Medline Méridiens

Acupuncture et conseils pour les douleurs en comorbidité de la dépression évitent leur passage en chronicité

Chez environ 50 à 70% des personnes souffrant de dépression majeure, la douleur chronique est souvent présente. La fréquence de cette association augmente à mesure que la gravité de l’une ou l’autre des manifestations - douleur ou dépression - s’accentue, et leur impact mutuel joue un rôle important dans le développement et le passage à la chronicité des symptômes. Des options supplémentaires de traitement sont donc nécessaires dans la prise en charge de la dépression associée à la douleur. Une équipe de l’Université de York (Yorkshire - Royaume-Uni) a réalisé une étude pour recueillir l’expérience des patients atteints de dépression afin d’analyser les processus de changement suite au traitement additionnel par acupuncture ou par des conseils, ainsi que les facteurs ayant contribué au changement à long terme.


 

Voir en ligne : Hopton A, Eldred J, MacPherson H. Patients’ experiences of acupuncture and counselling for depression and comorbid pain : a qualitative study nested within a randomized controlled trial. BMJ Open. 2014 Jun 5 ;4(6) :e005144. doi : 10.1136/bmjopen-2014-005144

d'après Levoy Exil (Haïti)


Un sous-groupe de cinquante-deux patients a été sélectionné à partir des sept-cent-cinquante-cinq participants d’un essai contrôlé randomisé (ECR) atteints de dépression avec ou sans douleur. Les participants de l’ECR ont bénéficié d’acupuncture ou de conseils en plus du traitement standard pour la dépression. Le sous-groupe (28 femmes et 24 hommes âgés de 22 à 89 ans) a accepté de passer des entretiens téléphoniques semi-structurés pour analyse thématique. Ils ont reçu en moyenne onze séances (4-12) d’acupuncture ou dix séances (6-12) de conseil assisté. Les participants ont rapporté des effets spécifiques au traitement sur leur expérience de la dépression associée à la douleur par rapport à la dépression seule. Avec des symptômes physiques souvent liés à la fatigue et aux troubles du sommeil, les participants souffrant de dépression et de douleur avaient en général moins de ressources (internes et externes) disponibles pour gérer efficacement leur dépression par rapport à ceux souffrant uniquement de dépression.

Ceux qui avaient des symptômes physiques ont rapporté le bénéfice de l’acupuncture dans le cadre du traitement. Pour ceux qui recevaient des conseils, on mettait moins l’accent sur les symptômes physiques mais davantage sur l’aide pour acquérir une compréhension d’eux-mêmes et de leur situation. Au cours du traitement, la plupart des participants des deux groupes ont déclaré avoir reçu un soutien pour faire face à la dépression et à la douleur, indépendamment du traitement, avec un accent sur les changements de mode de vie et de comportement pertinents. L’établissement d’une relation thérapeutique et leur engagement actif en tant que participants ont été identifiés comme des éléments importants du traitement. La relation thérapeutique et l’engagement actif des participants dans la récupération peuvent jouer des rôles distincts dans la conduite du changement à long terme. Les patients qui souffrent à la fois de dépression et de symptômes physiques pourraient trouver un bénéfice à un recours de brève durée à l’acupuncture pour soulager les symptômes avant de poursuivre éventuellement, en cas de besoin, une prise en charge sous forme de conseils. Il est important d’identifier et de gérer les symptômes de douleur qui accompagnent souvent la dépression pour améliorer l’efficacité du traitement et le taux de rémission. D’après cette étude, les personnes souffrant de dépression apprécient une approche de soins individualisés et sont ouvertes à la valeur complémentaire des options de soins de santé telles que l’acupuncture et le conseil.

