Cardiologie

La moxibustion est efficace dans l’hypertension artérielle systolique


Dans l’indication de l’hypertension artétielle, une revue systématique des essais contrôlés randomisés (ECR) a évalué l’efficacité de la moxibustion par Artemisia vulgaris du point 1R (yongquan) par rapport aux médicaments antihypertenseurs. Six bases de données incluant PubMed, la Cochrane Center Controlled Trials Register (2013), EMBASE (1980–2013), Chinese National Knowledge Infrastructure (CNKI, 1979–août 2013), Chinese Scientific Journal Database (VIP, 1989–août 2013) et Wanfang Med Online Database (WMOD, 1998– août 2013) ont permis de rechercher tous les ECR de type moxibustion versus médicaments antihypertensifs publiés de 1980 à août 2013. Une méta-analyse a montré des effets supérieurs de la moxibustion associée aux antihypertenseurs sur la pression artérielle systolique (WMD : -4,91 ; -7,54, -2,28 ; p = 0,0003), mais pas d’efficacité supérieure de la moxibustion versus antihypertenseurs sur la pression artérielle diastolique (WMD : -6.38 ; -17,17, 4.41 ; p = 0,25). En conclusion, il existe un effet bénéfique de l’utilisation de la moxibustion sur 1R dans la baisse de la pression artérielle par rapport aux médicaments antihypertenseurs. Cependant, les résultats sont influencés par une hétérogénéité en rapport avec des différences existant dans la conception des ECR.


 

Voir en ligne : Yang X, Xiong X, Yang G, Wang J. Effectiveness of Stimulation of Acupoint KI 1 by Artemisia vulgaris (Moxa) for the Treatment of Essential Hypertension : A Systematic Review of Randomized Controlled Trials. Evid Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014

La stimulation du hegu (4GI) objective l’effet spécifique de l’acupuncture selon la technique de la piqûre à l’opposé

La spécificité des points d’acupuncture est l’un des concepts clés de la théorie de l’acupuncture traditionnelle. La question est de savoir s’il existe des preuves scientifiques suffisantes pour prouver ou réfuter cette spécificité. Un aspect important de cette spécificité est la latéralité du point. Les données sont particulièrement rares concernant la latéralité des points homologues d’un même méridien, situés sur les côtés opposés du corps.

Selon la théorie de la médecine traditionnelle chinoise, la spécificité des points d’acupuncture est un principe essentiel, ce qui signifie que l’efficacité thérapeutique résulte principalement du choix correct du point. Cependant, dans le but de traiter une maladie particulière, rien ne permet de dire si l’on doit choisir le point latéralisé à droite plutôt que celui de gauche (par exemple 4GI droit ou gauche). Selon l’acupuncture expérimentale, la stimulation de points d’acupuncture spécifiques en vue d’une analgésie acupuncturale va favoriser la libération de substances analgésiques dans le système nerveux central tels que des peptides opioïdes etc., ce qui signifie que les points d’acupuncture bilatéraux auraient le même effet.

D’autre part, selon le chapitre 63 du Suwen, décrivant la piqûre miu, il est dit que « si une maladie est liée au côté gauche, le point de traitement est du côté droit, et vice versa », ce qui souligne que la stimulation des points d’acupuncture d’un côté latéral spécifique pourrait conduire à des avantages thérapeutiques dans les conditions spécifiques. Bref, ceci est à la base du concept de l’acupuncture controlatérale et permettrait d’affirmer la latéralité spécifique du point d’acupuncture. Il a déjà été constaté que la stimulation ipsilatérale de hegu (4GI) engendre une augmentation de la vascularisation dans le hegu controlatéral (4GI). En outre, l’augmentation de la vascularisation a été asymétrique, ce qui suggère que 4GI possède une latéralité de la distribution de sang. Une autre étude a objectivé que la stimulation du 6MC (neiguan) diffère selon que l’on puncture à droite ou à gauche, d’où également un effet latéralisé sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Le but de cette étude est d’explorer donc si la stimulation du 4GI des deux côtés engendre un effet différent sur la variabilité de la fréquence cardiaque.


Voir en ligne : Guangjun W, Yuying T, Shuyong J, Wenting Z, Weibo Z. Bilateral Hegu Acupoints Have the Same Effect on the Heart Rate Variability of the Healthy Subjects. Evid-Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014:106940. doi : 10.1155/2014/106940. Epub 2014 Jun 26.

