Neurologie

Fibromyalgie : l’acupuncture offre un faible niveau de preuve scientifique d’efficacité (grade C) selon les recommandations de gradation de l’HAS

Localisation des points sensibles répondant aux critères du Collège Américain de Rhumatologie pour la fibromyalgie (1990).Afin d’étudier l’efficacité et l’innocuité de la stimulation des points d’acupuncture dans le traitement de la fibromyalgie, une revue systématique a été réalisée par deux auteurs chinois. Les essais comparatifs randomisés (ECR) ont été recensés à partir de six bases de données jusqu’à la date de mai 2013. L’extraction des données et l’évaluation de la qualité des essais ont été menées de façon indépendante par les auteurs.

La fibromyalgie doit être diagnostiquée selon des critères reconnus. Le critère d’évaluation principal est la variation de l’intensité de la douleur. Les critères secondaires comportent l’amélioration des symptômes tels que la dépression, la qualité de vie et les événements indésirables. Il n’y avait pas de limitation de langue ou de type de publication. Finalement seize ECR, ayant inclus 1081 personnes, ont été retenus pour l’analyse.

Parmi ces seize ECR, seulement deux essais ont été évalués comme présentant un faible risque de biais. Treize ECR ont été publiés en anglais dans des revues scientifiques, et quatre autres ont été publiés en chinois.

La méta-analyse réalisée objective l’existence de faibles niveaux de preuves montrant que l’acupuncture seule ou combinée à la thérapie par ventouses est plus efficace que les médicaments classiques (antipyrétiques, antidépresseurs ou analgésiques) sur la réduction de la douleur et sur l’amélioration des symptômes liés à la fibromyalgie comme la dépression ou la fatigue.

Cependant, l’acupuncture ne semble pas avoir un meilleur effet que l’acupuncture simulée pour soulager la douleur chez les patients atteints de fibromyalgie. Aucun événement indésirable grave lié à l’acupuncture n’a été rapporté. D’autres ECR de plus grands effectifs et mieux conçus sont nécessaires pour confirmer les résultats. Manque de puissance et de rigueur méthodologique dans les ECR sont les caractéristiques de la méta-analyse concernant la fibromyalgie.


 

Voir en ligne : Cao H, Li X, Han M, Liu J. Acupoint Stimulation for Fibromyalgia : A Systematic Review of Randomized Controlled Trials. Evid Based Complement Alternat Med. 2013 ;2013:362831. Epub 2013 Dec 17.

 

Restructuration du réseau cérébral moteur dans le traitement de l’AVC par acupuncture

Différentes interventions thérapeutiques peuvent induire un remodelage de l’architecture du réseau du système nerveux moteur après accident vasculaire cérébral (AVC). Il a été prouvé que l’acupuncture peut avoir une efficacité prometteuse dans la récupération motrice suite à un AVC. Cependant, il est difficile de savoir si la réorganisation motrice du réseau cérébral grâce à l’acupuncture est corrélée avec la durée d’installation de l’AVC et à la gravité du déficit initial.


 

Voir en ligne : Bai L, Tao Y, Wang D, Wang J, Sun C, Hao N, Chen S, Lao L. Acupuncture Induces Time-Dependent Remodelling Brain Network on the Stable Somatosensory First-Ever Stroke Patients : Combining Diffusion Tensor and Functional MR Imaging. Evid-Based Complement Al

IRMf avant et après deux semaines d'acupuncture - analyse de la FA.


