résultats ont montré que des séances répétées d’acupuncture véritable rétablissent l’équilibre dans cette connectivité des régions-clés du cerveau liées à la douleur en modifiant l’attention et la mémoire du patient par rapport à la chronicisation de la douleur. L’acupuncture en sessions répétées pourrait normaliser l’attention des patients à la douleur et réinitialiser l’apprentissage de motivation émotionnelle, en changeant leur comportement par rapport à la douleur.

Dépression chez le rat : effet de l’acupuncture au point baihui (20VG) ou au point yintang (Ex-HN3)

Une étude antérieure sur des modèles de rats en état dépressif a montré que l’action simultanée de l’acupuncture aux points baihui (20VG) et yintang (Ex-HN3) améliore l’état de dépression à un niveau similaire à celui obtenu par pharmacothérapie. Dans cette présente publication, la même équipe japonaise a réalisé une étude pour voir si l’utilisation simultanée de l’acupuncture à ces deux points est nécessaire pour atténuer l’état dépressif.


 

Voir en ligne : Takagi K, Tanahashi N, Amagasu N, Mizuno K, Kawanokuchi J, Yi G, Ishida T. Effect of Manual Acupuncture Stimulation at "Bai-Hui" (GV 20) or "Yintáng" (Ex-HN3) on Depressed Rats. Acupunct Meridian Stud. 2017 Jan ;10(1):26-32.

Afin d’évaluer l’effet de l’acupuncture sur les symptômes dépressifs, ils ont utilisé un modèle de rat dont la dépression a été induite suite au stress par immersion dans l’eau. Les 35 rats Wister âgés de quatre semaines ont été répartis en sept groupes différents comportant cinq rats par groupe. Les dix rats du groupe contrôle (rats non déprimés car non soumis au test de stress par immersion) sont répartis en deux groupes : groupe 1 non soumis à l’immobilisation, groupe 2 soumis à l’immobilisation dans un sac en plastique troué permettant la respiration. Les 25 rats « en légère dépression » suite à l’immersion dans l’eau sont répartis en cinq groupes : groupe 3 (soumis à l’immobilisation), 4 (non soumis à l’immobilisation), 5 (puncture du point Ex-HN3, 6 (puncture du point 20VG) et 7 (traité par un antidépresseur, l’imipramine). L’acupuncture a été pratiquée pendant 20 minutes/séance, 5 jours/semaine pendant 3 semaines. La dépression ainsi que l’anxiété (en tant que symptôme couramment associé à la dépression) ont été évaluées par des mesures comportementales. Les résultats ont montré que le stress lié à l’immersion dans l’eau, utilisé pour créer des rats modèles de dépression, n’entraîne pas d’anxiété. Par contre, le stress induit par l’immobilisation a provoqué l’anxiété. Par ailleurs, contrairement à l’efficacité de l’action simultanée des deux points 20VG et Ex-HN3 sur la dépression, l’acupuncture isolée du point 20VG ou du point Ex-HN3 n’a amélioré ni la dépression ni l’anxiété chez les rats. Ces résultats sur des animaux modèles de dépression et d’anxiété sont à prendre en compte dans les futures études de recherche préclinique.

Stimulation du point 34VB gauche et droit : une étude par imagerie chez des volontaires sains

Les effets modulateurs sur le cerveau de la stimulation par acupuncture du côté droit ou gauche d’un même point d’acupuncture ont fait l’objet de controverses. Afin de clarifier cette question méthodologique, des chercheurs coréens et hollandais ont réalisé une étude pour comparer les réponses liées au taux d’oxygène sanguin suite à une stimulation par acupuncture au point yanglingquan droit et gauche (34VB).


Activation du cerveau pendant la stimulation de l'acupuncture sur le 34VB droit ou gauche (test d'un échantillon t-test avec niveau de cluster corrigé p<0,005). Les barres montrent la valeur.

 

Voir en ligne : Yeo S, van den Noort M, Bosch P, Lim S. Ipsilateral Putamen and Insula Activation by Both Left and Right GB34 Acupuncture Stimulation : An fMRI Study on Healthy Participants. Evid Based Complement Alternat Med. 2016 ;2016:4173185. doi : 10.1155/2016/4173185.

Vingt-deux sujets sains, tous droitiers (onze hommes et onze femmes) âgés de 25 à 66 ans ont été puncturés au point 34VB du côté droit et gauche. Aucun des participants ne présente d’antécédent de maladies chroniques, d’allergies, de troubles neurologiques ou psychologiques. L’aiguille est insérée à environ 1 cm de profondeur, laissée en place pendant 1 minute avant d’être stimulée (rotation bidirectionnelle) pendant une minute. Puis elle est laissée encore au repos pendant une minute sans aucune stimulation. Pour l’acupuncture simulée, une aiguille mousse est utilisée pour toucher la peau au point 34VB sans insertion de l’aiguille.

Les résultats par imagerie par résonnance magnétique fonctionnelle (IRMf) montrent que l’acupuncture du côté gauche du point 34VB a induit des réponses neuronales au niveau du putamen gauche, du corps caudé, de l’insula, du gyrus post-central, du claustrum (ou avant-mur), des thalamus droit et gauche, du gyrus frontal moyen droit, de l’hypothalamus et du noyau sous-thalamique. L’acupuncture du côté droit du point 34VB a induit des réponses neuronales au niveau du gyrus frontal droit moyen, du lobule pariétal inférieur, du thalamus, du putamen, du globus pallidus (ou pallidum) latéral, du globus pallidus médian et de l’insula. Fait intéressant, le putamen et l’insula ont été activés de façon homolatérale lorsque le point 34VB du côté droit ou gauche est traité par acupuncture. Par conséquent, le putamen et l’insula semblent être les « régions clés » du 34VB.

On note que le putamen est une partie du striatum, structure nerveuse regroupant le noyau caudé, le fundus et le putamen qui reçoit des afférences à éléments dopaminergiques venant de la substantia nigra pars compacta. Cela permet en conjonction avec les autres structures de contrôler les différents types de compétences motrices, telles que l’apprentissage moteur, la performance et les tâches motrices, la préparation des activités motrices et d’agir sur les amplitudes et les séquences du mouvement. L’action du 34VB a été rapportée dans de nombreuses études contrôlées randomisées pour améliorer la performance des patients atteints de la maladie de Parkinson. Bref, ces résultats semblent soutenir l’hypothèse selon laquelle la stimulation du 34VB peut contrôler la fonction motrice par activation du striatum. Ces données montrent donc qu’il existe des zones cibles affectées par l’acupuncture au point 34VB. Il s’agit de la première étude d’imagerie par IRMf comparant l’action de l’acupuncture pratiquée au point 34VB du côté droit ou gauche. Ces résultats préliminaires, bien que nécessitant d’être approfondis, fournissent aussi des preuves sur la différence des effets modulateurs de l’acupuncture au niveau du cerveau selon le côté droit ou gauche.