Medline Méridiens

Analyse des effets de l’acupuncture par IRMf sur le réseau impliquant l’amygdale

De plus en plus de preuves indiquent que les effets principaux de l’acupuncture sont obtenus par médiation du système nerveux central. Cependant, les réseaux cérébraux spécifiques sous-tendant ces effets demeurent incertains. Dans cette étude utilisant l’IRM fonctionnelle (IRMf), une méthode d’analyse de covariance interrégionale a été utilisée afin d’examiner la connectivité fonctionnelle de réseaux cérébraux impliqués dans l’acupuncture. L’IRMf a été réalisée avant, pendant et après stimulation du zusanli (ES36) sur des volontaires sains, point connu pour être impliqué dans la modulation de la douleur. Ont été tout d’abord identifiés des changements des signaux d’IRMf significatifs pendant la stimulation d’acupuncture au niveau de l’amygdale gauche, amygdale qui a été par la suite choisie comme référence fonctionnelle pour les analyses de connectivité. Les résultats ont démontré qu’il y a un réseau cérébral associé à l’amygdale pendant la condition de repos. Ce réseau englobe les structures cérébrales qui sont impliquées tant dans la sensation de douleur que dans la modulation de la douleur. Les auteurs ont aussi constaté qu’un tel réseau concernant la douleur pourrait être modulé autant par l’acupuncture verum que par l’acupuncture sham (feinte). Cependant, comparée à la sham acupuncture, l’acupuncture vraie induit un niveau plus élevé de corrélations parmi le réseau associé à l’amygdale. En conclusion, ces découvertes indiquent que l’acupuncture peut changer l’état fonctionnel du réseau cérébral spécifique de l’amygdale qui est à la base la modulation de douleur et de la perception douloureuse.


Dépression chez le rat : effet de l’acupuncture au point baihui (20VG) ou au point yintang (Ex-HN3)

Une étude antérieure sur des modèles de rats en état dépressif a montré que l’action simultanée de l’acupuncture aux points baihui (20VG) et yintang (Ex-HN3) améliore l’état de dépression à un niveau similaire à celui obtenu par pharmacothérapie. Dans cette présente publication, la même équipe japonaise a réalisé une étude pour voir si l’utilisation simultanée de l’acupuncture à ces deux points est nécessaire pour atténuer l’état dépressif.


 

Voir en ligne : Takagi K, Tanahashi N, Amagasu N, Mizuno K, Kawanokuchi J, Yi G, Ishida T. Effect of Manual Acupuncture Stimulation at "Bai-Hui" (GV 20) or "Yintáng" (Ex-HN3) on Depressed Rats. Acupunct Meridian Stud. 2017 Jan ;10(1):26-32.

Afin d’évaluer l’effet de l’acupuncture sur les symptômes dépressifs, ils ont utilisé un modèle de rat dont la dépression a été induite suite au stress par immersion dans l’eau. Les 35 rats Wister âgés de quatre semaines ont été répartis en sept groupes différents comportant cinq rats par groupe. Les dix rats du groupe contrôle (rats non déprimés car non soumis au test de stress par immersion) sont répartis en deux groupes : groupe 1 non soumis à l’immobilisation, groupe 2 soumis à l’immobilisation dans un sac en plastique troué permettant la respiration. Les 25 rats « en légère dépression » suite à l’immersion dans l’eau sont répartis en cinq groupes : groupe 3 (soumis à l’immobilisation), 4 (non soumis à l’immobilisation), 5 (puncture du point Ex-HN3, 6 (puncture du point 20VG) et 7 (traité par un antidépresseur, l’imipramine). L’acupuncture a été pratiquée pendant 20 minutes/séance, 5 jours/semaine pendant 3 semaines. La dépression ainsi que l’anxiété (en tant que symptôme couramment associé à la dépression) ont été évaluées par des mesures comportementales. Les résultats ont montré que le stress lié à l’immersion dans l’eau, utilisé pour créer des rats modèles de dépression, n’entraîne pas d’anxiété. Par contre, le stress induit par l’immobilisation a provoqué l’anxiété. Par ailleurs, contrairement à l’efficacité de l’action simultanée des deux points 20VG et Ex-HN3 sur la dépression, l’acupuncture isolée du point 20VG ou du point Ex-HN3 n’a amélioré ni la dépression ni l’anxiété chez les rats. Ces résultats sur des animaux modèles de dépression et d’anxiété sont à prendre en compte dans les futures études de recherche préclinique.

