Medline Méridiens

La stimulation du hegu (4GI) objective l’effet spécifique de l’acupuncture selon la technique de la piqûre à l’opposé

La spécificité des points d’acupuncture est l’un des concepts clés de la théorie de l’acupuncture traditionnelle. La question est de savoir s’il existe des preuves scientifiques suffisantes pour prouver ou réfuter cette spécificité. Un aspect important de cette spécificité est la latéralité du point. Les données sont particulièrement rares concernant la latéralité des points homologues d’un même méridien, situés sur les côtés opposés du corps.

Selon la théorie de la médecine traditionnelle chinoise, la spécificité des points d’acupuncture est un principe essentiel, ce qui signifie que l’efficacité thérapeutique résulte principalement du choix correct du point. Cependant, dans le but de traiter une maladie particulière, rien ne permet de dire si l’on doit choisir le point latéralisé à droite plutôt que celui de gauche (par exemple 4GI droit ou gauche). Selon l’acupuncture expérimentale, la stimulation de points d’acupuncture spécifiques en vue d’une analgésie acupuncturale va favoriser la libération de substances analgésiques dans le système nerveux central tels que des peptides opioïdes etc., ce qui signifie que les points d’acupuncture bilatéraux auraient le même effet.

D’autre part, selon le chapitre 63 du Suwen, décrivant la piqûre miu, il est dit que « si une maladie est liée au côté gauche, le point de traitement est du côté droit, et vice versa », ce qui souligne que la stimulation des points d’acupuncture d’un côté latéral spécifique pourrait conduire à des avantages thérapeutiques dans les conditions spécifiques. Bref, ceci est à la base du concept de l’acupuncture controlatérale et permettrait d’affirmer la latéralité spécifique du point d’acupuncture. Il a déjà été constaté que la stimulation ipsilatérale de hegu (4GI) engendre une augmentation de la vascularisation dans le hegu controlatéral (4GI). En outre, l’augmentation de la vascularisation a été asymétrique, ce qui suggère que 4GI possède une latéralité de la distribution de sang. Une autre étude a objectivé que la stimulation du 6MC (neiguan) diffère selon que l’on puncture à droite ou à gauche, d’où également un effet latéralisé sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Le but de cette étude est d’explorer donc si la stimulation du 4GI des deux côtés engendre un effet différent sur la variabilité de la fréquence cardiaque.


Voir en ligne : Guangjun W, Yuying T, Shuyong J, Wenting Z, Weibo Z. Bilateral Hegu Acupoints Have the Same Effect on the Heart Rate Variability of the Healthy Subjects. Evid-Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014:106940. doi : 10.1155/2014/106940. Epub 2014 Jun 26.

Le but de cette étude est d’explorer si la stimulation de 4GI du côté droit peut entraîner un effet différent par rapport à celle du côté gauche sur la variabilité de la fréquence cardiaque. Afin d’exclure le biais lié au sexe, vingt-huit jeunes femmes volontaires en bonne santé ont été recrutées et réparties au hasard dans le groupe I (n = 14 ; âge moyen : 26.14 ± 1.19) et le groupe II (n = 14 ; âge moyen : 25.93 ± 1.39) selon l’ordre d’inscription au moment du recrutement. Dans le groupe I, 4GI du côté gauche a été stimulé lors de la première séance et 4GI du côté droit a été stimulé lors de la deuxième séance, en laissant au moins huit jours entre les deux séances. Dans le groupe II, 4GI du côté droit a été stimulé en premier puis le côté gauche a été stimulé plus tard. L’aiguille, insérée dans une profondeur de 15 mm, a été tournée lentement toutes les 5 minutes au cours des 30 minutes de la séance d’acupuncture, afin de maintenir la sensation d’endolorissement et d’engourdissement liée au deqi.

