Rhumatologie

Traitement de la gonarthrose chronique par moxibustion

Une équipe coréenne a réalisé une étude multicentrique contrôlée randomisée, sans insu (étude ouverte) et en groupes parallèles, pour évaluer l’innocuité et l’efficacité de la moxibustion sur la douleur et sur la fonction dans la gonarthrose chronique (GC). L’essai a inclus 212 patients atteints de GC âgés de 40 à 70 ans.


 

Voir en ligne : Kim TH et al. Moxibustion Treatment for Knee Osteoarthritis : A Multi-Centre, Non-Blinded, Randomised Controlled Trial on the Effectiveness and Safety of the Moxibustion Treatment versus Usual Care in Knee Osteoarthritis Patients. PLoS One. 2014 Jul 25 ;9(7

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IRM de l’arthrose du genou

Le degré de gravité est déterminé selon la classification radiologique de sévérité de la gonarthrose de Kellgren-Lawrence. Les participants sont répartis de façon aléatoire en deux groupes de traitement. Le groupe « moxibustion » comporte 102 patients (dont 73 avec forme bénigne ; 29 avec formes modérée à sévère). Dans le groupe « soins standard habituels », il y a 110 patients (dont 77 avec forme bénigne ; 33 avec formes modérée à sévère). La durée du traitement est de 4 semaines. L’évaluation de l’efficacité, réalisée aux 5e et 13e semaines, utilise le questionnaire Korean Western Ontario et McMaster Universities (K-WOMAC), l’échelle d’auto-évaluation de la qualité de vie liée à la santé SF-36, l’échelle de Beck (BDI : Beck Depression Inventory), le test de performance physique et l’échelle numérique de notation de la douleur. Le critère principal est basé sur le Score global K-WOMAC à 5 semaines. La moxibustion est pratiquée 3 fois par semaine pendant 4 semaines, de façon unilatérale ou bilatérale si le patient souffre des deux genoux. Les points utilisés sont les 6 points d’acupuncture choisis selon la médecine traditionnelle coréenne (36E, 35E, 34E, 9Rt, Ex-LE04 et 10Rt) et les points Ashi (2 points au maximum). A chaque séance de traitement, un total de trois cônes de moxibustion est appliqué indirectement aux points d’acupuncture. Chaque cône de moxibustion brûlé est maintenu en place pendant environ 5 à 10 minutes, puis enlevé lorsque le patient ne peut plus tolérer la stimulation. Les moxas sont sans fumée, dans un dispositif en papier de forme cylindrique (diamètre de 1,9 cm et longueur de 2,1 cm. Il n’y a pas de contact direct entre la moxibustion et la peau.

Les résultats ont montré que le critère principal est amélioré pour le groupe à forme bénigne, mais pas pour le groupe de formes modérée à sévère. À 13 semaines, la moxibustion a considérablement amélioré le score global K-WOMAC. La moxibustion améliore les scores de SF-36, la composante physique (p = 0,0299), la douleur physique (p = 0,0003), l’Echelle d’Évaluation Globale de Fonctionnement physique (p = 0,0025) et de fonctionnement social (p = 0,0418) à 5 semaines, avec aucune différence dans la composante mentale à 5 et à 13 semaines. Le score de dépression BDI n’a montré aucune différence (p = 0,34) à 5 semaines. Au cours de 1158 traitements de moxibustion, 121 événements indésirables ont été notés : brûlures de premier degré (n = 6) et de second degré (n = 113), prurit et fatigue (n = 2).

La moxibustion peut améliorer la douleur, la fonction et la qualité de vie des patients atteints de GC, mais les effets indésirables sont fréquents. Les limitations de cette étude résident en l’absence d’insu (que ce soit en simple ou double aveugle) et de groupe contrôle.


