Medline Méridiens

Constipation chronique : efficacité de la neuromodulation tibiale postérieure combinée à l’électroacupuncture au point 36E

La neuromodulation tibiale postérieure associée à la stimulation du point 36E est efficace pour traiter la constipation chronique. L’effet serait médié par le système autonome. Une étude a été réalisée pour étudier les effets de la neuromodulation transcutanée (NT) chez des patients souffrant de constipation chronique. Douze patients âgés de 18 à 75 ans ont été recrutés. Ils présentaient des symptômes de constipation chronique depuis au moins un an et n’avaient pas répondu à des traitements tels que laxatifs, lavements et biofeedback.


 

Voir en ligne : Neuromodulation at Posterior Tibial Nerve and ST36 for Chronic Constipation. Evid Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014:560802. doi : 10.1155/2014/560802. Epub 2014 Nov 5.

 


La constipation chronique est caractérisée par une diminution de la fréquence des selles (<3 par semaine), une défécation difficile et une évacuation incomplète. Ont été exclus de l’étude les patients atteints de maladies organiques entraînant la constipation ou de maladies neurologiques telles que la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson ou une lésion de la moelle épinière. Les patients avec antécédents de chirurgie gastro-intestinale (à l’exception d’appendicectomie ou de cholécystectomie) ont également été exclus. Les participants ont été répartis de façon aléatoire en deux groupes, selon un plan croisé (cross-over) où chaque patient est son propre contrôle. Pour le groupe 1, le traitement a commencé par deux semaines de NT puis deux semaines sham-NT, séparées par une période de wash-out d’une semaine. Le groupe 2 a commencé par un traitement de sham-NT suivi d’un traitement de NT. Le nerf tibial postérieur et le point 36E (Zusanli) ont été choisis. Deux électrodes ont été placées pour la stimulation du nerf tibial (largeur de deux doigts sur la face interne de la malléole et en arrière du tibia et 4 cm au-dessus de la première électrode). Pour 36E, une électrode a été placée au 36E et l’autre placée à 4 cm en dessous 36E sur le trajet du même méridien. Pour sham-TN, les électrodes ont été appliquées en dehors du trajet du nerf et en dehors du point 36E. Le courant présente les caractéristiques suivantes : 25 Hz, 2-10 mA (en fonction de la tolérance maximale de chaque sujet), 2 sec (et hors temps de 3 sec). Le traitement comporte deux séances/jour, d’une durée d’1heure/séance. Le critère d’évaluation principal est la fréquence de selles/semaine. L’essai comporte trois visites pour une manométrie ano-rectale, et répondre aux questionnaires sur les symptômes de la constipation (PAC-SYM) et sur la qualité de vie (PAC-QOL). Les participants remplissent aussi un journal pour noter leurs habitudes : fréquence des selles, temps de défécation, qualité des selles et éventuelle consommation de lactulose pour favoriser la défécation (quand les symptômes deviennent insupportables). A la dernière visite, l’ECG a été réalisé pour évaluer la fonction du système neurovégétatif. Les résultats ont montré une amélioration de la fréquence spontanée de défécation (83% des patients avaient une fréquence des selles supérieure à 3 fois/semaine) significativement supérieure par rapport au groupe sham-TN (p = 0,01).

Les points Shu assentiment du dos et Mu Héraut de l’Estomac modulent la motilité gastrique via le complexe vagal dorsal et le nerf vague