L’ECG a été enregistré et la variabilité de la fréquence cardiaque a été analysée. Les résultats montrent qu’il n’y avait pas de différence significative de variabilité de la fréquence cardiaque entre les groupes I et II (aussi bien dans le domaine temporel que dans le domaine fréquentiel) lorsque la latéralité du point 4GI est explorée. Cette absence de latéralité du point 4GI sur la variabilité de la fréquence cardiaque est inattendue quand on la compare au point 6MC qui possède la latéralité. En effet, une étude approfondie antérieure a indiqué que l’acupuncture de 6MC produit une action différente sur la variabilité de la fréquence cardiaque en fonction de la latéralité droite ou gauche.

D’après les auteurs, une explication possible pourrait être donnée en se basant sur la théorie traditionnelle de l’acupuncture : 6MC est un des points d’acupuncture spécifiques cardiovasculaires le plus couramment utilisé dans les textes classiques. Alors que 4GI appartient au méridien Gros Intestin qui n’a pas pour fonction de moduler la fonction cardiovasculaire.

Prévention des arythmies cardiaques : l’acupuncture parait aussi efficace que les médicaments antiarythmiques

Une revue systématique a été réalisée afin de comparer l’efficacité de l’acupuncture à celle des médicaments antiarythmiques dans la prévention des arythmies cardiaques. Des essais cliniques randomisés (ECR) ont pu être identifiés grâce à une recherche dans les bases Medline, CNKI, Embase et Cochrane (de 1970 à 2016) ainsi que par une recherche manuelle de références croisées de revues et d’articles originaux. Les ECR comportant des patients atteints d’arythmie et répartis de façon aléatoire en deux groupes (soit acupuncture, soit médicaments classiques, ou acupuncture simulée ou repos au lit) ont été inclus dans l’analyse. Au total, treize essais ayant inclus 797 patients ont été retenus pour l’analyse. Les résultats n’ont montré aucune différence statistiquement significative entre l’acupuncture et le traitement conventionnel pour la tachycardie supraventriculaire paroxystique (n=203 ; RR 1,18 ; IC 95% 0,78-1,79 ; I²=80% ; p=0,44). Cependant, dans le groupe atteint d’extrasystoles (battement ventriculaire prématuré), il a été observé un bénéfice statistiquement significatif de l’acupuncture pratiquée en complément de l’administration orale d’antiarythmiques (AAR) par rapport au traitement uniquement par AAR (n=286, RR 1,15 ; IC 95% 1,05-1,27 ; I² = 0% ; p= 0,002). Enfin, pour les patients atteints de tachycardie sinusale n’ayant reçu aucun traitement, l’acupuncture a été bénéfique (n=120 ; MD = 18,80, IC 95% : 12,68-24,92 ; I²=81%, p<0,00001). Les points les plus couramment utilisés dans dix des treize ECR sont neiguan (MC6), shenmen (C7) et xinshu (V15). Deux études ont choisi la méthode de linggui bafa qui utilise les huit points de commande des Méridiens Extraordinaires en fonction des jours et heures liés aux Troncs Célestes et Branches Terrestres, méthode analogue à la méthode similaire des ziwu liuzhu qui utilise les Cinq points shu antiques. Les points utilisés sont gongsun, lieque, shenmai, zhaohai, zulinqi, houxi, neiguan et waiguan. Les thérapeutiques médicamenteuses utilisées : propafenone, diltiazem, amiodarone, mexiletine. En conclusion, cette méta-analyse objective une efficacité de l’acupuncture, comparable à celle des antiarythmiques dans la tachycardie supraventriculaire paroxystique. Par ailleurs, dans l’analyse de sous-groupes avec ou sans AAR, l’acupuncture présente un avantage net dans le traitement des extrasystoles et de la tachycardie sinusale. Néanmoins, d’autres ECR sont nécessaires afin de mieux guider la pratique clinique.


 

Voir en ligne : Li Y, Barajas-Martinez H, Li B, Gao Y, Zhang Z, Shang H, Xing Y, Hu D. Comparative Effectiveness of Acupuncture and Antiarrhythmic Drugs for the Prevention of Cardiac Arrhythmias : A Systematic Review and Meta-analysis of Randomized Controlled Trials. Fron

Méta-analyse montrant l'efficacité de l'acupuncture par rapport à la thérapie existante dans plusieurs types d'arythmies.