Iconographie réalisée par Knorpelaufbrauch, sous licence CC BY-SA 3.0 disponible http://commons.wikimedia.org/wiki/File :Gonarthrose-Knorpelaufbrauch.jpg#mediaviewer/File :Gonarthrose-Knorpelaufbrauch.JPG

Traitement de la douleur utilisant uniquement les points d’acupuncture localisés au poignet et à la cheville

Les points situés sur les poignets et les chevilles sont des points essentiels de l’acupuncture traditionnelle chinoise, mais rarement utilisés dans le seul but du traitement de la douleur. La thérapie selon la différenciation des syndromes (bianzhenlunzhi) les utilise également mais d’autres aiguilles peuvent être placées à différents endroits disséminés sur tout le corps. Le professeur Zhang Xinshu, dans les années 1970, a développé une nouvelle technique d’acupuncture sous-cutanée (APC pour Acupuncture au Poignet et à la Cheville) avec insertion des aiguilles uniquement au niveau du poignet et de la cheville afin de traiter un éventail de problèmes relatifs à l’organisme entier, notamment les symptômes de douleur. Dans l’APC, la recherche de la sensation de deqi n’est pas nécessaire. Cette technique est moins acceptée en tant que thérapie complémentaire dans les autres pays en dehors de la Chine. Ceci explique pourquoi la quasi-totalité de la littérature sur l’APC antalgique est publiée en chinois.


 

Voir en ligne : Zhu LB, Chan WC, Lo KC, Yum TP, Li L. Wrist-Ankle Acupuncture for the Treatment of Pain Symptoms : A Systematic Review and Meta-Analysis. Evid Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014:261709. doi : 10.1155/2014/261709. Epub 2014 Jul 15.


Une revue systématique a été réalisée par une équipe de l’Université de Hong Kong pour évaluer l’efficacité et les éventuels effets indésirables liés à l’APC, utilisée seule ou comme traitement adjuvant pour soulager la douleur. Dans cette méta-analyse, l’APC ou le traitement adjuvant par APC a été comparé avec les thérapies suivantes : médicaments selon la pharmacopée occidentale (PO), l’acupuncture simulée (sham-A), ou l’acupuncture en d’autres points du corps (AC). Les essais contrôlés randomisés (ECR) ont été recherchés de façon systématique dans les bases de données par deux auteurs indépendants.

Trente-trois ECR ont été inclus, dont 7 ECR retenus pour la méta-analyse. Il a été constaté que l’APC ou l’APC comme traitement adjuvant est significativement plus efficace que la PO ou sham-A ou AC dans le traitement symptomatique de la douleur. Concernant les effets indésirables, aucune différence entre APC et sham-A n’a été observée, et avec moins d’effets indésirables pour l’APC comparée à la pharmacopée occidentale. Les effets indésirables de l’APC sont essentiellement l’hémorragie sous-cutanée liée à l’insertion de l’aiguille. D’autres études conçues avec une meilleure méthodologie et incluant un plus grand échantillon sont nécessaires néanmoins pour confirmer l’efficacité de l’APC.

La thérapie par « acupuncture-mouvement » est efficace dans la lombalgie aiguë

Les étirements et les entorses des muscles de la région lombaire sont une cause fréquente de lombalgie. L’entorse lombaire (lumbago) se produit en cas de tension excessive appliquée à un muscle ou à un ligament de la région lombaire, pouvant causer une lésion des muscles, du fascia, des ligaments ou des facettes articulaires intervertébrales. Elle peut survenir suite à un soulèvement ou un transport d’un poids trop lourd, une mauvaise posture, un faux mouvement ou une préparation insuffisante avant l’exercice. Une équipe chinoise (Universités de Ninxia et de Fujian) a réalisé un essai contrôlé randomisé pour évaluer l’effet de la thérapie « acupuncture-mouvement » par rapport à l’acupuncture conventionnelle dans le traitement du lumbago.


 

Voir en ligne : Lin R, Zhu N, Liu J, Li X, Wang Y, Zhang J, Xi C. Acupuncture-movement therapy for acute lumbar sprain : a randomized controlled clinical trial. J Tradit Chin Med. 2016 Feb ;36(1):19-25.