L’électroacupuncture est efficace dans le traitement de la dépression chez le rat modèle

Afin d’explorer de nouvelles options de traitement non invasif pour la dépression, des chercheurs chinois ont mené une étude préclinique pour examiner les effets de l’acupuncture électrique (EA) chez l’animal-modèle de stress, le rat Sprague-Dawley. La dépression a été induite par un stress modéré imprévisible chronique (UCMS pour Unpredictable Chronic Mild Stress), combiné à l’isolement pendant 21 jours. Les rats ont été soumis chaque jour de façon aléatoire à des situations de stress telles que : privation de nourriture (24 h), privation d’eau (24 h), litière humide (24 h), natation dans l’eau glacée à 4 ° C (5 min), position agrafée par la queue (5 min), choc électrique à 100V (2 mA, 5 min), inversion du cycle lumière / obscurité (12 h).


"FST" by TaoPan - Own work. Licensed under CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons - http://commons.wikimedia.org/wiki/File :FST.jpg#mediaviewer/File :FST.jpg

 

Voir en ligne : Mo Y, Yao H, Song H, Wang X, Chen W, Abulizi J, Xu A, Tang Y, Han X, Li Z. Alteration of Behavioral Changes and Hippocampus Galanin Expression in Chronic Unpredictable Mild Stress-Induced Depression Rats and Effect of Electroacupuncture Treatment. Evid Ba


Dix-huit rats Sprague-Dawley ont été répartis au hasard en trois groupes : groupe contrôle (ne recevant ni induction de stress UCMS et ni traitement par EA), groupe modèle (recevant UCMS mais sans être traité par EA), et groupe EA (recevant UCMS et traité par EA). Les rats du groupe traité ont reçu l’EA (1mA, 2 Hz pendant 20 minutes) une fois par jour pendant 21 jours. Deux points ont été sélectionnés : Baihui (20VG) et Yintang (29VG), selon les indications de la médecine traditionnelle chinoise pour traiter les maladies liées à l’esprit et au cerveau. Les effets de l’EA ont été évalués par le test de champ ouvert (permettant de mesurer une activité motrice de type anxiolytique), la consommation de sucre (pour mesurer un comportement de la dépression par l’évaluation de l’état hédonique ou capacité de procurer du plaisir), le poids corporel et le dosage de la galanine (GAL) dans l’hippocampe.

Les rats ont été sacrifiés au 22è jour pour la détection de l’expression de la GAL ARNm dans l’hippocampe. Les résultats ont montré au 21e jour une diminution de poids chez le groupe modèle par rapport au groupe contrôle, mais une augmentation significative du poids du groupe EA par rapport au groupe modèle. Ceci indique que les procédures de stress UCMS ont une influence négative sur le poids, mais qui a pu être neutralisée par l’EA. Concernant la consommation de sucre, les résultats ont montré que les rats des groupes modèle et EA ont perdu l’attirance pour le sucre après induction UCMS, mais l’EA a pu améliorer la situation. L’expression de la GAL ARNm du groupe modèle est significativement diminuée par rapport au groupe contrôle, tandis que celle du groupe EA est significativement supérieure à celle du groupe modèle. La GAL est un neuropeptide présent dans l’ensemble du système nerveux central, plus particulièrement dans l’hippocampe et l’hypothalamus. Elle participe à la régulation de nombreuses fonctions physiologiques au cours du processus de réaction au stress.

D’après cette étude, l’EA permet de réduire de façon significative le déficit des activités comportementales induites par UCMS par un mécanisme de modulation positive de l’expression de la galanine dans l’hippocampe.

La stimulation du hegu (4GI) objective l’effet spécifique de l’acupuncture selon la technique de la piqûre à l’opposé

La spécificité des points d’acupuncture est l’un des concepts clés de la théorie de l’acupuncture traditionnelle. La question est de savoir s’il existe des preuves scientifiques suffisantes pour prouver ou réfuter cette spécificité. Un aspect important de cette spécificité est la latéralité du point. Les données sont particulièrement rares concernant la latéralité des points homologues d’un même méridien, situés sur les côtés opposés du corps.