Une étude a été réalisée chez neuf patients (7 hommes et 2 femmes ; âge moyen : 57,7 +/- 9.92 ans) pour déterminer par IRM fonctionnelle (IRMf) la relation entre l’organisation motrice du cerveau après un traitement par acupuncture et les changements de l’ultrastructure de la substance blanche. Les critères de recrutement ont été : récupération stable de l’AVC ; premier épisode d’AVC compris entre 2 et 12 semaines ; cognition suffisante pour exécuter des ordres simples (Score Mini-Mental State Examination MMSE> 21). Sont exclus de l’étude les patients avec : infarctus bilatéraux, AVC récurrents, antécédents d’alcool ou de drogue, antécédents d’épilepsie ou autre maladie neurologique ou troubles psychiatriques, déficits cognitifs graves, aphasie globale, et contre-indications à l’IRM. Les patients comme les sujets contrôles (appariés en âge et sexe) sont à dominance droite. Les huit sujets contrôles (6 hommes et 2 femmes ; âge moyen : 51,6 + 4,8 ans) ont un examen neurologique normal. Ils n’ont pas d’antécédents d’épilepsie ou d’autres maladies neurologiques ou troubles psychiatriques. Une aiguille a été insérée verticalement au point 34VB (jambe gauche) à une profondeur de 2-3 cm, et stimulée de façon équilibrée entre « stimulation et dispersion ». L’aiguille est tournée à droite puis à gauche pendant 1 min à une vitesse de 60 fois/min. La procédure a été réalisée par le même acupuncteur pour tous les participants.

Deux séances à deux semaines d’intervalle ont été effectuées afin d’analyser la différence de réponse induite par l’acupuncture au niveau du cerveau en phase de récupération. Les résultats ont montré que chez les patients AVC, l’acupuncture entraîne une réorganisation du réseau moteur après la survenue de l’AVC. L’acupuncture peut induire une augmentation de la connectivité fonctionnelle entre le cortex gauche primaire moteur (M1) et le droit M1, le cortex pré-moteur, l’aire motrice supplémentaire (AMS), le thalamus et le cervelet. Après deux semaines de récupération, la connectivité fonctionnelle accrue de la M1 gauche a été plus largement distribuée et située principalement dans l’insula, le cervelet, les ganglions de la base et l’AMS. Par ailleurs, il existe une relation négative significative entre la valeur FA* (fraction anisotropique) dans le M1 à gauche à la numérisation de base et le noeud central de cette région après traitement par acupuncture, à la fois au début et après deux semaines de récupération. Ces résultats apportent un nouvel éclairage sur la compréhension de la théorie de la réorganisation des troubles moteurs suite à des lésions cérébrales chez les patients victimes d’AVC.

*FA mesure le degré d’organisation des faisceaux de substance blanche. C’est un des index qui peuvent être calculés. FA évalue le degré avec lequel les molécules d’eau diffusent dans une seule direction.

Myasthénie oculaire associée à une anosmie : une analyse selon la Médecine Traditionnelle Chinoise

Les auteurs de l’Université de Médecine Chinoise de Pékin rapportent le cas d’un homme de 76 ans atteint d’anosmie idiopathique depuis deux ans. Quatre mois avant de venir consulter, un ptosis de la paupière droite est apparu avec douleur musculaire, distension et douleur dans la nuque. En médecine occidentale, a été porté le diagnostic d’anosmie idiopathique et myasthénie auto-immune oculaire (myasthénie gravis) avec anticorps anti-MuSK. Le MuSK ou Muscle-Specific Kinase est un récepteur kinase intervenant dans la formation de récepteurs cholinergiques au niveau des jonctions neuromusculaires. Selon la MTC, le ptosis de la paupière et l’anosmie sont les principaux signes d’insuffisance du Foie et de déficience de la Rate.


 

Voir en ligne : Chen Y, Wang L, Zhou L, Gao Y. Ocular myasthenia gravis accompanied by anosmia. J Tradit Chin Med. 2016 Feb ;36(1):125-30.

L’examen a montré une langue rouge-sombre avec un enduit mince et blanc. Le pouls était fin et glissant. Si la myasthénie oculaire se manifeste principalement comme un ptosis de la paupière, elle est considérée comme liée à l’invasion d’énergies perverses exogènes et au dysfonctionnement des Poumons, de la Rate, du Foie et des Reins. L’anosmie serait un symptôme précoce de la myasthénie. Bien que le nez représente une ouverture des Poumons, il peut être assimilé à la Terre en raison de son emplacement extérieur. Le nez a ainsi une relation étroite avec les Poumons et la Rate. L’olfaction peut aussi être influencée par le Cœur, le Foie et les Reins.