 Une équipe chinoise (Universités de Ninxia et de Fujian) a réalisé un essai contrôlé randomisé pour évaluer l’effet de la thérapie « acupuncture-mouvement » par rapport à l’acupuncture conventionnelle dans le traitement du lumbago. Soixante patients (39 hommes, 21 femmes) âgés de 22 à 58 ans ont été inclus. Les critères d’inclusion ont été : âge compris entre 20 à 60 ans, lumbago datant de ≤ 3 jours, douleur modérée à sévère (scores EVA ≥ 4), absence de chirurgie rachidienne, absence de traitement par acupuncture pour lombalgie aiguë au cours du mois précédent, et aucun traitement depuis le début du lumbago. Ils ont été répartis de façon aléatoire dans quatre groupes : acupuncture-mouvement (AM), acupuncture simulée-mouvement (ASM), acupuncture classique (AC), et neurostimulation électrique transcutanée (TENS).

Les patients du groupe AM sont traités par acupuncture au point yintang (EX-HN 3) et par exercice physique de la région lombaire pendant la séance d’acupuncture. Les patients du groupe ASM sont traités par acupuncture simulée au point yintang et exercice physique. Dans le groupe TENS, on applique la stimulation électrique transcutanée par des électrodes de 10x5 cm sur la zone douloureuse lombaire avec une fréquence moyenne (non donnée mais estimée à 50 Hz, 30mA d’intensité, 50µs de durée d’impulsion). La durée du traitement est de 20 mn. Tous les patients reçoivent le traitement en même temps. Ils ont été évalués avant et après traitement. Le critère d’évaluation principal est l’intensité de la douleur, évaluée par l’échelle visuelle analogique (EVA). Le critère secondaire est la limitation du mouvement causée par le lumbago, évaluée par le questionnaire de Roland Morris (QRM) : 0-24 points, avec 24 indiquant la limitation la plus sévère.

Les patients réalisent des auto-évaluations (EVA et QRM) immédiatement après et 24 h après le traitement, Le programme d’exercices lombaires (flexion, étirement et rotation) est prescrit en fonction de l’état de chaque patient. Après insertion de l’aiguille au point yintang (EX-HN 3), le thérapeute demande au patient de se lever, en se tenant derrière lui pour soutenir avec les deux mains le bas de son dos. Il demande au patient de faire des exercices d’amplitude croissante à une vitesse croissante dans les limites de son endurance. Lorsque le patient commence à sentir ses muscles lombaires se détendre suffisamment, il est encouragé à effectuer des mouvements de flexion, d’étirements et de rotation. Les exercices sont pratiqués pendant 20 minutes, jusqu’à la fin de la séance d’acupuncture. Après traitement, les patients traités par AM ont rapporté des scores EVA et QRM significativement inférieurs à ceux relevés avant traitement. Immédiatement après et 24 h après le traitement, le score RMQ du groupe AM était inférieur à celui des autres groupes.

Ces résultats indiquent que l’acupuncture-mouvement peut soulager immédiatement la douleur lombaire et a un bon effet analgésique à long terme.

L’auriculothérapie semble efficace dans l’antalgie

L’objectif de cette revue systématique et méta-analyse est d’évaluer l’efficacité de l’auriculothérapie dans la douleur en incluant un groupe témoin placebo. Des essais comparatifs randomisés (ECR) ont été identifiés par recherche sur bases de données médicales (Medline, Cochrane, China Académic Journals etc.) jusqu’en mai 2013. Le critère de jugement est le score d’intensité de la douleur. Vingt-deux ECR ont été identifiés et treize ECR ont été inclus pour la méta-analyse. Dans ces études, l’auriculothérapie montre une action antalgique statistiquement significative par rapport à un groupe placebo ou un groupe témoin. Les différences moyennes standardisées globales (SMD) étaient de -1,59 (IC 95% [-2,36, -0,82]) (13 ECR, N= 806), ce qui indique que la diminution moyenne du score de douleur dans le groupe d’auriculothérapie était 1,59 écart-type supérieur à celle du groupe placebo. En termes d’efficacité des différentes méthodes de traitement, l’acupression auriculaire objective la plus grande force de preuve dans l’antalgie, suivie par l’acupuncture auriculaire. Par contre, la stimulation électroacupuncturale n’a pas montré des preuves statistiquement significatives de son efficacité, ce qui peut être dû à la petite taille de l’échantillon (seuls dix-neuf sujets ont été inclus). En conclusion, même si cette méta-analyse objective une efficacité de l’auriculothérapie dans l’antalgie à un niveau de grade de recommandation B (présomption scientifique) selon la Haute Autorité de Santé françaises, d’autres ECR à plus grande échelle et de plus grande puissance sont nécessaires pour déterminer une preuve scientifique d’efficacité établie, surtout qu’il existe une grande hétérogénéité des ECR.