Des séances répétées d’acupuncture normalisent la connectivité dans les principales régions du cerveau liées à la douleur chronique

L'échelle KOOS est une échelle évaluant l'amélioration de la douleur, l'activité fonctionnelle dans la vie quotidienne, les sports et loisirs et la qualité de vie en rapport avec la gonalgies. Cette échelle a permis de mesurer l'évolution de cette échelle entre les groupes acupuncture véritable et placebo en pré et post-traitement d'acupuncture (a, b). Des corrélations statistiquement significatives de la douleur et des activités sportives en pré-acupuncture avec les connectivités PAG-Hpc et PAG-MFC observés chez tous les patients (c, d). Les valeurs de connectivité pour PAG-Hpc et PAG-MFC pour les groupes verum et placebo (sham) avant et après traitement acupuncture. Les barres représentent les erreurs standard (e, f). Les régions d'intérêt (ROI) de la connectivité du PAG avec Hpc et MFC réalisé par acupuncture Verum versus Sham et traitement post versus traitement pré-acupuncture (g). Toutes les valeurs de la connectivité ont été calculées en corrélation en fonction du temps entre les ROI du PAG et ceux du MFC et Hpc. Une diminution de la connectivité PAG-Hpc (observée dans le groupe verum versus sham) indiquerait une attention moindre à la douleur à l'anxiété et aux souvenirs nociceptifs ; une diminution de la PAG-MFC (observée dans le groupe sham versus groupe verum, entraînerait une connectivité positive dans le contraste verum > sham) indique éventuellement une plus grande attention à la douleur et une diminution de l'attente pour le soulagement du traitement répété de l'acupuncture.

Un essai clinique randomisé a été réalisé au sein du département de Psychiatrie de l’Hôpital général de Massachusetts (Harvard Medical School, Charlestown, USA) pour évaluer l’action de l’acupuncture en séances répétées dans la douleur chronique. La relation entre la connectivité dans les régions du cerveau liées à l’apprentissage de la douleur, à l’attention et la mémoire impliquées dans la chronicité de la douleur a été étudiée chez des patients souffrant d’arthrose chronique du genou.


Voir en ligne : Egorova N, Gollub RL, Kong J. Repeated verum but not placebo acupuncture normalizes connectivity in brain regions dysregulated in chronic pain. Neuroimage Clin. 2015 Sep 25 ;9:430-5. doi : 10.1016/j.nicl.2015.09.012. eCollection 2015.

Quarante-quatre patients atteints d’arthrose chronique du genou (19 femmes) ont été inclus dans l’étude. Les sujets dans cette étude avaient une douleur au genou soit unilatérale soit bilatérale. Ils ont été randomisés dans l’un des trois groupes : 1) traitement comportant six points d’acupuncture (35E, xiyan, 34VB, 9Rte, 39VB, 6Rte), 2) traitement comportant deux points d’acupuncture (35E, xiyan), ou 3) groupe contrôle par acupuncture simulée (six points d’acupuncture avec des aiguilles placebo de type Streitberger sur des non-points d’acupuncture). La répartition des caractéristiques de la douleur (douleur bilatérale / unilatérale, principalement dans genou droit / genou gauche) est équilibrée entre les groupes. Chaque participant a reçu un traitement par acupuncture sur le genou droit ou gauche (côté le plus douloureux). Le traitement et l’évaluation de la douleur sont uniquement concentrés sur un genou. Chaque sujet a reçu au total six séances d’acupuncture pendant un mois : deux fois par semaine pendant les deux premières semaines, et une fois par semaine pendant les deux dernières semaines. Les séances 1, 3 et 6 ont été réalisées avec le patient se trouvant dans une IRM de 3 Tesla. Les séances 2, 4 et 5 ont eu lieu dans une salle de test comportemental. Trois séances de balayage IRMf ont été réalisées pour chaque participant. Chaque session d’IRM comporte 6 minutes de balayage en état de repos, deux scans fonctionnels pendant la séance d’acupuncture (25 min), puis 6 minutes en état de repos.