De nombreuses études ont été menées afin d’explorer le mécanisme neurophysiologique des points d’acupuncture Shu Assentiments du dos et Mu Hérauts. Celles-ci suggéraient une action de type segmentaire au niveau de la moelle épinière ; par contre le mécanisme d’action supra-spinal extra-segmentaire demeurait encore incertain. Les points Mu Héraut de l’Estomac (12RM Zhongwan) et le point Shu Assentiment du dos de l’Estomac (VE21 Weishu) ont donc été sélectionnés afin de déterminer leurs actions sur la régulation de la motilité gastrique et leurs mécanismes neurologiques centraux. Des études immunohistochimiques (exploration de l’expression C-fos au niveau des noyaux bulbaires), électrophysiologiques par lésion des noyaux bulbaires ou lésion du nerf vague ont permis d’objectiver ainsi que la régulation de la motilité gastrique se fait de manière synergique par les points Shu et Mu gastrique. L’électroacupuncture (EA : alternance de la fréquence 20Hz et 100 Hz à une intensité de 2-2,5mA) sur les points d’acupuncture RM12 et VE21 stimule le complexe vagal dorsal (DVC) par augmentation de leur taux d’hormones gastro-intestinales (gastrine et motiline), de façon à réguler la motilité gastrique via le nerf pneumogastrique vague. Le DVC est composé du noyau moteur dorsal du nerf vague (DMV) et le noyau du tractus solitaire qui contiennent respectivement des neurones fournissant l’innervation efférente vagale à la majeure partie de l’appareil digestif et les neurones qui reçoivent les afférences vagales des viscères. Par conséquent, le DVC est considéré comme un centre préganglionnaire parasympathique de régulation des fonctions gastro-intestinales. En somme, les auteurs ont montré le rôle important du DVC et du nerf vague dans la régulation de la motilité gastrique par EA sur les points Shu et Mu gastrique, démontrant le mécanisme supra-spinal.


L'expression de c-fos dans DVC. (a) Microphotographies des sections médullaires montrant c-fos immunoréactivité dans le DVC (SNRC et DMV) chez les rats du modèle (A) et chez les rats avec EA à RN12 (B), BL21 (C), et RN12 + BL21 (D) . Les emplacements anatomiques des microphotographies sont indiqués en haut, adapté de l'atlas de Paxinos et Watson [30]. neurones c-fos-positifs sont présentées comme une coloration brun foncé dans les noyaux des cellules. Barres d'échelle : 200 um. 4 V : quatrième ventricule. (b) Densité optique intégré (IOD) des neurones c-fos-positifs dans le DVC.

 

Voir en ligne : Wang H, Shen GM, Liu WJ, Huang S, Zhang MT. The Neural Mechanism by Which the Dorsal Vagal Complex Mediates the Regulation of the Gastric Motility by Weishu (RN12) and Zhongwan (BL21) Stimulation. Evid Based Complement Alternat Med.-

Syndrome du côlon irritable : efficacité de la moxibustion démontrée par IRMf

Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle : le cortex préfrontal et le cortex cingulaire antérieur sont activés dans le groupe moxibustion après distension à 100 ml de l'ampoule rectale.

Le syndrome du côlon irritable (SCI) est un trouble fréquent causant des douleurs abdominales, accompagnées de constipation, diarrhée, ou une alternance des deux. Il affecte 10-15% de la population dans les pays développés. Au cours de ces dernières années, l’hypersensibilité viscérale chez les patients SCI a été largement étudiée. Elle est rattachée au stress, aux émotions et à l’axe cerveau-intestin. Des études ont rapporté un effet bénéfique de la moxibustion chez les patients souffrant de diarrhée dans le SCI. En fait, elle peut soulager la diarrhée, les douleurs abdominales et la gêne abdominale. Mais le mécanisme de la moxibustion au niveau du système nerveux central n’est pas encore démontré.


Voir en ligne : Zhu Y, Wu Z, Ma X, Liu H, Bao C, Yang L, Cui Y, Zhou C, Wang X, Wang Y, Zhang Z, Zhang H, Jia H, Wu H. Brain regions involved in moxibustion-induced analgesia in irritable bowel syndrome with diarrhea : a functional magnetic resonance imaging study. BMC