Les Poumons gouvernent le qi, contrôlent la respiration, avec une ouverture au nez. Si les agents pathogènes exogènes attaquent les Poumons et si les Poumons ne parviennent pas à distribuer correctement les fluides, alors les organes internes, les quatre membres, les tendons et les vaisseaux manqueront de nourriture, entraînant la myasthénie. La stagnation du qi des Poumons au niveau du nez entraîne une perte d’olfaction. La Rate qui régit les muscles est la source de génération de qi et de Sang. Une Rate ayant suffisamment de qi permet de fournir un qi abondant, un Sang abondant et des muscles robustes. Cependant, l’insuffisance du qi de la Rate l’empêche de bien jouer son rôle nourricier de transport et de transformation des fluides pour distribuer les éléments nutritifs vers toutes les parties du corps. La faiblesse et la myasthénie se produiront si le qiet le Sang sont en insuffisance. Le manque de « nourriture » au niveau du nez conduira à une anosmie. Le Foie stocke le Sang, s’ouvre par les yeux et est associé aux tendons. Les contraintes dans le qi du Foie, la carence en Sang du Foie et la malnutrition des tendons et des vaisseaux vont entraîner une faiblesse et un flétrissement du corps. L’insuffisance du qi peut provoquer une inhibition de l’ouverture de la cavité nasale. Les Reins régissent les Os, produisent la moelle osseuse et stockent le yin et le yang primordiaux. En cas d’insuffisance de l’énergie primordiale innée, de maladie prolongée ou de vieillissement, il y a carence de yin et de yang des Reins. Si les Reins ne parviennent pas à nourrir les tendons, les os et les muscles, la myasthénie se produira. Par conséquent, en termes de MTC, la myasthénie et l’anosmie ont les mêmes étiologies et mécanismes physiopathologiques, et peuvent ainsi se manifester simultanément.

Dans la maladie d’Alzheimer, l’acupuncture peut être efficace

l'acupuncture améliore de façon statistiquement significative les résultats sur l'échelle Mini Mental State Examination (MMSE) avec une différence moyenne standardisée à modèle aléatoire (SMD) égale à 1,05 (IC 95%, 0,16 à 1,93). Cependant, il existe une grande hétérogénéité des six ECR (I² = 57% ; p=0,04).

L’utilisation de l’acupuncture pour traiter la maladie d’Alzheimer a augmenté en fréquence ces dernières années. Cette revue systématique de la littérature et la méta-analyse qui s’ensuit, a pour but d’évaluer l’efficacité et la sécurité de l’utilisation de l’acupuncture dans cette pathologie. Elle a été réalisée à partir des essais contrôlés randomisés retrouvés dans le Registre central des essais contrôlés, PubMed, Medline, Embase, PsycINFO, la littérature de biomédecine chinoise (CBM) et les bases de données médicales chinoises (CMCC et CNKI) de leur création à juin 2014. Dix essais comparatifs randomisés (ECR) pour un total de 585 participants ont été inclus dans la méta-analyse (ECR avec des populations étudiées variant de seize à quarante-neuf personnes).

La durée du traitement varie de quatre à vingt-quatre semaines. Les points les plus couramment utilisés : baihui (VG20) et zusanli (ES36) avec une incidence de 40% parmi ces 10 ECR et Xuehai (RA10) et Sishencong (EX1) dans 30% des 10 ECR. Les autres points utilisés : taixi (RE3), dazhui (VG14), danzhong (VC17), zhongwan (VC12), qihai (VC6), waiguan (TR5), xuanzhong (VB39), neiguan (MC6), shenshu (VE23), yintang (VG29), sanyinjiao (RA6) et dazhong (RE4), ainsi que la craniopuncture et deux points d’acupuncture expérimentaux "xiu sanzhen" et "si shenzhen".

Les résultats combinés de six essais ont objectivé que, versus le traitement médicamenteux, l’acupuncture améliore de façon statistiquement significative les résultats sur l’échelle Mini Mental State Examination (MMSE) avec une différence moyenne standardisée à modèle aléatoire (SMD) égale à 1,05 (IC 95%, 0,16 à 1,93). Cependant, il existe une grande hétérogénéité des six ECR (I²  = 57% ; p=0,04). De même, les résultats de trois ECR montrent que l’acupuncture associée au donépézil est plus efficace que le donépézil seul dans l’amélioration du score MMSE (SMD à modèle fixe = 2,37 ; IC 95% : 1,53 à 3,21 ; pas d’hétérogénéité (I²  = 11% ; p=0,32). Sur cent-quarante et un essais cliniques, deux études ont rapporté des effets indésirables liés à l’acupuncture. Sept des 3416 patients ont eu des effets indésirables liés à l’acupuncture pendant ou après le traitement mais les réactions ont été décrites comme tolérables et bénignes.