Trente patientes (13 femmes, âgées de 57,5 ± 8,3 ans) sur les 44 patients inclus ont complété toutes les étapes expérimentales du protocole. On sait que le passage à la douleur chronique affecte spécifiquement la substance grise périaqueducale (PAG), le cortex frontal médial (MFC) et de l’hippocampe bilatérale (Hpc) et ses connectivités. Cette étude IRMf démontre que la connectivité PAG-MFC et PAG-Hpc chez les patients souffrant de douleur chronique due à l’arthrose du genou est directement en corrélation avec la gravité clinique et que l’amélioration induite par l’acupuncture véritable des scores de douleur (par rapport au placebo) est liée à la modulation de la connectivité PAG-MFC et PAG-Hpc. En effet, les résultats ont montré que des séances répétées d’acupuncture véritable rétablissent l’équilibre dans cette connectivité des régions-clés du cerveau liées à la douleur en modifiant l’attention et la mémoire du patient par rapport à la chronicisation de la douleur. L’acupuncture en sessions répétées pourrait normaliser l’attention des patients à la douleur et réinitialiser l’apprentissage de motivation émotionnelle, en changeant leur comportement par rapport à la douleur.

L’acupuncture présente un effet bénéfique sur le stress oxydatif

Le stress oxydatif est défini comme un déséquilibre entre la production des dérivés réactifs de l’oxygène (DRO = ROS, Reactive Oxygen Species) et des dérivés réactifs de l’azote (DRA = RNS, Reactive nitrogen species) et celle du système antioxydant endogène. Le stress oxydatif constitue une forme d’agression des constituants de la cellule. Dans les conditions physiologiques, diverses voies oxydatives connexes contribuent à la production de ROS/RNS, tandis que plusieurs systèmes enzymatiques antioxydantes intra- et extracellulaires agissent pour éliminer ROS/RNS. Lorsque les voies oxydatives sont débordées, ROS/RNS endommagent les structures cellulaires, suite au déséquilibre redox du compartiment biologique. Le stress oxydatif est un facteur d’inflammation et de mutagénèse. C’est un élément essentiel dans le processus pathologique de diverses maladies.


 

Voir en ligne : Zeng XH, Li QQ, Xu Q, Li F, Liu CZ. Acupuncture mechanism and redox equilibrium. Evid Based Complement Alternat Med. 2014 ;2014:483294. doi : 10.1155/2014/483294. Epub 2014 Jul 7.

le système ROS


Récemment, un grand nombre de preuves a démontré que l’acupuncture présente un effet antioxydant. Afin de mieux comprendre le mécanisme, des auteurs chinois ont réalisé une revue de la littérature. La recherche a identifié 117 publications sur l’étude de l’acupuncture et la modulation redox.

Parmi les 84 articles répondant aux critères, 79 articles sont en anglais et cinq articles en chinois. Le mécanisme sous-jacent de l’effet antioxydant induit par acupuncture est discuté sur la base des études publiées dans les cinq dernières années.

Les auteurs ont plus particulièrement mis l’accent sur l’effet antioxydant de l’acupuncture dans les pathologies suivantes : démence vasculaire, maladie d’Alzheimer, maladie de Parkinson, hypertension artérielle. L’analyse porte sur le système redox, le système antioxydant, le processus anti-inflammatoire, le système nerveux et les voies de signalisation. Bien que ces études sur les voies moléculaires et cellulaires de l’effet de l’acupuncture dans le stress oxydatif soient préliminaires, elles représentent une étape importante dans la recherche de l’effet antioxydant de l’acupuncture.