Les progrès en imagerie cérébrale fonctionnelle (IRMf) ont permis l’observation visuelle de la douleur viscérale au niveau central, et des activités dans les zones cérébrales. D’après une méta-analyse sur les réponses du cerveau, il est admis que les réponses du cerveau à la distension rectale diffèrent entre les patients atteints de SCI par rapport aux sujets témoins sains. En se basant sur ces données, une équipe de l’Université Traditionnelle Chinoise de l’Université de Shanghai a réalisé une étude pour observer, grâce à l’IRMf cérébrale, les changements liés aux variations de la distension de l’ampoule rectale avant et après moxibustion chez des patients SCI. Quatre-vingts patients souffrant de diarrhées dues au SCI ont été répartis de façon aléatoire en deux groupes : groupe traité par moxibustion et groupe contrôle (moxibustion simulée) pour un traitement de quatre semaines. Les points tianshu (25E), qihai (6VC), et zhongwan (12VC) ont été utilisés. Chaque patient reçoit deux cycles de traitement. Chaque cycle comporte trois séances par semaine pendant deux semaines. Quinze patients du groupe traité par moxibustion et treize patients du groupe témoin ont passé, avant et après traitement, deux examens IRMf réalisés lors d’une distension de 50 et de 100 ml de l’ampoule rectale. Les douleurs rectales ont été évaluées. L’effet thérapeutique est évalué par les échelles IBS (pour Irritable Bowel Syndrome) des symptômes et IBS qualité de vie (QDV) de Birmingham. Les résultats ont montré, après traitement, une diminution des scores des échelles IBS des symptômes et de QDV dans le groupe traité par moxibustion, significativement supérieure à celle du groupe contrôle (p <0,01). Le seuil de l’envie de défécation et le seuil de perception de la douleur du groupe moxibustion sont également significativement plus élevés après traitement par rapport au groupe témoin (p <0,01). La diminution du score de douleur pendant la distension de l’ampoule rectale à 100 ml dans le groupe moxibustion est significativement supérieure à celle du groupe témoin (p <0,05). Il n’y a pas de centre actif défini au cours de la distension rectale à 50 ml dans les deux groupes avant traitement. Après traitement, le cortex préfrontal (CPF) est activé dans le groupe moxibustion, tandis que le CPF et le cortex cingulaire antérieur (CCA) sont activés dans le groupe témoin. Au cours de la distension à 100 ml, le CPF et le CCA sont activés avant traitement dans les deux groupes. Les zones du CPF et du CCA ne sont plus visibles après la période de traitement, mais sont restées activées dans le groupe témoin. Ainsi, la moxibustion peut améliorer les symptômes et la qualité de vie des patients souffrant de diarrhée dans le syndrome du côlon irritable. Elle permet également de diminuer la sensibilité rectale.

Effets indésirables de la moxibustion : une revue systématique des rapports de cas

La moxibustion est un traitement médical traditionnel originaire de Chine. La technique consiste à utiliser la chaleur de combustion du moxa pour stimuler les points d’acupuncture. Considérée comme sûre et efficace, sa pratique est largement utilisée dans le monde entier, par des professionnels ou par les patients eux-mêmes. Parallèlement à son utilisation croissante, des effets indésirables ont été signalés.


 

Voir en ligne : Xu J, Deng H, Shen X. Safety of Moxibustion : A Systematic Review of Case Reports. Evid Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014:783704. doi : 10.1155/2014/783704. Epub 2014 May 26.

Dans cette revue réalisée en Chine par l’Université de Shanghai, les auteurs ont interrogé quatre bases de données chinoises et trois bases anglo-saxonnes (Medline, EMBASE, Web of Science) jusqu’à la date du 20 novembre 2013. L’analyse porte sur un total de 64 cas d’effets indésirables (EI) liés à la moxibustion, rapportés dans 24 articles publiés dans six pays (Chine, Etats-Unis, Corée, Espagne, Japon, Israël). Quelques éléments de preuves sur les risques liés à la moxibustion ont été trouvés. Les EI comportent des allergies (six cas d’allergies locales et un cas d’allergie généralisée), des brûlures, des infections, la toux, des nausées, des vomissements, la détresse foetale, la naissance prématurée, le carcinome basocellulaire (localisé au niveau d’une cicatrice de brûlure secondaire à la moxibustion répétée), l’ectropion, l’hyperpigmentation, et même un cas suspecté de décès suite à la moxibustion pour traiter l’asthme. Dans la plupart de cas, les causes exactes des EI n’ont pas pu être déterminées. Cette question sur la sécurité de la moxibustion devrait être approfondie par d’autres études expérimentales, des essais cliniques et des rapports de cas. Améliorer les compétences des praticiens, réglementer les activités, et contrôler le temps d’exposition, la dose, la distance entre le moxa et la peau pourront contribuer à réduire l’incidence des EI et à améliorer la sécurité de la moxibustion. 
— -