Le but de cette étude est d’explorer si la stimulation de 4GI du côté droit peut entraîner un effet différent par rapport à celle du côté gauche sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Afin d’exclure le biais lié au sexe, vingt-huit jeunes femmes volontaires en bonne santé ont été recrutées et réparties au hasard dans le groupe I (n = 14 ; âge moyen : 26.14 ± 1.19) et le groupe II (n = 14 ; âge moyen : 25.93 ± 1.39) selon l’ordre d’inscription au moment du recrutement. Dans le groupe I, 4GI du côté gauche a été stimulé lors de la première séance et 4GI du côté droit a été stimulé lors de la deuxième séance, en laissant au moins huit jours entre les deux séances. Dans le groupe II, 4GI du côté droit a été stimulé en premier puis le côté gauche a été stimulé plus tard. L’aiguille, insérée dans une profondeur de 15 mm, a été tournée lentement toutes les 5 minutes au cours des 30 minutes de la séance d’acupuncture, afin de maintenir la sensation d’endolorissement et d’engourdissement liée au deqi.

L’ECG a été enregistré et la variabilité de la fréquence cardiaque a été analysée. Les résultats montrent qu’il n’y avait pas de différence significative de variabilité de la fréquence cardiaque entre les groupes I et II (aussi bien dans le domaine temporel que dans le domaine fréquentiel) lorsque la latéralité du point 4GI est explorée. Cette absence de latéralité du point 4GI sur la variabilité de la fréquence cardiaque est inattendue quand on la compare au point 6MC qui possède la latéralité. En effet, une étude approfondie antérieure a indiqué que l’acupuncture de 6MC produit une action différente sur la variabilité de la fréquence cardiaque en fonction de la latéralité droite ou gauche.

D’après les auteurs, une explication possible pourrait être donnée en se basant sur la théorie traditionnelle de l’acupuncture : 6MC est un des points d’acupuncture spécifiques cardiovasculaires le plus couramment utilisé dans les textes classiques. Alors que 4GI appartient au méridien Gros Intestin qui n’a pas pour fonction de moduler la fonction cardiovasculaire.

Prévention des arythmies cardiaques : l’acupuncture parait aussi efficace que les médicaments antiarythmiques

Une revue systématique a été réalisée afin de comparer l’efficacité de l’acupuncture à celle des médicaments antiarythmiques dans la prévention des arythmies cardiaques. Des essais cliniques randomisés (ECR) ont pu être identifiés grâce à une recherche dans les bases Medline, CNKI, Embase et Cochrane (de 1970 à 2016) ainsi que par une recherche manuelle de références croisées de revues et d’articles originaux. Les ECR comportant des patients atteints d’arythmie et répartis de façon aléatoire en deux groupes (soit acupuncture, soit médicaments classiques, ou acupuncture simulée ou repos au lit) ont été inclus dans l’analyse. Au total, treize essais ayant inclus 797 patients ont été retenus pour l’analyse. Les résultats n’ont montré aucune différence statistiquement significative entre l’acupuncture et le traitement conventionnel pour la tachycardie supraventriculaire paroxystique (n=203 ; RR 1,18 ; IC 95% 0,78-1,79 ; I²=80% ; p=0,44). Cependant, dans le groupe atteint d’extrasystoles (battement ventriculaire prématuré), il a été observé un bénéfice statistiquement significatif de l’acupuncture pratiquée en complément de l’administration orale d’antiarythmiques (AAR) par rapport au traitement uniquement par AAR (n=286, RR 1,15 ; IC 95% 1,05-1,27 ; I² = 0% ; p= 0,002). Enfin, pour les patients atteints de tachycardie sinusale n’ayant reçu aucun traitement, l’acupuncture a été bénéfique (n=120 ; MD = 18,80, IC 95% : 12,68-24,92 ; I²=81%, p<0,00001). Les points les plus couramment utilisés dans dix des treize ECR sont neiguan (MC6), shenmen (C7) et xinshu (V15). Deux études ont choisi la méthode de linggui bafa qui utilise les huit points de commande des Méridiens Extraordinaires en fonction des jours et heures liés aux Troncs Célestes et Branches Terrestres, méthode analogue à la méthode similaire des ziwu liuzhu qui utilise les Cinq points shu antiques. Les points utilisés sont gongsun, lieque, shenmai, zhaohai, zulinqi, houxi, neiguan et waiguan. Les thérapeutiques médicamenteuses utilisées : propafenone, diltiazem, amiodarone, mexiletine. En conclusion, cette méta-analyse objective une efficacité de l’acupuncture, comparable à celle des antiarythmiques dans la tachycardie supraventriculaire paroxystique. Par ailleurs, dans l’analyse de sous-groupes avec ou sans AAR, l’acupuncture présente un avantage net dans le traitement des extrasystoles et de la tachycardie sinusale. Néanmoins, d’autres ECR sont nécessaires afin de mieux guider la pratique clinique.


 

Voir en ligne : Li Y, Barajas-Martinez H, Li B, Gao Y, Zhang Z, Shang H, Xing Y, Hu D. Comparative Effectiveness of Acupuncture and Antiarrhythmic Drugs for the Prevention of Cardiac Arrhythmias : A Systematic Review and Meta-analysis of Randomized Controlled Trials. Fron

Méta-analyse montrant l'efficacité de l'acupuncture par rapport à la thérapie existante dans plusieurs types d'arythmies.