Voir en ligne : Yeh CH, Chiang YC, Hoffman SL, Liang Z, Klem ML, Tam WW, Chien LC, Suen LK. Efficacy of auricular therapy for pain management : a systematic review and meta-analysis. Evid Based Complement Alternat Med. 2014

Sténose du canal lombaire : l’acupuncture est une option valable

 

Les personnes souffrant de sténose du canal lombaire (SCL) présentent un éventail de symptômes appelé la claudication intermittente radiculaire. Celle-ci survient donc à la marche avec des douleurs et des troubles de la sensibilité au niveau des membres inférieurs, associés parfois à une faiblesse musculaire. S’installant progressivement, cela oblige le patient à s’arrêter après un certain périmètre de marche, de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres. La douleur cède rapidement avec le repos en position assise, pour réapparaître à la marche pour un même périmètre. La chirurgie constitue une option thérapeutique. Les autres options de prise en charge conservatrice non chirurgicale comportent des approches telles que acupuncture, kinésithérapie, exercice, attelles et infiltrations épidurales lombaires. Une étude ouverte comparant trois types de prise en charge conservatrice (médicaments avec acétaminophène, exercice et acupuncture) chez des patients japonais atteints de SCL a été réalisée.


 

Voir en ligne : Oka H, Matsudaira K, Takano Y, Kasuya D, Niiya M, Tonosu J, Fukushima M, Oshima Y, Fujii T, Tanaka S, Inanami H. A comparative study of three conservative treatments in patients with lumbar spinal stenosis : lumbar spinal stenosis with acupuncture and phys

L’essai a inclus 119 patients répartis dans trois groupes : Médicaments (n=38=), Exercice (n=40) ou Acupuncture (n=41). Aucun patient n’a subi de traitement chirurgical au cours de la période d’étude. Les principaux critères d’évaluation ont été les scores du questionnaire de claudication de Zurich (ZCQ) avant et après quatre semaines de traitement. L’acupuncture est effectuée cinq fois par mois : deux fois la première semaine et une fois par semaine les trois semaines suivantes.

Les points utilisés ont été : 23V (shenshu) à une profondeur d’insertion de 2 cm ; 25V (dachangshu) à une profondeur de 2 cm ; 53V (hoko) à une insertion de 4 cm ; 54V (zhibian) avec une profondeur d’insertion de 4 cm ; 40V (weizhong) ; 34VB (yanglingquan) ; 57V (shengshan). Dans les trois groupes, le loxoprofène (jusqu’à trois fois par jour) ou le celécoxib (jusqu’à deux fois par jour) ont pu être utilisés à la demande en cas de douleur. Le médicament ne devait pas être pris néanmoins le jour même et la veille de la visite pour l’évaluation de l’efficacité.

Les résultats ont montré que les scores de sévérité des symptômes ZCQ se sont améliorés significativement après traitement dans les trois groupes Médicaments (p=0,048), Exercice (p=0,003) et Acupuncture (p=0,04). Le score de la fonction physique s’est amélioré significativement dans le groupe Acupuncture (p=0,045) mais pas dans les groupes Médicament (p=0,20) et Exercice (p=0,29). La réduction moyenne du score ZCQ pour la fonction physique était significativement plus grande pour le groupe Acupuncture que pour le groupe Exercice. Le score ZCQ moyen concernant la satisfaction au traitement était significativement plus élevé pour le groupe Acupuncture versus celui du groupe Médicaments. Ainsi, il apparaît nettement que l’acupuncture est significativement plus efficace que l’exercice physique selon le score de la fonction physique du ZCQ, et plus efficace que le médicament selon le score de satisfaction.