Méta-analyse montrant l’efficacité de l’acupuncture par rapport à la thérapie existante dans plusieurs types d’arythmies. (A) Acupuncture vs traitement médicamenteux conventionnel dans la tachycardie supraventriculaire paroxystique ; (B) acupuncture plus administration orale d’antiarythmiques (AAR) par rapport à l’administration orale de AAR seul dans extrasystoles (VPB) ; (C) acupuncture vs. traitement de contrôle (ni acupuncture ni tout autre traitement anti-arythmique) dans la tachycardie sinusale.

Une revue systématique et une méta-analyse montre l’intérêt de l’acupuncture-moxibustion dans le zona


Le zona, maladie due à la réactivation du virus varicelle-zona ou VZV (varicella zoster virus), appartenant à la famille des herpès virus, survient chez une personne qui a contracté déjà la varicelle durant l’enfance. L’éruption a souvent lieu au niveau du thorax, mais peut atteindre d’autres parties du corps. Le zona guérit en général en deux à trois semaines, mais cet état inflammatoire aigu, très douloureux peut avoir un impact significatif sur la qualité de vie. En effet, elles peuvent être invalidantes dans les territoires radiculaires atteints, et cela même après la guérison (douleurs post-zostériennes de type neurologique (douleur de désafférentation) associant sensation de brûlure, sensation électrique ou de piqûre d’orties. Les traitements antiviraux sont efficaces, mais ne répondent pas aux attentes des patients en matière d’antalgie. L’acupuncture et la moxibustion ont été utilisées dans le traitement du zona. Cette revue systématique de la littérature a donc évalué leur efficacité et leur innocuité. Neuf bases de données anglaises et chinoises ont été analysées jusqu’en mars 2016 incluant les essais contrôlés randomisés (ECR) évaluant la combinaison de l’acupuncture à la moxibustion dans le zona. Les critères de jugements : intensité et durée de la douleur, qualité de vie et effets indésirables. Neuf ECR (N=945 participants) ont été inclus, de faible à modérée qualité méthodologique en fonction des biais. Néanmoins, on objective que l’intensité de la douleur mesurée par échelle analogique visuelle (EVA) était plus faible chez les personnes soignées par acupuncture-moxibustion par rapport à la thérapeutique médicamenteuse (une étude, différence moyenne à modèle aléatoire MD -8,25, IC 95% : -12,36 à -4,14). Le bénéfice a été observé par amélioration globale des symptômes et aussi pour d’autres problèmes cutanés. Quelques effets indésirables légers ont été signalés. Bref, l’acupuncture associée à la moxibustion peut améliorer la douleur, bien que la preuve actuelle soit limitée par le nombre d’études et les insuffisances méthodologiques.


 

Voir en ligne : Coyle ME, Liang H, Wang K, Zhang AL, Guo X, Lu C, Xue CC. Acupuncture plus moxibustion for herpes zoster : A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. Dermatol Ther. 2017 Mar 24.

Coup du lapin chronique : l’effet d’une unique séance d’acupuncture est sans rapport avec le système nerveux autonome

 

 

Le coup du lapin (CDL) est une cervicalgie post-traumatique, souvent liée à un accident de voiture, suite à un brutal changement de vitesse (accélération, décélération). Il est admis que l’acupuncture peut réduire la sensibilité à la douleur chez les personnes souffrant du CDL chronique.

Un essai randomisé croisé a été réalisé par une équipe belge afin d’évaluer si l’acupuncture a un effet sur la réponse du système nerveux autonome chez les personnes souffrant de cervicalgie post-traumatique chronique, et si cette réponse est liée à l’inhibition de la douleur suite à une séance unique d’acupuncture. Trente-neuf participants (28 femmes, 11 hommes) ont été répartis de façon aléatoire dans deux groupes pour recevoir deux séances de traitement de façon alternée - acupuncture et thérapie de relaxation - espacées d’une semaine.