Méta-analyse montrant l’efficacité de l’acupuncture par rapport à la thérapie existante dans plusieurs types d’arythmies. (A) Acupuncture vs traitement médicamenteux conventionnel dans la tachycardie supraventriculaire paroxystique ; (B) acupuncture plus administration orale d’antiarythmiques (AAR) par rapport à l’administration orale de AAR seul dans extrasystoles (VPB) ; (C) acupuncture vs. traitement de contrôle (ni acupuncture ni tout autre traitement anti-arythmique) dans la tachycardie sinusale.

Hypertension artérielle et acupuncture : réduction du stress oxydatif et amélioration de de la fonction endothéliale chez des rats spontanément hypertendus

L’acupuncture est reconnue par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans la prise en charge de nombreuses maladies, y compris l’hypertension artérielle (HTA). Des études ont montré que l’acupuncture améliore la HTA grâce à divers mécanismes. Cependant, les effets de l’acupuncture sur la HTA par rapport au stress oxydatif ne sont pas encore entièrement compris. De même, l’association entre acupuncture et fonction endothéliale reste inconnue. Afin de mieux comprendre, une équipe de l’Université Chinoise de Hong Kong a réalisé une étude chez des rats spontanément hypertendus.


 

Voir en ligne : Leung SB, Zhang H, Lau CW, Lin ZX. Attenuation of blood pressure in spontaneously hypertensive rats by acupuncture was associated with reduction oxidative stress and improvement from endothelial dysfunction. Chin Med. 2016 ;11(1):38.

Les effets de l'acupuncture sur les expressions en eNOS et peNOS dans les tissus de l'aorte. L'acupuncture a considérablement amélioré les expressions eNOS et peNOS en comparaison au groupe témoin SHR et le groupe sham-acupuncture (acupuncture simulés). Les données ont été exprimées en moyenne ± SD. (Pour eNOS expression, * p &lt;0,001 pour ACU versus témoin SHR ; et # p=0,0053 pour ACU vs sham-acupuncture. Pour l'expression peNOS, p=,012 pour ACU vs contrôle SHR ; # P = 0,0073 pour ACU vs. sham-acupuncture). Pour de plus amples renseignements, voir article qui est distribué sous les termes de la Creative Commons Attribution 4.0 License International (http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/) ; doi : 10.1186/s13020-016-0110-0.

Des rats Wistar-Kyoto (WKYS) spontanément hypertendus (SHT) âgés de 18 semaines ont été arbitrairement répartis en quatre groupes : contrôle WKY (n=8), contrôle SHR (n=8), SHR-acupuncture simulée (n=8) et SHR-acupuncture (n=8). Le groupe SHR-acupuncture a reçu l’électroacupuncture pendant 6 semaines consécutives aux points zusanli (36ES) et taichong (3F). La tension artérielle a été surveillée au cours de la période de traitement, les animaux ont été euthanasiés à la 6e semaine. Les aortes ont été utilisées pour déterminer le taux d’angiotensine II, l’activité de la NADPH oxydase et le taux nitrate/nitrite. Le taux des espèces réactives de l’oxygène (ROS) a été déterminé par dihydroéthidium (DHE), et des études fonctionnelles ont été effectuées pour évaluer la réactivité vasculaire. La synthase d’oxyde nitrique endothéliale (eNOS) a été mesurée par Western Blot.

Les résultats en fin de traitement ont montré une pression artérielle significativement plus faible dans le groupe acupuncture SHR (185,0 ± 5,6 mmHg) par rapport aux groupes contrôles SHR sham-acupuncture et SHR (201,0 ± 5,4 et 197,4 ± 5,9 mmHg, respectivement ; p<0,001). Le taux sérique de l’angiotensine II dans le groupe contrôle SHR était significativement plus élevé que dans le groupe témoin WKY (p<0,001), tandis qu’il a été significativement atténué par le traitement par acupuncture (p=0,023). La coloration par DHE montre que le taux des ROS a diminué dans les aortes (p= 0,0017) et carotides (p=0,039) des rats SHR traités par acupuncture. D’après les dosages biochimiques, l’acupuncture a inhibé l’activité de la NADPH oxydase et renforcé la capacité antioxydante. Dans les études fonctionnelles, la relaxation endothélium-dépendante de l’aorte et des carotides en réponse à l’acétylcholine a été améliorée dans le groupe traité par acupuncture. Les aortes des SHR recevant l’acupuncture ont également exprimé un taux élevé de NOS et de phospho-eNOS (pe-NOS) et un taux de nitrotyrosine réduit. Le taux de nitrate/nitrite dans le tissu aortique a également diminué après acupuncture.

D’après cette étude chez des rats spontanément hypertendus, les effets de l’acupuncture dans le traitement de la HTA sont associés à la réduction du stress oxydatif ainsi qu’à une amélioration de la biodisponibilité de l’oxyde nitrique et de la fonction endothéliale.