En conclusion, en terme d’amélioration de la fonction cognitive, l’acupuncture peut être plus efficace que les médicaments et peut même augmenter leur effet dans le traitement de la maladie d’Alzheimer. L’acupuncture peut également être plus efficace que la thérapeutique usuelle dans l’amélioration de la capacité des patients à mener à bien leur vie quotidienne. En outre, l’acupuncture est sans danger. Néanmoins, il est nécessaire de confirmer ces différentes données par des ECR de meilleure qualité méthodologique, avec un processus de randomisation et de mise en insu de la répartition de la population étudiée plus rigoureusement contrôlé et décrit. Il est également nécessaire que ces ECR offrent davantage d’informations concernant le diagnostic de la maladie d’Alzheimer avec une mesure du degré de volume d’atrophie hippocampique mesurée par IRM. Enfin la population étudiée doit être plus importante.


 

Voir en ligne : Zhou J, Peng W, Xu M, Li W, Liu Z. The effectiveness and safety of acupuncture for patients with Alzheimer disease : a systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Medicine (Baltimore). 2015 Jun ;94(22)

Méridiens Medline du 10 mai 2015 au 25 octobre 2015 (Essais contrôlés randomisés, méta-analyses, revues systématiques et recommandations)

 

Une méta-analyse objective l’efficacité de l’acupuncture dans la maladie de Parkinson

La maladie de Parkinson (MP) est la deuxième maladie neurodégénérative chronique et progressive la plus courante. L’utilisation à long terme du traitement classique, la lévodopa entraîne une perte d’efficacité et des complications. Par conséquent, de nombreux patients atteints de MP ont recours à des thérapies complémentaires comme l’acupuncture, la plus souvent utilisée, pour soulager leurs symptômes. Cette revue systématique et méta-analyse évalue les preuves concernant son efficacité dans l’amélioration des symptômes. Sept bases de données, à savoir Medline, Embase, la bibliothèque Cochrane, China National Knowledge Infrastructure (CNKI) et trois bases de données médicales coréennes, ont été utilisées depuis leur création jusqu’en août 2015 sans restrictions linguistiques. Les essais comparatifs randomisés (ECR) ont été inclus s’ils contiennent des données concernant l’apport de l’acupuncture dans le Parkinson versus aucun traitement et traitement conventionnel seul ou acupuncture plus traitement conventionnel par rapport au traitement conventionnel seul. Les évaluations ont été effectuées avec les échelles de notation unifiées de maladie de Parkinson, UPDRS (Unified Parkinson’s Disease Rating Scale score) I, II, III et IV et le score total, l’échelle Webster et le taux d’efficacité. La qualité méthodologique a été évaluée à l’aide de l’échelle de kinésithérapie, Physiotherapy Evidence Database (PEDro) et celle du risque de biais Cochrane (ROB). Au total, 982 articles potentiellement pertinents ont été identifiés ; 25 ECR ont atteint le critère d’inclusion ; 19 des 25 ECR étaient des études de haute qualité. Les ECR inclus ont montré des résultats favorables pour l’acupuncture associée au traitement conventionnel par rapport au traitement conventionnel seul dans les UPDRS II, III et IV et le taux d’efficacité. Par ailleurs, l’acupuncture a été bénéfique pour soulager les symptômes de la maladie de Parkinson par rapport à aucun traitement et traitement conventionnel seul. En conclusion, cette revue systématique et cette méta-analyse objectivent que l’acupuncture possède des effets positifs significatifs dans l’amélioration des symptômes de la maladie de Parkinson et se doit d’être considérée comme complémentaire du traitement conventionnel dans le cadre de la médecine intégrative.


 

Voir en ligne : Lee SH, Lim S. Clinical effectiveness of acupuncture on Parkinson disease : A PRISMA-compliant systematic review and meta-analysis. Medicine (Baltimore). 2017 ;96(3) :e5836