Selon la théorie de la médecine traditionnelle chinoise, la spécificité des points d’acupuncture est un principe essentiel, ce qui signifie que l’efficacité thérapeutique résulte principalement du choix correct du point. Cependant, dans le but de traiter une maladie particulière, rien ne permet de dire si l’on doit choisir le point latéralisé à droite plutôt que celui de gauche (par exemple 4GI droit ou gauche). Selon l’acupuncture expérimentale, la stimulation de points d’acupuncture spécifiques en vue d’une analgésie acupuncturale va favoriser la libération de substances analgésiques dans le système nerveux central tels que des peptides opioïdes etc., ce qui signifie que les points d’acupuncture bilatéraux auraient le même effet.

D’autre part, selon le chapitre 63 du Suwen, décrivant la piqûre miu, il est dit que « si une maladie est liée au côté gauche, le point de traitement est du côté droit, et vice versa », ce qui souligne que la stimulation des points d’acupuncture d’un côté latéral spécifique pourrait conduire à des avantages thérapeutiques dans les conditions spécifiques. Bref, ceci est à la base du concept de l’acupuncture controlatérale et permettrait d’affirmer la latéralité spécifique du point d’acupuncture. Il a déjà été constaté que la stimulation ipsilatérale de hegu (4GI) engendre une augmentation de la vascularisation dans le hegu controlatéral (4GI). En outre, l’augmentation de la vascularisation a été asymétrique, ce qui suggère que 4GI possède une latéralité de la distribution de sang. Une autre étude a objectivé que la stimulation du 6MC (neiguan) diffère selon que l’on puncture à droite ou à gauche, d’où également un effet latéralisé sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Le but de cette étude est d’explorer donc si la stimulation du 4GI des deux côtés engendre un effet différent sur la variabilité de la fréquence cardiaque.


Voir en ligne : Guangjun W, Yuying T, Shuyong J, Wenting Z, Weibo Z. Bilateral Hegu Acupoints Have the Same Effect on the Heart Rate Variability of the Healthy Subjects. Evid-Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014:106940. doi : 10.1155/2014/106940. Epub 2014 Jun 26.

Le but de cette étude est d’explorer si la stimulation de 4GI du côté droit peut entraîner un effet différent par rapport à celle du côté gauche sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Afin d’exclure le biais lié au sexe, vingt-huit jeunes femmes volontaires en bonne santé ont été recrutées et réparties au hasard dans le groupe I (n = 14 ; âge moyen : 26.14 ± 1.19) et le groupe II (n = 14 ; âge moyen : 25.93 ± 1.39) selon l’ordre d’inscription au moment du recrutement. Dans le groupe I, 4GI du côté gauche a été stimulé lors de la première séance et 4GI du côté droit a été stimulé lors de la deuxième séance, en laissant au moins huit jours entre les deux séances. Dans le groupe II, 4GI du côté droit a été stimulé en premier puis le côté gauche a été stimulé plus tard. L’aiguille, insérée dans une profondeur de 15 mm, a été tournée lentement toutes les 5 minutes au cours des 30 minutes de la séance d’acupuncture, afin de maintenir la sensation d’endolorissement et d’engourdissement liée au deqi.

L’ECG a été enregistré et la variabilité de la fréquence cardiaque a été analysée. Les résultats montrent qu’il n’y avait pas de différence significative de variabilité de la fréquence cardiaque entre les groupes I et II (aussi bien dans le domaine temporel que dans le domaine fréquentiel) lorsque la latéralité du point 4GI est explorée. Cette absence de latéralité du point 4GI sur la variabilité de la fréquence cardiaque est inattendue quand on la compare au point 6MC qui possède la latéralité. En effet, une étude approfondie antérieure a indiqué que l’acupuncture de 6MC produit une action différente sur la variabilité de la fréquence cardiaque en fonction de la latéralité droite ou gauche.

D’après les auteurs, une explication possible pourrait être donnée en se basant sur la théorie traditionnelle de l’acupuncture : 6MC est un des points d’acupuncture spécifiques cardiovasculaires le plus couramment utilisé dans les textes classiques. Alors que 4GI appartient au méridien Gros Intestin qui n’a pas pour fonction de moduler la fonction cardiovasculaire.