Le groupe 1 (20 participants) a reçu l’acupuncture lors de la première séance suivie d’une deuxième séance de relaxation. A l’inverse, le groupe 2 (19 participants) a reçu une séance de relaxation suivie d’une séance d’acupuncture. Ainsi, chaque patient a été traité une fois par acupuncture et une fois par relaxation. La durée de chaque traitement est de 20 minutes. Les deux traitements ont été réalisés par le même thérapeute.

Les participants sont âgés de 23 à 57 ans. Ils sont atteints du CDL, classé de 1 à 3 (classification Quebec Task Force). Leur douleur avait persisté pendant au moins trois mois. Le délai moyen entre l’accident et la participation à l’étude était de quatre ans. Les deux groupes étaient comparables en termes de taux d’invalidité, de sévérité des symptômes (douleur au cou, étourdissements, maux de tête, difficultés de concentration, mobilité du cou, troubles du sommeil, transpiration et hypersensibilité à la lumière vive, dramatisation de la douleur, hypervigilance par rapport à la douleur et kinésiophobie).

Le critère principal d’évaluation a été l’enregistrement des paramètres du système nerveux autonome : fréquence cardiaque, conductance de la peau et variabilité de la fréquence cardiaque (VFC : degré de fluctuation de la durée des contractions du cœur, ou de l’intervalle entre deux contractions) lors de l’administration de la douleur expérimentale.

Le critère secondaire d’évaluation est l’analgésie endogène.

Tous les patients ont été traités aux points d’acupuncture localisés dans la région cervicale et en région distale (bas du dos, bras et jambes) ainsi que dans l’oreille, de façon uni ou bilatérale. La combinaison des points a été adaptée individuellement, selon la théorie de la médecine traditionnelle chinoise. Le thérapeute a été autorisé à choisir parmi la liste des points suivants : dazhui 14VG, huatuojiaji C1-C7, fengchi 20VB, tianzong 11IG, jianjing 21VB, tianliao 15TR, jianwaishu 14IG, geshu 17V, xuehai 10RP, houxi 3IG , jinggu 64V, waiguan 5TR, zulinqi 41VB, shiqizhuixia (Ex-B-8 en dessous de la 17e vertèbre), points d’auriculothérapie : zéro, Jerome et C0. Les méridiens concernés ont été indiqués par la localisation de la douleur.

Pour le traitement par relaxation, la méthode de visualisation guidée a été appliquée, selon laquelle l’état de conscience du patient est similaire à celui qui se produit en état méditatif. Les patients ont été invités à écouter un CD audio de musique de relaxation avec casque, assis dans une position identique à celle du traitement par acupuncture (chaise de relaxation).

Chaque patient a été évalué immédiatement avant et après chaque traitement pour leurs réactions face à la douleur expérimentale : détermination du seuil douloureux à la pression du ventre du trapèze gauche ; examen de sommation temporelle de 10 impulsions consécutives de pression.

Concernant les paramètres du système nerveux autonome, les résultats ont montré qu’il n’y a aucune différence lorsque les auteurs comparent les effets de l’acupuncture par rapport à la relaxation. Par ailleurs, la réduction de la sensibilité à la douleur provoquée suite au traitement par acupuncture est sans rapport avec les variations des paramètres autonomes.

En conclusion, cette étude est la première à examiner les effets du traitement par acupuncture sur la réponse du système nerveux autonome à la douleur expérimentale chez des patients atteints de CDL chronique.

Suite à une séance de traitement par acupuncture, la réponse autonome lors de l’administration de la douleur expérimentale a légèrement changé : fréquence cardiaque légèrement réduite et conductance de la peau augmentée.

Par rapport aux changements observés suite à une session de traitement par relaxation, aucun effet spécifique de l’acupuncture sur la réponse autonome à la douleur n’a été observé. Par ailleurs, la réduction de la sensibilité à la douleur du cou après une séance de traitement par acupuncture n’était pas liée aux changements des paramètres de l’activité autonome. Ceci implique que l’analgésie suite à une séance d’acupuncture n’est pas liée à l’analgésie du stress induit par la douleur, mais il est plus probable que cette analgésie soit le résultat d’une réaction spécifique à l’acupuncture.